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HIST. NATION FRANÇAISE. - IIIST. ÉCONOMIQUE. PLANCHE VII

LA VIE ÉCONOMIQUE DANS LES FAITS

diant le développement économique de notre empire colonial accordent à nos possessions des droits importants en matière de tarification douanière.

La cause de la liberté n’était d’ailleurs pas définitivement gagnée et la fin de l’Empire vit se manifester ime recrudescence de l’opposition protectionniste. En 1870, cette dernière réussit à rouvrir le débat et à obtenir que deux enquêtes fussent entreprises, l’une sur l’industrie, l’autre sur la marine marchande. D’autre

LES HALLES CENTRALES DE PARIS SOUS LA RESTAURATION (D’après un tableau de Casella. Musée Carnavalet).

part, la dénonciation de l’accord commercial franco-anglais était demandée avec insistance, à l’expiration du délai de dix ans prévu pour l’application du traité.

Le commerce extérieur de la France s’accrut sous l’Empire dans des proportions considérables, grâce aux facteurs dont nous avons eu à montrer l’importance, notamment, les progrès de la fabrication industrielle, l’extension des moyens de transport, la multiplication des instruments de crédit. En 1848, le commerce spécial s’élevait à i 172 millions ; en 1869 il atteignait 6 228 millions. Ce chiffre comprend 3 153 millions d’importations et 3 075 millions d’exportations. C’est dire que la balance commerciale était à peu près assurée. Sans doute la progression

HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

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a-t-elle été plus forte dans la période qui s’étend jusqu’en 1859, puisqu’à cette date notre commerce atteignait déjà 3 907 millions, mais il ne faudrait pas voir dans la lente progression de 1859 à 1869, ainsi que M. Levasseur l’a démontré, la preuve d’une influence fâcheuse exercée par la nouvelle politique commerciale. Les traités de commerce auraient même atténué les effets d’un certain nombre de facteurs défavorables, dont le principal a été le facteur politique. La diminution du crédit dont souffrit l’Empire n’a pu qu’agir d’une façon contraire au développement des affaires.

IL — L’agriculture

L'AGRICULTURE : LES EXPLOITATIONS RU- La Révolution avait favorisé RALES A L’ÉPOQUE DE LA RESTAURATION Eessor de la petite propriété. On

sait les causes de l’accession du cultivateur à la terre des ecclésiastiques et des ci-devant nobles. Mais il ne faut pas conclure de ces faits à la prédominance de la petite propriété sur la moyenne et la grande, pendant toute la première moitié du dix-neuvième siècle. En effet, après la tourmente révolutionnaire, nombre d’émigrés revenus en France trouvèrent dans le milliard d’indemnité qui leur fut accordé des possibilités d’acquisition de leurs anciens domaines. Aussi constate-t-on dans le Cher, par exemple, dans le Nivernais, que la grande propriété noble est reconstituée, vers 1830. Le Directoire, le Consulat et l’Empire avaient été aussi témoins de rachats, de rétrocessions, de déchéances d’acquéreurs. Faute de capitaux, les détenteurs de biens nationaux, placés à la tête de grands domaines, durent constater qu’il leur était impossible de les mettre en valeur. Ils préférèrent passer la main. Les grands dignitaires de l’Empire, d’origine terrienne, n’avaient pas dédaigné de constituer d’importantes propriétés rurales. Cependant, en dehors de quelques exploitations modèles, dans l’ensemble, les progrès agricoles n’avaient pas été rapides sous l’Empire. Assurément Chaptal affirme qu’en 1819, l’agriculture a fait de notables progrès depuis 1789. Seulement si l’on contrôle ses dires, on constate que les améliorations sont insignifiantes dans la moyenne et la petite culture. La jachère persiste. Quelques défrichements ont été opérés. Par contre, dans les pays de terres médiocres, la vie des paysans est misérable, en Bretagne notamment, dans le Plateau Central et dans le Limousin. Longues journées, logements sordides.

