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LE BARON JAMES DE ROTHSCHILD

LA VIE ÉCONOMIQUE DANS LES FAITS

avait évolué vers la spécialisation. La maison de Londres s’occupait principalement des dépôts et comptes courants ; celle de Paris était lancée dans les affaires financières : prêts au gouvernement et aux particuliers, prêts sur nantissements, commerce des métaux et des marchandises étaient traités rue Laffitte, car le baron James cumulait à la fois le rôle de premier banquier de l’Europe et de plus grand des négociants. Ce chef de maison avait des traditions, aussi avait-il tendance à s’opposer aux idées des nouveaux venus sur la place de Paris, qui prétendaient innover en matière de placements.

Les personnalités financières sous Les nouvelles personnalités finan- L’EMPiRE. LE CRÉDIT MOBILIER ciètes s’appelaient Jules Mirés, Émile

et Isaac Pereire. Mirés, fils d’un horloger genevois, israélite, naquit à Bordeaux en décembre 1809. Après im passage rapide dans l’administration des contributions

directes, en 1835, ^ fonde une agence pour diriger les réclamations des propriétaires bordelais contre les évaluations cadastrales. Au début de 1848, il est employé d’agent de change à Paris.

Au milieu du désarroi général, il achète, en septembre 1848, le Journal des Chemins de fer et en fait un centre de renseignements en matière de placements financiers. Désormais il s’adonne à des créations bancaires successives, notamment celle de la Caisse générale des chemins de fer.

Mirés et C^® (1854), dont il fixe le capital à 50 millions. Vers 1860, il concentrait entre ses mains environ 350 millions de capitaux et dirigeait trois journaux. Sa chute fut rapide.

A la suite de difficultés entre Mirés et un membre du conseil de surveillance de la Caisse générale des chemins de fer, la justice ordonna une enquête sur la gestion de son entreprise ; après avoir subi une condamnation en correctionnelle, il mena pendant quelques années une vie misérable et mourut en 1871.

Les deux frères Pereire étaient également des Israélites bordelais. L’aîné, Émile,

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vint à Paris en 1822 comme courtier de change à la Bourse. Le second se rendit dans la capitale en 1824, où il devint chef de comptabilité d’une maison de banque. Ils sont introduits, par leur beau-frère Olinde Rodrigues, dans le cénacle saint-simonien ; ils subissent l’influence d’Enfantin. Ainsi ils assistent de près et participent à l’essor des compagnies de chemins de fer. Émile Pereire s’adonne au journalisme et cherche à gagner l’opinion à la cause de la construction des voies ferrées. En 1848, ils siègent dans de nombreux conseils d’administration de compagnies de chemins de fer, et ils peuvent négocier la ligne de Paris à Saint- Germain pour une somme de 60 millions, alors que la construction en avait coûté 5. Le Second Empire consacre leur situation. Ils obtiennent la concession du chemin de fer du Midi et le 18 novembre 1852 l’autorisation de créer le Crédit mobilier, au capital de 60 milhons, avec une faculté d’émission d’obligations de 600 millions. Désormais, l’histoire des frères Pereire se confond avec celle du Crédit mobilier. En 1863, on estime qu’Émile Pereire préside aux destinées de 19 compagnies, ayant un capital total de 3 500 millions. Les entreprises de chemins de fer qu’il dirigeait avaient 10 000 kilomètres de parcours. La fortune personnelle des deux frères, en 1868, est évaluée à 160 millions.

