CHAPITRE PREMIER
LA CONDUITE ÉCONOMIQUE DE LA GUERRE
Im faiblesse de notre situation fmaticière, lors de la déclaration de guerre. — La politique agricole. — La politique industrielle. — Le régime des transports. — Le ravitaillement.
A guerre devait modifier im régime économique caractérisé par une libre adaptation de la production aux besoins nationaux et mondiaux, en un régime autoritaire de production, de circulation et de répartition des biens.
La transformation des demandes devait rendre inévitable le bouleversement de la vie économique. Désormais, l’État, responsable de la protection de la vie des citoyens, de la défense du sol et de l’ensemble de leurs biens, contre l’ennemi, agresseur séculaire, allait leur demander, en échange, le suprême sacrifice, celui de la vie. Cela étant, il devenait aisé de justifier toutes les modalités d’inter-
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vention soit dans le domaine de la production, soit dans celui de la circulation et de la répartition des biens.
La théorie de Tordre public, si riche en applications, dans notre droit civil interne (i) et qui empêche la convention, en d’autres termes la loi des parties, de se substituer, dans un rapport de droit privé, au texte du législateur, allait recevoir une extension singulièrement large de par le seul fait des nécessités de la défense nationale.
Au nom de celle-ci, TÉtat interviendra pour modifier les rapports, en matière de location d’immeubles ou de terres de culture ; en matière de dépôts de fonds, dans les caisses d’épargne ou dans les banques. Le régime de l’exploitation des chemins de fer, des compagnies de navigation ; celui des approvisionnements en matières premières ; l’organisation de la main-d’œuvre et de sa répartition ; les modes de production dans les usines seront modifiés et réglementés.
Toute richesse, toute activité de quelque ordre et importance qu’elle soit doit être à l’entière disposition de la nation. Ainsi s’instaure une organisation étatiste qui va surprendre l’opinion d’un peuple très attaché aux pratiques individualistes, très féru de la notion de propriété et qui n’avait point hésité, de 1789 à 1793, à ébranler une organisation politique et sociale, éprouvée pendant des siècles, pour étabfir la prédominance des droits de l’homme et du citoyen. Pas plus qu’il n’y a une parcelle d’énergie il n’y a pas un objet ou un être sur le territoire national, qui ne soit destiné à « faire la guerre ».
Au régime du prix régulateur des activités économiques, va être substitué l’action de la volonté de TÉtat et de ses agents. La guerre impose, somme toute, une modafité de production et de répartition autoritaire qui permet de tenter une expérience d’économie collective. L’appréciation de la masse des besoins à satisfaire, d’après des données statistiques, plus ou moins exactes, commandera les décisions des autorités responsables de l’acheminement des hommes et des produits vers les utüisations jugées les meilleures, dans l’intérêt de la défense nationale. Bien des difficultés s’accumuleront qui gêneront l’exécution des programmes économiques. L’insuffisance de la production, les difficultés de transport, la coalition occulte d’intérêts privés créeront des obstacles. L’autorité de TÉtat sera ébranlée, dans, les esprits, par les échecs de certaines mesures. Les masses constateront les imperfections du système, mais si elles ont à souffrir des excès de l’interventionnisme, elles ont le devoir de les supporter en silence. Leur mécontentement n’éclatera
(j) Jean MajrmioNj Étude sur les lois d'ordre public. Paris, 1925
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qu’à la suite de la longueur inattendue des hostilités, et surtout dans la période d’après guerre. Alors on constatera les progrès des théories antiétatistes qui prétendent substituer à l’État démocratique une forme nouvelle d’organisation politique.
La sécurité D’AVANT La guerre fut, pour nos alliés et pour nous, une GUERRE surprise ; pour nos ennemis, une réaHsation. Les con¬
séquences de l’absence à peu près complète d’une politique économique et financière de prévoyance ont pesé lourdement sur les alhés et surtout sur la France pendant toute la durée du conflit, et grèvent aujourd’hui, même après la victoire, et pour longtemps, nos perspectives d’avenir.
Il y a lieu de déplorer d’autant plus cet état de choses qu’on aurait pu l’éviter en grande partie, car notre situation matérielle, dans les années qui ont précédé la guerre, loin d’être alarmante, comme certains auteurs ont voulu le prétendre, nous ouvrait au contraire des perspectives extrêmement encourageantes si nous avions eu ime ferme volonté d’action et une vision claire et complète des difficultés. Nous en savons l’importance dans le domaine agricole et industriel, à cause de notre expansion commerciale. L’idée générale qui peut être dégagée de la révision que nous avons déjà faite de nos ressources était exprimée par le gouverneur de la Banque de France en 1913, à l’occasion du compte rendu annuel aux actionnaires de cet établissement. Il reconnaissait que, depuis 1898, l’essor commercial du pays avait doublé, triplé, et, pour certaines opérations, quadruplé les services rendus par la Banque, et que « cet essor dépassait celui de toute autre période antérieure de même durée ».
