DE LA PÉRIODE 1815-187O
Les CRISES Le développement économique, au cours du dix-neuvième
siècle, ne se sera point produit suivant un rythme continu; l’économie nationale aura connu des alternatives de prospérité et de ralentissement. Se déroulent-elles suivant les affirmations des théoriciens, qui nous ont signalé l’importance des mouvements cycliques, durant lesquels une hausse des prix est suivie d’rme restriction de la consommation celle-ci entraînant à son tour ime chute des cours comportant une période de liquidation qui assainit l’économie et permet de repartir, sur des bases nouvelles, vers une activité dont l’allure trop rapide, à un moment donné, engendre à nouveau un renouvellement de la période de gêne ? Ces vues théoriques ne paraissent confirmées que pour partie par les grandes crises survenues au cours du dix-neuvième siècle. Tout d’abord une première observation : les troubles éclatent surtout en Angleterre, au début du siècle, car l’économie industrielle est beaucoup plus développée de l’autre côté du détroit que chez nous. C’est ce qui se produit en 1810, à la suite d’immobüisations, en capital fixe, pour l’outillage industriel, tandis qu’il y a insuffisance de capitaux circulants. La crise se poursuit jusqu’en 1812, occasionnant plus de 7 000 failUtes et des pertes considérables. Elle a sa répercussion sur le continent où le marché
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anglais cherche, malgré le régime de prohibition douanière imposé à ses producteurs, à vendre ses marchandises à des prix plus bas que les produits français. En 1815, nouveaux spasmes provenant d’une surproduction en Angleterre, alors que, à l’intérieur du Royaume-Uni, la misère des classes ouvrières est considérable. Les produits ne trouvent de débouchés ni à l’extérieur, ni à l’intérieur. En 1825, nouvelle crise qui aifecte principalement l’Angleterre et ne produit en France et aux États-Unis que des effets par répercussions. La crainte d’un envahissement des produits anglais à des prix trop bas provoque en France le mouvement protectionniste de 1826, dont nous avons dit toute l’importance. En 1836-1839, nous sommes en présence d’un désordre économique qui, pour la première fois, va faire éclater la sohdarité des grands marchés internationaux. La secousse se produit tout d’abord aux États-Unis, en 1836, mais ses répercussions sont ressenties fortement en Angleterre, en France et en Belgique, la vigueur de la crise étant en proportion directe avec la puissance de l’organisation industrielle de chacun de ces pays. Elle est à son point culminant en 1837, ptiis, après une courte accalmie, reprend avec plus de force, en 1839, et déferle sur l’Europe. Des événements poHtiques, autant que des abus de crédit, avaient été au point de départ de ces secousses.
En 1847, après une période de prospérité, la crise éclate en Angleterre et en France. Chez nous, elle est caractérisée, tout d’abord, par une période d’activité due à l’extension considérable des constructions de lignes de chemins de fer, qui entraînaient un essor de l’industrie métallurgique et nécessitaient de larges appels à l’épargne. La spéculation enflait les premiers résultats obtenus par l’activité économique. Une hausse de toutes les valeius se produisait, ainsi que de tous les prix. Le coût de la vie devenait de plus en plus lourd. Par contre, les revenus restaient stationnaires, ou diminuaient. Dans les chemins de fer, on s’apercevait que les prévisions des frais d’étabhssement étaient largement dépassées, par exemple pour la compagnie Paris-Lyon une ligne dont le coût avait été prévu à 200 millions imposait, en réalité, 300 millions de dépenses. Le discrédit atteignait alors les actions de chemins de fer, et nous savons que l’État dut intervenir pour alléger la situation. Celle-ci était aggravée par la mauvaise récolte, et également par les événements politiques. Pendant l’hiver 1847-1848, 780000 ouvriers furent en chômage en France.
En 1857, déséquilibre survint à la suite d’ime hausse rapide des prix, due pour une large part à un afflux monétaire après l’accroissement de l’extraction du métal dans les mines d’or d’Australie et de Californie. D’après M. Levasseur, l’extraction
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passe d’une valeur de 312 millions, en 1851, à 747 millions en 1856. Les États-Unis en sont tout d’abord les bénéficiaires, et le développement des demandes de produits, adressées par eux au continent, entraîne une élévation des prix. Parallèlement à ces événements, la guerre de Crimée avait amené en 1854 et ^^55 ^ surcroît de commandes de matériel. La construction des chemins de fer allait en progressant : 590 kilomètres en 1854,890 kilomètres en 1855. L’opinion publique trouve qu’on va trop lentement et on concède 4 205 kilomètres de lignes en 1856, et i 363 kilomètres en 1857. Les établissements financiers tels que le Crédit mobilier, qui s’intéressaient à ces constructions, réalisent des bénéfices considérables et donnent un dividende de 40 pour 100, en 1855, et de 23 pour 100, en 1856. La crise éclate soudain aux États-Unis, tout d’abord, et réagit presque immédiatement sur la France. Les larges immobilisations faites durant la période de prospérité ne permettaient pas encore d’obtenir des résultats productifs. Les entreprises avaient des réserves financières trop minimes pour franchir, sans aléa, la période de crise. L’encaisse de la Banque de France descend, au 20 novembre, à 181 millions, alors que la circulation fiduciaire est de 575 millions. Il faut élever le taux de l’escompte à 10 pour 100. La crise est courte et beaucoup moins violente qu’en Angleterre et qu’aux États-Unis. En 1864 et 1866, nouveaux spasmes. Ceux-ci ne se produisent guère qu’en Angleterre et en France. Il faut en voir l’origine, pour notre pays, dans des phénomènes de crédit. Le Crédit mobilier, dont nous savons le rôle et l’activité, avait financé les chemins de fer espagnols, russes et lombards et des emprunts d’États étrangers. Or, les chemins de fer étrangers devaient connaître les maux de croissance qu’avaient supportés les voies ferrées, dans notre propre nation. Alors qu’en 1855 le Crédit mobilier distribuait 40 pour 100 de dividende, en 1865 le pourcentage était infime. Le prix des actions s’effondrait et passait de i 980 francs en 1856, à 420 francs en juin 1866. A ces événements internes s’ajoutaient toutes les conséquences du passage d’une période de hausse des prix à une période de concentration due à un ralentissement de la consommation et, en outre, l’Europe avait le contre-coup des troubles sérieux apportés dans la vie économique mondiale par la guerre de Sécession.
