LES VIGNOBLES BOURGUIGNONS
que 14,34 pour 100 du territoire ; en 1892, cette proportion était de 18,36 pour 100. On estimait à 9 millions et demi d’hectares la superficie occupée par eux en 1900. Par suite de la concurrence des laines australiennes et argentines, le nombre des animaux de la race ovine avait diminué de 7 millions et demi de 1862 à 1904 (17 millions 8 au lieu de 24 millions 5). La difficulté de trouver de bons bergers expliquait aussi cette régression. La race bovine s’était accrue au contraire de près d’un million d’animaux ; la race porcine d’un million et demi. D’autre part, l’accroissement du rendement en viande de boucherie avait augmenté les béné-
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fices des éleveurs qui profitèrent aussi de la majoration des prix due à la plus forte consommation de cette denrée.
Les crises qui atteignirent l’agriculture française eurent pour conséquence d’amener une diminution de la valeur de la propriété. Le prix de l’hectare, qui était en 1874 de 2 000 francs, était ramené à i 500 francs en 1892. D’autre part, le salaire des ouvriers agricoles, bien qu’il eût suivi une progression constante, avait augmenté beaucoup moins que celui des ouvriers d’usine. D’où l’exode de la maind’œuvre vers les villes industrielles. Dans l’ensemble, la population agricole avait diminué en nombre dans des proportions sensibles. Alors qu’en 1866 elle représentait 53,7 pour 100 de la population totale, en 1911 elle n’en égalait plus que 44,2 pom 100. Les salariés agricoles avaient diminué d’un million entre 1862 et 1882, soit 25 pour 100.
Les difficultés de main-d’œuvre éprouvées par les cultivateurs les poussèrent à adopter l’emploi des machines dans une large mesure. C’est ainsi qu’entre 1862 et 1892 le nombre des moissonneuses passa de 9 000 à 23 000; celui des faucheuses de 9 500 à 28 000 ; celui des batteuses de 100 000 à 234 000. D’autre part, l’utilisation progressive des engrais chimiques permit d’accroître le rendement des terres : phosphates, nitrates américains, sels de potasse augmentèrent notablement la production par hectare. Les agriculteurs cherchèrent en outre à améliorer leur situation par le groupement de leurs activités et de leurs capitaux. Nous savons qu’à partir de 1884, les syndicats agricoles se multiplièrent; ils avaient pour objet la perfection des procédés de culture, l’acquisition d’un outillage plus perfectionné. Des sociétés de crédit mutuel leur permirent de mettre leurs ressources en commun et d’accroître leur force de production.
L’ESSOR INDUSTRIEL. LES INDUSTRIES PouT donner un aperçu de l’évolution MINIÈRES ET MÉTALLURGIQUES (jg production industrielle de 1870 à 1914, il convient, avant de dégager le sens de cette évolution, d’analyser successivement le développement des principales branches d’activité.
Les progrès des industries minières et métallmrgiques étaient nécessaires pour assurer la production dans la plupart des catégories. L’extraction de la houille réaüsa ime avance considérable. Elle a passé de 13 milHons de tonnes en 1869 à 40 miUions en 1913, bien que les centres houillers n’aient pour ainsi dire pas augmenté. Ces résultats sont dus aux améliorations apportées à l’outillage et en particulier à l’appUcation des procédés mécaniques aux diverses opérations. La consommation de la houille a d’ailleurs crû pendant cette période dans des
LES MINES VERS 185O : DESCENTE DES MINEURS PAR LA BENNE (D’après un dessin de H. Bonhommé, 1850)
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proportions qui ont nécessité un appel sans cesse plus large aux charbons étrangers. La consommation, qui était de 21 millions de tonnes en 1869, était passée à près de 48 millions en 1913 ; de son côté l’importation, qui n’était que de 8 millions de tonnes en 1869, était de 15 millions en 1904, de 23 millions en 1913. L’exploitation du minerai de fer fut activement poussée; pour la période 1873-1877, elle ne dépassait guère 2570000 tonnes; en 1912, elle était de plus de 19 millions; notre pays occupait le troisième rang dans la statistique mondiale.
La production de la fonte était en 1869 de i 381 000 tonnes, obtenue par 290 hauts fourneaux; en 1904 elle avait atteint 2 974000 tonnes, dans 116 hauts fourneaux. Le rendement moyen avait donc été porté de 4 760 tonnes à 28 600. Il s’élevait à 42 700 tonnes en 1913. A ce moment, la production atteignait 5 200 000 tonnes.