La faiblesse de la si- Et cependant, cette situation très favorable de TUATioN FINANCIÈRE Jq production en France n’a pas eu pour conséquence une améhoration parallèle de nos finances publiques. Cela semble d’autant plus paradoxal, au premier abord, que le rendement des impôts a fidèlement enregistré la prospérité croissante du pays : de 1903 à 1914, le produit des impôts et monopoles s’est accru de i 160 millions. M. Baudin (i) a fait remarquer que 16 pour 100 seulement de cet accroissement étaient dus à l’élévation du taux des taxes, et que 84 pour 100 provenaient du développement spontané de la matière imposable. Mais, dans la même période, les dépenses totales ont
(i) L’Argent de la France. Cf. aussi Landry et Nogaro.
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passé de 3 556 millions à 4 800 millions, soit une augmentation de i 444 millions. Au lieu de se préoccuper d’assurer l’exécution de nombreuses lois d’assistance sociale votées pendant cette période, au moyen des ressources normales du budget, et de présenter au pays, en même temps que le texte législatif, le tableau véritable et non pas fictif des voies et moyens destinés à y pourvoir, il semble que le Parlement n’ait eu d’autre but que de dissimuler aux contribuables l’étendue réelle des charges qu’il faisait peser sur eux. Devant les déficits budgétaires qui tendaient à devenir habituels, une pofitique de prudence s’imposait : il fallait, ou réduire les dépenses, ou les assurer au moyen de recettes permanentes, provenant d’une intensification de la politique fiscale. Ces procédés parurent l’un et l’autre dangereux et susceptibles de démontrer trop clairement aux électeurs les vices de lois hâtivement votées, et appliquées d’une manière souvent défectueuse ; on préféra recourir à des palliatifs qui ne faisaient que reculer la solution du problème et rendre la situation inextricable : avance des grands établissements financiers, obligations à court terme, accroissement de la Dette flottante, etc. Dix années de cette politique avaient notablement alourdi notre trésorerie, au point de lui enlever toute élasticité, en lui infligeant une augmentation nette des découverts de 58 millions 500 000 francs. A la fin d’avril 1914, le montant des Bons du Trésor en circulation s’élevait à 572 millions, et celui de l’encaisse à 215 millions. Le projet de budget de 1914 se présentait avec un déficit de 794 millions, qui, si l’on regardait au fond des choses, était en réalité de i 256 millions. Il fallait agir : un projet d’emprunt de I 300 millions en rentes perpétuelles, présenté par M. Charles Dumont, échoua pour des raisons plus politiques que fiscales, et devint, sous le ministère de M. Caillaux, une émission de rentes 3 1/2 pour 100 pour un capital de 805 millions, amortissable en vingt-cinq ans. Cette émission ne fut pas accueillie avec faveur sur le marché malgré un succès considérable de souscription. Couvert quarante fois par les grands étabhssements financiers, il ne fut, entre le 7 juillet 1914 et le moment où les craintes de guerre furent assez précises pour effrayer les capitalistes, que médiocrement recherché par la petite épargne, autrefois fidèle cliente de nos valeurs d’État. Les raisons de ce qu’on a appelé une « crise de confiance » sont assez faciles à discerner : les menaces d’impôts qui pesaient depuis bien des mois sur la rente, le principe de l’immunité, sauvé à grand’peine pour le passé et délibérément mis de côté pour l’avenir, avaient certainement beaucoup contribué à l’intensité de la crise au moment même où le gouvernement solhcitait l’aide de la nation.
Il s’agissait là, en réalité, d’un mouvement nettement accusé depuis plusieurs
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années et qui dirigeait irrésistiblement les épargnes annuelles du pays vers les placements à l’étranger^ les éloignant non seulement de la rente, mais encore de toutes les valeurs nationales.
Cette politique financière absentéiste si elle a assuré à la France une vaste clientèle politique et militaire au dehors, a eu d’autre part de lourdes conséquences pendant la guerre : notre industrie qui, certes, ne manquait pas d’hommes énergiques et actifs, était insuffisamment développée, faute de capitaux et de crédits ; elle est devenue de plus en plus déficitaire : nous avons dû recourir à l’étranger dans une très large mesure, et le taux de nos changes, dès les premiers mois de 1915, a reflété cette situation, sans cesse aggravée. Si le sol de la métropole et des colonies avait été mieux mis en valeur, la France aurait épargné des sommes qu’il est impossible d’évaluer, et qui se chiffrent certainement par miffiards. Elle se trouverait, au lendemain de la guerre, dans une posture infiniment plus favorable pour le développement intense de tous ses moyens de production matérielle, qui est le seul remède à ses multiples difficultés économiques et financières.
