‹ Histoire de la nation françaiseChapitre 72 sur 112 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

L’ASSOCIATIONNISME DANS LA DOCTRINE ET DANS LES FAITS ET LE MOUVEMENT DE 1848

Les essais de réalisation de ridée coopérative. — Les origines de la Révolution de 1848. Le droit au travail. — La Révolution de 1848. Les ateliers nationaux. — Les coopératives de production. — La conquête du droit de coalition.

E législateur de la Révolution française avait eu l’intention de substituer à une organisation sociale qui comprenait l’individu, le groupe et l’État, une organisation nouvelle qui mettait simplement en présence l’État et l’individu. Or, ce régime était non seulement différent de celui qu’avait eu la France pendant toute la monarchie, mais encore de celui que l’on constate et dans l’antiquité, et dans les civilisations anciennes de l’Extrême-Orient, et au début du moyen âge dans les villes de l’Orient. L’œuvre de la Révolution française se caractérise plutôt comme un acte du pouvoir souverain, à caractère artificiel, que comme une réalisation conforme aux tendances naturelles de l’homme. Celui-ci paraît en effet porté à l’exercice d’une activité professionnelle dans le cadre du groupe, en relation d’ime part avec l’État protecteur et organisateur, de l’autre avec l’individu client et acheteur. Aussi ne faut-ü pas être surpris si l’on constate qu’au lendemain

HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

même de la Révolution, tant dans le milieu patronal que dans le milieu ouvrier, un désir de reconstituer le groupe réapparaît, sous l’impulsion de la nécessité économique et sociale.

L’associationnisme va se développer en réaction contre l’individualisme, pendant tout le dix-neuvième siècle, pour aboutir à la reconnaissance des deux droits de coalition et d’association qu’avait supprimés, ainsi que nous l’avons vu plus haut, le législateur de la Révolution française en 1791. Un double mouvement d’idées et de faits, de doctrine et d’organisation se développe pour aboutir au triomphe de l’association sur l’individualisme. Saint-Simon, Fourier, Prudhon seront les partisans résolus d’im associationnisme qui prétendra aussi réaliser la transformation politique de la société. Moins révolutionnaires mais tout aussi associationnistes sont Leroy et Bûchez qui avant la Révolution de 1848 préconisent la coopération ouvrière de production.

Les essais de réalisation Ces théories aboutirent à des tentatives de DE L IDÉE COOPÉRATIVE réalisation de 1837 à 1848. Il faut bien reconnaître

que si quelques-unes de ces créations ont résisté à l’action destructive du temps, la plupart, au contraire, sombrèrent très rapidement. On peut afiirmer que l’histoire des coopératives de production, de 1830 à 1847, est ime nécrologie^ Est-ce à dire que ces échecs constituent une condamnation définitive de cette conception économique ? A notre avis des circonstances historiques sont à la base même des insuccès alors enregistrés.

En premier lieu, ces groupements eurent à subir l’hostihté des pouvoirs pubhcs. Il est incontestable qu’entre 1840 et 1847, les coopératives de production furent regardées par le gouvernement comme de véritables expériences sociahstes destructives de la société monarchiste et bourgeoise. En 1841, dans la région de Saint-Étienne, des ouvriers, réunis pour rédiger les statuts d’une coopérative de production, furent poursuivis devant les tribunaux et condamnés en vertu des dispositions des articles 415 et 416 du Code pénal, car les juges acceptèrent la thèse du ministère pubhc affirmant que cette tentative n’était point autre chose qu’une modahté dissimulée de la coahtion ouvrière.

Une seconde raison de l’échec serait trouvée dans l’application d’un principe erroné. D’après ce principe, l’ouvrier peut aisément, avec le seul concours de l’esprit d’épargne, constituer un capital répondant aux besoins d’une entreprise industrielle de grande envergure. Les théoriciens, dont nous avons précisé les idées, n’ont pas clairement vu que le salaire, surtout pour les personnes chargées de famille, est un

élément à peine suffisant à l’entretien du travailleur, de sa femme et de ses enfants. On oublie que le peu d’épargne qu’il est possible à un ouvrier de réaliser doit être affecté tout d’abord à la constitution d’assurances en quelque sorte familiales contre les risques inhérents à la nature humaine, surtout à ime époque où les assurances sociales étaient peu développées. On oublie ensuite qu’une entreprise, si prospère soit-elle, ne peut vivre que par l’attribution d’une large tranche de profits, chaque année, au renouvellement, à l’améhoration et à l’entretien du matériel. En incitant les ouvriers à créer des associations, avec un capital minime, obtenu simplement par un prélèvement sur l’épargne ouvrière, on engageait les prolétaires dans une voie sans issue.