Deux faits importants ont influé sur l’évolution de la fabrication de la fonte. D’une part, l’utilisation du procédé Thomas- Gilchrist pour la déphosphoration de la fonte permit la mise en exploitation du minerai lorrain et le département de Meurthe-et-Moselle assura dès lors, les deux tiers des besoins nationaux. D’autre part, des améliorations techniques ont augmenté considérablement le rendement et transformé les moyens de production : utilisation des gaz, appareils 'de chauffage Whitwell et Cowper, chargement mécanique, etc.
L’acier suivit une évolution parallèle; la généralisation des procédés Bessemer et Siemens Martin, qui datent de l’Empire, permet de quadrupler, en sept années, la production des aciers. L’emploi du procédé Thomas et du four Martin, à sole basique, qui remplaça la sole acide, eut pour effet d’accroître de nouveau les rendements, dans des proportions considérables, à partir de 1880 et depuis cette date les progrès ont été en s’accentuant. En 1880 cette production était de 382 000 tonnes, en 1913 elle dépassait 4 630 000 tonnes.
Les industries de transformation de l’acier se sont développées et diversifiées pendant toute la période d’avant-guerre. L’acier fut largement employé dans l’architecture métallique, dans les constructions de l’armement. Nous n’en donnons qu’un exemple. Les rails en acier étaient en 1875 l’objet d’une production de 178000 tonnes; en 1912, cette production dépassait 516000 tonnes.
Le fer a vu diminuer sa production au profit de celle de l’acier. De 1882 à 1902, elle est tombée de i 073 000 tonnes à 639 000. Mais d’autres métaux, comme l’aluminium, ont fait leur apparition. La découverte de ce métal, en 1856, devait être suivie de perfectionnements dans la fabrication, dus principalement à l’emploi de l’électrolyse, qui permirent d’obtenir l’aluminium à bon marché.
L’AGRICULTURE, L’INDUSTRIE ET LE COMMERCE
La mécanique, indispensable à la production industrielle, n’a pas assuré, dans la période considérée, une production nationale suffisante pour satisfaire aux besoins. Le rapport général sur l’industrie française publié par le ministère du Commerce indiquait que de 1890 à 1913 nos importations de machinesoutils avaient été multipliées par 5. De 1900 à 1913, les importations allemandes seules avaient décuplé.
Dans l’usage des appareils à force motrice, on transforma les appareils anciens, on fit l’application des inventions nouvelles. En trente ans les locomotives triplèrent de nombre, leur puissance fut considérablement accrue. La construction de nouvelles lignes, après les conventions de 1883, entre l’État et les réseaux, assurait de larges débouchés aux fabricants de rails, de locomotives et de wagons. Le développement de la marine marchande suivait celui des voies ferrées. Les bateaux à vapeur eurent leur puissance quadruplée. Le chiffre des machines à vapeur utilisées passe de 14 513 en 1860 à 82 238 en 1910. Les chaudières multitubulaires firent leur apparition. Les turbines, notamment la turbine Rateau, furent employées dans l’industrie.
A côté des machines à vapeur on va utiliser les moteurs à explosion, moteurs à gaz d’éclairage ou à gaz pauvre, moteurs électriques. Ces derniers prirent une grande extension grâce à l’utilisation de la force hydraulique. En 1900, 48 000 établissements disposaient de 50 000 chutes d’eau donnant ime puissance de 575 000 chevaux. En 1913, 750 000 chevaux étaient équipés.
La transformation des moyens de transport ouvrit de nouveaux débouchés aux industries mécaniques ; on vit apparaître en 1880 les premiers modèles de bicyclette ; en 1885, les premières automobiles, mues par des moteurs à vapeur, auxquels se substituèrent des moteurs à pétrole et des moteurs électriques. En 1913, l’industrie automobile française employait 100 000 ouvriers dans 48 usines, 45 000 châssis étaient fabriqués annuellement, dont 43 000 pour le tourisme.
L’électricité, transforma- L’industrie électrique mériterait à elle seule
■noN DANS L’ÉCLAIRAGE ^^e étude complète. Les découvertes de Gramme, à la fin de l’Empire, permirent l’emploi de machines magnéto-électriques, les inventions étrangères, comme celle de Graham Bell et d’Edison, et celles des savants français Joubert, Marcel Deprez, Goulard, Maurice Leblanc, etc., trouvaient leurs applications pratiques dans ce domaine nouveau. Le télégraphe avait été généralisé sous l’Empire; de nombreux perfectionnements y furent apportés. Les appareils enregistreurs, comme celui de Bréguet, prirent place à côté
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de celui de Morse. Le téléphone se développe principalement entre 1891 et 1900, la longueur des lignes est quadruplée (26 000 kilomètres en 1900). La télégraphie sans fil était encore à ses débuts à la fin du siècle, c’est à im savant français, Branly, qu’elle doit en partie ses principes fondamentaux.