La question de II est juste de reconnaître que la faible natalité française, POPULATION était, avant la guerre, un symptôme susceptible d’as¬
sombrir une situation générale très favorable, a été, lors de l’ouverture des hostilités, une cause de désorganisation des entreprises de la production : la France, pour maintenir l’équüibre entre ses forces et celles de ses ennemis, a dû mobihser plus d’hommes que toute autre nation beUigérante, par rapport à l’ensemble de la population : alors qu’en temps de paix les trois classes mobüisées fournissaient 748 000 hommes qu’encadraient 25 000 officiers, nos effectifs, au i®^ février 1915, comptaient 97 753 officiers et 4 900 000 hommes. Au i®^ janvier 1918, notre armée se composait de 128 372 officiers et de 5 064 000 hommes, malgré les pertes et les réformes. En admettant, supposition d’ailleurs raisonnable, que la population de la France, qui était de 39700000 habitants au i®^ juillet 1913, n’ait pas sensiblement varié depuis cette époque jusqu’au août 1914, et en comparant cette population au nombre d’hommes sous les drapeaux au i®^ février 1915, on obtient la proportion considérable de 12,5 pour 100. A l’armistice, pour une population totale de 39 miUions d’habitants, la France avait mobilisé 8 miUions d’hommes, soit 20,5 pour 100 de la population, non compté les colonies (i). Nul pays n’a fait.
(i) Ce même rapport donne 12, 5 pour la Grande-Bretagne ; 3,7 pour les États-Unis ; 14,18 pour 100 pour lltalic; 5,02 pour la Belgique ; 14 pour 100 pour la Roumanie et 15 pour 100 en Serbie.
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au point de vue des effectifs, un effort aussi épuisant. Si l’on compare à la population les chiffres des pertes totales — tués, disparus, blessés et prisonniers — de chacune des grandes nations engagées dans la lutte contre les Empires centraux, on obtient les résultats significatifs que voici :
Nombre d’habitants
Pertes totales
Proportion
(non compté les colonies).
(tués et blessés).
pour 100.
France .
Grande-Bretagne..
Italie .
États-Unis .
Ces chiffres montrent, jusqu’à l’évidence, à quel point la part de la France dans les sacrifices a été lourde relativement à celle de ses alliés. La proportion formidable des effectifs engagés et des pertes subies par la France, exphque, en tenant compte des conséquences de l’occupation du Nord, qu’il se soit produit, dès les premiers jours de la campagne, une véritable paralysie de l’activité de la nation. Ce fait nous a placés immédiatement dans une situation critique en ce qui concerne la production ; en outre, il a eu pour résultat d’aggraver notre politique financière pendant tout le conflit.
L’APPEL AUX L’organisation de la vie économique, en vue de la conduite
ARMES de la guerre, aura comporté plusieurs phases. On peut en distinguer trois. La première est celle de l’appel aux armes ; elle fut d’une durée de six mois, d’août à décembre 1914. La seconde commence en 1915. Elle comporte l’adaptation de la nation aux besoins de la défense nationale. Elle se termine au mois d’avril 1917. La troisième est celle de la transformation de l’économie en vue de la conduite d’une longue guerre, elle finit avec la lutte elle-même, en novembre 1918.
Le sol a été envahi, malgré les efforts qu’a faits le gouvernement français pour éviter à tout prix le conflit. L’ordre de mobilisation est donné. Le peuple entier : ouvriers et paysans, chefs d’entreprise et travailleurs intellectuels, suivent les chefs militaires pour opposer la barrière humaine à l’envahisseur. Etait-ce une faute de ne pas organiser, dès le début de la campagne, une mobilisation sur place ou dans les usines, suivant les cas? Certains l’ont soutenu. D’autres ont fait observer que dans un pays où le sentiment d’égalité est si profondément emaciné dans les esprits, on peut se demander comment se serait effectuée la mobilisation si, dès
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les premiers jours, les citoyens avaient pris les uns le chemin du front, les autres le chemin de Tusine ?
La reprise de la La deuxième phase part du début de l’année 1915.
