PRODUCTEURS ET COMMERÇANTS A LA PÉRIODE GAULOISE ET GALLO-ROMAINE
Les peuples de la Gaule. — Les Ibères et les Ligures. — Le rôle de Marseille. — Les Celtes. — La civilisation gauloise ^ les villes. — Les industries gauloises. — Le commerce et les voies de communication. — V apparition de la monnaie. — Les diverses formes de la richesse. — La fiscalité.
VANT d’examiner la situation économique de la Gaule, antérieurement à la conquête romaine, il n’est pas inutile de rappeler, en quelques mots, l’existence des différents peuples qui contribuèrent à former le milieu dont nous allons suivre le développement et de dégager les caractères généraux des races qui expliquent les modalités de leur vie économique. Les historiens divisent en trois phases l’histoire de la Gaule ; 600 avant J.-C. la phase dite préhistorique ; de l’an 600, date de la fondation de Marseille à l’an 57, époque dite préromaine; puis la troisième époque dite romaine qui va de l’arrivée de Jules César en Gaule à la fin de la domination de Rome (405 à 475 de notre ère) (i).
(i) V. Histoire de la Nation française, Imbart de la Tour, Histoire politique, 1. 1, p. 39 et s,
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Les IBÈRES ET La plus ancienne des races qui ait laissé des traces en LES LIGURES Gaule est la race ibère. Elle occupait le Midi de la France,
depuis l’Atlantique jusqu’à la Méditerranée ; les Aquitains en étaient les représentants. — Les Ligures, qui leur ont succédé, auraient, d’après M. Camille Jullian, fondé un immense empire occupant toute la moitié occidentale de l’Europe et englobant les centres de production des métaux connus alors : le cuivre d’Ibérie, l’étain des Iles Britanniques et les minerais de Bohême. La présence simultanée de formes linguistiques déterminées et l’identité des vestiges lacustres, dans certaines régions, ont conduit quelques historiens à identifier la civihsation' figure et la civilisation lacustre. L’empire figure fut-il l’empire du bronze ou l’empire lacustre ? La question est débattue ; par contre il est certain que le peuple figure est demeuré solidement établi, pendant longtemps, sur une partie du sol de la Gaule, notamment dans le bassin du Rhône et ses survivants y subsistent encore.
Le ROLE DE Ce sont des Ligures qui accueillirent les Phocéens, débar- MARSEiLLE q^és en l’an 600 avant notre ère, à l’endroit où devait s’élever Massifia, la future Marseille. Cette fondation n’est qu’im épisode de la colonisation, par l’Orient, de la Méditerranée occidentale, entreprise, dès l’an 1100 avant notre ère, par les Phéniciens. Bien que les vestiges de cette prise de possession n’aient pas été conservés, notre connaissance des productions respectives des contrées occidentales et orientales et des courants commerciaux, qui s’étaient établis entre elles, suffisent à nous en montrer le caractère. — Les Orientaux venaient, attirés par les richesses de l’Europe en matières premières, telles que l’ambre de la Baltique dont les négociants suivaient la route de la vallée du Rhône. On trouvait aussi cette matière sur les côtes gasconnes, sous forme d’ambre gris qui était recherché pour la confection des ornements. Les étrangers étaient également acheteurs de métaux précieux des P5T:énées, des Alpes et des Cévennes, et de l’étain des Iles Britanniques. De leur côté, ils apportaient les articles de parure, les objets utiles ou artistiques inspirés par l’art oriental et des pièces de monnaie, inconnues en Gaule. Marseille installa des comptoirs sur la côte, notamment à Nice, à Agde ; eUe avait des établissements en Espagne. Les navigateurs marseillais allaient reconnaître les côtes d’Afrique. L’un d’entre eux, Pj^héas, explora l’Atlantique, contourna la Bretagne et atteignit la Baltique. A l’intérieur, il semble que les Massiliotes ne cherchèrent pas à s’installer très avant dans les terres ; ils se contentèrent d’occuper CavaiUon et Avignon, qui leur ouvraient les vallées de la Durance et celle du
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Rhône, par laquelle ils remontèrent jusque chez les Éduens. Mais ils ne négligèrent pas toutefois la pénétration commerciale : on signale la présence des marchands grecs dans les vallées de la Garonne et de la Loire, et même dans celle de la Seine, jusqu’à Rouen. On dut aux habitants de Marseille l’introduction de la culture de la vigne et celle de l’ohvier.
MASSILIA (D’après le panneau décoratif de Puvis de Chavannes. Bibliothèque de Marseille).