L’application de l’électricité à l’éclairage ne donna pas seulement l’essor à ime industrie prospère, elle transforma les conditions de l’habitation. Aux lampes à arc, seules utilisées tout d’abord, s’ajoutèrent les lampes à filament de charbon et les lampes à filament métalhque. Les secteurs de l’électricité de Paris datent de 1888.
Le développement continu de la construction électrique dans ses diverses catégories avait abouti, en 1913, à la production suivante :
Machines dynamo-électxiques . 66 millions de francs.
Appareillage électrique . 45 — —
Lampes électriques . 20 — —
Câbles et fils électriques . 40 — —
Accumulateurs, piles sèches, etc . 21 — —
On constate des transformations considérables dans l’éclairage électrique ou autre. Le gaz s’est répandu pendant la période considérée. En dix ans (1878- 1888), la consommation avait presque doublé. A Paris, de 1889 à 1902, elle est passée de 120 milhons à 319 milhons de mètres cubes. Les manchons à incandescence, qui datent de 1885, avaient permis de réahser un progrès très sensible.
La découverte de l’acétylène, due à Berthelot et Moissan, a donné lieu à des utüisations nouvelles. L’usage du pétrole, qui était employé déjà largement sous l’Empire, s’est répandu surtout sous la Troisième Répubhque, particulièrement dans la décade qui suivit la guerre. L’industrie du raffinage du pétrole est organisée à cette époque. En 1912, la consommation du pétrole lampant était de plus de 3 millions d’hectohtres.
Les industries Toutes ces industries ont largement bénéficié des CHIMIQUES! recherches faites dans les laboratoires. Bien que la France
n’ait pas, au même degré que l’Allemagne, su adapter l’apport scientifique aux réalités industrielles, de nombreux procédés ont transformé les méthodes employées dans la production. Qu’il s’agisse de la fabrication de la soude, de l’acide sulfurique, du chlore, du sulfate d’ammoniaque, des améliorations surprenantes ont été enregistrées et des industries florissantes ont profité des perfectionnements techniques. Mais sauf pour quelques catégories particulières, et malgré l’extension prise par
L’AGRICULTURE, L’INDUSTRIE ET LE COMMERCE
l’ensemble de notre production, la caractéristique de l’industrie chimique avant la guerre était d’être, pour une part considérable, tributaire de l’étranger. Qu’il s’agisse de produits chimiques proprement dits, de l’industrie des parfums, des produits pharmaceutiques et photographiques, la fabrication française était limitée à quelques articles, la presque totalité de la consommation étant assurée par l’Allemagne.
L’industrie des matières colorantes est un exemple de ce que peut devenir une découverte d’origine française lorsqu’elle n’est pas exploitée avec les moyens techniques suffisants. Elle était née en France, en 1859, et toute ime pléiade de savants lui avaient apporté l’appoint de leur génie inventif. Pendant un certain temps, notre pays conserva le premier rang dans cette production.
En 1913, une seule usine existait en France, susceptible de fabriquer des matières colorantes provenant de la distillation de la houille. L’Allemagne nous fournissait le reste, soit par des usines étabhes sur son territoire, soit même par celles qu’elle avait créées sur le nôtre. h. moissan (1852-1907)
Quelques industries cependant faisaient exception à ce délaissement. C’est ainsi que la savonnerie, dans laquelle la région de Marseille s’était spécialisée avec succès, avait atteint une production de 260 000 tonnes en 1913.
Une mention particulière doit être faite pour les fabrications de guerre, qui ont fait appel, dans tm but de destruction, aux découvertes de la science moderne. La dynamite et les autres explosifs avaient, dès le dernier quart du siècle, pris une grande extension.
Les industries Les textiles, malgré la concurrence étrangère, et la perte
TEXTILES la production du centre d’Alsace, avaient fait preuve
d’une grande vitalité, due à l’augmentation des besoins, causés eux-mêmes
par raccroissement de bien-être et la baisse des prix. L’industrie cotonnière réalisait des progrès notables qui sont mesurés moins par l’élévation du nombre de broches, qui était passé seulement de 6 millions à 7 millions et demi, que par l’augmentation de la consommation en coton. Celle-ci, qui était de 100 millions de kilos en 1869, était, en 1913, de 270 millions. Les perfectionnements de l’outillage, notamment l’emploi du métier continu, ont contribué à augmenter le rendement. L’importation des filés avait diminué grâce à l’extension des filatures nationales. Les tissus de Normandie et des Vosges continuaient à être très recherchés, ainsi que les tissus mélangés de la région du Nord. En 1913, la France comptait 1 10 000 métiers mécaniques en plus de 30000 métiers à bras. Notre exportation de tissus de coton s’est développée à cette époque dans des proportions considérables ; alors que pour la période 1867-1876, elle ne dépassait guère 1 740000 kilogrammes, elle s’élevait vingt ans après à plus de 13 millions. En 1913, la France produisait 236 000 tonnes de filés de coton, alors qu’elle n’en utilisait que 231000; elle produisait 220000 toimes de tissus, et n’en consommait que 173 000.
