E. SCHNEIDER
fondateur des établissements métallurgiques du Creusot.
L’INDUSTRIALISME
OU amélioraient l’art de la construction, allaient faciliter de nouveaux débouchés, à l’industrie sidérurgique
Les industries A côté des progrès du fer, il faut suivre les transforma- CHKvnQüES lions à la fois scientifiques et industrielles de la chimie.
L’invention de l’acide acétique en 1819, de la chaux hydrauHque de Vicat, de la bougie stéarique joue un rôle important. Les expériences de MM. Perret père et fils de Lyon, en 1833 et 1835, firent progresser le traitement des pyrites dans la fabrication de l’acide sulfurique. Or, les procédés d’amélioration de ces produits devaient avoir une répercussion sur un grand nombre de préparations industrielles. Le traitement de la soude et du carbonate de soude ne le cède guère en importance aux précédents travaux. C’est surtout Leblanc, chirurgien d’Orléans, qui, dès la fin du dix-huitième siècle, trouva un procédé pratique pour extraire la soude ou le carbonate de soude du chlorure de sodium. Ses méthodes furent améliorées et, en 1853, des fours tournants étaient fabriqués pour permettre un brassage mécanique des matières travaillées.
Le milieu du dix-neuvième siècle devait connaître ime découverte dont les applications furent faites surtout au profit de l’Allemagne. Un chimiste lyonnais, Verguin, extrait la couleur d’aniline de la houille. Cet emploi des matières colorantes dérivées du goudron constituait un des plus grands progrès que les arts chimiques aient accomplis depuis le début du dix-neuvième siècle. Une nouvelle industrie était créée. Elle allait engager de nombreux capitaux, et permettre aux Allemands de créer rapidement une industrie chimique puissante.
La fabrication de l’indigo artificiel fut l’œuvre de Guimet, en 1826. Jusqu’alors, ces produits étaient tirés du lapis-lazuli et coûtaient 125 francs l’once. Guimet obtint ce colorant en chauffant à 700 degrés un mélange de kaolin, de carbonate de soude, de charbon, de soufre et quelquefois de süice. La dépense ne fut que de quelques francs pour une quantité assez importante.
Les chimistes améhoraient leur matériel. Les cornues à gaz en terre cuite devinrent de fabrication courante, à partir de 1839, grâce à Bena, potier de la manufacture de Sèvres. Aussi, dès cette époque, fait-on des recherches dans la région d’Autun pour distiller les schistes. Des travaux sur les huiles essentielles sont entrepris par Dumas et Pelouze. Mais, deux noms se détachent dans toute cette pléiade de savants, ceux de Chevreul, de Gay-Lussac. Dès 1815, Bracounot de Nancy démontre que les corps gras se séparent par simple pression en éléments de même nature, dont les principaux sont la stéarine, la margarine et l’oléine.
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Chevreul et Gay-Lussac prirent un brevet le 25 janvier 1825, où üs indiquaient leur méthode de préparation des graisses et des suifs. Les conséquences économiques de cette découverte peuvent être précisées par quelques chiffres. La production de la parfumerie était évaluée à 12 miUions de francs en 1836, 18 miUions en 1856, à 26 milHons en 1866. Le progrès de l’industrie de la mégisserie est rendu possible par l’amélioration et la découverte des substances chimiques. Sa technique s’affirme à partir de 1827. Les utilisations de nos cuirs tannés permettent l’essor de toute ime série de produits : industrie des cuirs vernis pour carrosserie; utihsation du maroquin dans la rehure, etc.
A UTRES IN- On peut affirmer que la prospérité des industries fondamen- DUSTRiES taies entraîne le développement parallèle des branches de l’activité humaine moins essentielles à la satisfaction d’importants besoins.
Dès 1827, l’impression des papiers peints réalise des progrès intéressants. Désormais à la planche plane que l’ouvrier apphquait à la main, sur des feuilles collées les unes au bout des autres, se substitue l’impression au cylindre de cuivre gravé en creux et d’année en année, les modifications les plus heureuses sont apportées à cette technique.
Il faut remonter également à 1825, pour constater les apports de la chimie à la fabrication des tapisseries. Chevreul invente le cercle chromatique qui définit plus de 14 000 tons. Désormais, les manufactures des Gobelins et de Beauvais ont leur domaine nettement délimité. La première monopolise la tapisserie de haute lisse et recueüle le matériel des ateliers de la Savonnerie alors que la seconde se cantonne dans la tapisserie de basse fisse pour les meubles, les feuilles de paravent, les tentrues décoratives.