Le Crédit mobüier, lors de sa fondation, devait être, en même temps qu’une banque d’émission, une institution ayant pour rôle de soutenir les chemins de fer et toutes les grandes entrperises industrielles et financières en général. Pendant dix ans, cet étabhssement domina la finance continentale et exerça la plus grande influence sur l’ensemble des banques modernes. On lui doit la construction de la Compagnie du Midi et des hgnes Paris-Mulhouse et Dôle-Salins. A l’étranger, il facihta l’exécution de plus de 10000 kilomètres de voies ferrées, notamment en Autriche-Hongrie. En 1862, le Crédit mobilier immobilisait 148 millions, alors que le capital-actions s’élevait à 60 millions. Des difficultés ne tardèrent pas à surgir ; elles eurent pour cause la coahtion de banquiers rivaux contre les Pereire, et aussi une gestion téméraire» Le gouvernement de Napoléon III, poussé par certains adversaires des Pereire, malgré l’amitié personnelle d’Émile Pereire et de Napoléon, résolut de créer une concurrence à l’entreprise des financiers bordelais. On favorisa la formation d’un syndicat de banquiers pour lutter contre le Crédit mobilier, ainsi que la création d’une société générale qui devait être à la fois une banque d’affaires et une banque de dépôts. Après des luttes que nous ne pouvons retracer ici, qui se déroulèrent de 1861 à 1867, le Crédit mobilier fut entraîné dans de graves difficultés par la chute d’une société filiale, la Société immobilière de Paris, en 1867.

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CRÉATION DES GRANDS ÉTA- Il faut faire état également, à cette époque, de BLissEMENTS DE CRÉDIT nombreuses créations bancaires qui ont assuré à la France la structure du crédit contemporain. D’abord le Comptoir escompte. L’idée première en était due aux Pereire qui, dès 1830, voulaient faire concourir, à la constitution du capital d’une banque, les commerçants qui profiteraient des services de cette institution. Mais il faut attendre le 7 mars 1848 pour trouver un décret du gouvernement provisoire prescrivant la création de comptoirs d’escompte en province. Le capital devait être formé pour im tiers, en argent, par les associés souscripteurs, un tiers en obligations des villes où les comptoirs seraient constitués, im tiers en bons du Trésor. Un décret du 8 mars de la même armée fondait le Comptoir national d’escompte de Paris, société anonyme dispensée de toute autorisation du Conseil d’État, et créée au capital de 20 millions. Un décret du 24 mars créait six sous-comptoirs qui se partageaient les grandes branches du commerce et de l’industrie. De 1848 à 1852, les comptoirs traversèrent une période difficile, mais à partir de 1853, le capital est accru, les statuts sont arrêtés, le Comptoir d’escompte de Paris est définitivement et solidement constitué.

Le Crédit foncier de France date de 1852 (décret du 28 février). Sa fondation allait permettre de faire des prêts à long terme, tout en organisant un système d’emprunts très étendus et très souples, grâce auquel les épargnants, souscripteurs d’obligations, devaient facilement trouver sur le marché des possibüités de vente de leurs titres. L’organisation, qui s’était d’abord appelée : Banque foncière de Paris, devint, en 1856, le Crédit foncier de France. Elle avait pour but d’aider les propriétaires fonciers aussi bien ruraux qu’urbains; en fait elle a surtout soutenu l’essor de la propriété urbaine.

La naissance des grandes banques de dépôts date également du Second Empire. Nous rencontrons la Société générale de crédit industriel et commercial^ le Crédit Lyonnais, la Société Générale pour le développement du commerce et de Vindustrie en France.

Le 28 décembre 1852, six banquiers et négociants se mirent d’accord pour jeter les bases de la Société générale de crédit industriel et commercial. Un décret du 7 mai 1859 autorisa cette création. L’activité de cet étabhssement se développa et à Paris et en province. Il aida notamment à la formation d’importantes sociétés de dépôts et de comptes courants et de crédit industriel dans les régions du Nord, de Lyon et de Marseille. Dès ses origines, l’étabhssement faisait preuve d’une gestion prudente qui devait demeurer sa caractéristique jusqu’à nos jours.

Le 6 juillet 1863, un banquier lyonnais, Henri Germain, groupant autour de

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lui des industriels et des financiers de Lyon et de Genève, fonde, au capital de 20 millions, le Crédit Lyonnais. Il ouvre des succursales à Paris et à Marseille en 1864. Il s’applique à développer les dépôts, notamment les dépôts à vue et les dépôts à échéance, les dépôts avec ouverture de comptes courants, les bons à intérêts. Le Crédit Lyonnais connut un moment de gêne, en 1866 et 1867, mais ce fut là une gêne passagère. Il devait surmonter désormais toutes les difficultés, grâce à la fermeté éclairée de M. Henri Germain et à la fidélité de sa clientèle de province. Transformé, en 1872, en société anonyme, il devait être la première des grandes banques de dépôts de France.

