‹ Histoire de la nation françaiseChapitre 79 sur 112 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le retour à la prospérité. — Le krach de V Union générale. — Là période de stagnation. — La solidarité du marché international. — La crise de 1907. — Le rôle des établissements de crédit. — Le mode (Remploi des capitaux. — Le rôle de la Banque de France à la veille de, la guerre. — La dette publique de 1870 à 1914. — Le budget de VEtat.

^jPRÈs la chute du Second Empire, le gouvernement républicain eut à faire face au paiement d’ime indemnité de guerre de cinq milliards. Les stipulations relatives à cette obligation avaient été insérées dans les préliminaires de paix de Versailles du 26 février 1871. Une convention conclue à Ferrières, le ii mars 1871,

décidait que seuls seraient acceptés comme libératoires les paiements en thalers et en florins, au cours de 3 fr. 75 pour les premiers et 2 fr. 15 pour les seconds- La France devait résoudre un problème difficile de transfert de monnaie pour une somme considérée alors, et non sans raison, comme très élevée. Les Allemands, en imposant cette clause, avaient espéré que la France serait obligée d’offrir du métal jaune, ce qui permettrait au Reich de créer un système monétaire à étalon d’or, et d’échapper désormais aux inconvénients d’une circulation reposant sur la détention du métal argent.

Grâce à la politique sage de M. Thiers qui sut inspirer confiance à tous les

HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

épargnants, aux connaissances précises de Léon Say sur les pratiques des règlements internationaux, et aussi à l’esprit de résolution de la nation, qui s’appliqua à produire davantage et à fournir un large concours aux emprunts de libération du territoire, la France s’acquitta de sa dette plus rapidement que l’Allemagne ne l’avait escompté. De plus, elle ne remit en numéraire et en billets de banque qu’une part relativement minime par rapport à la masse totale de sa dette de 5 milliards. La création d’une agence financière à Londres permit au Trésor français de recueillir, avec le concours des banquiers étrangers et des banquiers nationaux, im stock qui lui permit de se libérer en remettant à l’empire allemand des devises étrangères. Un syndicat de banquiers s’engagea, dès le mois de juillet 1872, à fournir 700 millions de change étranger. Il comptait cinquantecinq adhérents, et Léon Say a pu affirmer que tous les grands banquiers de tous les États importants y avaient figuré. Ce fut là ime mesure très habile. Dans toute l’Europe, de 1872 à 1874, les milieux bancaires déployèrent une activité considérable pour aider à la réalisation de ces engagements. Tous les dépôts disponibles y furent affectés. Il faut aussi faire état des moyens de liquidation que fournit le compte de compensation, notamment la rétrocession des lignes de chemins de fer de l’Est en Alsace. Quelle qu’ait été l’habileté de Léon Say et de ses collaborateurs, elle n’aurait certainement point suffi à permettre la liquidation d’une somme aussi élevée si la nation n’avait montré une volonté résolue de se libérer le plus , rapidement possible, car tout retard dans l’exécution des obligations entraînait le paiement d’intérêts et la prolongation de l’occupation du sol français.

La situation du Trésor était d’une pénurie inquiétante, puisque le ministre Pouyer-Quertier pouvait affirmer à l’Assemblée nationale que le jour où il avait pris le portefeuille des Finances, le directeur du mouvement général des fonds lui avait remis le seul million restant en caisse. La moins-value des impôts était de 400 millions. C’est dans ces conditions que fut stipulé le montant de l’indemnité de cinq milliards, dont un milliard au moins devait être versé dans le courant de l’année 1871, et le reste dans tm délai de trois ans. Afin de hâter la libération du territoire, une loi du 20 juin 1871 autorisait le ministre des Finances à faire inscrire, sur le Grand livre de la dette publique, des rentes correspondant à un capital de deux milliards. Le type adopté devait produire un revenu de 5 pour 100, et le taux d’émisssion était de 82 fr. 50. La souscription publique, ouverte le 27 juin, devait être close dès que l’empnmt serait couvert. En moins de six heures, elle avait produit 4 800 millions.

Les sommes qui restaient encore à payer à l’Allemagne après cette première

opération ne pouvaient être demandées aux produits de l’impôt. On n’était pas d’accord sur les mesures financières à adopter pour se les procurer. Les uns réclamaient un prélèvement sur le capital, d’autres le recours à un emprunt forcé. Le ministre des Finances, sur l’invitation de Thiers, déposa un projet de loi autorisant le gouvernement à réaliser une émission de 3 milliards de rentes. Ce projet fut adopté le 15 juillet 1872. La souscription produisit en une journée 43 800 millions, répartis entre 934 000 souscripteurs, l’étranger ayant offert 426 millions.

La Banque de France avait pris sa part et des charges de la guerre, et du règlement de l’indemnité. Au total, elle avait remis au gouvernement français plus d’un milliard et demi, soit en billets, soit en monnaie, non d’ailleurs sans offrir, au cours des hostilités, une certaine résistance aux demandes de l’État, ce qui lui valut par la suite de très vives critiques. Les événements et notamment la rapidité de la restauration du crédit devaient montrer combien les réserves de la Banque de France avaient été salutaires, puisque la perte du papier sur le métal fut insignifiante et que le cours forcé, rendu nécessaire par la diminution de Tencaissej put être supprimé en droit en 1878, alors qu’en fait le pair était rétabli entre le billet et la monnaie. Il est vrai que les billets conservèrent depuis lors le cours légal, c’est-à-dire qu’ils peuvent être donnés et doivent être acceptés en paiement sur le pied de la monnaie métallique. Ces mesures étaient justifiées par le fait que la moyenne de l’encaisse était tombée, de i 196 millions en 1869, à 551 millions en 1871. Aussi l’escompte, qui n’était qu’à 2 1/2 pour 100 en 1870, fut-il porté, en 1871 et 1872, à 6 pour 100.

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