‹ Histoire de la nation françaiseChapitre 88 sur 112 · USINES SIDÉRURGIQUES, HAUTS FOURNEAUX ET FORGES EN · texte numérisé non relu

USINES SIDÉRURGIQUES, HAUTS FOURNEAUX ET FORGES EN

Dissémination des petits établissements à proximité des gisements de minerai.

5 200 000 tonnes en 1913. Dans l’espace de dix ans, de 1910 à 1920, la production du minerai avait doublé. A la veille de la guerre, le nombre des établissements métallurgiques comportait 203 entreprises, comprenant 170 hauts fourneaux et 76 fours électriques. Le personnel employé s’élevait aux environs de 320 000 ouvriers. Il y a lieu de noter l’importance des entreprises centralisées dans la métallurgie. Plus des trois quarts de la production de la fonte et de l’acier appartiennent à une vingtaine de grandes firmes ou à leurs filiales.

L’Union syndicale est extrêmement forte ; son action est d’autant plus profonde qu’elle a été créée autour de l’organisation du Comité des forges, dont nous savons et les origines et les résultats.

Une industrie aussi puissante a dû regarder vers 1 ’extérieur pour trouver des débouchés.

Telle a été l’origine des organisations connues sous le nom de comptoirs, le comptoir de Longwy, puis le comptoir des Poutrelles dont on a déjà dit les formes et l’action. En 1913, l’exportation atteignait i 600 000 tonnes. Dans l’ensemble des transactions, les sorties représentaient, à la veille de la guerre, un excédent de 509 000 tonnes sur les entrées.

La guerre interrompit pendant cinq ans cette activité. Une fois les hostilités terminées, les trois grands centres métallurgiques : les régions de l’Est, du Nord et du Centre, vont reprendre leurs opérations. Toutefois des modifications profondes surviennent dans la carte de l’industrie sidérurgique française. La région de l’Ouest et celle du Sud-Est qui, avant 1914, n’avaient qu’une importance rela-

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tive vont, après la cessation des hostilités, conserver une grande vitalité. Dans rOuest de la France, en 1913, on produisait environ 100 000 tonnes de fonte et un volume assez considérable de produits finis, pour les constructions navales, l’artillerie, les grands travaux publics. Cette région recevait son charbon d’Angleterre, son minerai d’Anjou et de Bretagne ou d’Espagne. La mise en valeur des gisements du bassin de Caen aura une répercussion sur l’activité des hautsfourneaux de toute cette contrée. Les centres normands et bretons peuvent désormais fournir plus de 600 000 tonnes de produits métallurgiques par an. Enfin, dans le Dauphiné, avec le concours de l’électro-métallurgie, les centres spécialisés dans les produits finis se développent de jour en jour. Depuis 1914, sous l’influence des événements de guerre, par suite de la nécessité qui fut imposée à la France de rééquiper des usines en arrière du front, la capacité de production métallurgique de notre nation s’est accrue du simple au double. On estime que plus d’un milliard et demi de francs ont été ainsi investis dans les entreprises. Il faut enfin faire état des conséquences du retour de l’Alsace et de la Lorraine, qui étaient deux centres utilisant très largement et la houille allemande et le minerai de fer de Lorraine. L’extraction du minerai de fer en Lorraine annexée fut, en 1913, de 21 millions de tonnes, soit 75 pour 100 de la production totale de l’Allemagne, production égale à celle de la France à la même époque. L’industrie sidérurgique s’est développée dans la région de Metz et de Thionville. On y comptait, en 1913, 56 hauts fourneaux en activité, assurant 3 870 000 tonnes de fonte et 2 286 000 tonnes d’acier. Les principaux centres sont Hayange, Moyeuvre, Hagondange, Rombas, Knutange, etc. Ainsi, la France, grâce au bassin lorrain qui prolonge celui de Briey, est bien devenue la première région métallurgique de l’Europe. Est-ce là un élément de force qui ne contient aucun germe de faiblesse? La métallurgie française, au cours de ces dernières années, a subi le contre-coup d’événements immédiats provoquant des crises, et plus encore les effets d’une situation générale qui implique ime surproduction mondiale dans la sidérurgie.

