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CHAPITRE III

LES CONSÉQUENCES DES GUERRES RELIGIEUSES LE REDRESSEMENT DE LA FRANCE PAR LA VOLONTÉ DES HOMMES D’ACTION

Lai situation économique de la France après les guerres de religion. — Le redressement de la France sous Henri IV. Sully et les finances publiques. — La renaissance économique. L’agriculture et l’industrie. — Le commerce et la colonisation. — L’œuvre de Henri IV et de Sully : sa précarité. — Les finances publiques sous la minorité de Louis XIII. — Richelieu. L’insicffisance des moyens financiers. — Richelieu et l’activité économique. — L’œuvre de Richelieu.

A France avait connu une période de grande prospérité sous les règnes belliqueux de Louis XII, de François I®’^, et même de Henri II, et ce fait ne doit pas surprendre, car les opérations militaires se déroulaient loin du centre de la vie active de la nation ; d’autre part, la guerre n’était faite que par ime minorité et l’ensemble du pays continuait à travailler, sans en ressentir d’autres effets que ceux qui résultaient d’une situation financière embarrassée. Encore l’augmentation de l’activité économique et la hausse des prix, elle-même, rendaient-elles plus supportables les augmentations d’impôts. Les guerres religieuses eurent un caractère différent; elles atteignirent la France dans ses forces vives et opposèrent, dans une lutte sans merci, les diverses frac-

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tions de la population des viUes et des campagnes. Les dévastations n’épargnèrent aucune partie du territoire. Partout des champs ravagés, des maisons détruites, des routes défoncées, des ponts coupés. L’activité nationale était détournée des œuvres productrices pour se consacrer uniquement à la destruction des vies humaines et des richesses.

L’agriculture souffrit le pire. Les champs n’étaient plus cultivés et les campagnes se vidaient devant les exactions des bandes armées, qui ravageaient tout sur leur passage. Les paysans, malgré leur dénuement, se voyaient réclamer des redevances supplémentaires par des gentilshommes en quête de ressources pour continuer la lutte. Des révoltes se produisaient dans différentes régions, en Dauphiné, en Normandie. Les Croquants du Périgord et du Limousin organisèrent de véritables armées qui coururent (( sus aux nobles » ; en 1594, vingt mille paysans s’assemblaient près de Bergerac et formaient ime ligue révolutionnaire. On délaissait la culture pour la guerre de classes.

Les villes, malgré l’abri de leurs fortifications, furent à peine moins éprouvées. Celles qui échappaient au pillage n’évitaient pas les dissensions intestines qui faisaient déserter l’atelier et le comptoir. La France connut alors les graves inconvér nients d’ordre économique et social résultant de son penchant pour la pénétration de la politique religieuse dans l’économique. L’industrie périclitait, la production drapière était quatre fois moins importante qu’avant les « troubles ». Au cours du siècle, la teinturerie parisienne était réduite des cinq sixièmes. A Tours, on ne trouve plus dans les soieries ni compagnons, ni apprentis, et les maîtres passent de huit cents à deux cents. Les six mille ouvriers en serge d’Amiens étaient réduits au chômage et vivaient d’aumônes. Dès 1576, la fabrication des étoffes de laine est considérablement réduite ; les matières premières de l’industrie textile du Midi de la France seront travaillées par la main-d’œuvre étrangère. Tout autour de Paris la production est arrêtée dans les centres de manufactures. Des produits étrangers inondent la France : draps, toiles, chaussures, chapellerie.

Les ouvriers sont sans travail, beaucoup émigrent. L’accession à la maîtrise devient de plus en plus difficile, et les maîtres cherchent à réduire le nombre des concurrents. D’ailleurs avec les progrès de la technique, l’exercice de la profession exige une mise de fonds que la plupart des compagnons ne possèdent pas. L’hostilité grandit entre patrons et ouvriers, ces derniers cherchent un point d’appui dans les confréries qui sont de plus en plus des groupements hostiles aux patrons. Les gens sans emploi des villes rejoignent les paysans sans culture, les mendiants pullulent, on veut utiliser à divers travaux cette population inquiétante. Affaiblie par

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les privations, elle est une proie toute naturelle pour la peste, et en effet on en constate les ravages sur divers points du territoire.

