POTERIE TROUVÉE DANS UN DOLMEN
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
Il est remarquable que toute représentation semblable ait disparu aux âges suivants. L’adoration des forces de la nature, et principalement du soleil, a laissé de nombreux souvenirs à l’époque du bronze et du fer. La rouelle, rappelant la roue du char solaire, est extrêmement répandue sur les pendeloques qui servaient d’amulettes. On la retrouve dans les ceintures, les bracelets, les chaînes.
Les cygnes, le taureau et les cornes sacrées sont également des ornements d’origine religieuse, qu’on voit sur de nombreux objets. La hache, si fréquente parmi les objets funéraires, n’était pas seulement im souvenir consacré au défunt, mais un symbole cultuel, une offrande. Il faut rapporter à la même source les chars processionnels, imitation du char solaire, dont on a retrouvé soit des restes, soit des reproductions en miniature. Enfin, les vases et les coupes qui figurent dans l’inventaire des tumuli devaient contenir la boisson et les aliments nécessaires à l’existence d’outre-tombe du défunt. On possède une grande variété de ces objets rituels dans les collections privées et publiques.
L’influence de la rehgion se fait très nettement sentir encore par les interdictions qu’elle prononçait. Il faut, sans doute, attribuer à une prohibition d’ordre religieux l’absence presque complète de l’image de l’homme et des animaux dans le domaine artistique et monumental. On y a substitué ce que l’on a appelé le style géométrique, qui a été le style dominant dans une grande partie de l’Europe, et qui consistait en lignes régulières décorant les poteries et les bronzes.
y ES MÉTAUX : Dans toutes les manifestations que nous venons d’observer,
L’OR le j-5ie joué par la matière employée a été considérable. L’or,
le cuivre, le bronze, le fer ont été les instruments des progrès réalisés ; ce sont eux qui ont permis de donner satisfaction aux besoins qui s’étaient manifestés. Il est donc nécessaire de s’arrêter quelque peu pour examiner les circonstances dans lesquelles s’est faite l’utihsation des métaux par nos ancêtres.
La Gaule possédait des richesses minières abondantes ; elle venait, à ce point de vue, immédiatement après l’Espagne. Elle renfermait de l’or en certaine quantité, dans les aUuvions des rivières, dans les filons des montagnes des Cévennes et surtout des Pyrénées. De plus l’Irlande, voisine de la Gaule, était riche en or et en importa, de bonne heure, dans notre pays. L’or fut le premier métal utilisé en Gaule et on le rechercha avec frénésie. Dans les sépultures de l’âge de bronze, les bijoux et objets de parure en or sont d’un poids considérable ; on employait ce métal, couramment, pour rehausser certaines armes, pour orner certains accessoires. La prodigalité avec laquelle on s’en servait dut appauvrir les gisements aurifères, et à l’époque du
LA FORMATION DU MILIEU ÉCONOMIQUE AU TEMPS PRÉHISTORIQUE
premier âge de fer, on constate que les objets d’or, plus rares, sont en même temps plus légers. L’argent, quoique peu abondant, existait cependant dans certaines régions, dans les Pyrénées et les Cévennes.
Le CUIVRE, L’ETAIN II y avait du cuivre, également, en Gascogne, en ET LE BRONZE Tarentaise, toutefois en faible quantité, mais on le trouvait abondamment dans la péninsule ibérique, c’est-à-dire à proximité de la Gaule. Le cuivre a été, avec l’or, le premier métal employé et l’on a pu déterminer les caractères distinctifs d’un âge de cuivre, bien qu’il semble difficile de délimiter, d’une manière tranchée, l’âge de cuivre et l’âge de bronze. L’usage du cuivre était connu dans le monde oriental depuis une époque très reculée. Sans se laisser prendre par ce que M. Salomon Reinach appelle le mirage oriental, il est permis d’attribuer, avec quelque certitude, l’utilisation du cuivre à la civilisation orientale, en particulier à la civilisation égéenne. C’est la voie maritime, celle qui suivait les rives méditerranéennes puis les côtes de l’Atlantique, qui dut apporter le secret de la fabrication du cuivre, d’abord en Sicile et dans la péninsule ibérique, puis, par cette dernière, à la Gaule occidentale et aux îles Britaimiques. La voie fluviale, qui traversait l’Europe centrale, servit à la diffusion de la découverte, à travers la Gaule et jusqu’aux pays Scandinaves. Mais en Gaule, ce furent les régions occidentales qui, de par leur voisinage avec l’Ibérie, devinrent le centre de l’industrie du cuivre.
