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CHAPITRE PREMIER

L’ÉLABORATION DU SYSTÈME MERCANTILISTE

Les idées essentielles contenues dans la doctrine. Le rôle des métaux précieux. — Les conséquences économiques. La balance des contrats. — La balance du commerce. — Les causes de V effondrement du milieu économie fermée du moyen âge.

A période qui s’étend de la fin du moyen âge à la Révolution française comporte des tendances différentes de celles qui dominèrent le moyen âge. Elles se résument dans une conception théorique très particulière et dans un certain nombre de faits qui permettent d’expliquer les manifestations de la vie économique et financière de cette période. Elle a revêtu plusieurs aspects. D’abord elle affirma que la richesse d’une nation était liée à l’importance de la détention d’im stock de monnaies or et argent. Puis elle évolue et dégage les conséquences de la balance commerciale et la nécessité, pour la prospérité du pays, d’obtenir des excédents d’exportation. Dans sa première forme elle est qualifiée de bulhonisme.

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Les idées contenues dans la doctrine. C’est un système écono- LE RÔLE DES MÉTAUX PRÉCIEUX micjue cjui B. ptévalu, dans

presque tous les États d’Europe, à partir du seizième siècle jusqu’à la Révolution française. Il reposait sur une idée essentielle très simple, ainsi résumée : la quantité de métaux précieux détenue par un pays est la mesure de sa prospérité. Cette importance attribuée à l’or et à l’argent provient, d’une part de la constatation de la richesse de certaines nations, comme l’Espagne, qui, effectivement, tirait avantage de l’abondance des lingots importés d’Amérique, ou comme la Hollande qui accumulait le numéraire gagné dans les transactions commerciales ; et, d’autre part, de certaines considérations théoriques que l’on trouve chez un grand nombre d’auteurs, tels que Montchrétien en France, et Locke en Angleterre. Analysant l’origine de la valeur des métaux précieux, ils croyaient la trouver dans leur caractère impérissable, qui les mettait hors de pair, au-dessus des autres marchandises. En outre, l’or et l’argent étant des moyens d’échange universellement acceptés, leur possession donne la possibilité d’acquérir, sans délai et en tous lieux, les objets qui sont nécessaires ou seulement utiles à la vie. On trouve également, chez les auteurs mercantilistes, un motif supplémentaire de la préexcellence de l’or et l’argent, tiré des exigences militaires. La guerre, qui doit être pour les princes une préoccupation constante, est devenue, avec l’usage de la poudre à canon, une entreprise de plus en plus dispendieuse. L’importance de la population passe maintenant au second plan et c’est la richesse des nations qui leur assure le succès. Il est donc indispensable d’avoir à l’intérieur un trésor considérable, afin d’être prêt à toute éventualité et de pouvoir mener la guerre à bonne fin, quand l’heure en sera venue.

Les conséquences économiques. Le rôle capital joué par la richesse mé- LA BALANCE DES CONTRATS tallique, pour la satisfaction des besoins des particuliers et de l’État, a pour conséquence l’adoption d’une politique appropriée. Le but étant d’accumuler à l’intérieur du pays les stocks de numéraire les plus considérables, le premier devoir pour un prince est d’empêcher ces stocks de diminuer. On aboutit à la prohibition absolue de l’exportation des métaux précieux. Cette défense devait être particulièrement sévère pour les espèces monnayées, parce que l’intérêt des individus à leur exportation était particulièrement grand, à raison des nombreuses mutations qui afifaibhssaient la valeur nominale des monnaies à l’intérieur ; elle se maintint en France jusqu’au dix-huitième siècle.

Un autre procédé consistait dans le système désigné par l’Anglais Mac Culioch

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SOUS le nom de « balance des contrats » et qui a été, sans doute, en vigueur en Angleterre avant le quinzième siècle. Les commerçants étrangers qui viennent dans le pays mettre en vente leurs marchandises n’ont pas le droit de faire sortir l’argent qu’ils ont encaissé, ils doivent l’employer à acheter d’autres produits. Au total, il ne résultera pas, de l’ensemble des transactions, une sortie de numéraire ; le montant des contrats se balance sensiblement.