Le manque de main-d’œuvre, les besoins raréfiés, et plus encore l’insuffisance de combustible métallurgique, ont ralenti la production française au cours de l’année 1924 et au début de 1925. L’occupation de la Ruhr, les conséquences économiques qu’elle a comportées, ont provoqué un ralentissement dans les exportations des houilles vers la France. Plus redoutable encore est le problème de l’adaptation mondiale de la production métallurgique aux besoins. La guerre, en incitant tous les pays à équiper au maximum des forges et des hauts fourneaux, a préparé une ère de surproduction. Le problème n’est pas seulement

troublant pour l’industrie du fer, en raison de l’importance des capitaux engagés dans ces entreprises et des effectifs élevés de main-d’œuvre qui y sont employés. Le problème métallurgique apparaît encore au premier plan, dans les possibilités de conflits des grandes nations qui cherchent des débouchés pour leur production. Y a-t-il une solution durable, en dehors d’ententes internationales qui aboutiraient à une répartition des débouchés? En d’autres temps, on pourrait espérer trouver des marchés nouveaux par suite de la mise en valeur des colonies et des pays neufs, après apports et avances de capitaux et de matériel des nations puissamment douées pour produire le fer et la fonte. Dans le présent, l’Europe, en dehors de l’Angleterre, souffre d’une pénurie de capitaux ; elle est dans l’impossibilité d’entretenir par ses propres moyens l’activité de ses usines en accordant d’importants crédits à ses clients.

Aussi l’industrie évolue-t-elle en cherchant à exporter un maximum de produits ouvrés. Elle suit le conseil d’un vice-président du Comité des Forges de France, qui affirmait : « qu’il faut que les produits sortent avec le plus possible de maind’œuvre, avec le plus possible de travail incorporé ; il vaut mieux sortir de l’acier laminé que de la fonte, il vaut mieux sortir des objets faits avec cet acier que de sortir des barres d’acier. » Le problème consiste donc à organiser, non seulement l’extraction de nos richesses naturelles, mais encore leur transformation en produits finis et cela avec une réduction aussi poussée que possible des prix de revient. Il est vrai que la solution de ce problème est complexe ; elle se rattache à toutes les manifestations de la vie économique et sociale. Elle a des aspects internationaux. Aussi a-t-on vu, en 1926, les maîtres de forges français, allemands, belges et luxembourgeois chercher un terrain d’entente, afin d’éviter à l’avenir les méfaits d’une lutte de prix. En effet, la production mondiale de l’acier est supérieure à celle d’avant guerre. Elle dépasse 88 millions de tonnes en 1925, contre 75 millions en 1913. Cependant, en Europe, la production de l’acier est, en 1925, inférieure à celle de 1914, puisqu’elle a atteint à peine 41 millions de tonnes, contre 42 millions et demi en 1913. Mais les États-Unis produisent plus de 45 millions de tonnes, contre 31 millions avant la guerre. Il faut enfin faire état de l’organisation métallurgique nouvelle au Japon, dans l’Inde et l’Afrique du Sud. Il y a donc une crise mondiale de sous-consommation. Pour écouler le trop-plein de leur fabrication, les métallurgistes ont été obligés de se livrer à une lutte de prix sur les marchés mondiaux. Ce sont surtout les pays et les 'consommateurs exotiques qui ont profité de la situation. Sur les marchés de l’Amérique du Sud, l’acier a été vendu parfois à un prix inférieur à celui qu’on payait dans les pays d’origine. Afin

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d’ajuster la production aux possibilités offertes par les débouchés, l’entente internationale vient de faire une répartition globale. C’est à 27 millions et demi de tonnes qu’a été fixé le contingent annuel des cinq pays, chiffre qui pourra être porté à 30 milhons et demi.