Nîmes fabriquera, au métier Jacquard, de belles tapisseries en laine et en soie, Roubaix et Tourcoing imiteront cette dernière vüle. De plus, on verra apparaître la fabrication des moquettes, tissu intermédiaire entre le tapis ras et le velouté d’Orient, qui eut, d’abord, une grande vogue en Angleterre.
Les procédés d’impression perfectionnés ont eu une répercussion sur l’industrie de la toile cirée et du cuir, ce dernier étant désormais travaillé pour être utilisé dans les ornementations murales et dans les meubles; l’art décoratif fait aussi d’immenses progrès dans la céramique. En 1824, de Saint-Amans, après plusieurs voyages en Angleterre, apporta dans notre pays la fabrication de la faïence fine. Les premiers essais faits avec Brongniart, alors directeur de Sèvres, aboutirent à des résultats tellement précis que, désormais, l’industrie put s’engager
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dans cette nouvelle voie, des manufactures importantes furent créées à Montereau et à Creil.
Dès 1804, un Lyonnais, Reval, prenait un brevet de cuisson de la faïence stannifère traitée au combustible minéral. Une usine de Bourg-la-Reine qui adopta le procédé obtint une réduction de 50 pour 100 dans la préparation.
LA MANUFACTURE DE SÈVRES (D’après une gravure de Turgan).
Transformation dans le Nous devons, pour en terminer avec cette MATÉRIEL DE TISSAGE révision des inventions adoptées dans la première moitié du dix-neuvième siècle, souligner toute l’importance des transformations dans le matériel du tissage.
Deux opérations essentielles furent améliorées. D’une part la filature et la préparation des fils, d’autre part le tissage lui-même. L’Angleterre s’était appliquée, dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, à la substitution de la filature mécanique au travail manuel, dans le travail des fibres de coton. La nature même de ces fibres, leur ténuité, leur faible longueur étaient autant de causes de difficultés. Au contraire, tous ces éléments, joints à la souplesse des filaments, à la netteté de leur surface, à leur faculté de liaison et de glissement, favorisaient la préparation et le filage automatique. Les Anglais étaient d’autant plus portés à perfectionner l’usage de cette matière première que leurs industriels trouvaient des bénéfices élevés dans les ventes mondiales des cotonnades, et sur le continent, et dans les colonies britanniques. Dès 1763, Higgs avait imaginé le métier
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Jenny, qui permettait la production simultanée de plusieurs fils par un seul ouvrier. Trois ans plus tard, Hargreaves perfectionnait cet instrument, et par la suite le métier continu, capable de fournir les fils de chaîne, devint d’un usage général. Les métiers anglais ne furent que lentement introduits en France. En 1820, le nombre des broches pour les métiers à coton ne dépassait pas 260. Mais on poursuivait des deux côtés du détroit le perfectionnement de la mule-Jeimy. Aussi, dès 1823, des changements sensibles se manifestent dans l’industrie cotonnière. L’usage des métiers réduisant le rôle de l’ouvrier à une simple surveillance se générahse et le rendement du travail, par broche, est accru. A partir de cette époque, les machines de préparation se complètent et s’améhorent, et le jury de l’exposition de 1844 pouvait affirmer que les 58 milhons de kilogrammes de coton utilisés en France par 3 600 000 broches en eussent exigé 4 500 000 dix ans auparavant, les fils étant autrefois moins réguhers et plus chers.
La France fut plus inventive dans la filature mécanique des laines. Dès 1783, un fabricant de draps de Châteauroux, Quatremère-Disjonval, réussissait à carder de la laine sur des machines à coton. Perfection également que l’invention de Demaurey qui, dès 1797, avait composé une machine à filer le lin.
En 1810, un concours, institué par Napoléon révèle les aptitudes inventives de Phüippe de Girard, ancien professeur de physique et de chimie à l’École centrale de Marseille, qui invente des procédés nouveaux, transformant considérablement le travail du lin, du chanvre, du coton. De Girard ne cesse de perfectionner ses ingénieuses mécaniques et l’on peut affirmer que, de 1810 à 1819, il a dégagé, au complet, les principes de la filature du lin et du chanvre. L’inventeur fut malheureux et longtemps méconnu. Il éprouva des déboires financiers, fut incarcéré à Sainte-Pélagie. Deux associés lui extorquèrent ses procédés pour les vendre à im négociant de Londres. Après un exil volontaire, en Autriche et en Pologne, de Girard revint en France en 1844, et mourut en 1845, sans avoir obtenu du gouvernement ni récompense pécimiaire, ni distinction honorifique. Désormais, dans le Nord, en Seine-Inférieure, dans le Haut-Rhin, se propage le machinisme. Le nombre des broches était de 2 miUions et demi en 1834, il est de 3 milhons et demi en 1844. Grâce aux améhorations des appareils, chaque broche rend 50 pour 100 de plus qu’en 1816. Tandis qu’on employait en 1830, 32 milhons de kilos de coton, on en utihse 65 millions de kilos en 1846.