La Société générale put être créée en mai 1864. Elle avait pour but d’attirer les capitaux vers les emplois soutenant la production et les échanges. Elle fut constituée au capital de 120 millions, chiffre unique à l’époque, pour une institution de crédit. La nomination du directeur devait être soumise à l’approbation gouvernementale. Une situation mensuelle devait être publiée ; un extrait des écritures était envoyé, tous les semestres, au ministère des Finances. Le succès de la Société générale fat fait, au début, par les comptes courants à disponibilités appropriées aux besoins et aux usages des maisons de banque et de commerce. Celles qui étaient agréées pouvaient immédiatement disposer du montant de leurs versements d’espèces, du montant des factures visées et des coupons échus. La Société, dont l’essor fut très rapide, allait créer des agences de quartier et des succursales en province. Elle en possédait cinquante-sept en 1870. Gênée cependant par suite du refus du gouvernement de l’autoriser à émettre des obhgations de plus de cinq ans, au lieu de se consacrer principalement à des prêts à l’industrie et au commerce, elle se tourna surtout vers les opérations financières, placement de titres, etc. ; elle servit d’intermédiaire aux syndicats lançant des emprunts.

La plupart des sociétés de crédit dont nous venons de dégager les origines devaient surtout s’épanouir après la guerre de 1870. Leur rôle principal est d’avoir attiré le pubhc et tous les épargnants vers le mécanisme du dépôt en banque. Il devait en résulter une centralisation et une mobüisation des disponibihtés de la plupart des capitalistes et, par conséquent, un soutien extrêmement sérieux pour le lancement et le développement des affaires.

La place de Grâce à cet outillage puissant et varié, dès la fin du Second PARIS Empire, Paris aura tme activité boursière considérable. On a même prétendu que c’est sous Napoléon III que la Bourse de Paris a connu ses plus beaux jours. Les valeurs cotées au marché officiel s’élevaient au nombre de 118

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en 185I5 représentant un capital d’environ ii milliards. Il y en avait 307, à la fin de 1869, d’ime valeur totale de 33 milliards. Les capitaux français se répandaient dans toute l’Europe. Plus de 10 milliards sortaient de France à destination de l’Europe contmentale. Paris, marché central des émissions d’emprunts étrangers,

privés ou publics, devint une sorte de centre de liquidation boursière européenne.

Les agents de change de Paris, réunis en compagnie, confiaient la défense de leurs traditions et de leurs intérêts à une Chambre syndicale. Un décret du i®^ octobre 1862 précisait à nouveau le règlement d’une organisation fort ancienne puisqu’une Ordonnance royale, du 28 mai 1776, avait reconnu ofiiciellement soixante offices transmissibles, avec l’agrément du roi.

Des rivahtés allaient d’ailleurs survenir entre le parquet des agents de change et les intermédiaires qui traitaient en coulisse certaines catégories de titres. Un procès retentissant fut engagé par le parquet contre la confisse en 1859. Un arrêt de la cour suprême, en date du 19 janvier 1860, aurait dû entraîner la disparition de celle-ci, après avoir consacré le monopole des agents de change, qui devait, d’après cet arrêt, s’étendre même aux marchés à terme, se réglant par des différences. Par la suite, on comprit la

LE PETIT RENTIER (D’après une lithographie d’H. Daumier).

nécessité de laisser vivre un organisme qui avait une utilité économique. Les coufissiers en effet reparurent dès 1862, et, à la veille de la guerre de 1870, beaucoup de personnes jugeaient, en sens contraire, que le monopole des agents de change devait disparaître.

Il faut surtout retenir qu’en moins de cinquante ans, la force de l’épargne française avait transformé les conditions de placement des valeurs mobilières. Tandis que le gouvernement de la Restauration n’avait pu placer sur le marché

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de Paris un emprunt de 6 millions de francs à 5 pour 100 et qu’il ne trouva preneur qu’à Amsterdam, au cours moyen de 57 francs, de 1852 à 1865, 20 milliards de valeurs avaient pu être émises à la Bourse et sur le marché. Près de 5 milliards d’actions de chemins de fer et d’obligations avaient été absorbées et la France prêtait 4 milliards et demi à l’étranger. Ce résultat était dû à la fois et à l’esprit d’épargne de la nation, et à l’audace constructive des banquiers qui avaient joué le principal rôle dans l’édification de la structure économique du marché.