L’industrie de la laine avait obtenu des résultats' importants, grâce à l’amélioration de l’outillage et des procédés de fabrication. En 1913, nous possédions 55 000 métiers à tisser. La consommation avait à peu près doublé de 1869 à 1900; elle atteignait à cette date environ 240 millions de kilogrammes, dont 40 étaient fournis par la production indigène. L’exportation des produits de la laine, qui se chiffrait en 1869 par 9 millions de kilogrammes, a subi des variations considérables ; en 1907, elle atteignait 37 millions. Il est vrai que la valeur de cette vente avait diminué dans une large mesure (320 millions de francs pour 1877-1886, 113 millions pour 1900-1903). L’ensemble de nos sorties lainières représentait, en 1913, 600 millions de francs, dont 220 millions de tissus, 90 millions de filés, 158 millions de laines cardées, peignées et de déchets, 133 millions de laine en masse. Depuis 1900, les exportations de tissus ont été en déclinant.
Laissant de côté l’industrie linière, qui a pâti de la concurrence du coton, nous avons à constater la transformation qui s’est produite dans les industries de la soie. Alors que les articles de soie étaient, avant 1870, considérés comme des objets de haut luxe, recherchés pour leur quafité exceptionnelle, ces étoffes se sont démocratisées et l’industrie de la soierie s’adresse désormais au grand public. La soie artificielle, qui est utilisée vers 1890, a réussi à concurrencer sur certains points la soie naturelle. Aussi la valeur moyenne des étoffes de soie a-t-elle diminué considérablement. Les étoffes unies, qui valaient 133 francs le mètre en 1769, ne valent plus
AU PAYS NOIR C NORD DE LA FRANCE (D’après le tableau de Constantin Meunier).
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que 50 francs en 1902. Les progrès de la technique ont contribué à cette transformation, le métier mécanique s’est introduit partout. Avant la guerre, notre production normale de tissus et d’articles de soie valait environ 600 millions et le chiffre de nos exportations s’élevait à 400 miUions contre 49 millions d’importations.
Des modifications analogues se sont manifestées dans la technique des branches secondaires de l’industrie textile : broderie, passementerie, bonneterie. Dans cette dernière spécialité on a constaté xme diminution du nombre des métiers à bras s’élevant jusqu’aux trois quarts du total des effectifs utilisés en 1870.
Les industries Une des caractéristiques de l’évolution industrielle dans
DE LUXE le dernier quart du siècle dernier est la diffusion des pro-
duits de luxe. Nous avons déjà relevé sous le Second Empire ime tendance marquée de ces produits à se répandre dans les diverses classes de la société. Ce goût n’a fait que s’accentuer dans la période que nous analysons. Dans l’industrie de la couture, dans la mode, dans l’ameublement, dans la bijouterie, on constate l’achat, par une partie sans cesse croissante de la population, des objets qui ne sont pas nécessaires, à la satisfaction de besoins primordiaux.
Un second trait dans l’évolution de ces industries est la place prépondérante que prend Paris pour la fabrication des articles de luxe et de demi-luxe. Cette influence du goût de Paris, de la mode de Paris est des plus nettes ; elle tient au développement de l’industrie dans la région parisienne et à l’extension prise par les moyens de commimication qui, en répandant dans toute la France les modèles créés dans la capitale, diminuent l’importance des fabrications locales.
Les tendances de l’évo- La nomenclature rapide des principales indus- LunoN industrielle tries, dont nous venons de montrer en quelques mots le développement, nous fournit par là même plusieurs des traits qui caractérisent l’évolution industrielle depuis 1870.
Le perfectionnement de l’outillage et des procédés de fabrication est une des particularités de cette transformation. Ces progrès sont dus, avant tout, aux recherches scientifiques qui, pour cette période comme pour les précédentes, ont exercé une influence déterminante sur les moyens de production. Le rapport général sur l’industrie française, publié en 1916 par le Ministère du Commerce, fait observer que c’est des laboratoires de recherches que sont sorties d’importantes découvertes industrielles, témoins la méthode de préparation de l’aluminium due au savant Sainte-Claire-Deville, la fusion du platine due à Debray,
L’AGRICULTURE, L’INDUSTRIE ET LE COMMERCE
la découverte du carbure de calcium et celle des ferro-alliages, faites par Moissan à l’École de pharmacie, les synthèses des produits organiques imaginées par Berthelot. L’industrie s’identifie avec le progrès scientifique dans le domaine de l’électricité.
