CHAPITRE V
Les industries textiles. — Les industries du vêtement. Les industries de luxe. — La situation de Vindustrie lourde. — Uindustrie houillère. — La houille blanche. — La métallurgie.
r lendemain de la cessation des hostilités, le problème industriel apparaît singulièrement complexe dans ses données générales. Les chefs d’entreprise étaient encore pour la plupart mobiüsés au cours des derniers mois de 1918. La main-d’œuvre avait été complètement déclassée pendant la période de luttes. Les non-mobilisés ou les mobihsés sur place furent surtout affectés à des fabrications de guerre dans la métallurgie et dans les usines de produits chimiques. N’allait-on pas sentir tout le poids de l’insuffisance de bras dans un pays qui avait perdu I 500 000 hommes, et connu un chiffre à peu près égal d’individus dont la capacité de travail était réduite par suite des blessures, des intoxications de gaz, et d’un affaiblissement général. Le retour de l’Alsace et de la Lorraine compensait, en nombre, les pertes d’hommes éprouvées pendant la guerre, seulement ces régions, extrêmement actives, avaient besoin de toute leur main-d’œuvre. U appa-
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laissait que rensemble de réconomie nationale pourrait éprouver de graves difficultés en raison de l’insuffisance de bras.
L’ASPECT GÉNÉRAL DU PROBLÈME Le problème était encore plus angoissant DE LA RECONSTITUTION pour l’agriculture que pour l’industrie. Les
combattants qui séjournaient longuement dans les hôpitaux prenaient goût à l’existence urbaine et étaient bien décidés, après la guerre, à tenter leur chance dans les villes, où les gains, disait-on, seraient faciles, car dans l’esprit des dirigeants et des dirigés était ancrée l’idée d’ime restauration aisée et rapide, tout comme au lendemain de 1870. Nul ne voulait supputer les différences dans l’étendue du désastre aux deux époques considérées. Nul ne s’attachait à l’examen précis des charges financières formidables que léguait la campagne de 1914-1918. D’autant que, lors de l’armistice, on comptait que l’Allemagne serait le bon payeur de la catastrophe qu’elle avait volontairement provoquée.
Le problème des matières premières n’était guère plus rassurant. Dans quelles conditions l’industrie allait-elle se trouver pour refaire ses stocks complètement épuisés par la longueur des hostilités? Sur les marchés internationaux on se disputerait la laine, le coton, la soie et les autres matières essentielles à l’industrie des textiles. Le lin, notamment, allait faire complètement défaut, puisque la nation principale productrice de cette fibre avait cessé à peu près complètement toute relation avec les nations voisines. La Russie restait économiquement défaillante. Or, avant la guerre, elle était im élément essentiel de l’équilibre dans les échanges économiques qui comportent des réciprocités de ventes et d’achats de marchandises.
Enfin, dans quelles conditions obtiendrait-on des crédits? Certes depuis 1916, lentement, les épargnants étaient revenus vers les banques dont les dépôts accusaient des augmentations ininterrompues. Par exemple au Crédit lyonnais, les comptes créditeurs à vue passaient de 2718 millions en 1918 à 4227 millions en 1919. Progrès analogues au Comptoir d’escompte, à la Société générale, au Crédit industriel, au Crédit commercial. La Banque Nationale de crédit indiquait un progrès, à ce même chapitre, de 832 millions, en 1918, à 2222 millions. Les banques avaient pris l’habitude d’employer une grande partie de leurs disponibilités en placements à court terme, sous forme de bons de la Défense nationale. Les pratiques de l’escompte, si régulières avant la guerre, accusaient un ralentissement dû à l’évolution des modalités de règlement qui, après les moratoires en banque, s’étaient faites sous la forme de paiements au comptant.