VIE ÉCONOMIQUE JJ apparaît à tous que la guerre sera de longue durée. Il faut reprendre l’activité économique ou succomber. Par des moyens que nous aurons à préciser, le gouvernement faciUte aux industriels la récupération de la main-d’œuvre. Quarante-cinq mille étabhssements industriels, qui occupaient, avant la déclaration de guerre, quinze cent mille personnes, n’en ont plus que cinq cent vingt-quatre mille en décembre 1914. Au i®^ janvier 1917, ils disposeront d’un total de quatorze cent quatre-vingt-douze mille individus. Dans les entreprises métallurgiques, dans les industries chimiques, les augmentations dépassent les effectifs du temps de paix. Par contre, les travailleurs du bâtiment sont en moins grand nombre.
La transformation de L’économie en vue L’organisation de cette troi- DE LA CONDUITE D’UNE LONGUE GUERRE sième phase, qui débute au printemps de 1917, fut possible grâce au concours des Américains et à la ferme volonté d’organisation interalliée. Elle suppose une adaptation complète de l’économie productive et de la répartition aux dures privations qu’impose le but unique et suprême : le triomphe de la nation sur l’ennemi.
Au cours de cette période, la guerre provoque des perturbations subites dans le milieu économique; elle met en péril la subsistance du peuple, parce qu’il devient impossible de faire coïncider le mécanisme de la production et celui de la consommation. L’économie de guerre devra donner un double résultat. Elle assurera l’approvisionnement des ouvriers et le maintien de leur capacité offensive. En outre, elle créera une organisation économique artificielle qui permettra de suppléer à l’arrêt du fonctionnement de l’organisation économique spontanée d’avant guerre. Désormais, im régime autoritaire est instauré qui rappelle les constructions audacieuses du socialisme d’État. Il importe de voir comment les différentes formes de l’économie se sont adaptées dans le cadre de ces différentes périodes.
La production La déclaration de guerre surprit les populations rurales AGRICOLE de la France en plein travail. Dans quelques régions, les moissons étaient déjà terminées ; dans d’autres, on rentrait la récolte ; les hommes durent abandonner tout en l’état ; les femmes firent de leur mieux pour laisser le moins de
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besogne possible en souffrance. La réquisition des animaux de trait porta un coup aux travaux des champs, l’invasion des régions betteravières du Nord et de la Champagne eut les effets les plus graves.
Au printemps 1915, les populations s’étaient ressaisies, et les pouvoirs publics avaient commencé l’étude des mesures qu’il convenait de prendre pour contrebalancer les effets d’ime guerre qu’on savait, dès lors, devoir être de longue durée. Les résultats de cette remise en marche de l’activité agricole ne se sont pas fait attendre.
Les labours de l’automne 1914 s’étaient révélés insuffisants ; par contre, ceux du printemps 1915, dirigés par les vieillards et par les quelques permissionnaires agricoles mis à la disposition des campagnes par l’autorité militaire, furent assez satisfaisants. A mesure que la guerre se prolongeait, les femmes, dans la France entière, assumaient certains travaux jusque-là réservés aux hommes, comme l’épandage des fumures, les divers ensemencements, la taille et les soins de la vigne.
L’intervention des hommes non mobilisés et des enfants, surtout en ce qui concerne les labours et le soin des vignobles, le maintien du cheptel national et l’élevage des chevaux et mulets fut très efficace.
Ces efforts individuels ont été soutenus par les nombreuses associations locales et par le secours efficace apporté par les grandes sociétés d’agriculture. Les professeurs départementaux, non mobilisés, ont donné des conseils et mis leur expérience à la disposition des agriculteurs.
L’initiative officielle est intervenue au fur et à mesure que les enquêtes organisées par le ministère faisaient connaître les besoins des populations rurales.
Les mesures prises pour assurer de la main- La main-d’œuvre était D’ŒUVRE ET DU MATÉRIEL A L’AGRICULTURE msuffisante surtout pour les
gros travaux, notamment les labours, les moissons, l’abatage des bois et le soin des arbres, tant forestiers que fruitiers. Il importait de ne pas laisser péricliter la richesse nationale. Le ministre de la Guerre et le ministre de l’Agriculture se sont maintenus en contact permanent, le premier mettant à la disposition du second le plus d’hommes possible, suivant les spécialités requises. On fit aussi appel aux réfugiés français, belges et plus tard serbes, et grâce au service de la main-d’œuvre agricole, on parvint à introduire en France, du avril 1915 au 31 décembre 1918, cent quarante-sept mille Espagnols et Portugais, deux mille deux cent vingtcinq Italiens.
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La réquisition générale des animaux de bât et de trait avait aussi entravé les travaux agricoles. Les formes nouvelles de la lutte et l’augmentation du nombre des automobiles ont permis au ministre de la Guerre de mettre à la disposition des agriculteurs un nombre considérable de chevaux et de mulets aptes ou inaptes, centralisés dans les dépôts de remonte.
