‹ Histoire de la nation françaiseChapitre 81 sur 112 · PLANCHE IX · texte numérisé non relu

PLANCHE IX

principaux traits o L’Union parisienne et la Banque de Paris et des Pays-Bas aidaient les hommes d’initiative qui créaient ou transformaient les entreprises de production et de distribution d’énergie électrique, la création de tramways, les installations de grandes usines spécialisées dans la fabrication mécanique. Certaines banques dirigèrent, sans un souci suffisant de la protection de l’épargne nationale, les capitaux français vers des placements incertains, en Amérique du Sud. De nouvelles banques, à caractère mixte, à la fois banques de dépôts et banques d’affaires, pouvaient trouver, après rachat d’installations de sociétés régionales, des moyens d’activité dans l’Est, la région lyonnaise et le Midi de la France.

Des banques de ces mêmes régions, dotées de succursales, soutenaient let. affaires de charbonnage et de métallurgie dans les départements du Nord et du Pasde-Calais, Plus d’un milliard de fonds étaient mis à la disposition des industries lorraines par les banques de l’Est, Lyon trouvait dans les commandites familiales des possibilités de développement de l’industrie locale, et, en outre, des moyens d’expansion en Russie, où les entreprises métallurgiques, fondées grâce au concours de l’épargne française, étaient des plus prospères. L’Afrique du Nord et l’Afrique occidentale intéressaient les hommes d’initiative et les exportateurs de Marseille et de Bordeaux. Cette dernière place prenait ainsi, à côté de nos banques d’affaires, une part de plus en plus active dans les placements au Brésil et en République Argentine. Quant à l’Extrême-Orient, les entreprises françaises y avaient de grandes facihtés de négociations de papier commercial, par suite de l’essor constant de la Banque de l’Indo-Chine.

Les profits les plus élevés étaient assurés aux établissements de crédit, non point tant par les opérations d’escompte que grâce aux bénéfices donnés par les émissions de valeurs mobilières lancées sur la place de Paris, Aussi les banques régionales s’ingéniaient-elles à transformer la Société Centrale des Banques de Province, créée par certaines d’entre elles en 1904, en une organisation qui devait leur faciliter la participation aux grandes émissions de valeurs mobilières.

Avec cette armature de crédit, renforcée par les résultats combinés de l’extension de notre agriculture et de notre commerce extérieur, la France était devenue un pays créditeur de l’étranger. Cette situation de banquier du monde était d’ailleurs de date récente. Même en 1895, les émissions industrielles faites sur la place de Paris ne s’élevaient qu’à 47 miUions de francs de valeurs étrangères, contre 339 millions de francs de valeurs françaises. Il est vrai que la même année les emprunts de l’État et des villes n’étaient pour la France que de 8 millions en valeurs françaises et de 418 milHons pour les autres États et les villes étrangères.

HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE

A partir de 1900, on peut affirmer que les capitaux épargnés allèrent de préférence vers les placements extérieurs. Au cours de l’année 1911, 82,6 pour 100 de la totalité des émissions avaient, en France, été constituées par des valeurs étrangères, et 17,4 pour 100 par des valeurs françaises. Notre crédit alimentait abondamment les États et les villes de Russie, d’Autriche-Hongrie, de Turquie, des Balkans et de l’Amérique du Sud. Elle dotait largement de fonds les industries du monde entier, qui, par exemple, recevaient en 1911 2 893 millions, tandis que les sociétés industrielles françaises n’émettaient que pour 807 millions de titres. Cette orientation des placements s’expliquait par la hausse des prix qui aggravait le coût de la vie et faisait rechercher par l’épargnant des emplois sans risques apparents et productifs d’intérêts plus élevés que les placements nationaux. Les établissements de crédit avaient un intérêt certain à faire souscrire des fonds étrangers. Ces opérations avaient également de grands avantages politiques ; elles plaçaient dans la clientèle de la France des nations dont le concours nous était indispensable. D’autre part elles permettaient l’encaissement de courtages très avantageux aux banquiers. Selon la thèse chère au fondateur du Crédit Lyonnais, M. Germain, notre industrie était plutôt saturée de capitaux ; nous manquions de grands capitaines pour entreprendre de vastes affaires. C’était là d’ailleurs une erreur grave. Comment parler de la rareté des hommes de valeur pour entreprendre le lancement de combinaisons nouvelles dans une nation qui avait fourni à travers le monde tant d’ingénieurs, créateurs de grandes entreprises ? En vérité, les hommes d’énergie et d’initiative ne pouvaient se révéler dans la mère patrie, tant la parcimonie des capitaux était réelle à l’égard des affaires nationales, sauf de la part de banques telles que le Crédit Industriel et Commercial, et des banques locales et régionales. Il a fallu la guerre pour apprendre au pays et à plusieurs de nos alliés les facultés de création et d’adaptation de nos aciéristes. Anglais et Américains reconnaîtront notre supériorité au cours des hostilités. En faisant la balance du bien et du mal, on peut dire que ce manque de foi dans les destinées du pays et de ses ressources a eu pour conséquence immédiate la politique de placement extérieur sous les deux formes que nous avons dites : en fonds d’États étrangers, en valeurs industrielles étrangères.

De plus, la crainte de mesures fiscales, que les partis démocratiques avancés avaient le grand tort de présenter comme des moyens de spoliation de la richesse acquise, provoquait l’émigration des titres et des fonds qui étaient confiés à des banques en Belgique et en Suisse. Ces dernières commanditaient les industries allemandes, et même les firmes françaises, avec les disponibilités que leur assuraient nos nationaux.

Page 1