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MACHINE A TRITURATION POUR LA FABRICATION DU PAPIER

(D’après le ThJâti'e des instruments mathématiques et mécaniques, de Jacques Besson.)

des non-paiements avec la dernière rigueur, on appliqua la taille aux villes qui, en fait, jusqu’alors ne l’acquittaient pas ; des impôts supplémentaires sur le tabac, sur les cartes s’ajoutent aux taxes existantes. Les traitants sont les premiers personnages de l’État et l’un d’eux, Montauron, se voit dédier la pièce de Cinna par Corneille.

Le mécontentement est profond dans les villes comme dans les campagnes. Les rentiers, à qui l’on supprime plus du tiers de leurs revenus, s’insurgent, et il faut les emprisonner pour les faire taire. A Dijon, à Lyon, à Paris, les augmentations d’impôts provoquent des émeutes. Les charges écrasantes qui pèsent sur les paysans amènent des troubles dans diverses provinces ; les croquants du Limousin et du Poitou, les va-nu-pieds de Normandie prennent les armes, les troupes doivent intervenir ; on massacre, on pend de tous côtés, les pouvoirs locaux sont suspendus.

LE REDRESSEMENT DE LA FRANGE

Richelieu et l’activité Richelieu n’accorda à la production industrielle ÉCONOMIQUE qu’une attention intermittente, trop souvent déter¬

minée par une intention de fiscalité. Nous avons vu les nombreuses créations d’offices, d’ime utilité parfois contestable, qu’il avait créés quoique hostile au principe. La remise en vigueur des anciens reglements, sur les conditions de fabrication, avait en partie pour but de rendre nécessaire le contrôle des agents du roi. La mainmise du pouvoir sur l’organisation corporative ne se faisait pas sans soulever des protestations de la part des métiers, et déjà, aux États Généraux de 1614, le Tiers avait revendiqué la liberté d’établissement et de fonctionnement' des groupements professionnels.

Un autre motif de mécontentement était la protection accordée par la royauté à certaines catégories de privilégiés, jugée contraire au principe de l’égalité entre producteurs et au monopole corporatif. L’encouragement donné par le roi aux marchands drapiers de Paris, aux marchands de soieries de Tours, souleva dans ces villes une vive émotion qui témoigne de l’attachement des intéressés aux anciennes règles de métier. Richelieu ne multiplia pas les interventions directes en la matière industrielle, cependant retenons parmi les initiatives de cette époque la création, en 1640, de l’imprimerie royale.

Dans le domaine commercial intérieur, l’action la plus efficace de Richelieu s’exerça au profit de la sécurité et de la facilité des communications. La restauration de l’ordre contribua pour une large part au développement des transactions ; d’autre part, les transports par eau et par terre profitèrent d’améliorations nombreuses. Le canal de Briare fut achevé en 1641, ce qui permit de diminuer de moitié les frais de transport d’Orléans à Paris, la réforme des ponts et chaussées, l’organisation

HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

des services des postes et des messageries eurent également des conséquences heureuses sur les échanges entre les diverses régions.

Mais les préoccupations extérieures dominèrent, en matière économique comme en matière politique, l’activité du ministre. Richelieu veut confier à notre commerce la tâche de lutter contre l’étranger, de la même façon que le font les armées de France. Adoptant les théories mercantilistes qui prédominaient alors dans toute l’Europe, son dessein était de restreindre, dans toute la mesure possible, les achats à l’extérieur et de multiplier les ventes. L’amélioration de nos ports de commerce était la condition indispensable de l’accroissement du trafic; elle fut activement poursuivie. Une enquête fut entreprise sur l’état de nos côtes. Le port du Havre fut élargi, Agde et Brest furent mis en état et de grands travaux furent commencés à Brouage, pour lequel Richelieu avait de grandes ambitions.

Les mesures prises par Richelieu, en tant que surintendant général de la navigation, tendaient à faire servir la marine militaire à la protection des navires marchands. Ces mesures furent renforcées par des procédés nettement protectionnistes, destinés à favoriser le commerce national. Les navires français devront, en principe, transporter toutes les marchandises provenant des ports du territoire et l’égalité des charges entre négociants français et étrangers devra être rigoureusement maintenue.

Afin d’empêcher l’entrée en France des marchandises étrangères, des prohibitions d’importation furent édictées, notamment en ce qui concerne les produits de l’industrie textüe, et des interdictions de sortie des articles français furent établies. Les édits somptuaires pris par les prédécesseurs de Louis XIII furent confirmés. S’il faut en croire La Gombardière, qui adressait à ce sujet un mémoire à Richelieu, les résultats avaient été jusque-là peu apparents, en raison du goût persistant des Français pour les étoffes et les draps d’or et d’argent venus de l’étranger et des mesures plus radicales devaient être envisagées.

Les nécessités militaires ou diplomatiques allaient tantôt renforcer, tantôt atténuer le système protectionniste; la guerre contre l’Espagne entraîne pendant quelques années l’interdiction absolue de commercer avec les possessions espagnoles, mais on dut, en 1639, revenir sur cette prohibition qui nuisait par trop à notre production. Des traités furent conclus avec l’Angleterre, le Danemark, la Moscovie.