Quelles seraient aussi les répercussions d’une fiscalité croissante, au cas où.
contrairement à l’optimisme un peu enfantin des gouvernants, l’Allemagne n’assumerait pas la totalité de la charge des réparations ? N’aurions-nous, pas, de ce fait, une situation difficile pour lutter sur les marchés internationaux ? On prévoyait une concurrence très âpre. Certains dirigeants, supputant toutes ces difficultés, entrevoyaient, comme une chose fatale, l’évolution des entreprises vers une formidable concentration. Ils considéraient que la France, désormais puissamment équipée en minerai de fer et en hauts fourneaux, devait prendre le premier rang dans la production sidérurgique. Le problème des insuffisances de houille pourrait être résolu facilement par des ententes avec l’Allemagne, qui aurait besoin de nos minerais de fer. De plus on développerait, au maximum, l’utilisation de l’énergie hydroélectrique.
Ainsi on évoluait, sous l’influence de ces vues hypothétiques, vers une économie de plus en plus industrielle et centralisée, au détriment de la productivité agricole et des entreprises indépendantes. Il importe de voir dans la réalité ce qui est advenu de tous ces plans de construction générale, et comment, en fait, la France s’est adaptée à une économie qui lui a donné la possibilité d’atténuer rapidement ses déficits de balance commerciale.
Les INDUSTRIES Contrairement aux prévisions que nous venons de rap-
TEXTiLES peler, l’industrie métallurgique n’a pas connu un essor facile dans la période d’après guerre, ainsi que nous le verrons plus loin. Bien au contraire, les industries textiles et les industries de l’habillement, qui occupent une population ouvrière de 3 millions de personnes, ont réalisé rapidement une production plus intensive. D’abord, l’industrie de la soie, dès 1919, accuse une activité qui se rapproche de celle d’avant guerre. Pour les tissus, la production dans la région lyonnaise, exprimée en valeur francs, était de 467 millions en 1913, en 1919 la valeur des produits est de i 668 millions. Elle passe à i 748 millions en 1921, à 2 253 millions en 1922, les fluctuations de valeur que l’on constate correspondant beaucoup plus aux mouvements des prix et à leur influence, qu’à un essor dans l’activité de cette industrie. A côté du tissage de soies, l’industrie de la teinture et le finissage, qui jouissaient déjà dans la période d’avant guerre d’une réputation mondiale, se perfectionnent. Dès la fin des hostilités, les teintureries lyonnaises se spéciahsent de plus en plus. Elles disposent d’ailleurs d’importants capitaux, qui leur permettent de porter leur capacité et leur technique à un maximum de rendement.
L’industrie de la rubannerie est connexe de celle de la soierie. Elle est organisée
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par 200 fabricants, dans le Forez et le Velay. Elle occupe normalement 8o ooo ouvriers et ouvrières. En 1913, elle exportait pour 41 millions de produits ; en 1913, la région stéphanoise vend pour 103 millions aux marchés extérieurs. On estime qu’au total Saint-Étienne et la zone sous son influence vendent pour 312 millions en 1922. Il faudrait joindre à ces fabrications l’industrie de la tresse et des lacets, surtout active dans la région de Saint-Chamond.
L’industrie de la laine allait avoir un effort plus grand à réaliser que l’industrie de la soie, pour revenir à une activité comparable à celle d’avant guerre. Elle avait été désorganisée par l’occupation allemande. La plupart des industriels, réfugiés hors des départements du Nord, avaient essayé, en attendant la libération du territoire, de créer des centres nouveaux d’industrie. C’est pourquoi, en Normandie, dans l’Eure et dans la Sarthe, dans la banlieue de Paris, dans les Pyrénées, la région de Bayonne, et surtout à Lyon, dans le Dauphiné, le Vivarais, des usines furent montées par les sociétés du Nord et les industriels de Reims.
Lyon fabriquait des tissus pour la mode. Voiron, au contraire, produisait les draperies pour hommes. Ces tissus étaient fabriqués le plus souvent à l’aide de métiers à tisser des étoffes de soie. On évaluait à 7 500, lors de l’armistice, le nombre des métiers en service dans le Lyonnais. La plupart des industriels du Nord retournèrent chez eux au lendemain de l’armistice. Ils s’appliquèrent à réparer et à reconstruire les usines, à remplacer le matériel détruit, enlevé ou détérioré, à reconstituer les stocks de matières premières que l’ennemi avait utilisées ou volées, à rechercher une main-d’œuvre d’autant plus rare qu’un grand nombre d’ouvriers des régions envahies avaient succombé au cours de la lutte.