L’insuffisance de ces méthodes autoritaires qui devaient plier devant les nécessités commerciales, et dont il était difficile d’assurer la stricte application, fit imaginer d’autres moyens destinés à intéresser les commerçants à l’observance du principe mercantiliste. On attribuait, par exemple, aux monnaies étrangères un pouvoir d’achat supérieur à celui qu’elles avaient dans leur pays d’origine, afin d’attirer le numéraire étranger et d’augmenter ainsi le montant des espèces ; ou bien on pratiquait les mutations monétaires, en particulier la mutation par appellation, en élevant le cours des monnaies ; ou bien encore on suspendait les frais de monnayage. Tous ces expédients étaient très en faveur en Angleterre d’où ils se répandirent sur le continent, mais ils n’atteignaient que très imparfaitement le but fixé et leur généralisation même, dans les divers États, en neutralisait l’efficacité.

La balance du LFn système moins simphste ne tarda pas à être mis en

COMMERCE avant ; au lieu de chercher à attirer les métaux précieux, par des procédés pour ainsi dire mécaniques, on s’attacha à considérer les causes qui provoquent l’accroissement ou la diminution du numéraire, c’est-à-dire les transactions commerciales, et l’on observa que le meilleur moyen de favoriser l’afflux des métaux précieux était d’encourager le négoce étranger (nous dirions le commerce d’exportation) qui introduit sur le territoire national un stock supplémentaire d’espèces monnayées. Il ne faut pas croire, disaient les partisans de ce système, que le salut d’un pays soit lié, d’une manière absolue, à la prohibition de la sortie des métaux. Ce qui importe seulement, c’est que les opérations laissent en faveur du pays intéressé un excédent d’achats sur les ventes, que la balance commerciale lui demeure favorable, car dans ce cas ce pays bénéficiera d’une importation de métal précieux. Cette théorie de la balance du commerce a été exposée, en particulier, par un marchand anglais, Mun, et reprise par divers négociants d’Angleterre. Nous verrons qu’eUe avait été déjà conçue et appliquée en France.

Les premiers mercantilistes anglais voyaient dans le transport même des marchandises une source d’importants profits pour une nation, à condition que ce trans-

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port soit effectué par des vaisseaux appartenant à cette nation. Un pays devra même s’efforcer de faire déplacer par sa flotte les marchandises appartenant à d’autres contrées, afin d’obtenir une rentrée supplémentaire de numéraire. De ce principe découle toute une politique de protection de la marine marchande, dont l’Angleterre fera l’application dans l’Acte de Navigation.

Les négociants ne furent pas les seuls à se réclamer de cette doctrine ; les manufacturiers cherchèrent à utiliser cette nouvelle forme du mercantilisme en faveur de la production nationale. S’il est vrai que le but de l’activité économique est d’attirer les métaux précieux par le commerce étranger, le moyen le plus sûr pour y parvenir est de développer l’industrie de manière à fournir aux échanges, avec l’étranger, une matière de plus en plus riche et d’assurer à la balance un caractère favorable. Le commerce des produits fabriqués possède, en effet, à ce point de vue, une supériorité indiscutée sur les transports, car on doit faire entrer en ligne de compte la matière première, si elle provient du territoire national, ou tout au moins la valeur de la main-d’œuvre incorporée dans les marchandises.

Cette doctrine aboutit à une politique bien différente du mercantilisme originel. En effet, la prohibition de la sortie des métaux, sinon des espèces, n’est plus demandée; ce qui importe, c’est d’obtenir des échanges actifs, se traduisant par un excédent des sorties sur les entrées. Ce programme comporte une double série de mesures. Tout d’abord il faut restreindre les importations, en ayant soin seulement de soumettre à un régime spécial celles qui déterminent des exportations ultérieures, comme les matières premières, du moins celles qui ne se trouvent pas sur le territoire national.

En second Heu, il est nécessaire de favoriser le commerce d’exportation, et pour y parvenir, l’intervention du pouvoir central est indispensable. On retrouve ici l’une des manifestations de l’idée qui commençait seulement à s’affirmer à la fin du moyen âge, celle de l’intérêt national qui s’attache au développement du commerce et, par suite, de l’industrie. Le caractère international pris par les opérations commerciales, la concurrence entre nations pour la conquête des débouchés, avec les conséquences qu’elles entraînent dans l’enrichissement ou l’appauvrissement d’une nation, ne permettaient plus de considérer uniquement les phénomènes de la production comme une des formes multiples de l’activité individuelle, dont l’État doit se borner à assurer le fibre exercice, en garantissant aux individus une sécurité suffisante. L’État a un rôle à jouer pour stimuler, discipliner et orienter les forces économiques.