Les ouvriers n’étaient pas les seuls à souffrir ; les nobles, atteints, comme nous l’avons vu, par les transformations monétaires, forcés de trouver des fonds liquides pour les dépenses de guerre, sont accablés de dettes. La royauté intervient pour les aider à s’acquitter. On réduit l’intérêt des créances, on leur accorde un moratoire. Malgré tout, la noblesse est forcée de liquider une partie de ses terres, la moitié de celles-ci changent de mains, elles passent aux financiers, aux officiers du roi, car c’est vers le roi que se tournent de plus en plus les gentilshommes désireux d’obtenir des titres ou des places qui compensent pour eux les pertes subies, et donnent la puissance qui permet de se procurer de nouvelles ressources.

Le rétablissement de la paix ne devait pas d’ailleurs rendre au pays, du jour au lendemain, ses habitudes anciennes de labeur et de vie paisible. Lorsque Henri IV licencia les troupes, un certain nombre de soldats préféra continuer à vivre de rapines et à détrousser les habitants. Les nobles se résignèrent difficilement à régler leurs différends par les moyens pacifiques et le duel fut un dérivatif à leur goût de la violence.

L’exercice du pouvoir et le fonctionnement des services administratifs devaient se ressentir profondément de cette période de dissensions, et l’autorité royale en sortit très diminuée. Un retour offensif des puissances seigneuriales représentées par les gouverneurs de province se produisit, ces derniers s’arrogèrent le droit de percevoir l’impôt, de lever des troupes, et d’exercer les prérogatives royales de justice. Les Parlements qui avaient pris parti dans la guerre religieuse, en conservèrent des habitudes d’indépendance et d’opposition au pouvoir royal. Une profonde corruption régnait dans les services administratifs et la vénalité des charges y ajoutait encore.

Les finances publiques devaient être doublement atteintes par la guerre civile. D’une part, la désagrégation des services administratifs coinçait les rouages financiers et, d’autre part, l’augmentation des dépenses, aggravée par l’épuisement du pays, laissait le Trésor public dans une situation lamentable. L’organisation centralisée, qui avait été établie dans la première partie du siècle, ne résista pas aux circonstances qui tendaient à favoriser l’indépendance et les abus des services locaux. Le Trésor de l’épargne ne fut plus alimenté que d’xme façon irrégulière. D’ailleurs l’autorité même du roi n’était reconnue que dans ime partie du royaume ; dans le reste du territoire, l’impôt était levé par les réformés et à leur profit. La pratique des assignations, dont nous avons montré les inconvénients, fut utilisée sans aucune

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retenue et servit à assurer les paiements aux seuls amis des agents fiscaux. Ceux-ci, d’ailleurs, profitaient de l’absence de tout contrôle réel, ne craignaient pas de retenir indûment les sommes destinées au Trésor ; les règles de la comptabilité étaient ouvertement violées et les organismes de contrôle, comme la Chambre des comptes, donnaient l’exemple de gestions irrégulières. En réalité, l’autorité royale comme les pouvoirs de fait se procuraient des ressources dès qu’ils pouvaient et là où ils le pouvaient j la nécessité seule faisait loi.

En présence de ce désordre de l’administration financière, la perception des impositions ne pouvait que donner de graves mécomptes. Malgré la rigueur des recouvrements, le produit en était toujours inférieur aux besoins. La taille, après des « crues » importantes qui en avaient élevé le montant jusqu’à 20 millions de livres, rentrait mal, et Henri IV dut accorder des exonérations sur les exercices passés, pour im chiffre égal. Cette imposition paraissait d’autant plus lourde aux assujettis que leur nombre était réduit par les anoblissements, les exemptions de droit et de fait qui profitaient surtout aux bourgeois ; les ouvriers, qui étaient les plus atteints par la guerre, étaient également les plus accablés par l’impôt. Les taxes indirectes furent également majorées dans des proportions plus fortes encore et donnèrent lieu à de grandes inégalités, notamment pour la gabelle et pour les aides. La gabelle était d’autant plus insupportable aux populations qu’elle imposait aux redevables l’obligation de faire parfois de grands déplacements pour se rendre aux greniers à sel. Henri III multiplia les regrattiers, c’est-à-dire les marchands au détail, mais ceux-ci, qui exerçaient un office héréditaire, percevaient un bénéfice de 25 pour 100 sur le sel qu’ils délivraient ; de telle sorte que l’impôt demeura très impopulaire.