L’entreprise de réorganisation était menée à bien après le vote de la loi portant réparation intégrale des dommages de guerre. Dès 1922, les peignages, filatures, tissages de la région Roubaix-Tourcoing étaient parvenus à un résultat voisin de l’activité d’avant guerre. Au contraire, Fourmies ne produisait, à la même date, que le dixième du rendement normal. Elle avait énormément souffert de l’occupation ennemie : elle se trouva paralysée, pour une longue période, par suite des retards de livraison de l’outillage commandé. Afin d’accroître leur production^ les filateurs de Fourmies formaient une sorte de consortium, sous une direction unique. Les travaux de reconstruction étaient activement poussés dans la région lainière de Reims et de Sedan, malgré le manque de matériaux et d’outillage. Au total, le chiffre des exportations de lainage allait sans cesse croissant, dès 1922. Notre activité d’avant guerre était accrue par la rentrée de l’Alsace dans l’unité française. Cette province possédait 568 000 broches de filature de laines -peignées.
installées dans des manufactures qui, pour la plupart intactes, donnaient une augmentation de 23 pour 100 des laines peignées. Le tissage était représenté par 10 000 métiers et accusait une augmentation de 25 pour 100. L’excès de production qui pouvait en résulter devait être un facteur puissant d’exportation.
Il faut surtout retenir les résultats, très particuliers au génie français, d’une maison déjà ancienne de Paris, Rodier, qui a persisté dans la fabrication artistique des tissus, avec le concours d’artisans à domicile. La fantaisie la plus audacieuse, dans le jeu des couleurs, va s’associer aux effets d’une technique solide, éprouvée. Le tissu de laine est entièrement renouvelé. Il va rivaliser dans la couture avec les plus belles soieries. Utilisant les laines souples de provenance du Thibet, Rodier créera les tissus kasha. Il demandera aux procédés de teintures et aux modalités de tissages complexes des effets de grand caractère artistique. M. Jean Brunhes, dans le deuxième volume de Géographie humaine^ a décrit le centre de tissage à domicile de cette maison, à Bohain, dans l’Aisne. Nous donnons, dans une planche en couleurs, la reproduction de deux tissus qui permettent de connaître la technique de fabrication des étoffes aujourd’hui très en vogue. Dans la partie supérieure du cliché, on voit une chaîne de soie ourdie, sur laquelle un imprimeur gravera, à l’aide de blocs, les dessins coloriés. La chaîne a été soutenue par des duites, c’est-àdire des fils que la navette conduit d’une lisière à l’autre. Après impression, le tisserand reprend sa pièce, enlève les duites. La chaîne est replacée sur les enroulements du métier et le tissage définitif s’effectue sur la chaîne imprimée. Seulement les fils de chaîne sont légèrement déplacés, afin d’obtenir un flou d’un aspect séduisant. La partie inférieure de la planche reproduit une étoffe tissée dans les mêmes conditions, mais ayant en plus des motifs de broderies, obtenus par le plumetissage soit de fils de métal, soit de fils de soie.
