LES PROBLÈMES MONÉTAIRES
sans virent à la fois diminuer le prix réel de leurs redevances et augmenter la valeur des produits du sol ; beaucoup d’entre eux rachetèrent les droits féodaux et devinrent de petits propriétaires. Les commerçants et les industriels profitèrent de l’accroissement d’activité économique qu’avait produit l’abondance des monnaies et, comme il arrive dans les périodes d’inflation, une foule de gens, sans compétence particulière mais avides de lucre, furent grisés par les gains réalisés par les marchands. Le commerce le plus fructueux était naturellement le commerce de l’argent et les banquiers furent parmi les principaux bénéficiaires de la situation créée par les changements monétaires. Le seizième siècle connut la tristesse des vieilles famüles nobles à court d’argent, forcées de vendre leurs hôtels ou leurs terres, rachetées par les nouveaux riches désireux de faire étalage de leur fortune fraîchement acquise; ü assista à l’ascension rapide de cordonniers devenus financiers, de clercs de villages devenus gentilshommes ; il entendit les plaintes contre la cherté des vivres, les accusations d’accaparement et de spéculation ; les protestations des ouvriers contre l’avidité des maîtres qui cherchaient à accroître encore leurs bénéfices par l’insuffisance des salaires ; il vit les émeutes provoquées par l’élévation des prix et la raréfaction des denrées sur les marchés. En résumé, la hausse des prix, provoquée
LE RECEVEUR d’IMPÔTS (D’après une gravure sur bois du xvi' siècle.)
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
par rabondance du numéraire, modifia profondément la répartition des fortunes, et accrut encore la division qui s’était établie entre les catégories sociales.
Si, en présence de ces perturbations, les victimes se contentaient de gémir ou si elles se révoltaient, les faiseurs de systèmes et les doctrinaires proposaient
les remèdes les plus sûrs et les plus opposés. La royauté ne crut pas possible de se désintéresser d’une situation grosse de dangers, et dont on la rendait plus ou moins responsable. Encore imbue de la théorie qui avait longtemps prévalu dans la doctrine et dans les faits, sur l’existence d’un juste prix, elle crut possible d’en assurer l’application par des mesures appropriées. Le principal remède, et celui qui semblait le plus efficace pour rétablir les prix sur des bases équitables, était la taxation. Les rois y recoururent d’une manière systématique. En général, les ordonnances se contentent de poser des principes, laissant aux autorités locales le soin de fixer les prix maxima.
La taxation, d’abord limi-
MOULIN A MANÈGE (xvii“ siècle).
(D’après le Theatrum machinarum). tee 3. UU petit nombte
d’objets, finit par s’appliquer à presque toutes les marchandises ; elles visaient particulièrement les produits