Le métier à tisser s’étend, avec ses procédés mécaniques : 5 000 métiers en 1834, 31 000 en 1846. Dès 1830, on constate que le filage à la main a presque complètement disparu pour la laine et ne produit plus que les fils de chaîne
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en laine peignée. Pour le lin et le chanvre^, au contraire, la filage à la main assurait encore, en 1844, les 9/10 de la consommation. Les métiers à filer étaient néanmoins parvenus à un haut degré de perfection. L’augmentation de vitesse du matériel anglais allait être obtenue, grâce aux perfectionnements d’un Français : Vimont.
Le tissage des étoffes avait été également, en Angleterre, l’objet de grandes innovations à la fin du dix-huitième siècle. Nous avons rappelé les inventions de Higgs, d’Hargreaves, d’Arkwright. De plus, Cartwright, dès 1784, avait établi un métier automatique qui permettait d’actionner le battant non plus à la main, mais par une courroie de commande.
Cependant ce fut seulement au dix-neuvième siècle que ces métiers se développèrent, tant en Angleterre qu’en France. Vaucanson avait déjà, en 1745, nous le savons, trouvé des procédés permettant de tisser des étoffes en imprimant au métier un mouvement continu qui allégeait singulièrement la fatigue de l’artisan. Cinquante ans s’écoulèrent sans que le système de Vaucanson fût utilisé ou imité. Le métier qu’il avait inventé était délaissé dans les galeries du Conservatoire de Paris. Au cours d’une visite que fit dans ces galeries un homme à l’esprit curieux et inventif. Jacquard, l’idée lui vint de reprendre le procédé de Vaucanson, et avec la coopération du mécanicien Breton, il réussit à créer une mécanique permettant au tisseur d’exécuter, d’une façon presque inconsciente, en appuyant sur la pédale du métier, l’étoffe la plus simple et les dessins les plus variés, les plus riches. Désormais la fabrication des tissus façonnés de toute espèce, des étoffes brochées, des châles, des tissus veloutés, des tulles, entre dans une ère nouvelle. L’industrie du linge damassé, des moquettes dites anglaises, trouve dans le nouveau système des avantages considérables. Les progrès de cette technique seront constamment en évolution pendant tout le dix-neuvième siècle.
Ces initiatives devaient provoquer également des améliorations dans le métier à la barre et dans ceux à navettes changeantes servant à la fabrication des rubans et des lacets. Cependant l’adoption des métiers perfectionnés et, plus tard, mis en mouvement grâce à un moteur mécanique, devait être lente. On constatera, en 1848, que le nombre des instruments à bras était encore, en France, de beaucoup supérieur au nombre des métiers mécaniques : 328 000 contre 121 000. L’Angleterre avait une forte avance : dès 1844, elle comptait 675 000 métiers automatiques. La lenteur avec laquelle le matériel perfectionné se répandait en France tenait non pas à des difficultés techniques, mais à des raisons économiques. Les industriels redoutaient l’importance des frais de construction et d’installation du nouveau matériel. Ils étaient très attachés à la variété des articles fabriqués. En effet.
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cette particularité, cause du succès de plusieurs des grands centres de fabrication français, nécessitait des modifications fréquentes dans le montage des lisses et se prêtait mal à Tusage des métiers mécaniques qui exigent la continuité et la rapidité de fabrication. Il n’en fallait pas davantage pour expliquer la persistance du tissage à bras, surtout dans les campagnes où le prix de la main-d’œuvre demeurait relativement modique.
Les métiers à tricot, introduits en France, grâce à l’initiative de Sully, mais surtout d’un usage courant depuis Jean Hindret qui avait étudié, au péril de sa vie, leur fonctionnement dans les ateliers de Londres et avait installé, en 1656, au château de Madrid (Bois de Boulogne) une manufacture de bas, ne fonctionnaient pas automatiquement. Ils exigeaient l’intervention de l’ouvrier pour faire mouvoir et déclancher le jeu des chariots, partie essentielle du métier. Mais au cours de la période qui va de la fin du Premier Empire à la Révolution de 1848, les recherches les plus constantes sont faites en Angleterre et en France pour combiner les métiers anciens avec les inventions de Jacquard. Le fonctionnement automatique d’un métier rectiligne, à tricoter les bas, devait constituer ime des grandes nouveautés de l’Exposition de Londres, en 1862. Dès lors, la France eut le bénéfice de ces procédés, qui abaissèrent considérablement le prix de revient.