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Quels aspects va revêtir cet interventionnisme? Le but qu’il poursuit est de placer les produits de l’industrie nationale dans une situation favorable, au point de vue de la concurrence, de permettre à cette industrie de fabriquer des marchandises dans des conditions qui les rendent préférables aux produits étrangers. Le souci de la qualité poussera à soumettre la production à une réglementation qui s’inspirera, jusqu’à un certain point, des règles corporatives, mais qui sera édictée désormais au nom de l’intérêt national et qui visera particulièrement les produits du commerce d’exportation.

La concurrence n’intéresse pas seulement la qualité des marchandises, mais leur prix.

Il est nécessaire de produire, à qualité égale ou supérieure, des produits meilleur marché, et l’intervention du pouvoir devra porter, par suite, sur les éléments constitutifs du coût de production : matières premières nécessaires à l’industrie et main-d’œuvre employée à leur transformation. Pour les matières premières, le problème est double et sera, en partie, résolu par un procédé tiré du domaine fiscal que l’on utilisera désormais pour des fins économiques, par le régime douanier. On devra interdire entièrement ou rendre pratiquement impossible, par l’imposition de droits de douane quasi prohibitifs, la sortie des matières premières existant à l’intérieur ou faciliter l’entrée des matières premières étrangères dont l’industrie nationale a besoin, par divers moyens ; admission en franchise ou même primes à l’importation. A la même idée se rattache la création, par l’autorité royale, des compagnies chargées

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du monopole d’achat des matières premières dans les contrées dépendant du domaine colonial. Ces compagnies jouiront non seulement d’avantages commerciaux, mais même de prérogatives politiques, exerçant au nom du prince un mandat véritable quant à l’exploitation des territoires.

Il y aura lieu d’agir également sur le deuxième facteur du prix de revient : la main-d’œuvre. Comme pour les matières premières, on tiendra compte de deux éléments : qualité et économie. La qualité sera assurée par la surveillance du pouvoir sur le métier, et par le contrôle de la fabrication. La difficulté sera plus grande pour diminuer le coût de la main-d’œuvre. La taxation directe du salaire est demandée par certains théoriciens et le pouvoir y eut recours de temps à autre, mais le mercantihsme envisage plutôt un procédé détourné qui consiste à réduire les frais d’entretien de la main-d’œuvre. Le blé étant considéré comme le produit type de l’ahmentation ouvrière, il est essentiel de veiller à ce qu’il soit toujours abondant et par suite bon marché. Toute une série de réglementations formant la politique des grains apparaît. Elle repose, au moins partiellement, sur des considérations mercantihstes : interdiction d’exportation, mesures prises en faveur de l’approvisionnement en blé du marché, surveillance des marchands, création de greniers pubhcs pour les cas de disette, enfin le procédé extrême de la fixation du prix, par voie de taxation.

Mais dans le processus de la fabrication n’interviennent pas seulement les matières premières et la main-d’œuvre ; à ces deux facteurs doivent s’ajouter un élément dont l’importance est mise en valeur par le système mercantihste : le capital. Les auteurs anglais, en particulier Culpeper et Child, insistèrent sur l’importance essentielle que présentent des capitaux à bon marché pour la prospérité commerciale d’un pays. C’est au taux réduit de l’intérêt que la Hollande, l’Italie sont redevables de leur situation économique favorable» Cet élément est primordial, c’est le grand moyen, l’t/nww magnum^ sans lequel les autres facteurs sont impuissants» En effet, les matières premières et la main-d’œuvre ont un domaine limité, tandis que la réduction de l’intérêt joue son rôle chaque fois qu’il y a utihsation de capitaux, soit pour acquérir des matières premières, soit pour se procurer de la main-d’œuvre, soit pour les multiples besoins des entreprises. La diminution légale du taux de l’intérêt exercera un pouvoir d’attraction sur les capitaux et les portera vers les emplois industriels et commerciaux, car, d’une part, les personnes qui sont spécialisées dans ces emplois voudront profiter des facilités nouvelles qui leur sont données, et, d’un autre côté, les capitalistes auront avantage à délaisser les placements à intérêts fixes pour se tourner vers le commerce et l’industrie ; les commerçants devront con-