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nourriture chiche, tel est le lot de la plupart des cultivateurs. Dans les contrées riches, en Normandie, par exemple, les prairies artificielles se multiplient, les cultures industrielles du colza et de la betterave se développent, ainsi que dans la région du Nord. Les agriculteurs de toutes catégories attendaient les effets les plus hexireux du régime de protection douanière dont nous avons dit les modalités et l’importance à la suite des lois successives de 1819, 1821, 1822 et 1826. Malgré les droits élevés destinés à protéger le blé et la laine, le prix du froment ne cesse de baisser, en raison même de l’augmentation de l’offre et de la stagnation des besoins. L’économie urbaine est misérable. Elle ne peut fournir à l’agriculture de nombreux débouchés, tant le salaire des ouvriers de la ville reste insuffisant. Dans les campagnes, les salaires agricoles sont des plus médiocres. Dupin les évalue annuellement, pour un ménage agricole, à 451 francs dans le Midi et à 508 francs dans le Nord. Cet économiste affirme que cette somme donne simplement le nécessaire à l’ouvrier qui possède sa maison. Le même auteur évalue, vers 1826, le revenu brut des 52 millions d’hectares de la terre de France à 5 314 millions ; le revenu net, frais de culture déduits, à 626 millions, soit 30 fr. 28 à l’hectare. La production en froment s’élève à 51 millions et demi d’hectolitres ; en seigle à 30 millions, en avoine à 8 millions, en orge à 12 millions et demi. La récolte de vin est de 35 millions d’hectolitres, au prix moyen de 15 fr. 50. Dupin indique encore que la France a 6 millions et demi d’hectares de forêts. Les effectifs du bétail se chiffrent à 2 422 000 chevaux, 6 700 000 bœufs, et la tonte annuelle des brebis donne 35 millions de kilos de laine.

En dehors de la protection douanière, le gouvernement fait peu de choses pour les ruraux. En 1816, le budget de l’agriculture est de i 984 000 francs. Sous le ministère du duc Decazes, la dotation est portée à 4 millions. On organise alors des concours. On favorise les sélections d’animaux et de semences. Après la chute du duc Decazes, le budget est ramené à moins de 2 millions. L’absence ou l’insuffisance des routes, rendait malaisé le transport des grains. Les faibles rendements, en bénéfice net, de la culture du blé détournaient les paysans des emblavures. Aussi la Restauration a-t-elle connu toutes les inquiétudes des siècles passés relativement au commerce des blés, et redouté les craintes de la famine. En 1816, il fallut acheter du blé à l’étranger, jusqu’à concurrence de 70 millions de francs. En raison de l’instabilité des prix, de leur variabilité de région à région, on dut organiser ime réglementation des marchés. Elle fut assurément moins rigoureuse que sous l’ancien régime, mais cependant assez sévère pour les blatiers et les meuniers. La boulangerie était tenue de fournir une quantité déterminée de pain ; les administrateurs municipaux vérifiaient les prix de la farine et de la panification.

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L’AGRICULTURE SOUS LA MONARCHIE A partir de 1830, les progrès de l’agri-

DE JUILLET ET LE SECOND EMPIRE culture Seront plus marqués et persisteront jusqu’en 1848. Tandis qu’en 1789 la superficie des hectares emblavés était de 4 millions et la production de 31 millions d’hectolitres, soit un rendement moyen de 7,75 hectolitres à l’hectare, de 1831 à 1841 la superficie emblavée est de 5 353 000 hectares, la production de 68 millions d’hectoHtres et le rendement à l’hectare de 12,78. Toutefois les instruments agricoles restent encore assez primitifs, dans les moyenne et petite cultures. Le manque de capitaux empêche les modestes cultivateurs de suivre l’exemple des grands propriétaires qui utilisent les herses et des charrues perfectionnées fouillant plus profondément le sol. A partir de 1830, en effet, les nobles et les fonctionnaires légitimistes reviennent à la terre ; leurs domaines sont de véritables centres d’amélioration culturale. Personnages influents, dans les assemblées départementales, ils obtinrent des pouvoirs publics la construction de chemins. Mais ce sera surtout le Second Empire qui réalisera de notables progrès en faveur de la voirie rurale. En 1857, on ouvre 57000 kilomètres de chemins de grande communication, en 1864, 69 000. De nombreux chemins vicinaux classés sont en cours d’exécution dans toute la France. Grâce à ce développement de l’outillage mis à la disposition de l’agriculture, la productivité matérielle s’accroît. Moreau de Jonnès indique qu’en 1850, 26 millions et demi d’hectares sont en exploitation, dont 14 milhons réservés aux céréales, 2 millions aux vignobles et 4 aux prairies naturelles. C’est donc la culture des céréales qui domine : le froment pousse dans la terre calcaire du Nord, de l’Est, du Languedoc et de la Garonne j le seigle et l’avoine dans les terres maigres des massifs granitiques du Plateau Central et dans les terrains schisteux.