INVENTIONS Nous devons nous borner à préciser que, dans de multiples DIVERSES domaines, l’esprit inventif des Français collabora à l’essor de la tech¬
nique industrielle (i). L’invention du gaz est due à Philippe Lebon, ingénieur des Ponts et Chaussées, qui, dès 1786, avait réalisé un appareil appelé le thermo-lampe, alimenté par du gaz de bois. Méconnu de son vivant, Lebon disparut, mystérieusement assassiné. Son invention fut adoptée à Londres dès 1808, en remplaçant
(i) Voir dans VHistoire de la Nation française le premier volume de l'Histoire des sciences, la Chimie, par M. Albert CoLSON.
J.-M. JACQUARD (1752-1834) (D’après une lithographie).
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le bois par la houille, et surtout la houille grasse. C’est seulement en 1830 que l’industrie du gaz s’implantait chez nous. A cette époque, des compagnies anglaises demandèrent et obtinrent des concessions dans la plupart des grandes villes de France.
Il ne faut pas oubher dans cette énumération, le rôle de Nicéphore Niepce, qui s’adonne, en 1813, au problème de la reproduction des images sur une plaque d’argent bruni. Il aboutit, en 1823, ayant trouvé les procédés de la chambre noire, permettant la production de l’image latente, son impression sur plaque sensible, son développement. En 1829, il s’associait avec Daguerre, et en 1839, Arago, dans im rapport à l’Académie des Sciences, faisait connaître le procédé, désormais définitivement acquis, de la photographie.
Enfin, rappelons que, dès 1843, Foucault, aveugle-né appliquant des principes écrits en 1819 par Barbier, et en 1839 par Braille, imaginait une. machine à clavier, dont les touches actionnaient des poinçons, destinés à piquer une feuille de papier et à y dessiner la forme des lettres. Cette machine resta unique, mais un Français, Soulé, devait en reprendre l’idée, ainsi que deux Américains, Sholes et Ghdden, et construire la machine à écrire, qui fut réahsée aux États-Unis, d’une façon commerciale, en 1874, par Remington.
Une mention doit être réservée aux industries alimentaires. La fabrication du sucre de betterave que le blocus avait fait naître est anéantie par la concurrence des Iles, la paix revenue. Mais en 1817, Crespel, de Lille, remonte une usine et Chaptal en construit une autre à Chanteloup. Grâce au régime protectionniste de la Restauration, l’industrie sucrière reparaît. En 1828, il existe 50 sucreries produisant 6 milhons et demi de kilos de sucre. En 1830, la France produit 6 millions de kilos, en 1836, 40 milhons, en 1847, 52 milhons de küos de sucre de betterave. Dans le Nord-Ouest on compte 400 sucreries qui prospèrent, malgré les effets de la loi de 1843, qui étabUt ime taxe égale sur le sucre de canne et sur celui de betterave.
Conséquences Economiques et sociales Le génie inventif de la France,
DU développement industriel gu cours de cette période qui va des
dernières années du Premier Empire au miheu du dix-neuvième siècle, a eu des effets économiques et sociaux considérables. D’une part, on constate la diminution du prix de revient dans la plupart des fabrications. Par exemple, dans la porcelaine, l’abaissement des prix est de plus de 60 pour 100 en dix ans. Mais les débouchés ne pouvaient croître proportionnehement aux facultés de production. D’abord les
campagnes restent figées dans une vie sordide. Elles ne pouvaient fournir des effectifs importants de consommateurs. Quant aux villes, elles sont surtout peuplées d’ouvriers qui subissent, d’une façon constante, les conséquences du rapide essor de l’industrie. Une partie des travailleurs urbains est en chômage et ceux qui travaillent le font dans des conditions particulièrement pénibles et peu rémimératrices. Au total, le problème social de la misère des classes ouvrières est posé en conséquence des transformations de la technique que nous venons de décrire.
Dans les campagnes, la décadence des industries, jusqu’alors prospères, s’accuse d’année en année. Le tissage des draps et des toiles se fait de plus en plus en fabrique, tandis que celui des rubans et des étoffes de soie reste une industrie à domicile dans le Lyonnais et le Forez.