L’entreprise, même constituée par des éléments prolétariens excellents, ne pouvait renouveler rapidement son outillage, elle devait donc être concurrencée par les entreprises capitalistes. Les faits ont vérifié ce point de vue car les coopératives de production qui survéciuent furent surtout des entreprises du bâtiment, dans lesquelles le capital engagé a peu d’importance et se renouvelle, se transforme moins rapidement que dans les manufactures qui utilisent des matières premières.

La troisième raison de l’échec fut l’insuffisance des capacités d’organisation et de direction des ouvriers. Ceux-ci avaient des quahtés morales et sociales certaines; mais pour diriger une entreprise, il faut autre chose qu’une habileté manuelle incontestable ; il importe d’avoir une vue sur la complexité économique, il faut apercevoir les relations entre la productivité matérielle et l’importance des débouchés. Une telle envergure fit trop souvent défaut à des hommes qui étaient, surtout socialement, bien intentionnés.

Les origines de la révolution Parallèlement au mouvement d’idées DE 1848. LE DROIT AU TRAVAIL associatioimistes, qui aboutit aux créations

de coopératives de production, il faut suivre l’évolution des idées et des systèmes qui vont provoquer la Révolution de 1848. La classe ouvrière avait déjà joué un rôle dans la vie politique de notre pays, lors du mouvement révolutionnaire de 1830. A cette époque, désireuse d’être libérée des mesures policières contenues dans les articles 414, 415 et 416 du Code pénal, eUe s’enrôla dans les organisations politiques que formait la bourgeoisie pour lutter contre l’autorité monarchique. Dans les sociétés populaires, au sein des Amis du peuple, on trouve des groupements de personnes à tendances à la fois politiques et prolétariennes. A Lyon, par exemple, le groupement révolutionnaire des MutueUistes, fondé

HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

en 1820 dans un but de bienfaisance, se réunira au groupement des « Droits de l’homme ». Plus tard, ce dernier, menacé de poursuites, se fractionnera en sections de telle sorte que chacune d’entre elles, comptant moins de vingt personnes, ne puisse tomber sous le coup de l’article 291 du Code pénal qui interdisait toute association au delà de ce nombre. En 1830, les masses prolétariennes se mirent à la disposition des bourgeois opposants, espérant par la suite, trouver dans les hommes d’opinion avancée, des défenseurs au cours de la lutte que les ouvriers regardaient comme nécessaire pour réagir contre les maux du machinisme.

L’illusion avait été grande, car la monarchie de Juillet, bénéficiaire de l’attitude révolutionnaire de la classe prolétarienne associée à la bourgeoisie, allait, au lendemain même de son accès au pouvoir, lutter contre les groupements ouvriers. Et lors des poursuites intentées à la société des Amis du peuple, au lendemain même de la Révolution, le défenseur des prolétaires pouvait s’écrier à la barre : « C’est un spectacle étrange que de voir citer devant vous, messieurs les jurés, deux mois après la Révolution, des hommes qui n’ont pas été étrangers au succès de nos grandes journées. »

En 1848, la classe ouvrière, instruite et impressionnée par les événements de 1830, ira à la bataille, sous l’influence de doctrines comme celles de Pecqueur et de Louis Blanc, afin de réaliser ses propres aspirations sociales et non les ambitions politiques d’une bourgeoisie agitée. Pour le premier l’idéal n’est-il pas la disparition de toute concurrence, source des souffrances prolétariennes ? Le second avait exposé ses idées dans un livre qui eut un grand succès au cours des années 1845 et suivantes : V organisation du travail. Les conceptions auxquelles il adhère se résument dans la formule du droit au travail, et dans l’organisation des ateliers nationaux. Nous ne saurions entrer ici dans le détail de cette conception, telle que l’a formulée Louis Blanc. Il importe, par contre, de montrer comment la Révolution de 1848 a réalisé le droit au travaü et de dégager les causes de l’échec complet d’un système qui a trahi plutôt que reproduit la conception de Louis Blanc.

La révolution de 1848. les Nous savons par les développements précé- ATELiERs NATIONAUX dents quc, de 1830 à 1848, les inventions, la transformation du matériel, de l’outillage, l’introduction du grand machinisme, ont pour conséquence de menacer la situation des ouvriers, artisans à domicile, qui formaient jusqu’alors dans la nation l’immense majorité des travailleurs. Aussi est-ce dans les vüles telles que Lyon et Saint-Étienne, où la petite industrie est le plus

développé, ainsi que dans la banlieue de Paris, que l’on observe les troubles les plus sérieux. L’artisan a été prolétarisé ; de plus ü ne peut concurrencer sur le marché le grand industriel qui offre ses produits à des prix inférieurs à ceux du producteur isolé. L’agriculture elle-même est dans un état de marasme qui correspond au régime de restrictions que doivent s’imposer les populations urbaines. Les débouchés lointains, le commerce d’exportation s’organisent à peine et ne peuvent prélever le surplus de la production non écoulé sur le marché interne. De nombreux agriculteurs fuient l’état de misère qui sévit dans les campagnes et viennent dans les villes.