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server plus longtemps la direction de leurs affaires afin d’obtenir une meilleure rémunération de leurs capitaux, leurs enfants devront continuer l’œuvre paternelle. Les mercantilistes anglais croient que la politique de l’argent bon marché amènera l’âge d’or. Dans le pays qui l’adoptera, non seulement les transactions commerciales seront développées pour le plus grand profit de la balance du commerce, mais des terres nouvelles seront mises en culture, ce qui permettra de faire appel, dans une moindre mesure, aux importations étrangères ; la population s’accroîtra, les artisans, les ouvriers seront plus nombreux et la prospérité du pays se confondra avec celle du commerce.

On a fait observer que cette doctrine, en condamnant le taux élevé des prêts à intérêts, visait au même but que la doctrine religieuse qui prohibait le loyer de l’argent : le mobile est tiré de l’utilité générale et non plus de la loi rehgieuse, mais les deux tendances sont convergentes.

Est-ce à dire que cet épanouissement illimité du commerce devra être accepté dans toutes ses conséquences? Les mercantilistes ne le pensent pas et ils croient nécessaire d’imposer des restrictions au développement du luxe, qui est la suite naturelle d’une balance commerciale favorable ; mais les règles à adopter sur ce point sont strictement déterminées par le résultat final à atteindre. Ce qu’il faut, avant tout, c’est empêcher la sortie de numéraire et faciliter son entrée sur le territoire. Aussi ce n’est pas la production des objets de luxe qui doit être interdite, au contraire il y a lieu de la favoriser, comme une source importante du commerce d’exportation. C’est la consommation de ces objets à l’intérieur qui devra être réglementée, afin que l’on puisse réserver pour l’étranger les produits des industries nationales. L’interdiction, par les édits somptuaires, de porter tel ou tel article d’habillement ou de parure permettra au pouvoir d’acquérir la certitude qu’il n’a pas été importé de l’étranger des articles de cette catégorie, préoccupation qui est toujours à la base du système mercantiliste. Au contraire, l’usage des objets de luxe par l’étranger ne présente que des avantages et il y a lieu de le développer de toutes les manières. Certains écrivains mercantilistes préconisent une véritable propagande en faveur des industries somptuaires. Ils recommandent de faire cadeau aux souverains ou aux ambassadeurs étrangers de produits caractéristiques de ces industries, de ne pas ménager la dépense dans l’installation des représentants du pays auprès des princes étrangers, afin d’inciter ces derniers à faire des commandes importantes des articles ainsi mis en valeur. Cet appel à la publicité montre le chemin parcouru depuis l’organisation égalitaire et restrictive des anciennes corporations. Le principe de l’intérêt national s’est substitué à celui de la loi morale.

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C’est encore le principe de l’intérêt national qui va inspirer la doctrine mercantiliste dans le domaine de l’expansion extérieure. Les colonies seront utilisées exclusivement pour les besoins de la métropole et de sa politique économique. Elles devront améliorer, dans toute la mesure possible, la balance commerciale, fournir à la mère-patrie et à elle seule, les matières premières et les produits exotiques, lui acheter tous les produits manufacturés qui lui sont utiles. Il sera rigoureusement interdit à la colonie de concurrencer par ses industries celle de la métropole. Enfin, les transports seront effectués par les navires métropolitains, ce qui représentera une source de profit, en même temps qu’un contrôle du commerce colonial. C’est le système du « pacte colonial » et de « l’exclusif », qui devait être appliqué dans presque tous les pays d’Europe.

Les causes de l’effondrement de Le système mercantiliste tendant à L’ÉCONOMIE FERMÉE DU MOYEN AGE l’utüisation de toutes les forces productives du pays pour assurer la supériorité de la Nation sur le marché intérieur et sur les marchés étrangers, est essentiellement lié à la disparition du régime d’économie fermée que nous avons décrit précédemment. Nous avons déjà indiqué certains groupes de faits qui préparaient le passage d’une période à l’autre. Quelle fut l’influence déterminante qui assura la transformation par laquelle les temps modernes se substituèrent au moyen âge? Un Allemand contemporain, Sombart, a cru pouvoir expliquer la genèse de l’Économie moderne par le rôle qu’aurait joué dans l’évolution la race juive.