Les résultats de L’acti- Peut-on aisément chiffrer les résultats d’enviTÉ INDUSTRIELLE semble de la production aux différentes périodes de la transformation technique que nous venons de décrire ? Aucune évaluation n’est plus malaisée. Nous n’avons point de statistiques, car la Restauration supprima le bureau de statistique créé au ministère de l’Intérieur sous Napoléon. On doit donc se référer, le plus souvent, à des évaluations données par un économiste, Charles Dupin. La production minière et métallurgique a été cependant indiquée dans une enquête du service des mines. La France produit un million de tonnes de houille en 1814 et un million et demi en 1825. Elle fabrique dans ses hauts fourneaux 114 000 tonnes de fonte en 1818, 220 000 en 1828. Un tiers de la fonte est traité à la houille, le reste au bois. De 1820 à 1828, la fabrication de la fonte au coke et du fer à la houille augmente au détriment de la fabrication au bois. Cette évolution est lente, car les avantages du traitement par les nouveaux procédés ne se dégagent pas aisément des évaluations faites dans les différentes régions de France. Les prix de revient varient considérablement, suivant les ressources locales en bois et en houille.
On possède quelques résultats de la production des industriels du tissage. Les relevés des douanes accusent, en 1812, 10 millions et demi de kilos de coton brut à l’importation, 28 millions en 1825, 30 millions en 1827. Il y a également augmentation de quantité dans les soies traitées par la condition de Lyon qui enregistre, en 1814, 417 000 kilos ; en 1829, 587 000 kilos. Or l’usage n’était pas encore admis de soumettre toutes les matières premières au contrôle de la condition et il importe d’augmenter ces chiffres d’un tiers pour connaître les quantités réelles de soie consommées par l’industrie lyonnaise.
LES divers modes d’éclairage avant l’invention du gaz
En tête. Armoiries des maîtres Huiliers et Chandeliers. — i, 2. Lampes gallo-romaines en terre. — 3. Couronne de lumière (x' siècle). — 4. Chandelier (xiii® siècle). — 5. Chandelier à plateau (xiv'’ siècle). — 6. Chandelier en émail de Limoges (xiv® siècle). — 7. Chandelier à bortrole (xv® siècle). — 8. Croisset en bronze (xv® siècle). — 9. Chandelier en fer forgé en hélice (xvi® siècle). — 10. Lampe portative en fer forgé (xvi® siècle). — ii. Chandelier suspendu (xvh® siècle).
— 12. Bougeoir à main (xvn® siècle). — 13. Applique Louis XIV. — 14. Quinquet à huile (xviii® siècle). — 15. Lampe Carcel. — 16. Lanterne. — 17. Boîte à amadou (xvi® siècle). — i3. Briquet (xvi® siècle). — 19. Mouchette (xvi® siècle).
— 20. Eteignoir (xviii® siècle).
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Dans la période qui va des débuts de la monarchie de Juillet à la République de 1848, on note un accroissement également constant de la production des industries fondamentales. Les maîtres de forges ont obtenu, grâce à ime coalition avec les grands propriétaires fonciers, tm régime de protection dont nous aurons à préciser les dispositions essentielles. Ils sont ainsi à l’abri de la concurrence étrangère. Aussi enregistre-t-on, pour les deux matières premières les plus nécessaires à la grande industrie, le fer et la houille, des prix très élevés qui s’exphquent par les droits de douane et par l’insuffisance des voies de communication. De i 500 tonnes en 1829, la production de la houille passe à 5 153 000 tonnes en 1847; pour la fonte, les chiffres sont de 220 000 tonnes en 1829, de 592 000 en 1847 ; pour le fer de 154000 tonnes en 1829; de 390000 tonnes en 1847. La fonte est produite, vers 1840, dans 500 hauts fourneaux environ dont 400 sont alimentés au bois. Le fer est obtenu dans les trois cinquièmes des hauts fourneaux après combustion de houille. Le nombre des appareils industriels à vapeur s’accroît lentement : il y en a 525 en 1832, fournissant ime puissance de 9 000 chevaux, et 4 853 en 1847, avec 62 000 chevaux. Ces résultats paraissent favorables. Ils le sont en eux-mêmes, mais relativement à l’Angleterre, nos progrès sont plutôt lents. En effet, en 1826, il y avait en Angleterre 15 000 machines ayant une force de 375 000 chevaux.