Un autre problème important était celui du crédit agricole et celui des semences»
l’énergie individuelle du paysan français pendant la guerre
Les femmes et enfants suppléent à la main-d’œuvre masculine mobilisée
Le ministre de l’Agriculture donna des ordres pour que le mécanisme des services du crédit agricole institué près de son ministère fût simplifié, et le contact fût maintenu entre ces services et les sociétés locales d’agriculture. Il a été possible ainsi de fournir à bon compte aux cultivateurs, non seulement les quantités de semences diverses nécessaires, mais aussi des variétés nouvelles plus productives et des machines agricoles destinées à compenser le manque continu de maind’œuvre.
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Dans le cours de 1915 une assez grande superficie de terres autrefois cultivées tombèrent en friche pour des raisons diverses ; d’autres n’avaient pu être travaillées au point de fournir leur rendement maximum. Afin de supprimer cette cause de déficit, le ministre de l’Agriculture institua, en février 1916, im comité d’action agricole dans chaque commune rurale. L’objet de ces comités, dont les femmes pouvaient être membres aussi bien que les hommes, était de remédier aux crises locales de main-d’œuvre, d’obtenir et de distribuer à bon compte les engrais, les semences, les animaux de travail, surtout de diminuer la superficie des terres abandonnées et d’augmenter le rendement de celles qui étaient cultivées.
Pour éviter la diminution du cheptel national, par suite de la consommation intense en viande que faisaient les armées, il fut prévu : i® l’extension de la consommation des viandes frigorifiées; 2® la réserve des animaux reproducteurs, notamment des femelles jeunes ; 3° le remplacement, dans la mesure du possible, de la nourriture camée par des aliments végétaux ; la propagande, sur ce dernier point, fut facihtée par le bon rendement des cultures maraîchères et le rétabhssement des trains de légumes ; 4® la mise en valeur des prairies naturelles et artificielles, dont la surface avait été réduite en 1915, afin d’y cultiver des pommes de terre et parfois des céréales. Les fourrages furent abondants, en 1916, ce qui supprima l’ime des causes de diminution de l’élevage en France.
Il convient de noter aussi l’extension de l’abatage du cheval de boucherie, notamment dans le Nord-Ouest, ce qui permettait de compenser la légère diminution des effectifs de l’espèce bovine.
Appauvrissement de Le déficit de la main-d’œuvre eut pour conséquence
L’AGRICULTURE fatale la réduction progressive des terres cultivées et une nouvelle répartition des produits. La part réservée aux céréales diminua, de nouvelles terres furent consacrées aux productions fourragères.
Le rapprochement des résultats de l’ensemble de la production des céréales, de 1913 à 1918 inclus, et de l’ensemble de la production fourragère est instructif.
(En millions de quintaux.)
Céréales .
Production fourragère.
Dans ce total de la production fourragère la part des prairies naturelles est constante. Dans toutes les autres branches, l’effondrement est certain. La production française ne pouvait plus satisfaire qu’à la moitié de la consommation.
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Nos réserves d’animaux fondaient : im million de chevaux, 2 millions et demi de bovins, 7 millions de moutons, 3 millions de porcins, telles sont les pertes qu’enregistre le recensement de 1918 comparé à celui de 1913. De plus les réquisitions avaient prélevé les animaux adultes. La masse du bétail en avait été amoindri.
L’accroissement en valeur des produits agricoles avait-il compensé ces pertes? Les agriculteurs furent-üs enrichis par la guerre? On l’a soutenu. Un auteur très informé sur les problèmes de l’agriculture, M. Augé-Larribé, dans son volume le Paysan français après la guerre, aboutit, après une étude des variations de la valeur des principales productions à cette conclusion : « La rémunération des agriculteurs, au cours des années 1914-1915-1916, se traduit par une diminution générale. C’est seulement en 1916 pour les vins et le fourrage, et en 1917, pour les pommes de terre, que les recettes brutes commencent à dépasser celles que l’on encaissait avant la guerre. Pour le froment et l’ensemble des céréales, le relèvement des recettes ne se produit qu’en 1918. Seules les recettes de la culture maraîchère progressent légèrement dès le début et plus rapidement à partir de 1917. »
On objectera que pendant la période de guerre, le paysan réahsa d’importantes économies qui lui permirent, ensuite, de se hbérer de sa dette h5q)othécaire et de se porter acquéreur des domaines qu’il avait jusqu’alors cultivés pour le compte d’autrui. D’après M. Augé-Larribé, ce qui a, par-dessus tout, permis aux agriculteurs de réahser de véritables bénéfices, ce sont les produits secondaires, sur lesquels les statistiques ne nous renseignent pas. Le lait, les produits de la ferme, les volailles, les œufs, les légumes, les fruits furent très demandés par les ouvriers d’usine que la hausse croissante des salaires transforma en importants acheteurs. Au contraire la politique de taxation des grains, à une époque d’augmentation constante du prix de la main-d’œuvre, fut une cause de perte.