Le redoublement de protection douanière, pratiqué par la royauté, avait principalement un but fiscal ; l’exportation des matières premières comme les laines, les chanvres, les blés et les vins fut interdite par plusieurs ordonnances, mais cette interdiction était neutralisée par l’usage des dérogations aux prohibitions de sortie ; les licences d’exportation devenaient une ressource normale du Trésor et on se préoccupait avant tout d’en augmenter le rendement. Henri III, poursuivant l’œuvre entreprise par l’ordoimance de 1549, augmenta les droits à l’importation et établit un bureau de douane dans chaque vüle, dans le désir avoué d’améliorer la situation du Trésor. Ce but fut d’aüleurs immédiatement atteint, car, malgré le renforcement considérable des droits, le rendement de ces derniers ne dépassait pas, en 1576, I 100 livres.

L’insuffisance de l’impôt par rapport aux dépenses publiques exigea le recours à des procédés que nous avons eu à signaler précédemment, notamment les aliéna-

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tiens domaniales, la création d’offices et l’emprunt. Le principe d’inaliénabilité souffrit de multiples exceptions; les ventes, pour cause de nécessité de guerre, qui étaient très fréquentes, permettaient au roi de percevoir immédiatement un capital. Les offices constitués sous des prétextes plus ou moins fallacieux, fournissaient également de l’argent liquide. Mais les emprunts furent l’expédient auquel la royauté fit appel le plus volontiers pour se procurer des ressources. En 1560, la dette était de 41 millions de livres ; en 1580, elle atteignait presque 92 millions, d’après les chiffres connus, qui doivent être inférieurs à la réalité. On a cru pouvoir fixer le montant de la dette, en 1588, à 120 millions de capital, soit 10 à 12 millions d’intérêts, somme considérable malgré la dépréciation de la monnaie, puisqu’elle représentait presque la moitié du budget total.

La royauté, en quête d’argent, chercha à monnayer les services qu’elle rendait à la religion catholique et demanda l’appui financier du clergé. En 1561, ce dernier promet, pendant six années, une contribution annuelle destinée à être employée en rachat du domaine engagé et des rentes constituées sur les diverses recettes du royaume ; il s’oblige, en outre, à remettre le roi en la jouissance des domaines, aides et gabelles aliénées à la ville de Paris, pour constitution de rentes et à en payer les arrérages jusqu’à leur entier rachat. Le clergé tint parole, mais le roi fit de la contribution du clergé le gage d’un nouvel emprunt, et n’amortit rien ; de telle sorte que l’État se trouva engagé comme auparavant, et que le clergé s’endetta parallèlement au roi. Le paiement des arrérages fat d’ailleurs effectué avec beaucoup d’irrégularité et le crédit royal lui-même se trouva compromis.

Le redressement de la France sous henri iv. Henri IV avait une œuvre SULLY ET LES FINANCES PUBLIQUES immense à accomplir: res¬

taurer en France l’autorité royale, rétablir les finances publiques et redonner au peuple la prospérité économique qu’il avait connue avant les guerres de religion. Nous n’avons pas à dire ici comment il sut mettre au service du principe monarchique sa largeur d’esprit, sa souplesse de caractère, jointes à l’effort continu de la volonté, et venir à bout de la résistance des éléments intéressés à la persistance de l’anarchie. Nous voudrions seulement indiquer de quelle manière fut poursuivi le redressement dans le domaine financier et économique, grâce à l’énergie des hommes d’action, tels que Sully et Laffemas.