Au cours de la troisième période de l’évolution de l’industriahsme, et qui comprend la Répubhque de 1848 et le Second Empire, nous possédons des renseignements beaucoup plus complets et plus précis. D’abord les résultats du dénombrement fait en 1851 et 1856, puis les enquêtes rédigées en 1860 et 1862 par Audiganne et par Reybaud sur la condition des ouvriers. A la veille de la Révolution de 1848, la population industrielle qui comprend le travailleur et sa famille est évaluée à 3 800 000 personnes pour les professions qualifiées arts et métiers, et à 2 milhons et demi pour les manufactures. Dans cette masse, on compte 1 300000 ouvriers dont près de 500 000 femmes ou enfants. Le trait dominant de la vie sociale est donc la prépondérance des artisans sur les ouvriers enrôlés dans la grande industrie. Les entreprises qui évoluent déjà vers la concentration capitaliste sont les mines et la métallurgie. L’extraction de la houille occupe 23 000 ouvriers dans 486 établissements ; la production de la fonte et du fer 29 000 ouvriers dans 480 hauts fourneaux. Cependant il reste encore, dans nombre de régions de France, de petites forges alimentées grâce au bois et avec un nombre infime d’ouvriers. Les industries des métaux sont toujours assurées par des travailleurs à domicile, soit dans la quincaillerie et la métallurgie, qui occupent 83 000 ouvriers, soit dans la bijouterie, le travail du bronze, etc. Il est impossible de passer en revue les diffé-
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rentes modalités de fabrication à cette époque. Il faut retenir que dans presque toutes les branches de l’activité économique, on est en présence de quelques types exceptionnels de manufactures concentrées qui préparent les temps modernes, tandis que, dans la plupart des autres, l’artisanat à domicile persiste et paraît encore le cas le plus général.
La condition sociale La condition des ouvriers et ouvrières est exposée DES OUVRIERS pgr jgs enquêtes entreprises sur la situation des masses laborieuses, soit par im ancien préfet, Villeneuve-Bargemont, soit par deux membres de l’Académie des Sciences morales et politiques, Villermé et Reybaud, et par Audiganne.
Il est d’ailleurs délicat de se rendre un compte exact des difficultés matérielles, dans des milieux qui n’ont jamais de fonds liquides et dont les revenus n’excèdent pas ce qui est nécessaire à la satisfaction des besoins primordiaux. Assurément la durée de la journée de travail, le montant du salaire, le prix du pain, aliment essentiel, précisent d’une façon assez complète les conditions générales de vie. Mais ces éléments d’information varient considérablement de région à région.
La population active française, vers 1826, répartissait les 31 851 000 Français en trois groupes de professions : 22251000 agriculteurs, 5300000 marchands, fonctionnaires ou personnes exerçant une profession libérale, 4 300 000 ouvriers. C’est dans cette dernière catégorie que la misère paraît profonde, aux différentes époques de la Restauration, de la monarchie de Juillet et même après la Répubhque de 1848. Nous allons essayer de dégager successivement les caractères généraux de la condition sociale des travailleurs de l’industrie, au cours de ces trois époques. Sous la Restauration, si l’on s’en rapporte aux affirmations de Villeneuve- Bargemont, préfet du Nord, les logements ouvriers sont d’un aspect sordide et misérable. A Lille, l’entassement des familles dans les caves est ime cause de saleté et d’immoralité. Sur les 224 000 ouvriers du Nord, 163 000 sont inscrits, en 1828, au bureau de bienfaisance. A Paris, le chiffre des indigents secourus par les hospices et les hôpitaux est de 167 000 individus. En 1829, le pain de quatre Uvres coûte dix-sept sous et demi, et une ouvrière reçoit quinze sous, après avoir fait une journée de onze heures. Les fabricants du Haut-Rhin constatent le dépérissement rapide des enfants dans les manufactures et Villermé décrira le dénuement et l’alcoolisme des ouvriers lillois, leur déchéance morale et toutes les conséquences du développement de la prostitution. A Mulhouse, il naît un enfant illégitime sur cinq. A Paris, près de 10000 sur 23000 naissances en 1817. Sur ce total, 7800
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seront recueillis comme enfants trouvés. A Lyon, le nombre des enfants abandonnés double entre 1814 et 1828. Dans l’ensemble de la France la progression est presque aussi rapide : 83 000 enfants sont laissés dans les tours de charité en 1815, et 119 000 en 1820.
Y a-t-il eu amélioration sensible dans cette effroyable situation sociale sous la monarchie de Juillet? A priori, on pourrait penser qu’un gouvernement, favorisé dans son accession au pouvoir par les masses prolétariennes, leur ait montré une vive sollicitude. En vérité, il est difficile de suivre, d’après des documents certains, les variations des salaires des ouvriers. On peut cependant admettre que la période critique dont nous avons dégagé les aspects à l’époque de la Restauration se maintient sous la monarchie de Juillet. La rémunération moyenne des ouvriers des mines est de 551 francs en 1844. A l’époque de la Restauration, le salaire aimuel moyen de l’ouvrier français, d’après les affirmations de Dupin, variait entre 492 francs et 587 francs. A Paris, en 1847, sur 343 000 individus employés dans 325 industries différentes, occupant un ou plusieurs ouvriers, d’après Horace Say, 28 000 personnes ont un salaire inférieur à 3 francs, 157000 de 3 à 5 francs, ii 000 au-dessus de 5 francs, les femmes et les enfants gagnent 0 fr. 60 par jour au minimum et 3 francs au maximum. Les autres travailleurs sont de petits patrons isolés ou des ouvriers en chambre, dont le salaire est inconnu. En province, dans la plupart des régions le taux est inférieur à celui que nous venons d’indiquer. La durée de la journée reste très élevée. Les ouvriers et ouvrières des filatures et des tissages sont en moyenne treize heures dans les ateliers.