L’attribution des parts est assez compliquée : toutefois, elle s’étabfit, pour la production maxima, de la façon suivante :

Allemagne . .

France .

Belgique . . . .

Luxembourg Sarre .

43,17 pour 100 3LI9 —

Le siège du Cartel est à Luxembourg. L’entente a été signée pour cinq ans et ne s’étend pas aux fontes. L’engagement ne porte donc que sur le tonnage global d’acier à produire et nullement sur les prix. Il y a là un essai d’une importance économique considérable et dont il faudra suivre le développement avec attention.

L’INDUSTRIE Une place à part doit être faite à l’industrie automobile

AUTOMOBILE au lendemain de 1914, a connu des vicissitudes, dont il

importe de dégager les grands traits. Les hostilités terminées, les bénéficiaires des profits de guerre se portent acheteurs de voitures de luxe. Les constructeurs français accusent une supériorité indiscutée dans cette spéciafité, comme ils l’avaient eue dans la période antérieure aux hostilités. Survient la crise de 1920 qui arrête brusquement et momentanément la construction. L’activité reprend dès 1921. A partir de ce moment, les charges fiscales, l’accroissement continu du prix de l’entretien des voitures expliquent le goût de la clientèle pour des modèles de type modeste et économique. Il est vrai que la France ne peut plus considérer sa production comme jouissant d’une sorte de monopole. La fabrication de la petite voiture se développe aux États-Unis notamment, et, malgré les droits de douane, les Américains viennent nous faire concurrence sur notre propre marché. A l’extérieur, notre capacité d’exportation, qui avant la guerre comportait le sortie annuelle de 20 000 châssis représentant une valeur de 237 millions, ne peut être maintenue que par la prime que nous donne un change déprécié. En 1924, la valeur des exportations, d’après les documents statistiques des douanes, comporte i 368 millions pour les voitures de tourisme, 144 millions pour les voitures industrielles. L’automobile et les industries qui s’y rattachent auraient vendu plus de 2 milliards à l’étranger. Cette situation serait gravement compromise le jour où disparaîtrait la prime donnée par

le change ; car la puissance de production de nos concurrents a été sans cesse en se développant. Une crise dans l’automobile serait d’autant plus redoutable que la presque totalité des matières premières de ‘cette branche d’activité provient du sol de France. C’est ime industrie clé, qui exerce une influence particulièrement favorable sur notre balance commerciale.

L’INDUSTRIE A côté de la métallurgie, dont on a esquissé les principaux CHIMIQUE aspects, il faut faire état de l’essor de la grande industrie

chimique. En 1913, l’Allemagne occupait ime situation de quasi monopole dans la vente des produits chimiques. Les neuf dixièmes des teintures artificielles consommées, à travers le globe, provenaient d’outre-Rhin. En matière de produits colorants artificiels nous ne luttions que difficilement contre nos rivaux. Certes, sur une consommation totale de 9 000 tonnes, représentant une valeur d’environ 25 millions de francs, nous n’importions que 2 000 tonnes, d’une valeur de 7 millions de francs; le surplus de la consommation était fabriqué en France dans quatre usines ; ces dernières appartenaient à des Allemands ; elles recevaient presque tous leurs produits de base d’outre-Rhin. Les maisons allemandes avaient également installé sur notre territoire des usines de finissage, qui recevaient de l’extérieur des produits intermédiaires, au dernier stade de transformation, et même des colorants finis à l’état concentré. En cas de conflit international, on pouvait se trouver privé de matières colorantes, indispensables notamment à l’industrie textile. Aussi enregistre-t-on, tant au cours des hostilités que dans la période d’après guerre, un effort considérable pour s’émanciper de l’hégémonie allemande. Les anciennes entreprises ont augmenté leur fabrication ; on a créé une union de producteurs et de constructeurs pour le développement de l’industrie des matières colorantes en France. Elle est chargée de distribuer les colorants reçus d’Allemagne, au titre des réparations, en exécution des clauses insérées dans le traité de Versailles. La production nationale va d’ailleurs en augmentant. En 1921, les usines françaises ont produit près de 6 000 tonnes de matières colorantes, et en 1923 près de Il 000 tonnes. La Compagnie nationale des matières propres à la teinture réalise des progrès incessants. Le service des recherches scientifiques et celui de l’application des colorants se développent avec des laboratoires parfaitement établis, munis d’un personnel technique rationnellement spécialisé. Avec le concours de l’État, les savants s’appliquent à la recherche de carburants qui utiliseraient l’alcool et d’autres ressources nationales, et nous libéreraient de concours étrangers qui sont onéreux.