Le développement de l’outillage, les frais qui en résultent, la nécessité de récupérer les dépenses d’exploitation par ime production à grand rendement, l’extension prise par les moyens de transport, ont agi dans le sens de la concentration industrielle.
Dès 1896, les grands établissements, occupant au moins 50 salariés, représentaient 45 pour 100 du personnel industriel (non compris les transports) ; pour les mêmes établissements, la proportion du personnel n’était que de 26 pour 100 en 1840. Depuis lors, la concentration s’est accentuée sensiblement; en 1906, les statistiques montrent que les firmes occupant plus de 10 ouvriers ont vu seules leur nombre augmenter. Ces entreprises représentaient 68,2 pour 100 de l’ensemble des fabriques. Le nombre des établissements employant plus de 500 ouvriers s’est accru d’une manière continue ; il était de 133 en 1840, de 441 en 1896, de 61 1 en 1906.
Cette concentration se rencontre dans un grand nombre d’industries. Nous avons constaté la réduction du nombre des hauts fourneaux dans la métallurgie. Dans l’industrie sucrière, on comptait 465 fabriques en 1869-70, 332 en 1901 -1902 ; de même dans l’industrie lainière normande, la substitution du métier mécanique au métier à bras a eu pour effet de faire disparaître le tissage rural au profit de l’industrie urbaine et de favoriser la création de fabriques importantes, au détriment des entreprises de moyenne grandeur. A Elbeuf, il y avait 157 fabricants en 1882, 84 en 1889, 43 en 1902.
La concentration a pour effet, ainsi que l’a noté M. Bourguin, de provoquer l’agglomération des capitaux dans les sociétés par actions; dès 1899, le capital de ces sociétés s’élevait à 13 milliards et demi, non compris 22 milliards d’obligations. D’autre part le nombre des salariés va en augmentant, alors que le nombre des patrons diminue.
Toutefois il faut noter la force de résistance de la petite industrie, expliquée par l’importance qu’a prise dans la production industrielle de notre pays la quahté et le fini du produit, qui s’accommodent mal du travail en série et des modèles uniformes. Néanmoins, à la veille de la guerre, on constate que partout où la production en masse est possible elle gagne du terrain, étant donné ses avantages au point de vue du rendement et du prix de vente.
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En ce qui concerne ce dernier élément, sous l’action des progrès techniques, une baisse de valeur persiste dans la période qui s’étend de 1870 à la fin du dixneuvième siècle. Une indication sur l’amplitude de ce mouvement est fournie par la statistique douanière qui estime la valeur moyenne du kilogramme exporté à O fr. 90 en 1871, et à o fr. 42 en 1904. Cette donnée générale peut être complétée par les renseignements particuliers à certaines industries. Dans les textiles, par exemple, le kilogramme de calicot était évalué à l’exportation 5 fr. 30 en 1872 et 3 francs en 1892. Pour les ouvrages en fer, le kilogramme qui valait 200 francs, tombe à 134 francs. Grâce à l’application de nouveaux procédés, le prix de la tonne de carbonate de soude, qui était de 280 francs en 1873, tombe à iio francs à partir de 1894; le prix du chlorure de chaux a baissé d’un tiers entre 1867 et 1878. Cette chute a d’ailleurs fait place à une hausse assez prononcée à partir des années 1906 et 1907 ; ce mouvement, après un fléchissement en 1908 et 1909, s’accentue de telle sorte que l’indice général des prix, fixé à 100 en 1901- 1910 montait à 115 en 1913.
Les mêmes raisons d’intensification de la production et de diminution des prix de revient ont contribué à orienter les entreprises industrielles vers la spécialisation dans certaines grandes fabrications, phénomène qu’on a appelé la standardisation. On entend par là toutes les mesures destinées à assurer l’unification des moyens de production. Elle a été l’objet d’une première tentative en 1891, de la part de la Société d’encouragement pour l’industrie nationale ; elle a abouti à l’unification des filetages et des vis; des applications ont été, quelques années après, mises à l’étude en ce qui concerne le matériel électrique.
Une des conséquences des divers procédés que nous venons de constater est l’affaiblissement de la formation professionnelle de l’ouvrier. L’emploi des machines et la division intense du travail ont poussé les patrons à négliger la formation des apprentis, qui tenait, dans l’organisation corporative, une place si importante ; les ouvriers, de leur côté, se sont laissé attirer par l’appât d’un salaire immédiat. Dès la fin du dix-neuvième siècle des mesures législatives destinées à améliorer l’apprentissage furent mises à l’étude; sur l’initiative des pouvoirs pubHcs et des chefs d’entreprise, de nombreux cours professionnels furent institués.