On peut opposer aux renseignements que nous fournissons ici les affirmations de Thiers qui soutenait que les salaires des ouvriers du bâtiment et corporations connexes avaient constamment augmenté, depuis la fin du Premier Empire. Il est vrai que, dès 1849, un enquêteur plus près des ouvriers, Agricol Perdiguier, apporte des résultats différents. Ils permettent d’affirmer que la misère de l’ouvrier d’usine, l’exploitation du travail des femmes vont en croissant pendant toute la période de 1830 à 1848. Cependant l’esprit d’épargne se développait dans les villes. On constate que, en 1835, sur i 000 habitants, 4 ont un livret de caisse d’épargne. Il en 1840, 21 en 1847. Le solde moyen porté sur le livret est de 511 francs en 1835, 546 en 1840, 538 francs en 1847. Seulement sont-ce bien des ouvriers qui effectuent ces versements ? Il paraît bien que la plupart des propriétaires des livrets étaient de petits bourgeois, des fonctionnaires, des domestiques ou des ouvriers quahfiés, rares alors, qui avaient le bénéfice de hauts salaires. Dans une enquête commerciale menée en 1854, Cunin Gridaine, patron d’une grosse industrie, déclare que ses
L’INDUSTRIALISME
ouvriers ont une répugnance très nette, même s’ils ont des économies, à les verser à la Caisse d’épargne. Si nous faisons des économies, disent-ils aux employeurs, vous trouverez que nous gagnons trop et vous réduirez peut-être nos salaires. Le désordre moral s’accuse dans le nombre accru des enfants trouvés recueillis dans les hospices. Les 6 375 bureaux de bienfaisance ont dépensé, en 1833, 10 millions pour secourir 695 000 indigents; en 1847, 9 336 bureaux assistent i 329000 personnes et dépensent près de 17 millions. Charles Dupin, en 1840, affirmera, à la Chambre des Pairs, que sur 10 000 jeunes gens appelés au service, dans les dix départements les plus manufacturiers, il faudra en réformer 9 000, tandis que, dans les départements agricoles, 4 000 seulement sont déclarés inaptes au service. La misère et l’indigence sont l’école de la criminalité De Tocqueville affirme que, de 1827 à 1841, le nombre des délinquants, relativement au nombre des citoyens, s’est accru dans la proportion de 3 à 17. Les récidivistes sont de plus en plus nombreux et la société s’émeut de cette situation qui aboutit à la formation d’une redoutable armée du crime.
La Révolution de 1848, où les ouvriers avaient pris une si grande part, allaitelle modifier considérablement le sort des travailleurs manuels? Assurément elle obhgea la bourgeoisie à s’intéresser au sort de la classe ouvrière. Mais ce fut trop souvent un sentimentalisme de surface. Les assemblées votèrent une série de lois qui paraissaient susceptibles de transformer sérieusement la situation matérielle et morale des ouvriers. En fait, le sort des prolétaires de l’industrie resta aussi misérable que par le passé. Or, les ouvriers avaient compté sur la Révolution de 1848 pour améliorer leur condition déplorable. La déception qui survint laissa une amertume profonde parmi les travailleurs manuels. L’économiste Reybaud affirme qu’il ne reconnaît plus le tempérament des ouvriers en soie du Lyonnais, tant leurs sentiments sont aigris. Audiganne, dans une enquête sur les ouvriers de France, résume, en 1858, son impression ; le silence règne, la résignation même, mais la paix extérieure ne paraît pas fondée sur un retour sérieux à la confiance. Ce ne sont pas seulement deux classes, mais deux nations. Dans les ateliers la subordination est complète, mais au dehors, aucune influence, aucune déférence. On nous exploite. Tel est le mot qui revient sans cesse sur les lèvres des travailleurs ulcérés. Le milieu est favorable à l’élaboration d’une doctrine de lutte de classes. Cependant après 1850, lorsque la crise de chômage engendrée par la Révolution de 1848 eut été liquidée, les populations ouvrières des villes profitèrent des abondantes récoltes qui entraînèrent les bas prix des produits agricoles. Le travail reprit surtout dans les grandes entreprises du bâtiment. A Paris les
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
salaires s’élèvent dans la plupart des métiers. Mais bientôt une hausse parallèle du prix de toutes choses se produit et les procureurs généraux des cours d’appel n’hésitent pas à reprocher aux patrons d’avoir accru leurs bénéfices, sans élever graduellement les rémunérations des ouvriers. La misère des travailleurs paraît même s’être aggravée chez les tisserands en chambre. En 1862, les ouvriers envoyés en délégation à l’exposition de Londres estiment que la condition matérielle de la classe ouvrière est plus mauvaise.
