CHAPITRE IV
L’INDUSTRIALISME
U industrie de 1815 à 1848. Les industries métallurgiques. — Les industries chimiques, — Autres industries. — Transformations dans le matériel de tissage. — Inventions diverses. — Conséquences économiques et sociales du développement industriel. — Les résultats de V activité industrielle. — La condition sociale des ouvriers. — La doctrine de Sismondi et les conséquences sociales du machinisme. — Influence des idées de Sismondi.
ES mesures individualistes de l’époque révolutionnaire avaient préparé l’essor de l’initiative privée et créé un terrain favorable à l’invention. Celle-ci allait être le point de départ d’im vaste mouvement industriel qui se développe, depuis la Restauration jusqu’à la veille de la chute du Second Empire, avec des périodes d’intensité et de ralentissement beaucoup plus explicables par les mouvements politiques et sociaux que par des rythmes dominés par les hausses ou les baisses de prix. L’industrialisme, dont nous allons indiquer les manifestations, eut en effet des caractères très particuhers, dans cette période du dix-neuvième siècle. Grâce à l’achat plus ou moins rapide d’un matériel mécanique dominant de plus en plus les forces naturelles et permettant à l’homme de réduire sa dépense d’énergie, le coût de production va sans cesse en baissant. L’offre des produits est accrue. Mais par suite de la raréfaction des métaux précieux.
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
les prix ont une tendance à la diminution. D’après les études de M. Levasseur, en chifirant à loo l’ensemble des valeurs officielles en 1826, on trouve en 1847 les indices 97,5 pour les produits naturels et 85 pour les produits manufacturés. Or, cette baisse survenait alors que les industriels avaient engagé un capital important pour le premier établissement de leurs fabriques. La mise au point des procédés entraînait de lourdes dépenses. Le problème de l’amortissement obligeait à des compressions sévères, qui ne pouvaient s’opérer facilement sur les matières premières, et par conséquent étaient surtout réalisées par la réduction du prix de la maind’œuvre. Cette politique était rendue facile aux entrepreneurs, par l’augmentation de la population dans les campagnes et les tendances des paysans à délaisser les champs, où sévissait la mévente des produits agricoles, pour gagner la ville avec l’espérance d’y obtenir une condition meilleure. Tels sont les éléments d’im problème particulièrement grave, qui aboutit à des maux sociaux dont nous aurons à préciser l’étendue. Le spectacle de la misère des travailleurs de l’industrie indignera les enquêteurs de France et d’Angleterre et leurs plaintes serviront un jour à Karl Marx pour édifier une critique sévère du capitalisme et de ses méfaits. Nous devons connaître les manifestations de cette activité industrielle qui prépare les temps modernes.
L’INDUSTRIE DE 1815 A 1848. LES Nous avons exposé les résultats de l’in- INDUSTRŒS MÉTALLURGIQUES troductiou du machinisme sous le Premier Empire. On a vu qu’ils ne furent qu’exceptionnels. Ils préparèrent, surtout dans la métallurgie, la chimie et l’industrie textile, la période suivante sous la Restauration et la Monarchie de Juillet. Alors la France a vu se réaliser ou s’appliquer chez elle une multitude d’inventions dans tous les domaines de fabrication ; et ces progrès techniques ont facilité le développement de la production à la fin du dixneuvième et au commencement du vingtième siècle. Il importe d’illustrer cette affirmation par des précisions, car cette série de faits économiques est, en général, insuffisamment mise en lumière.
D’abord, les inventeurs s’appliquent à dominer la nature et à élargir l’utifisation des générateurs à vapeur. La chaudière tubulaire, qui devait rendre très pratique l’emploi des locomotives, est créée par Marc Séguin en 1828 et appliquée d’une façon pratique par l’Anglais Stephenson. C’est en 1820 que Cave, de Paris, introduit dans la pratique la machine à cylindre horizontal, ces progrès étant réalisés parallèlement à ceux que l’on constatait de l’autre côté du détroit. En outre des améliorations de matériel existant dès la fin du dix-huitième siècle, notons les
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inventions nouvelles. Les turbines à vapeur, dont l’emploi généralisé ne devait se produire qu’au vingtième siècle, ont été étudiées et perfectionnées, notamment par Réal et Pichon, en 1827, les premiers essais industriels étant faits par Leroy (1838) et Tournaire en 1853. La turbine « Compound » de Tournaire devait constituer le prototype des turbo-moteurs actuels.
L’industrie des mines devait grandir parallèlement aux utilisations élargies de la vapeur. Dès 1830, comme le constate Alfred Picard, dans le Bilan d'un Siècle, les grandes installations minières du Nord de la France étaient arrivées à un degré
de développement intéressant. En 1840, le forage des puits est perfectionné; quelques années plus tard, on allait tenter l’emploi du diamant dans l’attaque des roches dures. A la même époque, Triger cherchait à utiliser l’air comprimé pour foncer un puits dans ime île de la Loire.
Le procédé de lavage des combustibles et de leur agglomération est étudié et réalisé dans la région de Saint-Étienne. Le premier brevet date de 1833. Ce sont des industriels de cette localité qui font breveter, en 1842, les premières machines à agglomérer. En 1831 on consommait 2 millions de tonnes de houille ; en 1847, 6 miUions. En 1830, on compte 15 000 mineurs ; en 1847 leur effectif est de 47000 personnes. Anzin est déjà une entreprise capitaliste puissante. Lille, Roubaix, Tourcoing, prospèrent grâce à la mise en valeur des richesses du sous-sol.
L’industrie de la sidérurgie devait progresser avec celle de la vapeur et de la
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houille. On améliore l’installation des hauts fourneaux. Les anciens soufflets de cuir sont remplacés par des machines à double effet, pourvues de pistons et de cylindres en fonte et commandées par l’action directe de la vapeur. En même temps, apparaissent dans les usines métallurgiques, des appareils de chauffage au gaz, fondés sur le principe de la récupération de la chaleur. Fourchambault, créé
en i8i8, a installé, en 1827, 10 hauts fourneaux, une soufflerie mue en partie à la vapeur et 20 fours à réverbère. Le Creuset peut travailler des pièces de 3 500 kilos.
A Thionville, l’usine de Wendel fabrique 5 800 tonnes de fer.
Des spéciahstes venus d’Angleterre, notamment les frères Jackson, s’installeront dans la région de la Loire et initieront les maîtres de forges au procédé de préparation des aciers, en utilisant, non plus exclusivement les charbons de bois, mais la houille, pour l’affinage. Les efforts des Jackson viendront se conjuguer avec ceux des métallurgistes de l’Est : les Holtzer et plus tard les Dorian. La France cesse, par degrés, d’être tributaire de l’étranger pour les limes, les râpes, les faux, les faucilles et les scies.
Des hommes de science, comme Sainte-Claire Deville, étudieront les métaux spéciaux et notamment l’aluminium et le sodium.
Ainsi, la France, sans atteindre le degré de perfection métallurgique de l’Angleterre, s’apprêtait à suivre l’évolution qui allait permettre d’équiper un grand nombre de hauts fourneaux et de produire les fontes, les fers, les aciers nécessaires aux grands travaux publics et aux puissantes constructions de l’armement terrestre et plus tard de la marine de guerre.
Les études faites par les techniciens des ponts et chaussées et qui transformaient