Cette question de l’organisation éducative rentre dans le problème plus général des rapports de l’État et de la production. Les interventions du Pouvoir dans le domaine économique se sont multipliées après 1870, et ont revêtu diverses formes, en matière industrielle. Il a cru nécessaire, dans un but le plus souvent fiscal, de se réserver certaines fabrications. Rappelons seulement le monopole de
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la fabrication et de la vente des allumettes qui remonte à la loi du 31 décembre 1889 ; le monopole des tabacs, qui date de l’ancien régime.
A côté de l’activité de l’État, il faut mentionner les initiatives municipales dont certaines, vers la fin du dix-neuvième siècle, commençaient à manifester une certaine faveur pour ce qu’on appelait déjà le socialisme municipal, c’est-à-dire l’exploitation directe des services tels que les distributions d’eau, de gaz, les transports, etc.
Le commerce extérieur, retour Divers facteurs contribuèrent à trans- Au PROTECTIONNISME former le système douanier libéral qui
s’était maintenu jusqu’aux dernières années de l’Empire, malgré l’opposition grandissante des protectionnistes. L’élection comme président de la République de Thiers qui était un partisan déterminé du protectionnisme, le choix, comme ministre des Finances, de Pouyer-Quertier, grand industriel qui partageait ses opinions, renforcèrent l’influence des idées protectionnistes. D’autre part, le besoin de ressources nouvelles pour liquider la situation née de la guerre agit dans le même sens. Dès 1872, des droits nouveaux furent établis sur le sucre, le café, le cacao, ainsi que sur les matières premières. Ces dernières mesures exigeaient la révision des traités de commerce avec l’Angleterre et la Belgique, des négociations furent entreprises et aboutirent à des modifications de détail des conventions existantes.
Malgré l’activité déployée par le parti protectionniste et les essais tentés pour constituer, entre les agriculteurs et les industriels, un front commun au regard du système douanier, la réglementation établie par la loi du 7 mai 1881 reposait sur le système des tarifs conventionnels. L’agriculture était faiblement protégée, les matières premières furent déclarées exemptes ; les produits manufacturés payaient de 10 à 30 pour 100 de leur valeur ; les métaux furent soumis au tarif conventionnel ; les produits chimiques bénéficièrent de droits élevés ; les fils et les tissus payaient d’après leur finesse ; les machines étaient assujetties en général au taux du tarif conventionnel. En outre, les droits ad valorem^, c’est-à-dire calculés d’après la valeur présumée des objets, étaient remplacés par des droits spécifiques, perçus d’après la nature, l’espèce et la qualité, sur le poids, le nombre ou la mesure.
L’établissement de ce tarif entraîna la conclusion de nouveaux traités de commerce avec les principaux pays (Belgique, Portugal, Suède et Norvège, Espagne, Serbie, Autriche, Pays-Bas). Avec l’Allemagne restaient en vigueur les dispositions de l’article ii du traité de Francfort ; avec la Russie et la Turquie les traités antérieurs du i®^ avril 1874 et du 29 avril 1861. L’accord n’ayant pu se faire avec
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l’Angleterre, on accorda aux marchandises anglaises le traitement de la nation la plus favorisée.
Le système douanier, tel qu’il avait été institué en i88i,fut l’objet de vives critiques. Le Royaume-LFni jouissait d’un traitement avantageux, depuis 1882, sans nous avoir accordé aucune réciprocité. L’Allemagne restait armée par l’article ii du traité de Francfort qui en établissant entre elle et la France le régime de la nation la plus favorisée, mettait notre pays dans une situation désavantageuse. En effet, cet article faisait bénéficier l’Allemagne de toutes les concessions faites aux autres nations sans que la réciproque fût vraie puisque l’empire allemand n’avait plus de traité de commerce depuis 1879. Les États-Unis et la France n’étaient unis par aucune entente particulière, on appliquait alors un tarif général qui était désavantageux à nos produits. Les principaux États inclinaient délibérément vers le protectionnisme, ce qui augmentait sans cesse la rupture d’équilibre à notre détriment. L’Italie, en 1886, dénonçait le traité de commerce franco-italien; une guerre de tarifs s’engageait entre les deux pays.
La crise de 1882 eut des conséquences fâcheuses pour notre commerce extérieur et les agriculteurs, qui étaient particuhèrement atteints, cherchèrent dans une union avec les industriels un moyen de faire aboutir leurs commîmes revendications. Des mesures protectionnistes avaient été prises en faveur des intérêts agricoles ; les sucres en 1884, les blés et le bétail en 1885 et 1887 avaient fait l’objet de dispositions protectionnisteSo En 1891, l’alliance entre les agriculteurs et les industriels fut proclamée. Une grande enquête parlementaire dirigée par Jules Ferry et Jules Méline permettait de dresser le bilan de nos ressources.