On peut dire que le paysan français a, au cours de la guerre, épargné grâce à son énergie individuelle, à sa tradition d’économie parcimonieuse, à la modicité des frais d’exploitation, dans les entreprises mises en valeur par la famille rurale. L’esprit de privation a été la source d’une constitution de réserves, juste récompense d’im travail opiniâtre
La politique industrielle Le départ pour les armées eut pour effet DU TEMPS DE GUERRE d’arrêter im grand nombre d’usines et d’exploitations, par suite de la mobilisation des directeurs, des contremaîtres et des ouvriers qualifiés. Après l’invasion des grandes régions industrielks du Nord et de l’Est,
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et même après la récupération de territoire que permit la victoire de la Marne, l’ennemi occupait encore 2 millions d’hectares du sol français dont la superficie totale s’élevait à 53 millions d’hectares.
Ces régions comprenaient nos principaux centres charbonniers, métallurgiques et verriers. Ainsi, les départements du Nord et du Pas-de-Calais fournissaient les deux tiers du charbon français, le bassin de la Lorraine les huit dixièmes du minerai de fer, et les industries de transformation de la Flandre et de la Lorraine livraient les deux tiers de l’acier produit dans la France entière.
On peut estimer à 4 500 milfions la valeur de la production annuelle de l’agriculture et de l’industrie des régions envahies, perte à laquelle il faut ajouter celle des propriétés ravagées, des maisons pillées et des édifices détruits, sans compter les vies humaines sacrifiées à jamais.
Après les premiers moments du désarroi général, causé dans l’industrie française par la mobilisation, tous les chefs d’industrie non mobilisés ou leurs mandataires ont pris les mesures nécessaires pour parer aux exigences les plus immédiates. Les mobihsés ont été remplacés, dans la mesure du possible, par des jeimes gens et des femmes, d’une part, et de l’autre par des hommes au-dessus de quarante-huit ans. Dans les six derniers mois de 1914, ce nouvel agencement de la main-d’œuvre a coïncidé avec une organisation nouvelle en vue de l’obtention des matières premières et de l’écoulement des produits fabriqués. Des arrangements ont été conclus avec les compagnies de transports, avec les entrepositaires ou détenteurs de charbon. Dès les débuts de 1915, on pouvait constater une reprise générale de l’industrie, qui alla s’accentuant, pendant cette même année.
L’extension d’activité des femmes et des enfants eut sans doute pour résultat de restreindre, partiellement, le chômage qui était à redouter dans plusieurs des industries où elles étaient occupées en temps normal, notamment dans les industries de luxe. Mais un certain nombre de fabriques employant de la main-d’œuvre masculine s’étant trouvées arrêtées par la guerre, il y eut une assez forte proportion de chômeurs parmi les ouvriers non mobilisés.
CHÔMAGE ET PLACEMENT Pour atténuer les inconvénients de cette situa-
DES OUVRIERS ^ion, il fut institué, par une circulaire du 20 août 1914,
un fonds national de secours qui comportait trois modes d’assistance :
1° Attribution de subventions exceptionnelles aux caisses de secours contre le chômage, qui recevaient déjà des subventions en temps normal ;
2^ Subventions aux fonds de chômage créés par des communes urbaines de
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plus de 10 000 habitants (chiffre abaissé à 5 000 habitants par un décret du 9 janvier 1916) ou par les départements ;
30 Rapatriement, pour la durée des hostilités, dans leur pays d’origine, par les soins de sociétés locales, des personnes privées par la guerre de lem emploi ou de leurs ressources. Le ministère du Travail était en relation avec ces groupements; le ministère des Travaux pubhcs remettait des bons de réduction de frais de transport. Les compagnies de chemins de fer, sur le vu de ces bons, délivraient des billets à prix réduits ; elles consentaient la réduction à demi-tarif, un quart de place était payé par l’État, un quart de place par les intéressés ou la société.
Les offices départementaux de placement ont été créés et organisés par les circulaires du 29 décembre 1915 et du 8 mars 1916, afin de procurer de l’ouvrage aux travailleurs inoccupés, de fournir aux industriels, aux commerçants et aux agriculteurs la main-d’œuvre qui leur est nécessaire. L’innovation consiste, non seulement à centraliser ainsi dans chaque circonscription départementale les offres et les demandes, mais aussi à ne plus faire de distinctions entre les diverses professions : toutes sans exception seront représentées, alors qu’auparavant les bureaux de placement pubUcs ou privés ne s’occupaient que de catégories professionnelles déterminées. Afin de doimer à ces organismes un caractère aussi peu administratif que possible, ils ont été placés sous la direction et le contrôle de Commissions mixtes départementales, composées en nombre égal de patrons et d’ouvriers.
