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UNE IMPRIMERIE AU XYIII® SIÈCLE

(D’après V Encyclopédie).

merce. Les inspecteurs des manufactures ont vu leurs attributions se développer depuis Colbert, ils n’ont pas seulement un droit de contrôle étendu, mais des pouvoirs de décision. Les entreprises continuent à prospérer, grâce à l’autorité centrale qui multiplie les privilèges et les faveurs. Le nombre des manufactures royales augmente sensiblement sous Louis XV. Afin d’assurer une fabrication satisfaisante, on estime nécessaire de renforcer et de compléter sans cesse les règlements existants et d’édicter les dispositions les plus minutieuses sur les conditions de la production

HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

à ses divers stades : emploi des matières premières, outillage, procédés de fabrication. Les industriels étaient ligotés par une foule d’obligations, éparses dans des textes nombreux, qui paralysaient leur initiative et interdisaient tout progrès réel. A l’administration centrale s’ajoute l’administration provinciale, les intendants exercent des pouvoirs réglementaires et juridictionnels importants. Malgré ces entraves, dès la première moitié du siècle, on constate un certain développement, notamment dans les industries textiles, minières et métallurgiques ; mais la liberté seule pouvait donner à l’industrie l’essor décisif.

Le mouvement libéral fut déterminé surtout par l’influence des idées de Goumay et des physiocrates. Goumay apportait non des vues théoriques, mais le fruit de son expérience d’intendant du commerce, renforcée par les observations que ses voyages à travers l’Europe lui avaient permis de recueillir. Cette expérience lui avait enseigné les effets néfastes de la tutelle administrative, sur l’organisation professionnelle et sur les productions des diverses industries et la nécessité de s’en remettre à la liberté seule, comme principe de la création des richesses. Cet administrateur se montre l’adversaire de tous les fondements de la doctrine mercantiflste : régime réglementaire à l’intérieur et monopole de fabrication, prohibitions douanières, etc. Le caractère pratique de la doctrine de Goumay se retrouve dans les efforts qu’il fit pour faire passer dans les faits les idées auxquelles il était attaché et grâce à lui des atténuations nombreuses tempérèrent la rigueur de la politique économique.

Les physiocrates, tout en se désintéressant, par principe, de la production industrielle, firent aux fabriques une application particulière de leur système reposant sur la liberté.

L’esprit libéral nouveau qui se répandait dans les divers milieux, aussi bien dans le monde des affaires que dans celui de la cour et des philosophes, ne fut pas seul à agir en faveur du développement de l’industrie. Le perfectionnement de la technique, condition du progrès de la fabrication, ne fut possible que grâce aux efforts considérables faits pendant la seconde moitié du dix-huitième siècle dans le domaine de l’invention. Nous aurons à donner quelques précisions sur ce point en analysant, au début de notre quatrième partie, les influences qui ont contribué à former l’économie du dix-neuvième siècle et qui constituent le début de l’industrialisme.

Il faut également tenir compte des répercussions qu’exerça l’extension de l’activité commerciale sur la production industrielle. Le commerce d’exportation a provoqué dans une certaine mesure l’essor de la grande industrie. En effet, le commerce avait besoin de moyens de règlements extérieurs pour payer les achats faits

LA PERSISTANCE DES ENTRAVES A L’ACTIVITÉ ÉCONOMIQUE

au loin ; déjà à cette époque se posait ce que nous appelons le problème des transferts qui exigeait l’obtention d’ime richesse d’échange en vue des paiements à l’étranger. Cette richesse d’échange était constituée essentiellement par des produits manufacturés. Il n’est pas douteux que le commerce extérieur, en France, n’ait été la cause du développement des manufactures de draps dans le Languedoc méditerranéen, région particuhèrement bien placée pour organiser la concurrence avec les Échelles du Levant, soit par l’intermédiaire de Cette, soit surtout par Marseille.

Une autre forme de l’action du commerce sur l’industrie se constate dans les progrès des fabrications rurales. Les marchands des villes qui disposent de gros capitaux cherchent à les employer dans les diverses productions auxquelles s’adonnent les paysans, non propriétaires. Comme ces derniers n’ont aucune habileté manuelle, on cherche à répandre parmi eux les métiers mécaniques et les marchands, fournisseurs dé la matière première et des instruments de production, deviennent de véritables chefs d’entreprise. Dans la bonneterie et dans la filature de coton, l’industrie rurale, financée par le négoce, cause un préjudice sérieux à l’activité urbaine.

Tous ces facteurs produisent un accroissement très notable de l’industrie; dès 1760, on évalue la production annuelle à 930 miUions de livres. Les fabriques textiles et métallurgiques sont parmi les plus considérables, mais on constate également un développement notable dans la céramique, les tanneries, papeteries, verreries, les raffineries, la fabrication des savons, bougies, etc.

