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CANAL DE BRIARE A MONTARGIS, A ROGNY (YONNE

Sept écluses, construites du xvii® au xvni» siècle, élevaient de 35 mètres le niveau du Loing.

Ce canal a été abandonné en 1887.

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sion pour le luxe était profonde. Ces dépenses sont faites pour soutenir les fabriques de tissus installées à Lyon ; des subventions sont accordées à diverses entreprises, des immunités fiscales sont octroyées aux industriels ; on attire les ouvriers étrangers pour développer les industries françaises. La fabrication du fer est améliorée, celle de l’acier fin créée, la préparation des cuirs restaurée. On compte des tissages d’étoffes de laines dans un bien plus grand nombre de villes qu’auparavant.

Les industries de luxe firent l’objet de profondes discordances entre Sully, huguenot rigide et économe, qui estimait l’agriculture, aidée de quelques industries fondamentales, suffisante pour les besoins du pays, et Laffemas qui voyait dans le développement de la fabrication des articles de luxe une source de profits pour l’Ëtat et les particuliers. L’industrie de la soie, que Laffemas voulait implanter solidement en France, grâce à la réalisation d’un vaste programme, tant agricole qu’industriel, fut encouragé par Henri IV qui subventionna les producteurs malgré l’opposition coléreuse de SuUy, accorda des pensions, des privilèges à des fabricants étrangers, à condition qu’ils formassent des apprentis français. Les métiers à bras furent installés à Paris, les crêpes fins, façon de Bologne, ne s’achetèrent plus à l’étranger, mais bien dans la capitale. Troyes fournit les marchés de satin et de damas. La teinture et les apprêts furent apportés des Pays-Bas et acclimatés, ainsi que les dentelles de Flandre, les tapis de haute lisse, les glaces, les cristaux.

En i6oi, Henri IV installa une commission pour vaquer au rétablissement du commerce et des manufactures dans le royaume ; elle comprenait des membres du conseil d’État et des cours souveraines, ainsi que deux ccinmerçants. Laffemas était l’âme de cette commission, à qui il exposait des plans d’ensemble et proposait des mesures de détail. Plusieurs de ces mesures furent prises en considération et mises en application ; d’autres, jugées trop audacieuses, devaient être adoptées par la suite. L’étude des pratiques consulaires des villes maritimes, la connaissance des ouvrages itahens sur le change, les modalités diverses des sociétés de capitaux et d’intérêts préparaient l’œuvre de législation qui, sous Colbert, donnera une grande sécurité aux transactions commerciales.

Le commerce et la Sully vit clairement que, dans un pays ravagé par la COLONISATION guerre, le rétablissement du commerce supposait la remise en état des voies de communication ; c’est à lui que fut confiée la charge nouvellement créée de « grand voyer de France » et la « corvée royale » ou « des grands chemins » date de lui. Il consacra à cette œuvre toutes les ressources disponibles; en 1609, il dépensait plus de i million de livres. Malgré la mauvaise volonté des béné-

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ficiaires des péages, il fit réparer un grand nombre de routes, en fit construire d’autres, les fit border d’arbres ; et remettre en état les ponts. Des canaux furent creusés, notamment celui de Briare à Montargis.

Lalfemas, dans le projet de règlement qu’il avait soumis aux notables de Rouen, préconisait la prohibition d’importation des produits fabriqués comme un des moyens d’encourager la production nationale. L’application de cette défense aux étoffes de luxe, d’or et d’argent, suscita des divergences entre les centres industriels comme Tours, et les centres commerçants comme Lyon, qui voulait devenir le marché international des soies. Un édit de 1599 édicta l’interdiction d’importation de ces articles. Les négociants lyonnais dénoncèrent les effets néfastes de cette mesure, qui portait une grave atteinte au commerce avec l’Italie et menaçait de causer la ruine de la ville ; ils finirent par l’emporter, et l’exécution de l’édit fut suspendue (Hauser et Fagniez).