La France, au point de vue des méthodes de culture, reste partagée en deux grandes zones : le Nord, jusque vers la Bresse, pratique l’assolement triennal du moyen âge : blé d’hiver, blé d’été, jachère. Dans l’Est, les champs, après la récolte, sont soumis à la servitude de la vaine pâture. Le Sud persiste dans l’assolement biennal, ainsi que dans la jachère qui permet aux terrains de se reposer et d’être nettoyés par les labours. Au total, plus de 5 millions d’hectares, soit plus de 20 pour 100 de la surface labourable, sont incultes. Cependant, dans les grands et moyens domaines, les propriétaires, adoptant les méthodes anglaises, pratiquent un assolement de quatre ans, la betterave fourragère ou le navet remplaçant la jachère. On constate également des essais d’utilisation d’engrais artificiels. C’est surtout le Nord de la France qui frappe par sa richesse. De Lavergne écrira en 1858 : « La moitié et surtout le quart de la France ont un air de pauvreté qui fait mal. En

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' Flandre, en Normandie, en Picardie, on trouve partout un air d’aisance comparable à ce qu’il y a de mieux en Angleterre. » Rapprochement par trop sommaire qui ne tient pas suffisamment compte des différences de sol et de races.

La persistance de la routine explique le maintien d’une situation médiocre. En 1848, dans un congrès central d’agriculteurs, un des rapporteurs affirme que les petits cultivateurs couchent encore sur de la litière, sont couverts de haillons, boivent l’infusion de pommes sauvages, vivent de raves et d’tm pain noir et amer. Le paysan est d’une âpreté sordide. Il est vrai que sur les petites cultures on ignore le profit. On vit misérablement et c’est tout. Dans de telles conditions il est bien difficile aux exploitants du sol d’acquérir de nouveaux lopins de terres, car le prix des domaines reste très élevé, par rapport au produit net. Le revenu des capitaux engagés atteint à peine 2 pour 100. La terre est recherchée à la fois et par les bourgeois qui y voient le seul placement sûr, au lendemain des temps de troubles politiques, et par les grands propriétaires fonciers qui trouvent dans une extension de l’exploitation rurale un moyen de domination poHtique. La concurrence entre paysans élève le loyer des terres et le prix des fermages, tandis qu’entre les ouvriers elle est une cause de bas salaires et pour les journaliers et pour les domestiques. A défaut de capitaux, le paysan, pris d’une sorte de faim de la terre, recourt au crédit hypothécaire. Mais celui-ci lui est accordé à des taux qui dépassent, et de beaucoup, le rendement net du sol. La charge des prêts est des plus lourdes pour les petits et moyens cultivateurs. Ils aliènent leurs patrimoines et ainsi la grande propriété s’est reconstituée, comme le prouve une statistique dressée entre 1858 et 1860 ;

Propriétaires ne demeurant pas sur leurs propriétés . i 389 000

— ne cultivant pas eux-mêmes leurs terres . 687 000

Propriétaires cultivant uniquement leurs terres . . . 2 210 ocxd

Fermiers . 696 000

Métayers . 352 000

Journaliers . 3712 000

Beaucoup de paysans sont donc fermiers ou métayers ; car même sur les grandes propriétés il y a peu de grandes exploitations.

L’accession des paysans à la propriété ne sera une réalité que sous la Troisième Répubhque et, surtout, à la suite des troubles monétaires provoqués par la guerre

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de 1914-1918, qui permettra au paysan de se libérer de sa dette hypothécaire, évolution que nous aurons à étudier par la suite.

Cependant de 1815 à 1869, la masse active de la population reste surtout agricole. Le recul de la part de la propriété foncière dans la composition de valeur des patrimoines est lent, ainsi que le prouve les variations de l’annuité successorale :

1826. — Immeubles .

Valeurs mobilières.

1848. — Immeubles .

Valeurs .

1869. — Immeubles .

Valeurs .

880 millions de francs, soit 66 % du total de l’annuité.

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