L’industrie cotonnière a subi des vicissitudes constantes depuis la fin de la guerre. Au cours des années 1919 et 1920, favorisée par la hausse des prix, elle se développe rapidement. La crise qui éclate au mois de mai 1920 et qui amène une chute générale des cours, provoque un ralentissement d’activité en 1921. Dans le dernier semestre de la même année, il y a une reprise qui s’accentue pendant les trois premiers trimestres de 1922. Un fléchissement nouveau se produit et persiste pendant les premiers mois de l’année 1923. Il provenait de ce que les débouchés allemands n’avaient absorbé, en 1922, que 122 000 quintaux métriques de tissus de coton, contre 247 000 quintaux métriques en 1921. Or, l’industrie cotonnière comptait sur les débouchés du marché du Rhin jusqu’en 1926, en vertu de l’article 68 du traité de paix, qui exonérait les produits alsaciens-lorrains des droits
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de douane, à leur entrée en Allemagne. On n’avait pas prévu la diminution de capacité d’achat des Allemands, à la suite de la baisse constante du mark, et les effets appauvrissants de la résistance passive, après l’occupation de la Ruhr. Le boycottage systématique des produits français, outre-Rhin, était devenu de pratique courante. Quelques chiffres permettront de préciser l’effort considérable qu’a fait l’industrie cotonnière, afin de revenir à im état normal. Des destructions totales ou partielles, commises par l’ennemi, avaient fait disparaître 3 246 000 broches à filer, 877 000 broches à retordre et 25 500 métiers mécaniques à tisser. En mai 1923, on avait remis en marche 2 950 000 broches à filer, soit 90,8 pour 100 du total des broches à filer détruites ou endommagées, 790 000 broches à retordre, soit 90 pour 100, et 16 500 métiers mécaniques, soit 62,3 pour 100. L’outillage ancien avait été remplacé, il est vrai, par du matériel neuf, aussi perfectionné que possible, qui plaçait au premier rang des fabriques cotonnières, dans le monde, l’industrie française. Par l’importance numérique de l’outillage, elle venait exactement au troisième rang, après l’Angleterre et les Etats-Unis. De plus, elle développait son activité syndicale. On créait des organismes régionaux ramifiés à un groupement central, le Syndicat général de l’activité cotonnière française, et dès 1922, le Syndicat général cotonnier s’efforçait de constituer un centre d’exportation : le Comptoir cotonnier français, comportant la création d’un service coopératif de réception des cotons au Havre. On différait toutefois la réouverture du bureau des conditionnements de coton brut, créé également en France en 1912, et qui avait cessé de fonctionner depuis 1914. Le Syndicat général cotonnier adoptait aussi toutes les mesures propres à atténuer les difficultés nombreuses auxquelles l’industrie avait à faire face.
Moins aisée devait être la restauration de l’utilisation du lin qui, cepenaant, avant 1914, occupait une des premières places dans l’activité textile nationale. Elle consommait, en 1913, 100 000 tonnes de lin, alors que l’agriculture française n’en produisait guère que 15 000 tonnes. Elle avait recours à l’étranger, surtout à la Russie, pour obtenir des produits variés, qu’elle réalisait grâce au goût des ouvriers et des fabricants. Après la cessation des hostiHtés, on constate que la Russie ne cultive plus que très peu de lin. Les cultivateurs russes ne disposent plus de la main-d’œuvre importante et peu coûteuse d’avant guerre. Les bolchevistes se refusent à commercer avec l’Europe. On ne peut donc compter que sur l’arrivée de lins polonais et baltiques, pour suppléer aux insuffisances constatées. En France même, la culture du lin qui, avant la guerre, s’étendait sur 25 000 hectares environ, avait été, en 1920, exceptionnellement importante, parce que les
cultivateurs furent alléchés par la hausse des prix de la matière première et déconcertés par les réglementations nombreuses dont le commerce des blés avait été l’objet. Ils se rejetaient donc vers la culture d’une matière plus rémunératrice.
A la veille de la guerre, la filature de lin comptait 570 000 broches, réparties en 58 usines. Elle était en progrès constants. Le centre principal était l’arrondissement de Lille, qui comprenait les 4/5 des broches. Puis on trouvait d’autres centres dans le Pas-de-Calais, la Somme et la Normandie. La filterie française jouissait d’une réputation mondiale. Ses produits étaient extrêmement demandés à l’étranger. L’activité des broches de la filature se trouva, après la cessation des hostilités, réduite à environ 10 pour 100 du total d’avant la guerre. Les industriels du Nord avaient notamment enlevé le matériel d’Armentières et l’avaient transporté dans deux établissements installés à Rouen. Les usines des pays envahis avaient été complètement détruites lors de la libération du territoire. En juin 1922, la filature du lin se trouvait reconstituée jusqu’à concurrence de 45 pour 100 de son importance d’avant guerre, et la filterie jusqu’à concurrence de 65 pour 100.