Le développement des affaires et Après la Révolution de 1848, la place LA POLITIQUE DU SECOND EMPIRE (jg Paris accuse im progrès qui ne peut

s’expliquer que par l’activité générale de la nation. L’élan vers les affaires était tel que ni le choléra, ni la disette, ni la guerre de Crimée ne ralentirent l’élan des transactions. On sait que la création des grands magasins date de cette époque. Les constructions d’usines sont facilitées par le nombre croissant des inventions. Les brevets passent de 2900 sous Louis-Philippe à 6002 en 1860. Les rendements fiscaux révèlent la prospérité générale ; la contribution des patentes, principal et centimes additionnels, produit 51 millions et demi de francs en 1851 et iio millions en 1869. Nous avons retracé précédemment les transformations de Paris et l’exécution des grands travaux. Nous savons aussi qu’une organisation spéciahsée de crédit allait soutenir et faciliter les placements immobüiers. Le gouvernement eut la sagesse de fournir à ces milieux en évolution une législation qui supprima bien des difficultés.

Alors que le Code de 1807 prévoyait trois sortes de sociétés commerciales : la société en nom collectif, la société en commandite et la société anonyme, mais qu’il soumettait cette dernière forme de société au régime de l’autorisation préalable, les deux autres formes restant libres, une première loi de 1856 intervint pour donner une réglementation aux sociétés en commandite. En effet, celles-ci avaient été la cause de nombreux abus, tenant soit à des infidélités dans la gestion, soit aussi, il faut bien le reconnaître, à l’insuffisance de l’organisme lui-même, les sociétés en commandite n’ayant pas la souplesse voulue pour obtenir de très larges concours de capitaux. Les grandes entreprises, et notamment les constructions de chemins de fer, faites sous ce régime, avaient donné de nombreux déboires.

La réglementation ayant produit des effets satisfaisants, la loi intervint une seconde fois, en 1863, pour soumettre les sociétés anonymes au capital de moins de 20 millions de francs à des mesures de surveillance. Enfin, en 1867, encouragé

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par les résultats de la loi de 1863, le législateur donnait aux sociétés de commerce, et plus particulièrement aux sociétés par actions, leur charte constitutive. Les prescriptions imposées par le législateur en 1867, lors de la création des sociétés par actions, forme indispensable à l’essor des grandes entreprises, ont simplement pour but de protéger l’épargne contre les manœuvres de personnalités sans scrupules, elles ne gênent pas les entreprises honnêtes et sérieuses.

Grâce à la modicité du prix des actions, le risque couru par le capitaHste est limité, par conséquent les petits épargnants sont à même d’apporter leur concours à la constitution des grandes affaires. Cette législation devait avoir une répercussion immédiate sur l’organisation bancaire; les sociétés de crédit dont nous avons vu l’origine, se transforment en sociétés anonymes, et désormais elles pourront travailler largement avec les capitaux d’autrui.

Le rôle de la banque de Dans ce cadre d’activité où le volume des trans- FRANCE sous L’EMPIRE actions va sans cesse en croissant, le crédit privé et le commerce devaient trouver un robuste support dans la Banque de France. En 1857, la place de Paris fut agitée et bien des affaires compromises par des abus de spéculation, seulement par le mécanisme du réescompte des effets de commerce par la Banque, les étabhssements de crédit purent doubler le cap, sans de trop graves inconvénients. Le privilège de l’émission avait été renouvelé, le 9 juin 1857, pour une durée de quarante ans, contre un prêt de 100 milhons à l’État. La Banque pouvait faire des avances sur actions et obligations de chemins de fer et sur les fonds d’État. C’est surtout le chapitre de l’escompte qui donne une idée exacte de l’activité de la Banque. L’escompte s’élevait à 2 854 mil- Hons en 1853, et atteignait 6 886 miUions en 1870.