L’œuvre la plus urgente était l’œuvre financière. A l’assemblée des notables de 1596, Henri IV déclarait que la France était « quasy-ruinée ». Les dépenses étaient de 16 300 000 écus, alors que les recettes atteignaient à peine plus de 10 mil-

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lions. Le déficit permanent était donc de 6 millions d’écus. Ce qui manquait le plus aux finances publiques, après le rétablissement de la situation générale, était un principe de moralité financière. Sully fut l’incarnation de ce principe ; il apporta à la gestion des deniers publics non des mérites techniques transcendants, mais des

qualités domestiques de bon administrateur. Sa principale originalité, et la plus nécessaire aux besoins de l’État, est d’avoir fait des économies. On a estimé que pendant les dix denrières années du règne de Henri IV, il a épargné annuellement environ un million de livres. Henri IV sut le soutenir, en toutes circonstances, même quand ses intérêts personnels ou ceux de ses familiers étaient en jeu.

Le titre de surintendant qui lui fut donné à partir de i6oi, semble-t-il, renforça son autorité auprès des grands.

Le poids le plus lourd des charges publiques provenait de la dette. Elle était évaluée, peut-être avec quelque exagération, par Sully, à 296 millions de livres; nous avons dit que le service des rentes était très irrégulièrement assuré ; en 1615, on devait plus de 60 millions de livres d’intérêts. La question de la dette était délicate; un projet de refonte d’ensemble comportant à la fois la réduction de l’intérêt et du capital, se heurta à une vive opposition des rentiers. Sully dut renoncer à ce projet, mais par des opérations de détail il aboutit à un résultat analogue : annulation de

BAILLIAGE OU TRIBUNAL D’UN BAILLI DU ROI (D’après une gravure sur bois du milieu du xvi“ siècle).

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créances fictives, remboursement de capital à des conditions avantageuses pour le Trésor; enfin, procédé moins recommandable, suspension partielle du service des arrérages, dont un quart en moyenne était payé. Quoi qu’il en soit, M. Levasseur estime que le tiers environ de la dette fut remboursé par le surintendant.

Sully chercha, d’autre part, à faire rentrer le roi dans la jouissance complète des revenus qu’il tirait soit du domaine, soit de l’impôt. Les aliénations des terres dépendant de la couronne avaient été fréquemment pratiquées pour donner au Trésor des ressources immédiates. Des arrangements furent pris avec des financiers pour libérer le domaine royal au bout d’un court délai, moyeimant certains avantages ; on procéda à la révision des ventes d’offices, comme ceux des sergents des tailles, que l’on avait consenties à des conditions dérisoires pour faire de l’argent. La résistance des intéressés ne permit pas à ces mesures de produire tous les résultats qu’on en attendait, mais l’effet moral avait été grand et on avait vu, clairement manifestée, la volonté du pouvoir de reprendre l’exercice intégral de ses prérogatives. Les aliénations de certains impôts faites à des personnes ou à des collectivités françaises et étrangères furent également révoquées moyennant indemnité.

Il ne sufiisait pas de remédier aux suites fâcheuses des expédients imaginés par les princes sous l’empire de la nécessité, il fallait, au moins momentanément, réduire le fardeau des charges fiscales trop lourdes pour un pays épuisé. Parmi les impôts, la taüle était le plus insupportable, tant par son poids que par son caractère arbitraire, atteignant les populations rurales, les plus éprouvées de toutes. Sully commença par liquider le passé et faire remise des taÜles en retard ; il en diminua, en outre, le montant annuel de près de 2 millions de livres en moyenne. Enfin, il chercha à rendre la taille moins odieuse, en augmentant le nombre des assujettis, par la révision des anoblissements. Quarante mille nouveaux taillables furent ainsi imposés. Le règlement général sur les tailles de i6io s’efforça d’améliorer également l’assiette et la répartition de cette taxe. La gabelle fut, par contre, accrue dans de notables proportions, et Sully s’efforça d’en tirer le maximum de ressources. Les aides ne furent pas l’objet de modifications sensibles, quant à leur établissement, mais le surintendant soumit l’ensemble de ces droits au système de l’adjudication unique, au grand bénéfice du Trésor. Les douanes produisirent aussi des ressources importantes, grâce au renouveau d’activité économique.