Pour dresser un tableau complet de l’industrie des textiles en France, il faudrait dire encore l’importance du tissage des toiles, de l’utilisation du chanvre et du jute, l’essor des industries des tulles et dentelles et de la bonneterie. On peut constater que, dans toutes ces branches, il y a eu un développement progressif, depuis 1922, qui est venu largement ahmenter le commerce intérieur et extérieur. La mode du bas de soie a notamment été une cause de prospérité pour la bonneterie de la région de Troyes, des Cévennes et de la banlieue parisienne.
Les INDUSTRIES DU VÊTEMENT. La couture, la mode, l’industrie de la lin-
LES INDUSTRIES DE LUXE gerie fine, celle de la fourrure, du corset et des tissus élastiques adaptés au vêtement féminin, ont sans cesse progressé. La couture parisienne, qui exportait à l’étranger, en 1913, pour 160 millions de francs, dans le seul premier trimestre de 1920, vend à l’extérieur pour une valeur de 114 millions de francs. La statistique n’est que faiblement indicatrice de l’importance des ventes réelles, surtout dans le présent, car la plupart des familles étrangères qui viennent séjourner à Paris emportent, dans leurs bagages, des vêtements féminins, des chapeaux, dont la valeur atteint un nombre élevé de millions. Ces pratiques se développent de plus en plus, en raison des agréments et des commodités de toutes sortes qui en résultent pour les acheteurs. On peut affirmer, également, que les statistiques du commerce extérieur sont très loin de nous révéler l’importance de
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Texportation des bijoux, diamants, colliers de perles, achetés sur la place de Paris. Il y ainsi des éléments invisibles d’exportation, dont la valeur atteint certainement des centaines de millions. L’industrie de la parfumerie, celle du cuir, et notamment du cuir ouvragé, destiné soit aux fabrications de malles et valises, contenant des objets de toilette, etc., soit à des accessoires du vêtement féminin ont eu une prospérité analogue à celle de la mode et de la bijouterie. L’article de Paris, sous toutes ses formes, a profité de l’attraction exercée sur les étrangers par la capitale.
Il importe maintenant de voir quelle a été l’évolution de l’industrie lourde, sur laquelle les constructeurs de systèmes économiques comptaient pour assurer la prospérité de l’exportation française.
La SITUATION DE LTNDusTRiE LOURDE. La grande industrie minière et
LTNDUSTRiE HOUILLÈRE houillèrc a moins de facilité d’adapta¬
tion à des circonstances nouvelles que les industries du tissage. D’ailleurs l’influence des variations des désirs humains n’a qu’une lente action sur les différentes branches qui constituent les industries minières et métallurgiques, les constructions mécaniques, électriques et métalliques, les entreprises de travaux publics. On sait que, avant 1914, la production houillère de la France oscillait autour d’une moyenne de 40 miUions de tonnes. La consommation nationale s’élevait à 63 millions et s’accélérait avec une vitesse supérieure à celle de la production. Un seul bassin, celui du Nord et du Pas-de-Calais, offrait de réelles facilités d’extraction et des couches importantes de combustible. A partir de 1918, un effort considérable a été accompli dans les divers bassins pour obtenir un accroissement de la production houülère. On a augmenté le rendement des concessions grâce à ime meilleure installation des puits et des galeries, ainsi qu’aux perfectionnements de l’outillage. On a mis en exploitation des gisements nouveaux. Les couches d’anthracite de Tarentaise et de Maurienne, qui avaient été abandonnées, ont pu être extraites, à la faveur de la hausse des prix. Incité par les bénéfices de cours rémunérateurs, les compagnies en ont repris l’exploitation. On procède également à des recherches de gisements dans la région lyonnaise et en Normandie. Dans la première de ces zones, les espérances escomptées ont permis la constitution d’une importante société. Le territoire d’Alsace et de Lorraine est venu ajouter 3 millions et demi de tonnes par an à la production nationale, seulement la consommation de l’industrie alsacienne se chiffre à ii millions de tonnes. Le bassin de la Sarre a fourni un élément compensateur. En 1920, ce bassin, dont l’exploitation temporaire