La DOCTRINE DE sisMONDi ET LES coN- Il n’est point surprenant que de SÉQUENCES SOCIALES DU MACHINISME faits aient soulevé un débat social
s’instituant autour du problème de l’essor du machinisme. Les masses ouvrières ont alors des idées absolument arrêtées en la matière ; elles sont nettement hostiles à l’installation d’im matériel perfectionné. Un doctrinaire, observateur sagace, Sismondi, va essayer de dégager les éléments techniques et sociaux du problème.
On ne saurait développer ici tout le contenu de la doctrine de Sismondi. Il faut simplement retenir qu’il a vu dans le mécanisme de la production, intensifiée par le développement du machinisme, et dans l’inégalité de la répartition de la propriété une des causes de la misère. L”industriel, en présence de l’insuffisance des débouchés, réahse un profit non point tant par l’écart entre le coût de production et le prix de vente, qu’à la suite d’un prélèvement qu’il opère sur les sommes qu’il devrait normalement et équitablement payer à l’ouvrier.
Il faut aussi faire état des travaux de Villeneuve-Bargemont, ancien préfet, ayant vécu dans le Nord de la France, et qui a vu de très près l’état misérable du miheu ouvrier. Dominé par des concepts religieux et cathoUques, il s’élève contre la situation lamentable des populations ouvrières dans l’industrie textile. On doit enfin tenir compte des travaux de Buret, qui, s’inspirant des analyses faites sur les maux des classes ouvrières, essaie de construire un système émancipateur, grâce à l’association coopérative de production, qui permettra aux ouvriers de percevoir intégralement le revenu brut et le revenu net de leur travail. Mais le grand intérêt de l’œuvre de Sismondi se trouve dans l’influence qu’il a exercée sur les constructeurs du sociahsme, en Angleterre, en France, en Allemagne. En Angleterre, Ruskin et Carlyle se rattachent très intimement aux doctrines de Sismondi. Ils désirent comme lui le retour vers le passé, vers l’artisanat. Ces tendances se rencontrent également chez le fondateur de l’école française d’économie sociale. Le Play, partisan résolu du développement de la famille et de l’essor d’une industrie à domicile, dans sa forme patriarcale.
UNE VERRERIE SOUS LA RESTAURATION (D’après une assiette peinte du musée de Sèvres).
L’INDUSTRIALISME
C’est surtout parmi les constructeurs du socialisme dit scientifique que l’on retrouve l’influence directe de Sismondi. Rodbertus lui doit le point de départ de la théorie des crises de surproduction et l’idée que le progrès technique ne profite immédiatement qu’aux classes possédantes. Karl Marx, dans le manifeste du parti communiste, indique tout ce dont il est redevable aux analyses de Sismondi. Il a dégagé, des affirmations de cet auteur, la loi de concentration des fortunes, qui a pour conséquence la prolétarisation des masses. C’est dans Sismondi qu’il puise l’idée de la force de travail, source du profit de l’entrepreneur. Marx donnera d’ailleurs plus de netteté à cette conception. Il reprendra la théorie de la plus-value capitaliste, obtenue grâce au prélèvement, par l’entrepreneur, d’un certain nombre d’heures de travail non rémunérées et cependant productives.
Ainsi l’essor formidable du machinisme dans la première moitié du dix-neuvième siècle a eu des conséquences sociales tellement lourdes aux milieux ouvriers, qu’il a paru aux observateurs de ce phénomène que, fatalement, le régime industriel devait dresser dans une lutte de classes les patrons et les ouvriers. L’insuffisance des débouchés, au cours de cette époque, explique le pessimisme social qui a donné naissance à la pensée socialiste. Lorsqu’une organisation industrielle, avec des débouchés mondiaux, aura éhminé tous ces inconvénients, quand la situation matérielle et morale des travailleurs s’améhorera d’année en année, la doctrine socialiste, construite sous l’influence d’un régime moins favorable, continuera à exercer cependant ses effets pernicieux et le marxisme, fruit des maux de l’industrialisme du début du dix-neuvième siècle, établira en position de combat les masses ouvrières contre le patronat.
G. Ripart.