D’une manière générale, on peut constater que le commerce extérieur fut entravé par les à-coups de la politique mercantiliste et de la protection douanière. Des conflits économiques, des guerres de tarifs s’engagèrent entre la France et ses voisins, les conventions commerciales ne réussirent pas toujours à remédier aux maux que cette hostilité avait provoqués. Un accord avec l’Espagne fut signé en 1604 ; il ne fut pas suffisant pour rétablir le trafic normal entre les deux pays. Un traité de commerce franco-anglais de 1617 succéda à une longue période de tension, provoquée par des mesures à caractère protectionniste. La piraterie, à laquelle se livraient les sujets de chacun des deux États, survécut au retour des relations normales. Le commerce de la Méditerranée, en particulier avec le Levant, fut très actif sous Henri IV, depuis le renouvellement de la Capitulation de 1604, malgré les méfaits des corsaires barbaresques. Marseille conquit le monopole du commerce de la soie.

La colonisation ne fait l’objet que de tentatives isolées. L’hostilité des peuples nantis cependant rendit la plupart du temps ces essais stériles. Henri IV essaya de créer une Compagnie des Indes orientales, qui n’aboutit pas. Les voyages de Champlain au Canada amenèrent la fondation de Québec. Il fut le pionnier qui découvrit les Grands Lacs et fonda la Nouvelle-France. Il conçut le projet de relier le Canada au Mississipi et il est un des créateurs de la future nation américame. Les entreprises coloniales étaient peu appréciées au début si elles n’aboutissaient pas à l’exploitation de richesses minièreSo Seul un zèle rehgieux, dans l’âme d’êtres avides de voyages et d’aventures, pouvait alors donner des résultats. Les colonisateurs partaient. Christ en main, à la conquête des âmes et à la recherche de contrées nouvelles. Parfois l’impatience des fidèles du

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Christ nuisait au succès temporel de l’entreprise. Mme de Guercheville, qui introduisit au commencement du dix-septième siècle les Jésuites dans la Nouvelle- France, avait failli compromettre par son prosélytisme la colonisation de l’Acadie.

L’ŒUVRE DE HENRI IV ET DE Ces quelques traits suffisent à nous montrer SULLY : SA PRÉCARITÉ ^vec quellc vigueuT la France s’était relevée des blessures profondes causées par les guerres religieuses, et quel essor semblait offert aux forces productives du pays. Si l’on cherche à analyser les causes de cette prospérité, on ne saurait les trouver dans l’exécution méthodique d’un plan défini, dû à une pensée créatrice dominante. On constate bien des tâtonnements, bien des vues étroites, bien des idées contradictoires. Le mérite du roi et de son ministre fut avant tout de fournir à l’activité économique les conditions indispensables de son développement, à savoir la paix intérieure et extérieure et le maintien de l’ordre dans tous les domaines, et surtout dans le domaine des finances publiques. La trêve fiscale que Sully sut accorder au pays pour lui permettre de réparer ses forces et de se remettre au travail, était si bien liée à la politique de paix que, dès la fin du règne, les préparatifs de guerre à eux seuls suffisent à compromettre l’œuvre de restauration entreprise depuis près de quinze ans. Le projet de budget de i6io était en déficit; pour se procurer les sommes nécessaires aux dépenses de guerre, Sully prévoit la diminution des crédits de voirie et la réduction de la dette tant intérieure qu’extérieure, au grand détriment du crédit public. Avant même que les préparatifs de guerre fussent terminés, plus d’un million et demi de livres avait été dépensé pour la formation d’une force armée suffisante. Ainsi qu’il était d’usage, chaque fois que les dépenses excédaient les ressources normales, les financiers reparurent, offrirent leurs services et les firent payer. Adjudication de droits à des partisans, rétablissement des taxes, création d’offices, tous ces expédients trop connus furent utilisés par le surintendant. Il ne manquait que l’altération des monnaies ; elle fut décidée en 1609, sous forme d’un abaissement de titre et provoqua un si vif mécontentement qu’un conflit s’engagea entre le Parlement et Sully. L’assassinat

FEMME DU PEUPLE (D’après une ancienne gravure).