nous était attribuée par le traité de Versailles, en compensation des dévastations allemandes dans les mines du Nord, a livré à la France ime moyenne mensuelle de 400 000 tonnes. C’est surtout dans les régions sinistrées que l’on a fait œuvre de production intensifiée : grâce à l’activité sans cesse accrue du Nord et de l’Est, les rendements de l’extraction houillère, pour l’ensemble du pays, passent à 2 millions de tonnes par mois en 1920, à 2660000 tonnes mensuellement
l’effort de reconstruction d’après guerre : UNE FOSSE DES MINES DE LENS EN I924
en 1922 ; à 3 212 000 tonnes en 1923, et, dès 1924, chaque mois, la France produit 4 millions de tonnes de houille. Désormais notre consommation est assurée, avec l’appoint des paiements en nature de l’Allemagne. Les importations ont une valeur qui décroît rapidement, car si elles s’élevèrent à 7 milliards de tonnes en 1923, elles ne dépassent guère 2 milliards et demi en 1925. Assurément nous restons toujours tributaires de l’étranger pour le coke métallurgique nécessaire aux hauts fourneaux. Au cours de ces dernières années, des inventeurs ont prouvé que le problème de la sidérurgie, après utilisation de la houille pulvérisée, n’était point une utopie. Des fours importants fonctionnent. Le tout est de savoir si le rendement commercial de ces procédés est avantageux. Le cas est discuté avec passion, tant sont importants les intérêts menacés par cette évolution
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La houille La France compte parmi ses richesses naturelles les plus BLANCHE importantes, une réserve de force considérable, donnée par les chutes d’eau dont M. Jean Brunhes a expliqué dans le tome II de la Géographie humaine la formation naturelle. Elle est, dans ce domaine, le pays le mieux doué de l’Europe. Jusqu’en 1905, les statistiques officielles estimaient que nous détenions 6 milliards de chevaux de force hydraulique. Ces évaluations ont été révisées. On a non seulement des réserves données par les deux grands centres des Alpes et des Pyrénées, mais encore de toutes les forces de nos cours d’eau du Plateau Central, et même des régions moins montagneuses, qui fournissent ce que l’on appelle la houille verte. On estime à environ 10 millions de chevaux les possibilités d’énergie qu’assurerait l’aménagement de toutes nos chutes. Le tableau peut en être dressé de la sorte :
Chiffres moyens des chutes utilisables
en H. P.
Alpes septentrionales . 2 000 000
Alpes méridionales (Drôme, Durance) . 2 000 000
Massif Central . i 200 000
Jura et Vosges . 700000
Pyrénées . 2 800 000
Les aménagements des chutes ont été en croissant. Si, en 1895, 1 15 000 chevaux furent installés, en 1914 on équipait des usines pouvant produire une force de 800000 chevaux; en 1925, 1860000 chevaux auront été installés. Les résultats seraient plus considérables encore sans la hausse croissante du prix de la maçonnerie et de tous les travaux. Certaines grandes entreprises, notamment la compagnie des chemins de fer du Midi, la compagnie de Paris-Orléans ont dû suspendre l’exécution d’une partie de leur programme, étant donné la hausse incessante des prix. Cependant, d’ores et déjà, elles ont mené à bien la construction de puissants barrages qui vont permettre l’électrification de lignes à grand trafic, résultat qui assurera une réduction importante dans la consommation nationale de houille.