Les formes du capi- Quelle forme revêtait cette organisation? On peut TALîSME INDUSTRIEL affirmer que la moyenne et la petite industrie demeuraient de beaucoup les plus importantes ; on relève pour les diverses industries, dans les villes et surtout dans les campagnes, une foule d’artisans qui, pour la plupart, travaillent seuls ou avec un compagnon. Nous avons déjà constaté l’activité de certaines productions rurales, à forme d’artisanat; l’industrie urbaine est également divisée en un grand nombre d’établissements de faible importance. Ainsi que M. Sée le fait observer, les chiffres mêmes qu’atteint la population des villes sont une preuve de la rareté des fortes agglomérations ouvrières. Lyon seul a 160 000 habitants, et la grande majorité des villes varie de 10 à 20 000 habitants. La raison essentielle de cet état de choses était l’insuffisance des capitaux qui auraient trouvé leur emploi dans des entreprises industrielles. Cependant la classe des petits travailleurs tendait à décroître. Elle faisait place à de grandes manufactures sous l’empire de diverses causes, notamment de la faveur avec laquelle le

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pouvoir voyait se créer des fabriques ayant un matériel développé et obtenant des privilèges de l’État. A cela s’ajoutait la nécessité d’avoir une industrie concentrée, pour pouvoir utiliser les perfectionnements de l’outillage, qui commençaient à se répandre. Les avantages multiples que peut donner seule la grande industrie : division du travail, spécialisation de la main-d’œuvre, organisation de la production et de la vente tant à l’intérieur que sur les marchés étrangers s’accusent de plus en plus.

Dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, on trouve d’assez nombreux exemples d’entreprises, disposant de capitaux, d’im personnel nombreux et d’un outillage mécanique. Le moulinage de la soie est effectué dans quelques grands établissements du Midi de la France. Sans parler de la région lyonnaise, on rencontre en Provence et en Languedoc des manufactures puissamment outillées. La fabrication des indiennes, longtemps prohibée, fut ensuite pratiquée dans plusieurs manufactures agencées selon des formules nouvelles, qui seules répondaient aux difficultés de la production. On trouve également des usines dans l’industrie drapière et la fabrication de la toile. Dans le domaine de la métallurgie, la plupart de nos grands centres manufacturiers datent du dix-huitième siècle. Les établissements du Creusot, créés en 1742, se transformèrent en sociétés par actions, comprenant 4 000 actions de 2 500 livres ; la fonderie de canons d’Indret fut étabUe en 1777 grâce à des capitaux considérables. Un arrêté de 1744 interdit d’ouvrir et de mettre en exploitation des mines de houille sans la permission du contrôleur général; il exige certaines modalités d’exploitation qui ne pouvaient être remplies que par des concessionnaires disposant de larges fonds. Aussi les autorisations furent-elles accordées à de puissantes compagnies qui se livrèrent à une exploitation rationnelle, entreprirent de grands travaux, recoururent à un outillage bénéficiant des derniers progrès techniques. Les compagnies d’ Affiche, d’Anzin ont été constituées à cette époque ; cette dernière avait 4 000 ouvriers, extrayait 3 750 000 quintaux en 1789, et percevait I 200 000 livres de bénéfices. Bien que la France ne pût se suffire à elle-même, la production charbonnière avait augmenté rapidement au cours du siècle.

Le capitahsme a donc fait son apparition. L’invention, favorisée par les études des membres de l’Académie des Sciences, a facilité cet essor qui sera momentanément interrompu pendant la période révolutionnaire.

Le CRÉDIT PUBLIC ET LES DIFFICULTÉS La formation des premières grandes

FINANCIÈRES. LE SYSTÈME DE LAw compagffies qffi faisaient appel à

l’épargne avait été rendue possible grâce à l’importance grandissante prise par le

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commerce de l’argent et le développement de l’esprit de spéculation. Il semble que le système de Law, malgré l’échec qui en a marqué l’aboutissement et le préjudice qu’il a causé au crédit public, n’a pas été sans favoriser d’une manière profonde des tendances nouvelles et en particulier la création d’organismes de crédit privé, support de la vie financière des entreprises. Les banques, qui étaient en 1703 au nombre de vingt et une, figurent en 1721 au nombre de cinquante et un établissements. La Bourse de Paris est fondée en 1724 ; vers le milieu du siècle on voit apparaître les premières grandes compagnies d’assurances par actions. Examinons donc brièvement en quoi consistait le « système » et quelle fut sa fortune.