Elle aurait exercé sur la formation et le développement du capitahsme une influence à la fois extérieure et intérieure, ou spirituelle. Extérieurement les Juifs ont certainement contribué à imprimer aux relations économiques internationales leur caractère actuel et à hâter l’avènement de l’État moderne, base du capitahsme. Ils ont de plus donné à cette organisation capitaliste elle-même une forme propre, en créant des institutions dont la plupart régissent encore aujourd’hui le monde des affaires et en coopérant activement à l’étabhssement d’un certain nombre d’autres procédés. Sombart s’efforce de montrer la part prise par les écrivains juifs, italiens et espagnols des derniers siècles du moyen âge à l’élaboration des traits caractéristiques de l’organisation moderne. Il rappelle le concours que les commerçants Israélites ont apporté à l’État, en mettant à sa disposition des armes, des moyens de subsistance et plus encore des capitaux, servant non seulement à couvrir les frais d’entretien des armées, mais encore à faire face aux besoins de la Cour et de l’État lui-même. Il souligne la contribution considérable

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qu’ils ont fournie à la transformation du commerce par leur participation à l’échange des marchandises, le rôle prépondérant qu’ils ont joué dans l’organisation du commerce international et surtout des entrepôts de blé, laine, chanvre, alcool et des produits de l’industrie textile.

Leur influence intérieure n’a pas été moins grande, car ce sont les juifs qui, à proprement parler, ont infusé l’esprit moderne dans la vie économique et développé

MARCHAND ET ARMATEUR (xvi' siècle).

(D’après une gravure de Tépoque).

jusqu’à ses extrêmes conséquences l’idée qui forme le noyau -du capitalisme. N’ont-ils pas révolutionné l’économie en transgressant les dispositions des lois interdisant l’usure, le prêt à intérêt? Ces prohibitions entravaient l’essor des relations internationales qui n’étaient possibles qu’avec le concours d’un puissant capitalisme, supposant lui-même le prélèvement d’un intérêt comme récompense de la remise des capitaux à autrui.

C’est encore le juif qui substituera à l’usage de l’attente du client, règle absolue du régime corporatif, l’appel, la sollicitation du consommateur, l’emploi de la ré-

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clame, la vente à des prix inférieurs aux prix habituellement demandés sur le marché. Le Hbre développement des forces économiques ne se laissera limiter par aucune restriction quant au volume des transactions, à la spécialisation des professions. L’écoulement rapide des marchandises à petit bénéfice sera préféré par eux à une cession lente avec gros profit. Ils inaugureront la pratique de la vente à perte qui permet d’anéantir les concurrents. La mentalité économique, particulière aux juifs, la recherche utilitaire, s’oppose à la mentalité chrétienne. Or, l’esprit utilitaire est l’âme du capitalisme. Enfin la formation religieuse des israélites leur a donné le sens de l’humilité, de l’adaptation de la personnalité aux conceptions impersonnelles qui la dépassent j ce mélange d’initiative et de discipline n’est-il pas la base du contrat collectif qui se propage dans les entreprises modernes ?

Il n’est pas douteux que les juifs ont joué un rôle important dans le développement du commerce et la formation du capitalisme, mais il semble que l’élément isréalite n’ait eu réellement, à l’origine, une sanction déterminante que dans un domaine particulier, celui des opérations de crédit et de banque. Grâce à une spécialisation atavique dans la pratique de ces opérations, due en partie à l’interdiction du prêt à intérêt, les juifs ont acquis une situation prépondérante dans cette catégorie d’alfaires ^ mais il semble que, d’une manière générale, le régime moderne des échanges, de peuple à peuple, doive plus à l’influence du catholicisme qu’à celle des races sémitiques.

Nous avons déjà indiqué les conséquences économiques résultant des Croisades, des pèlerinages, des guerres d’Italie et de l’enseignement donné par l’Église dans fUniversité. Les expéditions coloniales qui vont mettre de nouvelles terres, de nouveaux produits, de nouveaux débouchés, sources de bénéfices considérables, à la disposition de certains États ont eu souvent, à l’origine, pour cause ou prétexte la conquête des âmes qu’il s’agissait de gagner à la vraie foi. Le mobile religieux qui a déplacé les populations, au moyen âge, vers l’Orient, agit encore sur une élite et provoque les lointains voyages vers l’Amérique et les Indes.