HISTOIRI ÉCOKOMIQUE ET FINANCIÈRE.

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Autres in- L’industrie du cuir, celle de la papeterie peuvent être ratta- DUSTRiEs chées, en raison de leurs procédés, à celle des produits chimiques. Le traitement des peaux et la fabrication des cuirs occupent depuis longtemps une place de premier rang. La taimerie trouve dans le pays des matières abondantes. L’importance de nos troupeaux bovins assure un large approvisionnement, qui a un complément dans les ressources de nos colonies, notamment de Madagascar et du Maroc. Les écorces utilisées sont d’une qualité reconnue. Il est vrai que le tannage au chrome, qui date de 1895, fait des progrès incessants. Les centres sont répartis à travers toute la France. Ils se divisent en entreprises de peausserie, qui traitent les peaux de veaux, de chèvres et de chevreaux, et de mégisserie qui traitent les peaux de moutons. La ville de Mazamet a la spécialité du délainage des peaux et de la fabrication des cuirots, dont la matière première est fournie par l’importation des peaux de moutons mort-nés d’Australie. Se rattache à la tannerie, l’industrie de la ganterie qui, dans les centres de Grenoble, de Millau, d’Annonay, etc., emploie comme matière première des peaux d’agneaux et de chevreaux. L’exportation des gants, qui ne dépassait pas, en 1905, 32 millions en valeur, s’élève en 1924 au delà de 300 millions de francs.

La papeterie et l’industrie des cartons est également répandue sur tout l’ensemble du territoire. Cependant le Dauphiné et la région d’Annonay, la vallée de la Seine, notamment à Corbeil, sont les pricipaux centres de fabrication. Cette industrie utilise les pâtes de bois, les drilles (chiffons et vieux papiers) et les pailles. Générar lement les usines sont spécialisées dans un emploi unique de matières premières, parce que chaque produit exige un traitement différent. L’activité de ces entreprises a été gênée par le problème du ravitaillement en pâtes de bois qui est fort onéreux puisque réglable uniquement en monnaie étrangère. 28 pour 100 des papiers français sont fabriqués avec cette matière première. De plus on cherche à utiliser la production indigène en pâte de chiffons, en pâte d’alfa venant de l’Afrique du Nord et en fibres diverses. Nos industriels fabriquent également des pâtes de bois ; en raison de l’insuffisance de nos forêts en essences utilisables dans la papeterie, ils s’adressent à la Norvège, à la Suède, et de plus en plus à la Finlande. La production de Russie du Nord, qui pourvoyait à nos besoins avant la guerre, nous fait défaut. Certaines fabriques de pâtes sont placées au bord de la mer, telle la fabrique de cellulose des papeteries Navarre, à Grand-Quevilly, qui est une entreprise modèle, et reçoit ses bois de l’extérieur. Dans la région des Alpes, les fabriques se sont développées en raison du bon marché de la force motrice. A leur tête est la maison fondée à Lancey

par Bergès, initiateur de l’utilisation de la houille blanche. En 1924, la France recevait pour 278 millions de francs de pâtes chimiques. C’est un apport qui venait suppléer à l’insuffisance de notre production nationale. Après avoir connu pendant près de cinq ans une période de grande activité, l’industrie de la papeterie française souffre de la hausse des changes qui alourdit singulièrement le coût de remplacement

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