Ainsi se forme ime armée de miséreux, qui souffrent de la faim. Le patronat, de son côté, d’abord soucieux d’amortir le capital industriel qu’il vient de constituer, puis aux prises avec une lutte de prix et de tarifs qui éliminent le profit, fait une politique de bas salaires. Tels sont les maux dominants de l’époque. Rien d’étonnant si, dans les années qui précèdent 1848, la classe ouvrière entend jouer un rôle très actif pour modifier sa situation économique et sociale. Rien de surprenant si la notion du droit au travail, c’est-à-dire des mesures qui permettront d’éliminer le chômage, séduit et domine tous les esprits à ce moment.

Le mécontentement, dont nous savons désormais les origines économiques, se développe pendant les sept à huit dernières années de la monarchie de Juillet Il aboutit à cette conclusion qu’il importe de détruire un régime politique qui est cause du maintien de la propriété privée, de l’essor du machinisme. C’est pourquoi le peuple désire que l’on modifie la Constitution. Au mois de février 1848, l’opposition, qui comprenait à la fois des ouvriers, des penseurs et des sociologues, avait organisé une agitation sous la forme de banquets appelés banquets réformistes. C’est à l’occasion d’un conflit provenant de l’interdiction de l’une de ces réunions que les troubles éclatèrent, le 22 février 1848.

HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

Il n’est point conforme à notre plan de suivre dans le détail les événements qui se déroulèrent alors (i). Nous n’avons d’autre préoccupation que de dégager les modalités de réalisation du concept du droit au travail par les hommes qui prirent alors la direction des affaires publiques. Le 23 février, les révolutionnaires étaient portés soudain au pouvoir, et grande était leur surprise. Leur masse n’était pas homogène. Il y avait parmi eux des modérés, tels que Dupont de l’Eure, Arago, Crémieux, Garnier-Pagès et Lamartine, des incertains, des hésitants, tels que Flocon et Ledru-Rollin ; enfin des avancés tels qu’Albert, ouvrier, et Louis Blanc, doctrinaire. A côté d’eux, des théoriciens, tels que Gabet, Considérant, Leroux. Il y a cependant entre tous ces hommes, à l’exception d’Albert et de quelques autres, une double communauté de pensée. D’une part, une sorte de tendance mystique : ils s’inspirent de l’esprit de charité, de bonté du Christ. Un second trait commun doit être cherché dans les tendances modérées de la plupart des hommes qui ont joué un rôle en 1848. Ils sont réformistes, non révolutionnaires. Leur désir est d’aboutir à la liberté d’association, puis à la création de groupements professionnels, de caractère à la fois économique et social. L’élaboration du plan d’action dut être fait tout d’abord au sein du gouvernement provisoire, qui exerça le pouvoir du mois de février 1848 jusqu’au 6 mai. Puis, à côté du gouvernement provisoire, on créa, pour des raisons poUtiques qu’il n’y a point lieu de développer ici, une commission qui devait dresser, avec l’aide des travailleurs eux-mêmes, un plan d’organisation du travail. Elle siégeait au palais du Luxembourg.

Le gouvernement provisoire devait ensuite céder l’exercice du pouvoir centra- Hsé à une Assemblée constituante dont les membres siégèrent jusqu’au 28 mai 1849. Celle-ci nomma une commission exécutive, qui comprit Arago, Gamier-Pagès, Marie, Lamartine et Ledru-Rollin, et qui tint séance jusqu’à la proclamation de la Constitution, le 6 novembre 1848. Tout au début l’esprit prolétarien paraît dominer et ne rencontrer aucune résistance. « Chapeau bas devant la casquette, à genoux devant l’ouvrier », tel est le refrain que la bourgeoisie répète. Le capitaliste voltairien et théoricien est tellement entiché de révolution sociale que, même dans les soirées, au théâtre, citoyens et citoyennes viennent en vêtements négligés ; on abdique jusque dans la toilette.

Bientôt le mouvement idylhque s’arrête. Les agitations de la rue, l’envahissement de l’Assemblée constituante au mois de mai 1848, sous un prétexte politique, créent un état de trouble qui est suivi de répressions sévères. Ce sont les combats de

(i) Histoire de la Nation française. — T, V, Histoire politique, III.

rues, une sorte d’émeute permanente, les journées de juin. Les campagnes, étant d’ailleurs très atteintes dans leurs intérêts par la mévente des produits et les difficultés des transports, se montrent nettement hostiles au mouvement ouvrier.