La vénalité des charges était, nous l’avons vu, la source de gros profits pour la royauté. Henri IV devait les accroître encore, grâce à l’ingéniosité d’un secrétaire de la Chambre du roi, Charles Paulet, qui imagina d’augmenter, moyennant finance, les droits des officiers. Le paiement d’une taxe annuelle, égale au soixantième du prix

de l’office, permettait désormais au titulaire de ne payer que la moitié du droit de résignation (i) et, s’il mourait, de transmettre son emploi à ses héritiers. L’hérédité des charges fut ainsi établie, par suite d’un expédient de fiscalité ; elle comportait ime exception à l’égard des offices des gens du roi, et d’autre part, ce dernier conservait la faculté de refuser le successeur, mais la nécessité de rembourser le prix de la charge rendait cette faculté quelque peu platonique.

Enfin, Sully sut remettre de l’ordre et de la régularité aux divers échelons de l’administration financière ; il exigeait des comptes exacts et soigneusement tenus à jour par les agents du roi et rendait effective leur responsabilité.

La renaissance économique. Henri IV et Sully comprirent que si

L’AGRICULTURE ET L’INDUSTRIE l’Économic était le fondement essentiel des finances publiques, le principe de la prospérité du pays devait être cherché dans le développement de la production. Elle reposera tout d’abord sur le facteur agricole. Il ne faut pas craindre de répéter le mot de Sully, car il est tout un programme : « Labourage et pâturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée, les vrais mines et trésors du Pérou. » Agrarien patriote, ennemi de vaines et luxueuses dépenses, Sully préfère le labeur patient et tranquille des campagnes aux coûteuses et fiévreuses industries des villes. Des mesures furent prises pour protéger les agriculteurs et pour accroître la production agricole. Nous avons parlé de la réduction et de l’aménagement des tailles ; on voulut assurer aux paysans la sécurité du travail ; on les défendit contre les excès de la soldatesque, contre les abus de pouvoir des nobles, qui au cours des chasses dévastaient les champs et les vignes, contre les saisies exercées par les agents du fisc sur les animaux de labour et l’outillage agricole.

Sully s’efforça d’augmenter la superficie des terres en culture ; les landes furent défrichées ; en Sologne, une vaste entreprise de dessèchement des marais et des terres basses fut organisée avec le concours d’un Hollandais de Berg op Zoom, et le roi favorisa la mise en œuvre de ces terrains incultes par divers avantages, accordés tant aux entrepreneurs qu’aux exploitants. Les palus de Bordeaux furent ainsi asséchés et le régne de Louis XIII devait voir le plein épanouissement de cette initiative. La culture du mûrier, pour laquelle un seigneur du Vivarais, Olivier de Serres, se livra à une propagande active, fut encouragée par le roi qui fit planter un grand

(i) On appelait ainsi l’acte par lequel le titulaire d’une charge l’abandonnait, à condition qu’une personne désignée par lui en fût pourvue.

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nombre de pieds de mûriers dans plusieurs généralités. Olivier de Serres, auteur d’un Théâtre (T agriculture^ chercha à faire profiter les cultivateurs de son expérience personnelle, en vue d’une exploitation rationnelle du sol. Il donna les conseils les plus précieux sur le choix des diverses cultures et l’adoption des meilleurs procédés. Son traité eut une influence heureuse, moins sur les paysans, qui l’ignorèrent, que sur Henri IV, qui en fit son livre favori et en tira profit pour sa poUtique agricole.

Le roi comprit la nécessité d’appliquer un régime de liberté aux échanges des produits agricoles. Il permit de transporter les grains d’un point à un autre du territoire et même autorisa, lorsque l’état de la récolte le permit, l’exportation des grains, afin de faire affluer en France l’or étranger.

Le même souci de l’intérêt national inspira la politique de Henri IV en matière industrielle et commerciale; elle témoigna du désir d’étendre en l’améliorant le système traditionnel joint à une large compréhension des nécessités nouvelles. Le roi fut aidé dans cette tâche par Barthélemy Laffemas qui, après avoir occupé divers emplois domestiques auprès du roi, devint, en 1602, contrôleur général du commerce. Laffemas, reprenant dans le « Règlement général pour dresser les manufactures du royaume » des idées soumises par lui à l’assemblée des notables de Rouen, se montra le soutien résolu de l’interventionnisme, soit pour l’organisation de la production, soit pour le développement du commerce.