Il existait à la mort de Louis XIV une circulation considérable de billets de toutes sortes, dont la valeur était dépréciée jusqu’à concurrence de 50 à 70 pour 100 par suite du non-remboursement aux dates indiquées.

Le Conseil des finances, au lendemain de la mort de Louis XIV, se trouvait en

présence des charges suivantes :

Livres.

Billets de toute espèce, énumérés dans la déclaration du 4 août 1716 . 596676959

Sommes dépensées par anticipation . 137222259

Sommes dues aux fournisseurs de la cour et autres créanciers . 185 000000

Rentes constituées (86 009 310 livres) correspondant à un capital d’environ . . 2 000 000 000

Gages des offices et augmentation de gages correspondant à un capital de . . . 442 063 000

soit ime masse globale de trois milliards et demi de livres.

Comment en opérer la liquidation ? Le duc de Saint-Simon opinait pour rendre le roi quitte des dettes. C’était la banqueroute. On préféra d’abord procéder à une révision des effets royaux qui de 596 millions furent réduits à 190 miUions de billets d’État. De plus, une Chambre de justice, installée le 14 mars 1716 aux Grands- Augustins, dressait l’état de tous ceux qui, depuis vingt-cinq ans, avaient eu quelque intérêt dans les emprunts, dans les fournitures, les fermes, etc. Elle prononça la confiscation des deux septièmes environ des biens de certains traitants, usa de la torture à leur égard, en condamna au carcan, à la prison et même à la mort ; mais surtout les suspects dépourvus de protection. Si bien que l’opinion pubhque s’indigna et il fallut supprimer la Chambre. Alors on revint aux errements traditionnels de la monarchie : réduction des rentes, retranchements qui donnèrent 24 nfilhons et demi en capital et 3 milUons sur les arrérages.

Puis on songea à la refonte des monnaies, malgré les promesses contenues dans un arrêt du 13 août 1715, et qui promettait de laisser les monnaies sur un pied fixe et immuable. En fait le public ne porta aux Hôtels que le tiers des espèces. Le

Trésor gagna tout au plus 90 millions. Les faux monnayeurs redoublèrent d’activité et le commerce troublé perdit dix fois ce que gagna le Trésor. Nouvelle tentative de refonte, en mai 1718, des louis et des écus. Quiconque apporterait du numéraire aux Hôtels et y joindrait des billets d’État recevrait une somme égale aux deux cinquièmes de son numéraire et serait remboursé du tout en nouvelles espèces. Le Parlement cette fois protesta. Il fallut en arriver à la tenue d’un lit de justice.

Mais l’opinion publique faisait corps avec le Parlement. On dut trouver autre chose que les anciens procédés. C’est alors que Law, connu dans les milieux de la cour depuis 1705 et tenu pour une « compétence financière », parut comme un sauveur. L’idée de l’inventeur reposait sur la transformation de la dette à court terme de l’État en instrument de crédit, en billets de circulation commerciale. En effet, Law, convaincu par l’exemple de la Banque d’Amsterdam et de la Banque de Londres, du rôle capital que devait jouer le papier-monnaie comme moyen de crédit, y voyait la solution des difficultés financières avec lesquelles la France était aux prises. Il critiquait les mesures prises par le Conseil des Finances et le duc de Noailles. Outre la réduction des billets d’État, ce dernier avait eu recours aux procédés traditionnels de l’ancien régime. Les rentes avaient subi, en 1715 et 1716, des amputations importantes, tant sur les arrérages que sur le capital; la valeur nominale des espèces avait été augmentée; la Chambre de justice établie en mars 1716 pour faire rendre gorge aux traitants, avec toutes les pratiques arbitraires auxquelles donnait lieu ce genre d’opérations : délations, exemption des plus coupables grâce à l’entremise des gens en place, poursuites contre les innocents ne donna aucun résultat satisfaisant. Law estimait que ces expédients n’avaient d’autre effet que de détruire la confiance qui seule pouvait rendre à l’État le crédit dont il avait besoin et il soumit au Régent un système qui avait pour base l’institution d’une banque privée qui prendrait en charge la dette de l’État et organiserait une circulation fiduciaire productive, en escomptant les effets de commerce ; l’idée d’une banque d’État ayant été écartée par le Conseil des Finances.

Dépositaire de l’argent des particuliers et du trésor royal, dont elle prenait à charge la dette à court terme, la Banque pourrait fournir à la circulation une somme dix fois plus considérable que celle qu’elle avait reçue en espèces et elle proportionnerait toujours dans ses émissions la quantité du numéraire aux besoins du commerce. Les revenus du royaume seraient en sept années portés à 3 milliards, ceux du roi à 300 millions, l’intérêt commercial serait abaissé à 3 pour 100.

Comme moyen de réalisation, Law prévoyait la création d’une puissante

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