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L’EXPANSION ÉCONOMIQUE AU SEIZIÈME SIÈCLE

guerre au roi du Portugal qui prétendait leur interdire l’entrée des baies du Brésil. Les résultats des expéditions de Cartier au Canada doivent être momentanément abandonnées. Par contre, la France tira indirectement im grand profit du mouvement auquel elle avait participé dans une si faible mesure.

Bodin a souligné les avantages résultant pour notre pays de l’accumulation des métaux précieux entre les mains des Espagnols. L’Espagne était pour notre commerce d’exportation le débouché le plus important. Contre son or et son argent, elle échangeait du blé, des draps, du pastel, du papier, des livres, de la menuiserie et des ouvrages de main : broderies, etc.; elle faisait venir des ouvriers de presque tous les corps de métier d’Auvergne et du Limousin. L’Angleterre apportait également en France des métaux précieux, du cuivre, de l’étain, du plomb ; elle remportait des vins, des blés, des draps, des pruneaux.

Le déplacement du centre commercial de la Méditerranée vers l’Atlantique, provoqué par la découverte des nouvelles voies maritimes, avait grandement profité à nos ports de l’Ouest dont l’aaivité fut développée, avec l’Espagne, dès la fin du moyen âge. Rouen et Bordeaux sont comptés par les ambassadeurs vénitiens parmi les cinq plus grandes villes de France. Il faudrait citer également Nantes, La Rochelle, ainsi que Boulogne, Dieppe et le Havre, créé en 1517. La Méditerranée ne fut d’ailleurs pas délaissée, Marseille et divers ports méditerranéens entretenaient des rapports étroits avec le Levant, rapports qui se resserrèrent encore après le traité d’alliance signé par François avec Soliman.

Les relations avec l’Italie devinrent moins importantes quand la France réussit à développer sur son territoire certaines industries de luxe, et quand Lisbonne introduisit les épices dans notre pays. Les juifs portugais installés à Bordeaux, et dans la plupart des ports de l’Ouest, jouèrent un rôle considérable en faveur de cet essor. Néanmoins le courant commercial entre la France et l’Italie se maintint fort étroit ; il fut favorisé par les rapports bancaires entre les hommes d’affaires des deux côtés des Alpes. Le commerce des banques était, en effet, d’origine itahenne et, bien que des mesures aient été prises pour nationaliser la profession de banquier, l’influence italienne resta vivace dans ce genre de négoce. François I®^ avait établi à Lyon une banque publique, à l’exemple des banques d’Itahe ; elle rendit, d’après Bodin, de grands services au commerce et attira les capitaux florentins, lucquois, suisses, allemands. Toulouse et Rouen eurent également des « bourses de commerce ».

La France ne se contentait pas d’échanger des produits avec les pays voisins. Le Danemark et la Suède étaient liés avec notre pays par une convention commer-

HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

ciale depuis le règne de François Ils achetaient des draps, du safran, du pastel et surtout du sel qui existait en abondance.

Les difficultés Nous avons déjà constaté à l’époque précédente les D’ORDRE SOCIAL premiers éléments de la formation de classes sociales dis¬

tinctes et parfois opposées. De nouveaux facteurs viennent renforcer ces tendances. Le développement de la production groupe un plus grand nombre d’ouvriers dans une même entreprise, exige l’intervention de capitaux qui dominent la main-d’œuvre.

Les modifications apportées au régime corporatif, dans les villes et régions où il existe, vont agir dans le même sens.

Le fait, en apparence secondaire, que les apprentis peuvent faire valoir leur temps d’apprentissage en dehors de leur résidence a des conséquences importantes.

Les apprentis vont pouvoir aller de ville en ville et accumuler de la maind’œuvre dans certains centres ; ils contribueront ainsi à créer im véritable prolétariat, c’està-dire un milieu qui n’aura plus la certitude de l’accès à la maîtrise dans les villes où il y a des jurandes, ce qui n’est point général. Parmi ces ouvriers grandira l’impression que leurs intérêts sont divergents de ceux des maîtres. Cette conséquence sera d’ailleurs renforcée par les suites de la transformation monétaire et

UN ATELIER d’IMPRIMEUR AU XVP SIÈCLE (D’après la marque de Josse Bade, libraire à Paris, 1518).

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