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du roi J en arrêtant tous les projets militaires et financiers, écarta du pouvoir le laborieux ministre de Henri IV.

Les finances publiques sous La mort de Henri IV et la régence de LA MINORITÉ DE LOUIS XIII Marie de Médicis livrèrent de nouveau la

France à tous les facteurs de désordre. Le trésor que Sully avait constitué à la Bastille fut dilapidé, et l’équilibre financier, déjà si précaire, se trouva compromis. Les États généraux de 1614 montrèrent l’étendue du mal, sans réussir à faire aboutir un programme de réforme. Le président Jeannin, dans l’exposé de la situation qu’il fit aux États, avoua un déficit annuel de 3 700 000 livres ; la taille et les gabelles avaient été diminuées, alors que les dépenses, et particulièrement les dépenses privées de la royauté avaient augmenté dans des proportions énormes. Des réclamations s’élevaient des divers ordres, la noblesse demandait une Chambre de justice pour punir les traitants, le Tiers la réduction d’un quart des tailles; sous la pression de l’opinion publique, le Tiers se résigna à proposer la suppression, ou tout au moins la modération de la vénalité des charges qui prêtait à de multiples abus. La faiblesse de Marie de Médicis et les influences étrangères, qui se personnifiaient en Concini et en Léonora Galigaï, excitèrent les protestations de l’opinion, représentées par le Parlement. Une sorte de corruption gagnait les premiers corps de l’État. Les financiers obtenaient par cette voie l’adjudication des impôts. Les dépenses productives étaient suspendues, alors que les pensions données aux favoris et à leurs amis atteignaient le triple de ce qu’elles étaient sous le règne précédent. La vénalité des charges, rendue encore plus abusive par la manière dont les offices étaient concédés, soulevait d’autre part une vive opposition parmi les rangs de la noblesse, mais les milieux parlementaires y étaient très attachés, de telle sorte que le Parlement et la Cour bénéficiant chacun des vices du système, cette dernière cherchait à fermer les yeux des magistrats sur les scandales du Louvre en différant la réforme du régime des offices. Après la chute de Concini, une assemblée de notables, réunie à Rouen en 1617, dressa un cahier de revendications, dans lequel étaient réclamées la suppression des exemptions d’impôts, la réduction des pensions qui s’élevaient à 6 millions de livres, la diminution des dépenses de la maison du roi. Les notables n’osèrent pas se prononcer d’une manière formelle contre la vénalité des charges qui favorisait trop d’intérêts particuliers. Il en fut d’ailleurs de ces propositions comme des précédentes, elles échouèrent devant l’impuissance du pouvoir. Luynes succéda à Concini et, selon le mot du duc de Bouillon, la taverne resta la même, le bouchon seul avait changé.

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Richelieu, l’insuffisance RichelieUj de même que Sully, n’était pas un DES MOYENS FINANCIERS financier, mais alors que le ministre de Hemi IV cherchait à suppléer à son impréparation théorique par des qualités morales et des vertus domestiques, Richelieu voulut compenser son ignorance avouée par les ressources de l’imagination et de la volonté. La tâche devant laquelle Ü se trouva était immense et la poHtique de guerre, à l’intérieur comme à l’extérieur, creusait ■ chaque jour le gouffre des finances publiques. Le Trésor de la Bastille avait été rapidement épuisé par Marie de Médicis, il n’en restait plus rien en 1626. A cette date, il était dû 22 millions de livres pour la solde des troupes, 2 millions aux fonctionnaires, et les revenus de 1627 avaient fait l’objet de larges anticipations. On avait dû recourir aux expédients habituels, aux avances des agents des finances et à l’emprunt.