Les celtes Les Celtes, ou Galates, ou Gaulois, car il semble que les trois
termes désignent soit la même race, soit les trois rameaux de la même race, habitaient, à l’origine, le pays qui est devenu la Germanie. C’est de là que partirent les migrations qui, dans l’espace de quatre ou cinq siècles, rendirent les Celtes maîtres des Iles Britanniques, d’une partie de l’Espagne, de la France, le bassin du Rhône excepté, de la majeure partie de l’Allemagne, du Nord de l’Italie et de la vallée du moyen et du bas Danube. Plus tard, ils complétèrent leurs conquêtes par celle de la Grèce et de l’Asie Mineure, et envahirent le territoire ligure du bassin du Rhône. Les Belges, qui étaient également un peuple celtique, repoussèrent les
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occupants d’une partie de la Gaule, et s’avancèrent jusqu’à la Seine et à la Marne. A partir du troisième siècle avant Jésus-Christ, la décadence de l’empire celtique commença en dehors de la Gaule, et une partie de ses territoires lui fut enlevée.
M. Jean Brunhes a souhgné la « force terrienne » que représentait l’élément celte qui n’est navigateur que sous l’action de la nécessité, alors que les éléments ibéro-hgures de la côte méditerranéenne sont essentiellement marins. Les Celtes ont su, à merveille, situer les villes près des fleuves, au carrefour des routes, et compléter par le commerce intérieur le commerce maritime. L’assimilation entre les anciens occupants de la Gaule et les envahisseurs se fit aux dépens de ces derniers, qui n’étaient qu’une minorité : on a calculé qu’ils ne représentaient qu’im cinquième de la population totale.
La CIVILISATION GAULOISE, Les diverses influences que les populations
LES VILLES habitant la Gaule avaient empruntées au sol
qu’elles occupaient, aux caractères particuhers des divers éléments ethniques qui les composaient, s’étaient fondus en un tout sufîisamment homogène pour qu’on puisse parler d’une civilisation gauloise.
Cette civihsation, d’abord primitive, ne devait pas tarder à faire des progrès
sensibles, avec l’essor de l’emploi des métaux, le développement du commerce. Le chiffre de la population, qu’on avait eu tendance à sous-évaluer en constatant l’exiguïté des espaces arrachés par l’homme à l’immense forêt qu’était le territoire gaulois, est estimée par M. Camille Julhan, d’après des déductions tirées des Commentaires de César, à environ vingt-quatre millions d’habitants, chiffre approximatif de la population sous Louis XIV. Nous hésitions à prendre à notre compte cette évaluation. Bien que les forêts elles-mêmes fussent habitées, cette population était très inégalement répartie : les viUes sur les bords des grands fleuves paraissent contenir les plus grandes densités de population. Ce fait imphque une évolution de la civihsation. L’homme est en possession d’instru-
MOULIN A BLÉ. Époque gallo -romaiae.
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ments tranchants qui lui permettent d’abattre la forêt et d’occuper les terres d’alluvion, qu’une végétation touffue rendait jusqu’alors inaccessibles à rhomme, comme nous l’avons précédemment souligné.
Les villes avaient, principalement, une origine et une physionomie mihtaires. C’étaient, avant tout, des places fortes, des oppida, et les plus grandes d’entre elles, Bibracte et Gergovie, étaient perchées sur les hauteurs qui dominaient la plaine de plusieurs centaines de mètres. D’autres, d’im aspect plus agréable, étaient situées le long des fleuves ou commandaient des routes importantes. Les agglomérations, villes ou villages, étaient déjà très nombreuses, mais on y chercherait en vain la symétrie ou le caractère artistique. La pierre n’y était employée que dans les remparts, qui abritaient une agglomération de cabanes, de constructions en terre battue, plutôt qu’un groupement méthodique d’habitations. (Cf. Jean Brunhes, t. II de la Géographie humaine.')
Les industries L’armement, pour ces populations guerrières, était une des
GAULOISES industries primordiales, bien qu’on ne constate pas de progrès sensibles par rapport à l’âge précédent. L’arme essentielle était l’épée à deux tranchants, faite pour tailler, instrument pesant et de dimensions incommodes. Des
armes de trait, de toute espèce, étaient également employées : javelots, dards, etc. Les armes défensives étaient encore très rares, et médiocrement appropriées à la lutte I elles semblent avoir servi aux chefs plutôt d’ornement ou de signes distinctifs que de moyens ordinaires de combat.
Les casques, les armures étaient exceptionnels et le seul boucher usité était un bouclier en bois, rehaussé de bronze. De même, les chars de guerre servaient surtout à la parade, sauf chez quelques peuplades, notamment les Belges et en Bretagne.
L’industrie gauloise du vêtement jouissait, à juste titre, d’un grand renom. Le
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