GEORGES SOREL
(Portrait communiqué par M. Rivière, éditeur à Paris).
G. Sorel fut le théoricien de l’idée de grève générale comme moyen d’émancipation du prolétariat.
L’ASSOCIATION DANS LES FAITS
commission exécutive, composée des militants de la région de la Seine, est toujours en éveil pour suivre les événements politiques et soutenir l’action des grèves ou des révoltes qui peuvent se produire sur un point du territoire. En dehors de la capitale, au sein même des confédérations, l’administration est confiée à un bureau ayant à sa tête un secrétaire général, un secrétaire adjoint et un trésorier.
Dans la période dont nous poursuivons l’étude, des grèves sanglantes éclatèrent dans la région de Draveü et dans les mines du Nord de la France. Elles furent réprimées par l’intervention de la force armée. La classe ouvrière, désormais, accuse des tendances antimilitaristes et antipatriotiques. Elles étaient l’aboutissement logique et fatal du concept de lutte de classes. Celle-ci ne peut avoir d’efficacité que par le recours à la force ouvrière. L’action des militants prolétariens est-elle contrariée par l’intervention de l’armée? Fatalement le prolétariat doit chercher à se débarrasser de cet organisme de répression. S’ü faut supprimer l’armée pour obtenir l’émancipation des ouvriers, il importe tout de même de ne pas livrer son pays à l’invasion étrangère. Il faut donc obtenir la disparition des rivalités de nation à nation ; il faut atteindre dans leur cause les conflits internationaux. Aussi le miheu syndicaUste ouvrier, dans la période qui a précédé 1914, s’était-il montré très attaché à l’antimihtarisme et à l’antipatriotisme. Il adhérait également à l’idée de grève générale. Sa réahsation devait être tentée en 1907, avec l’appui des employés du service des postes. Cette expérience fut malhemeuse pour les militants syndicalistes. La grève générale échoua après une expérience de quelques jours, grâce à l’habileté du président du Conseil en exercice, M. Aristide Briand.
A la veille de la guerre, le prolétariat français poursuivait toujours sa lutte contre l’organisation du mihtarisme. Il cherchait à entraîner dans son sillage les organisations ouvrières des autres nations. Sur ce terrain, il rencontrait notamment l’opposition des syndicalistes allemands. En vain, à partir de 1908, dans différents congrès internationaux, les prolétaires français deviennent-ils de plus en plus pressants pour obtenir l’adhésion des chefs syndicalistes allemands à leurs idées. Ceuxci affirmaient que de telles questions relevaient de la tactique intérieure dans chaque nation et ne pouvaient faire l’objet d’une résolution internationale. A la veille de la déclaration de guerre, Jaurès se rend à Bruxelles où les leaders de la Confédération générale viennent rencontrer les militants du syndicahsme allemand. Il supphe ces derniers de préciser quelle sera leur attitude lorsque au sein du Reichstag les dirigeants de l’Empire demanderont le vote des crédits de mobilisation. On se sépare avec une promesse de refus du vote des crédits de guerre, de la part des syndi-
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
calistes allemands. Quelques jours après, la guerre était déclarée, les syndicalistes allemands n’avaient point tenu leur parole. Ce fut une profonde colère dans le prolétariat français. Survint l’événement malheureux du meurtre de Jaurès. On put craindre alors des troubles qui auraient gêné gravement la mobilisation. L’attitude des leaders de la C. G. To évita l’émeute dans la rue ; bien plus, ceux-ci comprirent qu’il était nécessaire, dans l’intérêt et du prolétariat français et de toute la nation, de renoncer complètement à l’action antimilitariste et antipatriotique. Ils se rallièrent à une méthode de coopération avec les pouvoirs pubhcs, en vue de la conduite d’une guerre de défense du sol et des grands principes de hberté des peuples.
Telles sont les forces respectives en présence dans le patronat et dans le müieu ouvrier à la veille des hostilités. La caractéristique générale de ce mÜieu organisé était la lutte de classes. Les combats avaient été vifs au cours des dix années précédant le conflit des peuples. D’un côté, im patronat très attaché à la politique du maximum de profits, sans im souci suflisant de l’améhoration du sort des masses ouvrières ; de l’autre les prolétaires sans aucim attachement ni déférence pour des employeurs qui trop souvent ont ignoré les souffrances, les aspirations individuelles de leurs employés.
Assurément, il y a bien des exemples de grands industriels, attachés à l’accomplissement de leur devoir social. Mais trop peu nombreux, leur bonté est peu comprise par les prolétaires obéissant aux suggestions de meneurs intellectuels et bourgeois qui flattent les passions populaires, excitent à la haine afin d’obtenir une situation poHtique qui leur prépare l’ascension aux hautes fonctions gouvernementales, assurant une vie large à leurs titulaires et une bruyante renommée.
Ainsi la démagogie permet la formation d’élites bien imprévues. Les fils des parvenus prennent d’ailleurs facilement le ph des attitudes conservatrices. La fortune, quelle qu’en soit l’origine, assagit les esprits et vaut d’énergiques défenseurs au principe de propriété.
G. Ripart.