A la fin du premier semestre 1916, le nombre des offices départementaux de placement fonctionnant réguHèrement était déjà de 55 ; ils avaient, à la date du i®^ juillet, reçu 32 280 offres et opéré 13 839 placements. Grâce à ces mesures, le nombre général des chômeurs, qui était de 40 pour 100 en août 1914, se trouvait réduit à moins de 20 pour 100 en janvier 1915, malgré l’afflux des réfugiés. Il sera inférieur en octobre 1915 et nul en janvier 1916. Désormais le problème difficile est le recrutement des travailleurs pour l’industrie.
En dehors de la main-d’œuvre féminine, de plus en plus recherchée, on eut recours à des mises en sursis d’ouvriers spécialisés, à l’utifisation des réfugiés dont le total s’élevait à 900 000 personnes. La main-d’œuvre étrangère et coloniale fournit plus de 300 000 travailleurs.
L’ensemble de ces mesures et leurs effets peuvent être précisés par quelques chiffres. Tandis qu’en août 1914 les effectifs, dans un nombre d’usines considéré, tombaient à 36 pour 100 du personnel du temps de paix, en juillet 1917,
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90 pour 100 du personnel masculin était réemployé et l’effectif féminin passait de 41 pour 100 à 129 pour 100.
Les prisonniers de guerre étaient utilisés en 1917 dans les établissements industriels de l’armement jusqu’à concurrence de 25 000, de 24 000 dans les ports maritimes et fluviaux ; de 16 000 dans les usines.
La PRODUCTION II est naturel que l’essor de l’activité et les modes nou-
iNDUSTRiELLE veaux d’orgauisation aient atteint un degré plus élevé dans les industries de la guerre que dans celles qu’on peut appeler civiles, bien que nombre de celles-ci soient en relation étroite avec la première catégorie. C’est le cas pour l’alimentation, pour le textile, etc.
L’État, qui possédait des centres importants de fabrication d’explosifs, a été obligé, pour satisfaire aux besoins de l’artillerie, de développer les établissements existants, d’en construire d’autres et d’expérimenter les engins nouveaux. Si l’on considère l’ensemble des explosifs, on constate une progression constante dans leur fabrication. Elle avait fait un bond considérable dès le mois de décembre 1915 ; l’année 1916 a marqué un accroissement continu; ainsi fin mars on produisait vingt-cinq fois et demie, au début de juin, plus de vingt-six fois, et au début de juillet, près de vingt-huit fois plus qu’en août 1914.
La confection des poudres proprement dites ne pouvait pas être aussi considérable, parce que, au début des hostilités, les quantités produites représentaient déjà un gros chiffre; cette fabrication était six fois plus forte en mars 1916, et huit fois et demie plus forte en juillet 1916 qu’elle ne l’était en août 1914.
A mesure que le nombre et le calibre des obus augmentaient, le Service des poudres a dû satisfaire aux besoins de l’artillerie. Les constructions et installations (bâtiments et outillage) avaient fait l’objet, en 1915, d’ouvertures de crédits atteignant plus de 51 millions de francs ; il fallut en outre accorder, en fin d’année, un crédit additionnel de plus de 44 milHons de francs, qui ne suffisait même pas à toutes les dépenses. Ces sommes furent affectées aux agrandissements à effectuer dans im certain nombre de poudreries déjà en activité à Vonges, Saint-Chamond, Toulouse, Saint-Médard, Angoulême, Le Ripault, Pont-de-Bar, le Moulin Blanc.
En 1916, on ne s’est pas contenté de remanier les anciens étabhssements, on a, en outre, installé quatre nouvelles fabriques.
LA CONDUITE ÉCONOMIQUE DE LA GUERRE
L'évolution des méthodes Ce régime d’économie industrielle contrôlé
INDUSTRIELLES l’État et bien souvent organisé et subven¬
tionné par lui, eut des répercussions techniques durables.
La collaboration de la science et de l’industrie devint plus effective. Les laboratoires de recherches furent multipliés. Les appareils permettant le contrôle automatique des pièces, en cours de fabrication, furent d’un usage plus général. La méthode fut acceptée par nombre d’entreprises. Par exemple au service du triage de la poudre B, à la poudrerie du Ripault, elle permit une réduction de la dépense de main-d’œuvre par tonne fabriquée et le rendement horaire, par ouvrière, passait de 15 kilos, moyenne de juillet à novembre 1916, à 48 kilos en 1918.