Le négoce avec le Levant subissait une gêne considérable du fait de la piraterie barbaresque ; les traités non plus que les expéditions ne réussirent à rétablir un trafic régulier ; les Hollandais et les Anglais distancèrent nos exportateurs ; en vingt ans le nombre de nos vaisseaux fut réduit de quatre cents à trente.

LE REDRESSEMENT DE LA FRANCE

Les efforts les plus personnels et les plus persévérants furent ceux que Richelieu consacra à la création et au développement des compagnies de commerce. Il avait compris que seules des collectivités pourvues de privilèges importants pouvaient réussir à ouvrir à notre production des débouchés lointains. En 1625, la compagnie du Morbihan reçut comme base d’opération la baie du même nom ; eUe avait le monopole du trafic avec la Nouvelle-France, les îles d’Amérique et les pays du Nord de l’Europe. Le Parlement de Bretagne protesta contre le privÜège accordé à la compagnie, et fit échouer la tentative. En 1627, la compagnie de la Nacelle de Saint-Pierre-Fleurdelysée reçut un privilège des plus étendus, lui permettant de trafiquer en tous pays, de conquérir des terres, construire des navires, créer des exploitations agricoles et industrielles et même conclure des traités.

La compagnie de la Nouvelle-France ou des Cent Associés, dont Champlain faisait partie, fut chargée, en 1628, de l’exploitation du Canada. Elle devait transporter immédiatement deux à trois cents ouvriers, appartenant à diverses professioniî, et quatre mille colons dans un délai de quinze ans. On lui abandonnait Québec et une étendue de territoire considérable, avec le monopole du commerce. Quatorze ans après, il n’y avait au Canada que deux cents colons, et cette entreprise commerciale dégénéra en une œuvre de propagande religieuse dirigée par les Jésuites. C’est dans les Antilles que la colonisation produisit les résultats les plus féconds. La compagnie des îles d’Amérique, créée en 1635, réussit à prendre possesssion de Saint-Christophe, de la Martinique, de la Guadeloupe, de la DominiquCo En 1643, il y avait 17 000 Français dans les Antilles.

Des tentatives avaient été également faites en Asie et en Afrique, malgré la surveillance jalouse des Espagnols et des Portugais. Les compagnies des Indes, fondées au début du siècle, ne furent pas heureuses, mais Madagascar vit créer des établissements français qui se hvraient à la culture du tabac. Le Sénégal et la Gambie furent visités par une compagnie normande qui jouissait du monopole dn commerce avec ces pays

L’ŒUVRE DE Richelieu aurait voulu rendre la France aussi prospère à

RICHELIEU l’intérieur que forte à l’extérieur ; la mort l’arrêta dans son œuvre. Sans accepter intégralement l’opinion d’un ambassadeur vénitien qui, en 1642, considérait le pays comme entièrement ruiné, il est trop certain que la situation économique de la France au moment où Richelieu disparut était loin d’être favorable.

La difficulté qui entrava les efforts de Richeheu doit être trouvée dans le problème

HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

financier. La politique poursuivie à l’extérieur exigeait des ressources appropriées. La conception de l’État, assumant le poids de nombreux services publics et la charge de la conduite des guerres, entraînait des besoins financiers qui se développaient plus vite que la matière imposable. La rupture d’équilibre était fatale. Le ministre, n’ayant ni le temps, ni les aptitudes techniques voulues, dut s’en remettre aux expédients fiscaux et aux bons offices des traitants pour se procurer les ressources nécessaires. Il en résulta, outre l’insuffisance des fonds obtenus, un appauvrissement réel du pays, le découragement des milieux commerciaux et industriels, le mécontentement général des populations. L’activité des individus et des capitaux, au lieu de se tourner vers des emplois utiles à la production nationale, fut attirée vers les bénéfices coûteux des opérations financières.

Richelieu, dans son désir de donner à la France une balance commerciale favorable, consacra presque tous ses efforts au développement commercial, sans chercher à lui donner assez sa base naturelle : la production agricole et industrielle. Alors que Sully, exagérant peut-être une idée juste, s’était efforcé de rendre à l’agriculture la place primordiale qu’elle devait avoir dans le pays, Richelieu semble s’être désintéressé de la situation des agriculteurs. Pour les ruraux l’intervention du pouvoir royal s’identifiait avec les exigences des agents du fisc, qui réclamait avec une dureté croissante des sommes sans cesse plus importantes. L’industrie elle-même ne bénéficia que d’une protection intermittente et les résultats obtenus par Henri IV ne furent guère dépassés. Les compagnies de commerce, sans capitaux suffisants et sans l’appui indispensable des facteurs de production, périclitèrent pour la plupart; l’idée féconde de Richelieu fut ainsi rendue stérile par l’insuffisance des moyens.

Il avait manqué à Richelieu la conception d’un plan d’ensemble, appliqué aux diverses formes de l’activité économique et la continuité de vues nécessaire pour le faire aboutir. La sécurité politique, la paix et, surtout, le temps lui firent défaut. Colbert devait essayer de mener à bien cette tâche écrasante.

G. Ripart.

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