Le gouvernement, en présence du mouvement d’opinion qui se manifestait, n’avait pas attendu que la coaUtion des intérêts protectionnistes fût définitivement scellée pour transformer sa politique commerciale. En 1890, il déclarait son intention de dénoncer tous les traités de commerce qui nous haient jusqu’au février 1892, afin qu’à cette date le pays redevînt entièrement maître de la fixation de ses tarifs de douane, dont il attendait une protection plus efficace pour l’agriculture et le travail national.
Le nouveau système établi par la loi du ii janvier 1892 comprend deux tarifs : l’un général, appficable aux pays qui n’ont pas de conventions avec la France, et l’autre minimum qui est le plus réduit dont jouiront les pays qui feront bénéficier les marchandises françaises d’avantages corrélatifs.
Les conventions conclues en vertu de ce système offrent des caractères qui les distinguent des anciens traités de commerce. Le gouvernement ne concède le tarif
NOS GRANDS PORTS DE COMMERCE : MARSEILLE L’entrée du vieux port, le pont transbordeur et le bassin de carénage.
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minimum qu’en vertu d’une loi, sans toutefois que cette obligation puisse porter atteinte aux droits du pouvoir exécutif de négocier et de conclure des traités de commerce, sous réserve de l’approbation des Chambres. La concession du tarif minimum laisse intacte la faculté de modifier les chiffres de base et de les élever. Enfin les conventions doivent être d’une courte durée ; elles ne peuvent excéder douze mois.
Le tarif de 1892 s’appliquait aux produits ahmentaires comme aux produits industriels. Les principales matières premières, peaux, laines, soies, cotons, continuaient à entrer en franchise. Ce régime constituait un renforcement très net de la protection, bien que, selon le rapporteur, M. Méline, les chiffres inscrits fussent simplement la représentation de l’écart qui séparait le producteur français de son rival étranger.
En ce qui concerne le régime douanier des colonies, la loi de 1892 se prononçait pour le principe de l’assimüation de celles-ci au territoire métropolitain.
Divers traités de commerce furent conclus sur la base arrêtée en 1892 et le tarif minimum fut accordé à une vingtaine d’États, notamment la Suisse, la Belgique, l’Espagne, ritalie^ etc.
L’évolution dans le sens de la protection continue après 1892 ; l’agriculture bénéficie de nouveaux droits protecteurs sur les blés, sur les vins, sur la viande ; il est vrai que la suppression des primes à la production sucrière, édictée en vertu de la Convention de Bruxelles du 5 mars 1902, était préjudiciable aux intérêts agricoles.
Le développement du protectionnisme dans la plupart des pays étrangers, qui s’était traduit par un relèvement sensible des taxes, provoqua une révision douanière réahsée par la loi du 29 mars 1910.
Cette mesure a consisté principalement dans un relèvement des tarifs de 1892 ; non seulement les droits minima ont été majorés, mais aussi ceux du tarif général, afin d’accroître l’écart entre les deux échelles. Cet écart jugé nécessaire pour donner plus de liberté dans la négociation des conventions commerciales a été porté de 15 à 50 pour 100.
Afin de répondre aux aménagements réalisés dans les tarifs étrangers, qui aboutissaient à exclure nos produits du bénéfice du traitement de la nation la plus favorisée, la loi de 1910 a augmenté très sensiblement les spéciahsations, de manière à identifier les produits avec le plus de précision possible.
Les pouvoirs du gouvernement en matière douanière ont été accrus, pour lui permettre de prendre rapidement les dispositions exigées par les intérêts de notre commerce. C’est ainsi que, désormais, le gouvernement pourra appliquer des surtaxes aux produits étrangers et même taxer des articles exempts de droits, afin de
L’AGRICULTURE, L’INDUSTRIE ET LE COMMERCE
répondre aux mesures prises par les autres pays ; il pourra également assujettir les marchandises étrangères à des formalités douanières. Une clause mérite tme attention particulière, elle vise le cas du « dumping », c’est-à-dire les actes par lesquels les producteurs cherchent à vendre leurs marchandises à des prix inférieurs au prix de vente sur le marché intérieur, en incorporant les frais généraux exclusivement dans les prix d’objets vendus aux nationaux. Dans ce cas, le gouvernement aura la faculté d’établir des droits compensateurs destinés à neutraliser l’effet des primes à l’exportation étabhes dans les pays de provenance. Une stipulation d’ordre tout à fait général était également contenue dans la loi de 1910 ; elle permettait au gouvernement, lorsque les mesures arrêtées par des pays étrangers seraient de nature à entraver le commerce français, de prendre d’urgence toutes dispositions appropriées aux circonstances.