Ainsi une vue d’ensemble sur le mouvement économique au cours de la période qui comprend les deux premiers tiers du dix-neuvième siècle fait apparaître l’importance de plus en plus grande des formes internationales d’activité industrielle et commerciale. La concentration des capitaux oblige les producteurs à envisager non seulement les débouchés nationaux, mais encore au delà des frontières les possibilités de vente qui réagissent rapidement sur le sort des autres nations. Cette inter-
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dépendance est encore aggravée par l’essor du crédit en Angleterre, en France et aux États-Unis. Désormais les capitaux ont tendance à se diriger vers les centres offrant les rémunérations les plus élevées. La politique du taux de l’escompte viendra exercer une influence sur l’abondance ou la pénurie de l’argent dans les différents pays.
A partir de 1850, tant dans le domaine de la technique industrielle que dans les relations commerciales, sous toutes leurs formes, la structure moderne est solidement édifiée.
Le développement Quelles ont été les répercussions de cette évolution sur
DÉMOGRAPHIQUE fessor de la population? En 1826, la France compte 31 850 000 habitants. Depuis 1816, la population s’était accrue de près de 193 000 unités par an. A cette allure la population de la France devait doubler en l’espace de cent cinq ans. La grande majorité des Français résidait dans les campagnes. Trois villes seulement : Paris, Lyon et Marseille, avaient plus de 100000 âmes. La première comptait 593 000 habitants ; la seconde, avec ses faubourgs 170000, la troisième 115 000. Cinq villes enregistraient au-dessus de 50 000 âmes, et 22 de 20 à 50 000 personnes. Les recensements vont se faire sous la monarchie de Juillet d’une façon régulière tous les cinq ans. Les résultats sont les suivants :
En 1831 . 32 569 000 habitants.
En 1836 . 33 540 000 —
En 1841 . 34 230 000 —
En 1846 . 35 401 000 —
A partir de 1846 les taux de natalité vont aller en baissant. Alors que la proportion des naissances était supérieure à 30 pour 100 jusqu’en 1830 et depuis la fin des guerres de l’Empire, elle sera de 27,3 en 1846. Les hécatombes des jeunes hommes, au cours des guerres du Premier Empire, produisaient leurs conséquences. La France revient à un état de nation à faible natahté qui paraît avoir été son lot à travers les siècles. Phénomène que l’on ne peut expliquer encore jusqu’en 1870 par les difficultés alimentaires. La population rurale, assurée de sa subsistance, forme plus des 3/4 de la population totale (75,6 pour 100) en 1846, et encore range-t-on dans la population urbaine des agglomérations dépassant 2 000 âmes avec leur banlieue, qui, à cette époque, est généralement agricole. En 1851, pour la première fois depuis le début du dix-neuvième siècle, le dénombrement accuse un ralentissement très net de Pessor de population.
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A Paris il y a une stagnation. On l’attribue aux conséquences de la Révolution de 1848 et aux effets du choléra de 1849. Le dénombrement de 1856 fit appa» raître un résultat plus grave encore, bien que la mortalité n’eût pas augmenté et que le nombre des mariages n’eût point diminué. Il y avait simplement une faiblesse de la natalité qui accusait, en 1855, un taux de 25 pour i 000. Jusqu’alors les économistes avaient redouté im accroissement trop rapide de la population en France, Malthus comparant nos paysans à une garenne à lapins. Il fallut désormais interpréter le phénomène de réduction de natahté. Les uns l’imputaient à des causes immédiates et passagères : épidémie de choléra, guerre de Crimée, mauvaises récoltes. Dunoyer affirma que c’était une cause générale, qui produirait des effets encore plus graves à l’avenir. Le goût du bien-être, de l’aisance, entraînait une restriction volontaire dans la procréation. Sous le Second Empire on constate que les régions des Alpes, du Massif Central, du Sud-ouest, de la Bourgogne, de la Franche-Comté et de la Normandie perdent Tapidement des habitants. Dans le Nord et le Nord-est, si les arrondissements agricoles commencent à se dépeupler, les centres urbains, par contre, se développent rapidement. Désormais l’équihbre entre la population urbaine et la population rurale va tendre à une rupture, au profit des agglomérations des centres industriels.
G. Ripart.