Le produit net des impôts était réduit à peu de chose, principalement en raison des aliénations consenties. Sur 9 millions de livres du fait des tailles, le Trésor n’en percevait réellement que 6 ; les gabelles rapportaient un peu plus d’un million de livres, sur près de 7 millions et demi. Il n’était pas possible, en présence d’une telle situation, de penser à l’exécution d’un vaste programme militaire et diplomatique, sans prendre de sévères mesures d’assainissement. Sans doute, on pouvait songer à diminuer les dépenses particulières de la maison du roi, et dans le discours que Richelieu prononçait devant l’Assemblée des notables, le 2 décembre 1626, les économies possibles sur ce chapitre étaient évaluées à 3 millions, mais le grand remède devait être cherché dans le rachat des domaines, greffes et autres droits engagés, qui montaient à 20 millions ; le rendement de l’opération pourrait se solder par une augmentation des ressources de 6 millions. Ce projet n’eut d’ailleurs pas de suite ; il en fut de même des autres plans de redressement financier imaginés par Richelieu et dont on retrouve l’esquisse dans son testament politique. Qu’il s’agisse d’une refonte complète du système fiscal, du remboursement des offices ou du rachat des rentes, ces conceptions ont l’ampleur et la simplicité de lignes qu’on retrouve dans les systèmes des hommes d’action que n’embarrassent ni les impossibüités techniques ni les difficultés d’application.

En attendant, il fallait vivre, et se tirer d’affaire en dépit du déficit croissant du budget qui atteignait, en 1639, 56 millions sur un total de 172. On vit donc réapparaître la politique d’expédients, avec les mêmes procédés et les mêmes personnes qu’à toutes les époques de détresse financière, sous l’ancien régime, on voit s’agiter autour du pouvoir. On créa des offices, dont l’utilité diminuait sans cesse avec le nombre ; on multiplia les officiers royaux chargés du contrôle des corporations : contrôleurs

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visiteurs auneurs de toile, prudhommes visiteurs de cuirs, contrôleurs du papier, contrôleurs des draps et teintures, dans toutes les villes du royaume. On eut recours à l’emprunt et l’on chercha des prêteurs un peu partout. Les traitants sont les soutiens indispensables de la fiscalité vacillante, on emprunta sur les tailles, sur les aides, sur les gabelles, à des taux allant jusqu’à 20 pour 100 ; ou lorsque les garanties de-

ÉTUDE d’un procureur. — LES « ÉPICES » (D’après Abraham Bosse, xvii® siècle).

vinrent tout à fait illusoires, on en arriva à emprunter jusqu’à un taux de 50 pour 100. La bourgeoisie est également mise à contribution et la taxe dite des « aisés » n’est qu’une sorte d’emprunt forcé. La dette, qui était de 6 millions en 161 3, dépasse 20 millions. Il est vrai qu’on en assure le service avec une irrégularité croissante et qu’on ne se fait pas faute de supprimer un ou plusieurs quartiers quand les fonds manquent. La situation, dans les dernières années du règne, devient presque désespérée ; les dépenses de guerre augmentent dans des proportions inouïes ; l’armée, qui ne comptait guère sous Henri IV qu’une dizaine de mille hommes, comprend, en 1636, plus de

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140 000 fantassins et 20 000 cavaliers. La lutte contre l’Espagne, dans laquelle la France était engagée, exigeait des sommes énormes, équivalant à la moitié des dépenses publiques ; on cherche à se les procurer par tous les moyens. La refonte des monnaies et la création des louis, doubles-louis et demi-louis, qui contenaient une quantité moins grande de métal fin, donnent quelques ressources supplémentaires. La taille finit par produire 44 millions, plus un supplément de 25 millions ; on en rendit le recouvrement plus lourd aux populations, en les tenant pour responsables

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