‹ Histoire de la nation françaiseChapitre 38 sur 112 · LES PROBLÈMES FINANCIERS · texte numérisé non relu

LES PROBLÈMES FINANCIERS

par celles que produira la fiscalité. La révolution monétaire, dont nous nous occuperons plus loin, poussera les maîtres, désireux de réaliser de gros bénéfices, à exclure les apprentis ordinaires de l’accès de la maîtrise, à réserver cette dernière à leurs fils ou à leurs gendres. Les excès de la fiscalité qui, au seizième siècle, est encore timide à l’égard des corporations, inciteront les maîtres à compenser le prélèvement opéré par la royauté par une diminution de salaire des compagnons et des apprentis. C’est particulièrement sur ces derniers que les patrons chercheront à économiser les frais de main-d’œuvre; et des luttes fréquentes auront lieu entre apprentis et compagnons, ceux-ci reprochant à ceux-là d’accepter des salaires de famine.

Des difficultés sérieuses commencèrent à s’élever entre patrons et ouvriers, particulièrement à partir du règne de François I®^. Une grève importante se produisit à Lyon, en 1539, dans l’imprimerie. Elle était causée, d’après les compagnons, par l’insuffisance des salaires et des prestations en nature, le nonibre excessif des apprentis, la mauvaise répartition des heures de travail. Le mouvement prend une grande extension, grâce à l’organisation des forces ouvrières et à la pohce qu’elles exercent sur les ateliers. Un fait analogue se produit en même temps à Paris. Dans cette ville comme à Lyon, les patrons en appellent aux autorités qui se prononcent contre les prétentions des ouvriers, contre le principe des coalitions et les infractions à la liberté du travail. Le pouvoir central confirma les décisions prises. Après plusieurs interventions devant le Parlement, qui n’aboutirent qu’à des édits contraires aux revendications des ouvriers, ceux-ci finirent par obtenir la déclaration du 10 septembre 1572, qui contient des dispositions favorables aux compagnons sur les points essentiels, notamment la fixation du taux des salaires et la limitation du nombre des apprentis. Ces premières grèves sont moins intéressantes en elles-mêmes que par les indications qu’elles nous donnent sur les oppositions sociales et sur les essais d’organisation ouvrière. Elles infirment la thèse de Karl Marx qui prétend fixer les origines de l’antagonisme du prolétariat et du capital, après la transformation de la technique industrielle. La royauté, d’une manière générale, adopta une politique de défiance à l’égard des ouvriers. François et ses successeurs se montrèrent hostiles aux confréries qu’ils condamnèrent en principe, tout en accordant des dispenses à certaines d’entre elles privilégiées 0

Les problèmes financiers, la L’extension prise par quelques formes de FORMATION DU CAPITALISME production industrielle et de l’expansion commerciale supposaient l’existence de capitaux accumulés entre les mains de ceux

HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

qui détenaient la puissance économique. Nous avons précédemment exposé les causes générales qui contribuèrent à l’avènement de la phase capitaliste ; il convient maintenant de rechercher comment s’est développée, en France, la classe des détenteurs de capitaux. Il semble qu’elle se recrute essentiellement parmi la bourgeoisie qui a été mise en possession de la richesse terrienne, dont s’est dépouillée, peu à peu, l’ancienne noblesse féodale. Les nobles qui, dès le moyen âge, avaient dû se défaire d’un grand nombre de terres pour partir à la Croisade, ou seulement pour faire face aux frais des guerres privées ou nationales et aux charges d’un train de vie toujours plus luxueux, continuèrent dans les périodes suivantes à pratiquer des ahénations foncières. Beaucoup de gentilshommes, à l’époque de la Renaissance, abandonnaient leurs domaines pour suivre les princes en Itahe, ou pour prendre du service lors des nombreuses guerres que connut notre pays pendant cette période. Les uns disparurent, d’autres revinrent dans leurs foyers mais s’endettèrent par suite de cette frénésie de luxe que nous avons signalée, d’autres prirent du service à la cour, ou occupèrent des fonctions publiques. Dans ces nombreux cas, ils cherchèrent à faire argent de leurs biens urbains ou ruraux. Les acquéreurs furent ces bourgeois des villes enrichis par le commerce de luxe ou simplement par la plus-value des immeubles qu’ils détenaient depuis la renaissance urbaine du moyen âge. Ce furent les mêmes personnes qui profitèrent des aliénations domaniales auxquelles la royauté procéda souvent au seizième siècle. D’après les renseignements que l’on détient sur la composition de la fortime des familles bourgeoises au seizième siècle, on constate la place qu’y tient la richesse foncière. Les inventaires font ressortir fréquemment la possession de soixante maisons, de vingt ou trente biens ruraux entre les mains de bourgeois commerçants. La seule acquisition de la terre et son exploitation normale donnaient des ressources abondantes qui excédaient les dépenses. L’épargne était rendue possible et la fréquence de l’état de guerre n’apportait pas, le plus souvent, de troubles sérieux dans la production, en raison des lieux éloignés où les opérations se déroulaient ; en outre, la spéculation faite sur les produits de la terre n’était pas rare, même dans cette petite bourgeoisie.

Nous verrons, en examinant les finances publiques, comment le capitahsme trouve des sources nouvelles dans divers procédés nés de la fiscalité.

Le CRÉDIT PUBLIC ET LES L’organisation financière, dont nous avons FINANCIERS. SEMBLANÇAY décrit le fonctionnement à la fin de la période précédente, reposait sur la division des pouvoirs entre les quatre trésoriers et les

Page 1