Le développement du En 1869, le commerce spécial de la France (i) COMMERCE EXTÉRIEUR était de 0228 milhous. La guerre de 1870 fit diminuer assez sensiblement ce chiffre. Mais dès 1872, le volume de notre commerce s’élevait à plus de 7 330 millions. Le maximum fut atteint en 1880 avec 8501 mil- Hons. La crise de 1882 eut une répercussion très nette sur notre expansion commerciale; après une période de relèvement, survint la baisse des prix qui eut pour effet, de 1891 à 1896, de faire décroître le chiffre de nos échanges. A partir de 1896, on constate un renchérissement presque continu jusqu’en 1913, dû seulement pour partie à la hausse des prix et pour le surplus à de multiples facteurs économiques. Tout particulièrement à une poHtique qui permit à la France de développer, dans la paix, toutes ses facultés de production.
Si l’on compare les chiffres respectifs des importations et des exportations, on note que, depuis 1875, les importations ont toujours dépassé les exportations, sauf en 1905. La cause en est principalement dans le fait que la France était largement créancière des pays étrangers et qu’elle utihsait les intérêts de ses créances en achats de produits des nations débitrices. En 1890, les chiffres étaient de 22 700 milhons de tonnes, d’ime valeur de 4 436 millions pour nos importations et de 6 740 mil- Hons de tonnes d’une valeur de 3 753 millions pour nos exportations. En 1913, le total de nos importations était de plus de 44 millions de tonnes, d’une valeur de 8 421 milhons, et nos exportations de 22 milhons de tonnes, d’une valeur de 6 880 millions. On voit par ces quelques chiffres le développement qu’avait pris
(i) On appelle commerce spécial : à l’importation les échanges de marchandises destinées à la consommation du pays ; à l’exportation les échanges provenant de la seule production du pays.
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
notre commerce d’exportation dans les dernières années ; depuis 1903, le poids des marchandises exportées avait plus que doublé. On ne saurait, d’ailleurs, oublier l’importance des exportations invisibles, dans une nation fréquentée par des milliers de riches étrangers, qui emportent, dans leurs bagages, des objets de prix élevés.
Si l’on examine la ventilation de nos échanges, on constate qu’à l’importation les matières premières entraient en 1913 pour 53,6 pour 100, les produits alimentaires pour 184 pour 100, les objets fabriqués pour 12,2 pour 100, les marchandises diverses pour 15,7 pour 100. A l’exportation, les objets fabriqués représentaient 66,8 pour 100, sur lesquels les filés, les tissus et les vêtements figuraient pour près de 21 pour 100, les matières premières 23,2 pour 100 et les produits alimentaires 10 pour 100, dont 3 pour 100 pour les vins.
Parmi les nations étrangères en relations avec nous, c’est l’Angleterre qui, en 1913, tenait le principal rang ; le commerce avec ce pays représentait 13 pour 100 à l’importation et 22 pour 100 à l’exportation, l’Allemagne 13 pom 100 et 12 pour 100 ; les États-Unis 10 pour 100 et 6 pour 100; la Belgique 7 pom 100 et 16 pour 100; la Russie 5 pour 100 et 42 pour 100; la République Argentine 4,3 pour 100 et 2,9 pour 100 ; l’Italie 9 pour 100 et 4 pour 100 ; l’Espagne 9,5 pour 100 et 2 pour 100 ; la Suisse 2,8 pour 100 et 6 pour 100. Le rapport général du ministère du Commerce résume ainsi la situation d’avant guerre de notre commerce avec les principaux pays étrangers : « Ce sont l’Angleterre, l’Allemagne, les États-Unis, la Belgique, la Russie et la République Argentine qui sont nos plus gros fournisseurs, nos colonies ne viennent qu’après tous ces pays ; nous en recevons moins du tiers (9,8 pour 100) de ce que nous donnent l’Angleterre et l’Allemagne. Nos principaux chents sont avant tout l’Angleterre, puis la Belgique, l’Allemagne et les États-Unis et la Suisse qui ne viennent que bien après ceux-ci. Quant à nos expéditions vers les colonies françaises, elles se classent comme importance entre celles faites à la Belgique et à l’Allemagne ».
On peut ajouter qu’avant la guerre, la France tenait le quatrième rang au point de vue du commerce extérieur. Le premier était occupé par l’Angleterre, le second par l’Allemagne, le troisième par les États-Unis (i).
(i) Cf, aussi l’étude sur la marine marchande de M. Jean Brunhes dans le tome II de la Géographie humaine.
G. Ripart.