Dans le domaine corporatif, Laffemas voulait élargir, en le perfectionnant, le régime antérieur. Partisan de la jurande et de la maîtrise obligatoire sur toute l’étendue du territoire, il proposait de superposer aux jurandes de véritables chambres syndicales, chargées les unes du contrôle des corporations de la même catégorie professionnelle, les autres de la police de toutes les corporations d’un même diocèse. On peut voir là l’origine lointaine de la conception du groupement syndical de l’industrie en unions et en fédérations. Ce plan ne fut pas d’ailleurs adopté intégralement. L’édit de 1597 reprend celui de 1581, que nous avons analysé dans le chapitre précédent, avec même pensée politique et fiscale ; il en élargit encore l’application en posant le principe du groupement obhgatoire dans la corporation non seulement des artisans, mais des marchands. Paiement d’un droit de maîtrise, création moyennant finance de trois maîtrises en dehors de l’organisation corporative, confirmation des lettres des marchands contre le versement d’une somme déterminée, ces diverses dispositions montrent le côté fiscal de l’opération, avoué d’ailleurs par la royauté qui met en avant la nécessité de solder les traitements des officiers suisses. L’édit de 1587, tout en ayant reçu une application plus com-

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plète que celui de 1581, est loin d’avoir réussi à mettre en vigueur, d’une manière absolue, le système corporatif en France. M. Henri Hauser a montré comment Lyon avait su faire échec au plan de réglementation générale de Laffemas dans le domaine corporatif et sauvegardé la liberté du travail.

M. Sée pourra écrire que même au dix-huitième siècle la persistance du travail libre a été plus importante qu’on l’affirme dans divers ouvrages écrits avec une documentation insuffisante. De plus, l’autorité royale, tout en cherchant à imposer l’ancienne organisation du métier, ne méconnut pas les besoins qu’imposait le développement industriel de soustraire aux règles traditionnelles certaines formes de la production. La production artistique proprement dite et la fabrication des industries d’art ne pouvaient se plier aux exigences de la hiérarchie corporative. Henri IV logea au Louvre des artistes et des artisans dont il défendit le travail contre tout contrôle des maîtres et des gardes- jurés, et qu’il fit échapper à l’obligation du chef-d’œuvre.

C’est surtout la grande industrie naissante qui bénéficia de la protection du pouvoir. La corporation, avec la réglementation étroite des procédés techniques, le nombre limité des agents de production, les débouchés restreints auxquels elle avait à pourvoir, ne pouvait convenir à ime fabrication faite sur de larges bases, destinée à une clientèle non définie et dispersée entre des marchés différents, dont une partie se trouve hors du territoire. Il faut donc que les personnes qui sont à la tête des entreprises chargées de ces fabrications soient dispensées des règles ordinaires du métier, et qu’elles jouissent d’un privilège pour tenir compte de leurs frais d’exploitation. Telle est l’origine des manufactures.

Elles fabriquaient les produits à l’aide d’un outillage centralisé. L’artisan sera transformé en ouvrier aggloméré autour des bâtiments, où sont placées les marchandises. Ces fabriques ne s’établissent pas sans protestations de la part de tous les bénéficiaires de l’ancien régime, qui crient à l’injustice et à l’inégalité. Laffemas fut, en cette matière, l’inspirateur éclairé du pouvoir, et l’on a pu dire de lui qu’U avait été le précurseur du colbertisme.

Henri IV poursuivait, dans le domaine économique, les buts essentiels de la politique mercantiliste ; il voulait, avant tout, éviter l’évasion des métaux précieux, fondement de la fortune nationale. S’il juge nécessaire d’interdire l’importation des produits étrangers, principalement des produits de luxe, étoffes de soie, d’or et d’argent, il ne lui paraît pas moins indispensable de stimuler l’activité productrice de la nation. Il ne négligera aucun sacrifice pour développer les industries existantes et en implanter de nouvelles, malgré l’opposition systématique de Sully dont l’aver-

aïo

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