Les gisements d’étain étaient peu importants en France, mais dans la Cornouaille et le Devon, c’est-à-dire à une ou deux journées de navigation, ils étaient fort riches. Dès que le secret de la fabrication du bronze fut propagé du Sud-ouest de l’Asie en Ég5q3te, puis en Europe, et que les gisements d’étain de Grande-Bretagne furent mis en exploitation, il en résulta des conséquences économiques dont nous soupçonnons l’ordre de grandeur. L’existence d’une métallurgie puissante, dans tout l’Ouest de l’Europe, des îles Britanniques à l’Ibérie, donna une suprématie industrielle telle qu’elle entraîna une prépondérance poHtique correspondante. Cette influence visible de la puissance économique sur la puissance politique a paru si décisive à certains historiens, qu’ils ont fait coïncider les limites territoriales des États avec celles de la zone de production de tel métal et qu’ils ont parlé de l’Empire ligure du bronze, comme ils parleront de l’Empire celtique du fer (JulLian, Grenier).
On comprend aisément les avantages considérables que devaient procurer les mille emplois du cuivre et du bronze aux pays qui pouvaient les produire facilement et en abondance, en raison de la proximité des lieux d’extraction ; ce qui étonne plus encore, c’est la rapidité avec laquelle ces pays se sont assimilés les procédés de fabri-
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HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
du Nord. D’autres, décorés de motifs orientaux, comme les griffons ou les lions, ont une origine hellénique; enfin, plus tard, à l’époque halstattienne (i), on a importé en Gaule des vases de verre, d’une pâte et d’un décor très caractéristiques, qui provenaient sans doute d’Égypte. La Gaule, en raison de l’importance de sa fabrication métallurgique, était un pays médiocrement importateur, néanmoins tous les pays environnants lui envoyaient des spécialités. On a cité les bijoux d’or britanniques, les poignards italiens, les marteaux d’armes ibériques et Scandinaves, les épées de Hongrie, les épingles de l’Europe centrale. Ces importations avaient pour conséquence de renouveler le sentiment artistique ou de répandre certains procédés de fabrication.
On s’est demandé quel pouvait être l’instrument de paiement de ces échanges. Il est probable que parallèlement au troc, c’est-à-dire à l’échange de marchandises contre marchandises, les métaux jouèrent un rôle important dans les transactions et servirent, au début, de monnaie. La profession spéciahsée du changeur, constatant la loyauté du métal, son poids, son degré de fin, devait avoir des origines très reculées et le rôle de ce personnage était indispensable à l’essor des relations commerciales aux époques de multiplicité des types monétaires. Par la suite, divers objets, comme les haches, furent utihsés dans les échanges ; on a découvert des lingots de cuivre, en forme de double hache qui sont sans doute des instruments de paiement. Il semble qu’il ait existé un système de poids et mesures et que le pied romain ait été adopté, en Gaule, dès le premier âge des métaux. La balance était connue dès l’époque du bronze.
On voit combien s’était transformée l’organisation économique de notre pays, depuis l’âge néolithique et quelle large part eurent dans cette transformation la découverte et l’utilisation des métaux. C’est, en partie, grâce à eux que les troupes de chasseurs de l’âge de pierre sont devenus une collectivité solidaire et largement ouverte aux influences du dehors. La rapidité de l’évolution de l’homme vers la vie organisé et civihsée, en Gaule, justifie les doutes que nous avons exprimés, dès les débuts de cette étude, sur la conception de l’homme primitif, au caractère quasi bestial, qu’ont voulu dégager les sociologues, disciples de Karl Bûcher.
L’homme des cavernes était déjà un être pensant, raisonnant, et apte à utihser, au maximum de ses besoins, les métaux, le jour où il en connaîtrait l’existence et où il en adopterait l’usage, avec habileté et profit.
(i) On divise l’âge de fer en période halstattienne ou premier âge de fer et période de la Tène; Halstatt est une localité d’Autriche, et la Tène est une station du lac de Neuchâtel.