Qu’était devenue cependant la conception du droit au travail? Dès le 26 février 1848, pour en consacrer le principe, Louis Blanc avait voulu réaliser la création d’ateliers nationaux. D’après lui l’inscription à l’une des mairies de Paris devait être suffisante pour procurer du travail. A côté de ce système, un autre tout différent était préconisé et il prévalut. Ce fut à Marie, ministre des Travaux publics, qu’on s’en remit du soin de réaliser les ateliers nationaux. D’accord avec les membres modérés du gouvernement provisoire, Marie voyait dans ces ateliers un moyen d’organisation politique. Il embrigadait les ouvriers chômeurs dans des chantiers, leur donnait un salaire infime ; ainsi, les dirigeants pouvaient exploiter habilement le mécontentement régnant parmi les ouvriers groupés. On excitait ces derniers contre les membres de la commission du Luxembourg, qui avaient eu l’idée de la création des atehers en faisant retomber sur eux la responsabilité de la situation médiocre des travailleurs enrôlés. Cette politique fut suivie, non sans habileté, par un ingénieur, Ëmüe Thomas. Lamartine, dans son Histoire de la Révolution de 1848, a précisé cette situation dans les termes suivants : « Commandés, dirigés par des chefs qui avaient la pensée secrète du parti antisociahste du gouvernement, ces atehers contre-balancent, jusqu’à l’arrivée de l’Assemblée Nationale, les ouvriers sectaires du Luxembourg, les ouvriers séditieux des clubs. »

Les événements devaient dépasser rapidement les combinaisons des pohticiens. On avait cru tout d’abord que les ateliers nationaux pourraient fonctionner en donnant du travail à une dizaine de mille d’individus. Telle était l’évaluation du nombre des chômeurs, qu’on regardait comme un chiffre maximum, au début de la Révolution de 1848. Mais le chômage engendre le chômage; dès la fin du mois de mars 1848, on comptait 21 000 inscrits dans les mairies, et à la fin du mois d’avril près de 100000. Ils recevaient deux francs par jour quand ils travaillaient, un franc quand ils ne travaillaient pas. C’était, à la rigueur, de quoi se procurer la satisfaction des besoins essentiels. Le salaire d’un franc pour ne rien faire équivalait à une prime en faveur du chômage volontaire. En outre, la plupart des ouvriers embrigadés dans les atehers nationaux étaient affectés à des travaux de terrassement, qui ne correspondaient pas en général aux professions exercées individueUement par les chômeurs. Ces derniers étaient humiliés par les besognes qu’on leur imposait. Quant à l’opinion pubhque, eUe criait au scandale, au gaspiUage. Les atehers devinrent rapidement des centres d’agitation, dans

HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

lesquels les ouvriers se montrèrent mécontents et de leurs amis de la commission du Luxembourg et de l’Assemblée Nationale contre laquelle ils manifestèrent violemment. L’Assemblée, prévoyant des émeutes, fit appel au général Cavaignac, ministre de la Guerre, pour assurer l’ordre, même contre les dirigeants avancés qui siégeaient à l’Hôtel de Ville. Barbés, Albert, Raspail et Blanqui, sont traduits devant une Haute Cour. Désormais, les événements prennent une allure tragique. Ce sont les journées de juin, la lutte sur les barricades, surtout dans le quartier

du Panthéon. Plusieurs généraux, l’archevêque de Paris lui-même succombent. Cavaignac est nommé président du Conseil et chef du pouvoir exécutif. Désormais la rupture était complète entre le gouvernement et les tendances révolutionnaires. Qu’était devenue dès lors la commission du Luxembourg ?

Les socialistes, découragés par les événements, ne participaient plus à ses séances. Proudhon, sollicité d’y collaborer, avait trouvé plus prudent de rester chez lui. Louis Blanc, constatant l’effondrement de ses idées, partait en exil volontaire. Enfin, alors que dans le projet de texte de la Constitution, à la date du 19 juin 1848, les rédacteurs acceptaient le droit au travail, quelques jours après, la Constitution elle-même se contentait de garantir à tous les citoyens la liberté, l’égalité, la sûreté, l’instruction, la propriété et l’assistance. Le 29 août 1848, l’article concernant le droit au travail était complètement éliminé après un vif débat; cette conception avait eu pour défenseur, au sein de l’Assemblée constituante, Mathieu de la Drôme, et pour adversaires, Thiers, Lamartine et de Tocqueville.

La révolution de i848 et les Les éléments modérés qui participèrent COOPÉRATIVES DE PRODUCTION mouvement révolutionnaire de 1848

eurent des ambitions plus modestes et beaucoup moins originales. Ils reprirent tout simplement les projets d’organisation de coopératives de production. Le 5 juil-

Page 1