Il est vrai que, pour une part, il faut imputer cette hausse aux conséquences de l’afflux anormal des métaux précieux par suite des découvertes des champs d’or de la Cahfomie en 1848, et de l’Austrahe en 1851. De 1847 à 1867, les matières premières accusent une hausse de 67 pour 100 et les produits manufacturés de 15 pour 100. Mais aussitôt la consommation se restreint et la crise qui survient atteint les États-Unis et, en Europe, la Banque d’Angleterre. La réserve de cette dernière baissa de moitié du 5 septembre au 17 octobre 1857. Son encaisse diminua beaucoup, les porteurs de billets venant en foule réclamer le remboursement à vue. La Banque de France défendit ses propres capitaux en portant le taux de son escompte de 6 à 7 pour 100. La liquidation de ces troubles se fit assez rapidement, surtout en France où la secousse avait été moins forte qu’en Angleterre et

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aux États-Unis. Dans ces circonstances délicates, la Banque de France avait joué son rôle de banque des banques et d’organisme régulateur du marché, en temps de panique. Par son intervention et la puissance de son crédit, elle avait épargné au marché français la transformation d’une crise de spéculation en une crise de crédit à laquelle ne purent échapper ni l’Angleterre, ni les États-Unis. Notre institut d’émission devait encore, après 1870, jouer plusieurs fois ce rôle au plus grand profit non point des spéculateurs, mais des petits commerçants et des petits industriels qui eurent le bénéfice de la réduction rapide du taux de l’escompte.

Le problème monétaire On vient de signaler les troubles occasionnés

ET L’UNION LATINE p^j- afflux de métaux provenant des découvertes nouvelles tantôt de mines d’argent, tantôt de mines d’or au cours de la seconde

moitié du dix-neuvième siècle. Ces événements devaient compliquer singuhèrement le régime monétaire institué par la loi de l’an XI, qui supposait la fixité dans le rapport légal entre l’or et l’argent, sur la base de I à 15 et demi. En effet de 1850 à 1875, le rapport de la valeur commerciale entre l’or et l’argent n’allait offrir aucime stabilité ; tandis que de 1850 à 1866 ce rapport fut légèrement inférieur à la parité monétaire de 15 et demi, ce qui tendait à éliminer l’argent de la circulation, c’est le mouvement inverse qui se produit à partir de 1867. L’argent est offert, dans cette seconde période, en quantités toujours plus élevées par

LES ADMINISTRATIONS PUBLIQUES SOUS LA RESTAURATION : suite de la productiou saus cesse LA PETITE POSTE AUX LETTRES accTue des uouvelles mines et par

(D’après une lithographie de Marlet). , . , , , ,

la mise en oeuvre de procédés mécaniques de séparation du plomb argentifère.

Dans la période postérieure à 1864, la production annuelle de l’or, après unf

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hausse considérable constatée dans la décade précédente, fléchit peu à peu de 200 000 à 150000 kilos par an. Ces mouvements monétaires devaient amener la France à une entente avec quatre autres États européens, afin de limiter les méfaits des variations du cours des métaux sur le marché. Ce fut V Union latine.

L’Union latine a été le résultat d’une première convention entre la France, la Belgique, l’Italie et la Suisse. Une communauté monétaire de fait existait, antérieurement, entre ces quatre pays. La Belgique, l’Italie avaient été parties intégrantes de l’Empire français à l’époque de Napoléon I®^. La Suisse, depuis 1850, avait adopté le système de la loi du 7 germinal an XI (28 mars 1803), dont la base était le franc d’argent pesant 5 grammes, au titre de 900 millièmes, et admettant le rapport de i à 15 et demi. En fait, dans les quatre pays, on utifisait indifféremment les espèces frappées par chacun d’entre eux. Ce régime vit son uniformité troublée à partir de 1860, relativement aux monnaies divisionnaires d’argent. La prime que faisait le métal blanc sur l’or, de 1850 à 1860, en provoquait l’exportation. L’or, au contraire, envahissait les pays bi-métallistes. Les agioteurs se livraient alors à la vente des pièces d’argent à l’étranger, et celles-ci disparaissaient peu à peu ; les écus d’abord, puis les pièces divisionnaires. La Suisse voulut entraver cet exode en ramenant à 0,800 le titre de ses jetons d’argent, les écus de 5 francs exceptés. L’Italie abaissa de son côté à 0,835 titre de ses pièces de 0,20, 0,50 et de i franc. La France prit la même mesure pour ses pièces de 20 et de 50 centimes.

