DE 1870 AU DÉBUT DU VINGTIÈME SIÈCLE
Vagriculture et les crises agricoles. — Vessor industriel. Les industries minières et métallurgiques. — V électricité. — Les industries chimiques. — Les industries textiles. — Les industries de luxe. — Les tendances de révolution industrielle. — Le commerce extérieur. Retour au protectionnisme. — Le développement du commerce extérieur.
A guerre désastreuse contre TAllemagne en 1870-1871 eut sur la situation économique de notre pays des effets immédiats qui auraient dû ralentir son essor. Non seulement la France subit des pertes d’hommes importantes, mais en vertu du traité de Francfort, elle se vit amputée d’une portion considérable de son territoire, source de richesse exceptionnelle= Près de 2 miUions d’habitants lui furent arrachés, son sol fut réduit de près de i 450 000 hectares, des industries prospères, comme l’industrie cotonnière et sidérurgique, furent profondément atteintes. En outre, les stipulations commerciales du traité la mirent en état d’infériorité par rapport à l’industrie germanique. Grâce à une pohtique vigoureuse de reconstruction financière et à
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
l’ardeur avec laquelle elle reprit le labeur interrompu par la guerre, elle réussit à dominer ces éléments hostiles. La rapidité du rétablissement de la France vaincue étonna nos ennemis et le monde entier.
L’AGRICULTURE ET LES La situation agricole de la France fut éprouvée par CRISES AGRICOLES un Certain nombre de facteurs défavorables. La guerre de 1870 avait privé l’agriculture de 674 000 hectares de terres labourables ; à partir de 1880, des crises diverses vinrent s’ajouter aux conséquences économiques produites par nos revers.
La culture du blé souffrit de la concurrence des produits des pays neufs, en particulier du blé américain. Nos agriculteurs, atteints par la baisse des prix, obtinrent une protection douanière efficace par l’imposition d’un droit d’entrée de 3 francs par quintal, qui fut porté à 7 francs en 1894. La surface emblavée varia peu, mais grâce à l’amélioration des procédés de culture, le rendement alla en augmentant : il était passé, de 14 hectolitres en 1862, à 18 hectolitres et demi pour les années 1902 à 1909, si bien que la production, qui atteignait 98 millions d’hectolitres en 1871, avait été portée à 118 millions en 1902, malgré la perte de l’ Alsace-Lorraine. Les prix avaient, malgré certaines fluctuations, baissé pendant cette période. Les nombres indices, partant de 159, en 1872-1873, descendent rapidement après la crise de 1882, à 112, en 1884; puis ils atteignent, en 1896, leur niveau le plus bas : 91. C’est le point de chute des prix le plus inférieur, pour tout le dix-neuvième siècle.
La vigne eut à souffrir cruellement de l’oïdium et surtout du phylloxéra qui, à partir de 1865, étendit graduellement ses ravages dans toutes les contrées viticoles. La production du vin tomba de 70 millions en 1879 à 23 millions en 1889. La substitution des plants américains aux plants malades, et la mise en valeur de nouveaux terrains permit de regagner une partie du terrain perdu. La récolte moyenne de la période 1900-1905 remonte à 48 milhons d’hectolitres. A partir de 1900, une crise commerciale éprouva durement la viticulture : la mévente des vins alla même jusqu’à provoquer des troubles d’ordre social dans le Midi de la France.
La culture du lin et du chanvre et celle des graines oléagineuses marquèrent une régression très sensible, due à la concurrence étrangère. Par contre, la betterave, sous l’action des primes accordées à la production par la loi du 29 juillet 1884, fit plus que doubler. En 1901, ou l’ensemençait sur près de 339 000 hectares, contre 136 000 en 1862. La suppression des primes, en 1903, diminua considérablement la superficie des terres consacrées à la culture bettera-
L’AGRICULTURE, L’INDUSTRIE ET LE COMMERCE
vière; en 1913-1914, elle n’était plus que de 216200 hectares, cette réduction des sources de la production ne fut pas compensée, comme à l’étranger, par un accroissement sensible du rendement.
L’élevage a enregistré dans l’ensemble d’indéniables progrès pendant cette période. En 1862, les prairies artificielles et les prés naturels ne représentaient