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CHAPITRE III (suite

LE COLBERTISME

La situation financière et économique de la France en i66i. — Colbert — sa personnalité — sa méthode de travail. — Les finances publiques et le crédit. — U agriculture et r industrie. — Le commerce et Colbert. — La situation économique et financière à la fin du règne de Louis XIV. — Les cadres sociaux.

A mort de Richelieu et la période de troubles que connut la France sous la minorité de Louis XIV eurent pour conséquence de rendre désastreuse la situation financière, déjà difficüej et de réduire à néant l’effort industriel et commercial des deux règnes précédents. La Fronde, en apparence soulèvement du Parlement « contre le Mazarin et l’Espagnole Anne d’Autriche », apparaît en réalité comme une tentative de révolution financière, une protestation violente contre les méthodes employées par le surintendant Particelli d’Émery, et contre les procédés du gouvernement de Mazarin qui passait pour le protecteur de ce haut personnage. L’administration désordonnée de Fouquet, le recours perpétuel aux traitants, dont Mazarin fut le premier et le plus exigeant, porta le dernier coup aux finances publiques. L’opinion était indignée de l’accaparement prodigieux réalisé au détriment de l’Etat, au plus grand préjudice des taillables et des rentiers, alors que le Trésor était complètement obéré

HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

et que la dilapidation des finances rendait difficile le fonctionnement des armées entretenues hors du royaume.

L’œuvre économique de Henri IV et de Richelieu était compromise par l’effet combiné des divers facteurs : les désordres auxquels tout le royaume était en proie, la mauvaise administration des deniers publics, la multiplication des offices et des taxes, la négligence du pouvoir à l’égard des questions industrielles et commerciales, enfin une série de circonstances défavorables : récoltes déficitaires, épidémies, inondations. Les manufactures créées par Henri IV étaient détruites ou très diminuées. Les métiers à bras ont disparu, l’Angleterre approvisionne les marchés. La Hollande a imité nos draps et les vend à notre place. Le Languedoc ne tisse plus ses laines, les métiers pour soieries de Lyon et de Tours vont en décroissant. Les fonderies, les forges, les aciéries, les tanneries dont le bon roi avait doté son peuple sont à peu près complètement abandonnées. C’est à ce moment que paraît Colbert.

COLBERT : SA PERSONNALITÉ, La personnalité de Colbert est la résultante

SA MÉTHODE DE TRAVAIL d’uue hérédité affirmée par les circonstances, et la manifestation d’un tempérament. Colbert possède les qualités de famille, d’ordre et d’économie jointes au goût très vif pour l’argent que donne la pratique du commerce ; les stages qu’il a faits dans le négoce et dans les banques lui ont procuré la connaissance approfondie des affaires privées. Il a débuté comme comptable chez im oncle, exportateur installé à Reims. Venu à Paris, il a appris le secret des affaires publiques au service de Mazarin, il y a vu comment les particuliers s’enrichissent et comment l’État se ruine. Toute cette formation, soit héréditaire, soit acquise par l’expérience est mise à la disposition d’ime volonté de fer, qui est la marque individuelle du caractère, volonté qui se traduit par la poursuite obstinée d’un résultat, et par l’emploi des moyens de tout ordre pour y parvenir.

La méthode de travail de Colbert, qui porte l’empreinte de son génie, est peutêtre la cause déterminante de sa réussite. Elle suppose une autorité maîtresse, à pouvoirs très étendus. Colbert est véritablement le chef et il dirige, sans contrôle, les divers départements du secrétaire d’État. Le roi lui fait une entière confiance. Ce pouvoir est mis en action par l’entremise des grands commis qui sont les collaborateurs immédiats du ministre. Il les choisit judicieusement parmi les hommes compétents, disposant, comme lui, d’une grande capacité de travaü. Ces commis rédigent les minutes d’après les indications de Colbert, qui les revoit, les annote, puis l’on procède à la rédaction définitive. Les ordres sont ensuite adressés aux agents d’exécution qui ont la possibilité de présenter leurs observations. Le ministre suit

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