En 1864, la Belgique eut la pensée de proposer à la Suisse, à l’Italie et à la France de se réunir, en congrès, pour étudier d’un commun accord le règlement des questions relatives à la fabrication et à la circulation de leurs monnaies. Cette proposition fut agréée avec empressement par le gouvernement français. Une conférence se réunit à Paris et les travaux aboutirent à la convention du 23 décembre 1865. Les pays contractants se constituaient à l’état d’union pour tout ce qui regarde le poids, le titre et le cours de leurs espèces monnayées d’or et d’argent. Le système monétaire de l’Union est celui de la loi du 7 germinal an XI, avec les modifications adoptées par la législation française ; mais le franc d’argent à 0,900 de fin n’existe plus que pour les pièces de 5 francs. La pièce de i franc et de 0,50 est au titre de 0,835. La valeur nominale des nouvelles monnaies divisionnaires étant supérieure à leur valeur intrinsèque du fait de l’abaissement du titre, la fabrication en est réservée à l’État. Elle est en outre limitée à un contingent pour chaque pays, sur la base de 6 francs par tête d’habitant. Chacun des pays contractants est tenu de recevoir dans ses caisses pubhques les monnaies fabriquées par les trois autres États, sans limitation de valeur, en ce qui concerne les pièces

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d’or et les écus de 5 francs. Au contraire, la libération dans les paiements pour les pièces d’argent au titre de 0,835 ^^t limitée à 100 francs. Il était stipulé en outre que les pièces divisionnaires n’auraient cours légal entre les particuliers et l’État qui les aurait fabriquées que jusqu’à concurrence de 50 francs, lors de chaque paiement. Au contraire, la circulation des pièces d’or et des écus n’était pas limitée et les États qui les avaient émis n’étaient pas tenus de les reprendre. La convention était conclue pour quinze ans, avec clause de tacite reconduction de quinze ans en quinze ans. L’Union latine était d’ailleurs une union ouverte, c’est-à-dire que le droit d’adhésion était réservé à tout autre État qui accepterait les obligations de la convention et adopterait le système en ce qui concerne les espèces d’or et d’argent. Seule la Grèce donna son acceptation, en décembre 1868.

Les États adhérents maintenaient un système de frappe libre pour l’or et pour les pièces d’argent de 5 francs. L’Union, en apparence, était bi-métaUiste, mais en fait le système devait évoluer avec le temps vers un régime complexe que l’on a quahfié de bi-métaUisme boiteux. Au cours des années 1867 à 1870, de nombreuses séances de commissions, tant françaises qu’internationales, envisagèrent la possibilité de transformer l’écu de 5 francs en une sorte de pièce divisionnaire par l’abaissement du titre, la limitation du pouvoir libératoire, la détermination d’tm contingent. C’était adopter le mono-métalhsme-or, puisque les pièces d’argent au titre des 9,10 auraient été enlevées à la circulation pour être fondues ou exportées. La France, détentrice d’un stock énorme d’écus, ne voulut pas tout d’abord s’engager dans cette voie. A la veille de la guerre de 1870, elle paraissair, au contraire, assez favorable à une transformation de l’Union latine dans un sens qui nous eût rapprochés du mono-métallisme. Le système monétaire de l’Union latine put fonctionner de façon satisfaisante, grâce d’une part à la situation constamment créditrice de la France, et de l’autre à la facilité avec laquelle on put toujours convertir des pièces d’argent contre de l’or, étant donnée l’importance croissante de l’encaisse métallique de la Banque. Ce résultat contribuait à accroître le prestige du crédit de la France et à facihter le rôle de la Place de Paris dont nous avons dit l’importance en ce qui concerne les prêts à l’extérieur.

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