La standardisation, c’est-à-dire la pratique de l’unification des matériaux, de l’outillage, des procédés de fabrication se développa. Les ministres de l’armement, dans les pays alliés, s’efforcèrent de mettre au point ces méthodes, après études entreprises en commun. Cet exemple eut son influence sur les groupements corporatifs et sur les chambres syndicales patronales, qui simplifièrent leurs procédés d’organisation. La commission des chemins de fer, siégeant au ministère des Travaux publics, étudiait un wagon standard pour marchandises... A la suite de ces tentatives et pour en coordonner les résultats, un décret du 10 juin 1918 créait ime « commission permanente de standardisation ». Ce fut tme des méthodes fécondes en résultats productifs.
Mais le fait le plus intéressant de la vie industrielle du temps de guerre est la transformation de l’outillage. La main-d’œuvre qualifiée était devenue rare, la maind’œuvre de remplacement, faible et inexpérimentée. Afin de produire beaucoup plus, sans user trop de combustible, les industriels surent créer, renouveler ou perfectionner l’outillage. La généralisation des machines-outils fut importante et dans la métallurgie, et dans d’autres fabrications. Par exemple le pétrin mécanique devint d’un emploi constant.
L’essor de la métallurgie facilitait les recherches des constructeurs et l’exécution des modèles. Afin de ne point détourner l’acheteur par des prix trop élevés on recherche l’économie du charbon. On traite la houille, pour lui enlever, par distillation préalable, l’excès des produits volatils qui passent dans les fumées, alors qu’im traitement préparatoire donne du goudron et des essences diverses. On brûle les poussières ; on installe des centrales, à proximité des manufactures, pour obtenir, avec des charbons médiocres, de la force, du courant électrique. Dans une grande usine électrique, le perfectionnement des grilles et des générateurs
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
permet de ne consommer que 650 grammes de charbon, pour obtenir un kilowattheure, alors qu’avant la guerre, il fallait consommer i 300 grammes.
Grâce à cette surtension du génie national, les industries électriques allaient prendre un rapide essor. La commande automatique des machines et appareils devient de plus en plus fréquente, et toutes les fabrications de moteurs et d’engins électriques se développent. Tandis que le total des chutes aménagées était de 800000 chevaux en 1914, il se chiffre à 1900000 en 1918. L’électro-chimie, l’électro-métallurgie seront désormais des branches actives de la production. Cet accroissement compensait, à peine, la perte en force motrice vapeur, résultant de l’occupation du Nord de la France. De 1913 à 1919, l’énergie vapeur a diminué de 55 pour 100, et le nombre des établissements ayant des appareils en activité de 17 pour 100. Or si l’on considère que de 1906 à 1913 l’accroissement du nombre des chevaux-vapeur pour la France entière avait été de 120 000 kilowatts par an, on devra conclure que malgré l’accroissement de force motrice réalisé pendant la guerre, dans certaines régions et pour certaines industries, la France en 1919 était loin d’utiliser une puissance vapeur correspondant à un développement normal.
Les bénéfices Même après cette constatation, on peut accepter que malgré INDUSTRIELS l’occupation d’une grande partie du territoire national, l’essor industriel fut formidable, en France, pendant la guerre. Ne comporta-t-il pas des abus ? La situation du monopole de fait que créait l’organisation d’un marché, en relations difficiles avec l’extérieur, n’allait-elle pas favoriser ime politique de profits élevés, une fâcheuse pratique de l’établissement de prix de revient en dehors de toute compression des salaires et des frais généraux : le consommateur dans un régime d’inflation prolongée, ayant une puissance d’achat qui paraît accrue et qui donne un coup de fouet aux transactions? Pour répondre à cette question il faudrait tenir compte d’éléments extrêmement complexes et surtout du but suprême, la victoire. Nous avons montré que la rareté du combustible imnosa une poUtique parcimonieuse de l’utilisation de la houille. Il faut reconndtre que, le plus souvent, à l’abri de la concurrence, des pratiques de fabrication coûteuse furent substituées aux pratiques peut-être trop parcimonieuses de l’époque d’avant guerre.
La paix revenue, les industriels réclameront, en France comme à l’étranger, ime protection qui sera préjudiciable aux consommateurs et contribuera, avec la dépréciation de la puissance d’achat de l’unité monétaire, à la cherté du prix de la vie.
Quant aux bénéfices industriels, nous pouvons en apprécier la grandeur, d’une façon grossière, en enregistrant les résultats de la contribution extraordinaire sur les