L’énergie hydraulique a d’ailleurs de multiples utilisations. Nous lui devons l’éclairage et la force motrice, en outre des possibilités de traitement des minerais et des utilisations importantes dans les industries chimiques. Dans la région des Alpes et, de plus en plus, dans celle des Pyrénées, l’électro- métallurgie et l’électro-chimie se développent. Dans la métallurgie, l’électricité permet la fabrication de ferro-alliage, ferro-manganèse, ferro-tungstène, ferro-silicium. Ces pro-
duitSj utilisés pour la fabrication des moteurs à grande vitesse, en usage dans l’industrie automobile ou dans l’aéronautique, trouvent un marché de plus en plus étendu. Enfin la production de la fonte synthétique et celle de l’aluminium font des progrès quotidiens. Il y a quelques années, les industries hydro-électriques de la vallée de l’Arc produisaient annuellement 15000 tonnes d’aluminium, aujourd’hui la région des Alpes, dans son ensemble, fournit 150000 tonnes de fonte synthétique. Les emplois de la houille blanche dans l’industrie chimique permettent la fabrication électrique des carbures et de leurs dérivés, le cyanamide, les chlorates et hypochlorates, l’acétylène, la soude, le traitement du zinc par l’électricité, etc. De telles installations nécessitent d’importantes mises de fonds, aussi constate-t-on que le capital investi dans les entreprises consacrées à l’aménagement des chutes d’eau, qui s’élevait, en 1910, à 540 millions, en 1914 à 680 milhons, dépasse aujourd’hui 3 milliards et demi. Le plus souvent les firmes sont très importantes. Certaines entreprises utilisent 100 000 chevaux et plus. On peut dire que la mise en œuvre de la houille blanche est le fait d’une industrie concentrée. D’ailleurs les fabrications identiques ont tendance à se rapprocher. C’est ainsi que l’on a constaté la fusion d’entreprises autour du groupement de Péchiney, qui tient la tête dans la fabrication de l’aluminium et possède une sorte de monopole de fait.
La production thermique de l’électricité est entrée également dans une phase nouvelle. Les compagnies minières ont créé des centrales qui utilisent les houilles de dernière catégorie et les transforment en énergie électrique. A Paris, l’idée de produire, dans une immense usine, de la force revendue à des gros consommateurs d’énergie a permis de réaliser la centrale de Gennevilliers, qui fait de l’électricité après combustion du charbon. Sa puissance était de 340 000 kilowatts en 1926. Les capitaines d’industrie qui la dirigent ont la volonté d’accroître la capacité de cette usine devenue le grand fournisseur de la région parisienne. Secteurs d’éclairage, compagnies de transports, métropolitain, sont ses clients. Quelle que soit la puissance de cette entreprise, on ne peut que regretter la lenteur des réahsations de projets d’aménagement des chutes d’eau du Rhône à Génissiat, ce qui permettrait, après transport sur longue distance, de distribuer de nouvelles énergies dans Paris et sa banlieue. Exécutés avant la guerre, ces travaux auraient permis à la capitale d’obtenir de la force à bon marché, résultat particulièrement favorable à l’essor économique d’une grande ville.
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La métal- La France est le pays le plus riche en minerai de fer de
LURGiE toute l’Europe. Il n’y a, au monde entier, que les Etats-Unis qui puissent lui disputer le premier rang. En 1913, nous avions extrait 22 millions de tonnes. Nos réserves en cette matière première étaient considérables. Elles existaient tout d’abord dans le bassin de Meurthe-et-Moselle, jusqu’à concurrence
de 2 milhards de tonnes. En Normandie, on avait pu produire 812000 tonnes en 1914.
La mise en valeur des gisements de cette région avait suscité la création de nombreux hauts fourneaux dans la Seine-Inférieure et dans le Calvados. Les réserves du bassin étaient évaluées à 700 millions de tonnes. Dans la région de l’Anjou, le service des mines estimait que les départements de la Mayenne, de la Loire-Inférieure et du Maine-et-Loire renfermaient plus d’un milliard de tonnes. Enfin, dans la France du Sud, le bassin des Pyrénées pouvait fournir, en 1913, près de 400 000 tonnes de minerai très riche ; les réserves étant évaluées à 100 milHons de tonnes. Il faut, en outre, faire état des mines de fer d’Algérie, qui, en 1913, fournissaient plus d’un million de tonnes par an dans d’excellentes conditions d’exploitation. A la veille de la guerre, sur une extraction de 22 milHons de tonnes, 12 miUions étaient consommées à l’intérieur du pays ; 10 millions étaient exportées et 400 000 tonnes étaient au contraire importées. A l’aide de cette richesse de matières premières, la production française de la fonte, qui était en 1870 de i 178000 tonnes, atteignait 2700000 tonnes en 1900, et