Il ne faut pas voir un hasard pur dans le fait que les deux peuples colonisateurs des quinzième et seizième siècles, les Portugais et les Espagnols, ont été gouvernés par des princes qui étaient des catholiques fervents, avides de prosélytisme, et la propagande religieuse a suivi de près, quand elle ne l’a pas provoquée, la prise de possession des territoires. Ils imitaient l’exemple que leur avait donné saint Louis, le premier des conquistadors. D’ailleurs, n’était-il pas fils d’une mère castillane ?

Saint François Xavier fut à la fois un grand navigateur et un grand mission-

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naire. Christophe Colomb, à son départ, promit d’équiper, dans un délai de sept ans, cinquante mille fantassins et dix mille cavaliers, pour délivrer le tombeau du Christ. L’esprit religieux des races catholiques a donc eu une part importante dans l’expansion commerciale. A cette influence il faut ajouter le goût de l’aventure et l’esprit de lucre qui régnaient déjà dans le bassin méditerranéen ; l’exemple de Gênes et de Venise, le désir de se soustraire au monopole qu’elles exerçaient pour le commerce avec l’Asie, stimulèrent les autres nations maritimes. Les voyages d’exploration de Vasco de Gama et de Christophe Colomb avaient eu, pour cause première, la recherche de routes meilleures vers l’Inde. Ces voyages et les entreprises de colonisation qui se succédèrent, pendant près de deux siècles, révolutionnèrent le commerce international et transformèrent les sources de la richesse.

L’ouverture de voies

commerciales nouvelles vers l’Orient et l’Extrême-Orient, l’existence d’un empire colonial portugais qui allait de la côte orientale d’Afrique jusqu’aux Moluques et comptait cinq mille lieues de développement, multiplièrent les échanges entre l’Europe et les nouveaux continents. La prospérité prodigieuse de Lisbonne, au seizième siècle, témoigne du développement qu’avait pris le trafic international par l’AÜantique.

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La découverte de l’Amérique, en 1492, eut une répercussion plus profonde encore. Les immenses territoires conquis par l’Espagne fournirent des débouchés nouveaux pour l’industrie européenne ; en outre, la main-d’œuvre locale fut exploitée avec la dernière rigueur. On y ajouta la collaboration noire importée d’Afrique, qui fut, en elle-même, l’objet d’un commerce fructueux par la pratique de la traite. Mais ce qui contribua le plus puissamment à créer des stocks supplémentaires et à transformer l’économie de l’Europe, fut l’appropriation des gisements considérables de métaux précieux provenant des pays neufs. Des fortunes énormes s’édifièrent grâce à l’extraction minière et au transport des stocks métalliques. Cet élément nouveau suscita une fièvre de gain, une exaltation de l’esprit d’affaires qui ne se limita pas aux États possesseurs des gisements, mais gagna toute l’Europe. L’Espagne négligeant, pour le commerce de l’or, agriculture et industrie, dut échanger son métal contre les produits fabriqués des nations voisines. La France bénéficia de cet état de choses et augmenta son stock monétaire, en faisant fructifier son commerce et son industrie qui eurent le bénéfice du stimulant dû à la hausse des prix, consécutive à l’accroissement du stock métallique. La fortune mobilière devient une part prépondérante de la richesse nationale.

Ainsi, l’ouverture de débouchés nouveaux apportés au commerce international par im empire colonial européen, sans cesse accru, et l’exploitation des gisements métalliques considérés comme inépuisables sont deux éléments primordiaux de la révolution économique.

Faut-il joindre à ces causes celle que Karl Marx assigne à la formation du capitalisme : nous voulons parler de l’apparition du machinisme. Cette transformation, nous en avons déjà signalé certaines manifestations dans la période précédente ; elle s’est notablement accentuée au seizième siècle et l’outillage industriel apparaît déjà, à ce moment, comme très différent de ce qu’il était sous le régime de l’économie fermée. Mais l’on peut voir dans cet élément moins une cause qu’un effet ; le perfectioimement de la technique et des procédés de travail a été déterminé par les besoins nouveaux, eux-mêmes créés par les groupes de faits et les influences de doctrines que nous avons dégagés au point de départ du développement économique.

G. Ripart.

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