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MACHINE A PAPIER DES FABRIQUES BERGES, A LANCEY (ISÈRE

de la matière première. Il est impossible de prévoir l’avenir de cette fabrication, merveilleusement équipée au point de vue technique dans le présent, mais gênée dans son essor par les troubles monétaires et l’insuffisance des fonds de roulement.

L’époque contemporaine aura eu, en outre, le bénéfice de deux découvertes qui contribuent, d’ores et déjà, à rapprocher les peuples et à créer de plus grandes facilités de renseignements rapides et de transports internationaux et permettent de gagner un temps considérable par rapport aux horaires des chemins de fer les plus rapides.

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STATION ÉMETTRICE DE T. S. F. DE SAINT-ASSISE (Hauteur du pylône : 250 m. — Compagnie Radio-France).

La TÉLÉGRAPHIE La télégra-

SANSFIL phie sans fil, invention sortie des laboratoires depuis un quart de siècle, est désormais d’une utilisation commerciale.

La radiotélégraphie est devenue pratique à partir de 1915 et 1916. On communiqua d’abord avec les Etats- Unis, puis avec les divers continents.

La ténacité des savants dans leurs recherches supprimait bien des obstacles. La communication entre la terre et les navires était assurée. La mesure des angles avec des stations déterminées (radiogoniométrie), c’està-dire la détermination de la position précise des navires et des aéronefs, même par temps de brouillard, devient facile et salutaire. Les ingénieurs mettent au point la télémécanique qui permet de diriger un navire, un avion ou tout autre mécanisme sans aucun conducteur à bord. On peut envoyer des écritures et des dessins par le même moyen. Au cours de la guerre, nos savants, au service de la défense du pays, installaient des postes de télégraphie sans fil sur avion.

Pendant la durée des hostilités ce furent l’invention et l’industrie françaises qui fournirent les appareils des armées alliées. La France conservait cette supériorité jusqu’en 1921.

A cette époque, l’administration des Postes projeta la réglementation de la radiotéléphonie et décida de ne plus

accorder aucune autorisation d’émission d’ondes, avant que les études entreprises ne fussent terminées. Aussitôt les postes anglais et américains se multiplient tandis que nos ' centres restent stationnaires. Enfin le 24 novembre 1923 paraissait im décret mettant au point le résultat des études réglementaires. Il fallut alors près de six mois pour en assurer l’application. En mai 1924, un nouveau sous-secrétaire d’Etat annulait le décret du 24 novembre 1923, et la France tombait du premier rang au quatorzième, en ce qui concernait l’importance et la puissance des émissions. L’Allemagne, au contraire, où la radiophonie était presque inconnue à la fin de 1923, développait les services d’Europradio, qui est aujourd’hui une agence d’informations et de propagande en relations d’abord avec presque toute l’Europe puis avec la Chine, d’un côté, et l’Amérique du Sud, de l’autre. On constate, aujourd’hui, tous les inconvénients qu’a engendrés une administration tatillonne.

Dans ces dernières années il a été créé, à Paris et en province, une organisation d’émission dont l’importance est grande dans le présent. On assure désormais les relations internationales. Il existe en outre des réseaux coloniaux français, maritimes et intérieurs.

L’AVIATION Le rôle économique et commercial de l’aviation n’est apparu

à la plupart des spécialistes des transports aériens qu’au cours de ces toutes dernières années. Avant la guerre, en effet, l’aviation était considérée comme un sport. On n’avait même pas entrevu son importance au cours d’hostilités. L’armée achetait des types d’appareils qui offraient une performance sportive, même quand celle-ci n’avait que de lointains rapports avec une utilisation militaire. En Allemagne, au contraire, bien avant 1914, on travaillait avec soin et patience l’utilisation de l’aéroplane dans les combats. Les études aboutissaient à l’achat d’appareils, munis de moteurs légers, fixes, à refroidissement par eau, qui assurèrent à l’aviation militaire allemande une grande supériorité, au début de la campagne.

La guerre nous permit de faire de très rapides progrès, et au lendemain des hostilités le problème de l’organisation des transports de personnes et de courrier par la voie des airs fut posé. L’État ne peut s’en désintéresser, car il doit assurer à la nation des transports ultra-rapides; les Allemands paraissent résolus à les créer. De plus, une direction centralisée doit favoriser l’étude et la solution des questions techniques d’intérêt général, puisque les avions utilisés en temps de paix, en cas de mobilisation, seront immédiatement au service de l’armée. Ces considérations firent créer un sous-secrétariat d’Etat de l’Aéronautique, collaborant

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étroitement, d’une part, avec le ministère de la Guerre, de l’autre, avec des compagnies de navigation aérienne, près desquelles il joue le rôle de conseil, avec lesquelles il collabore étroitement à la préparation des règlements concernant la sécurité du

l’aérogare du BOURGET

(D’après une photographie parue dans r Illustration du 13 décembre 1924).

TCte des lignes :

Paris - Londres.

Paris - Bruxelles - Amsterdam. — Prolongement: Hambourg -Copenhague - Malmô.

Paris - Strasbourg - Prague - Varsovie. — Prolongement : Vienne - Belgrade - Bucarest - Constantinople.

Paris-Marsei'.le. — Prolongement ; Espagne-Maroc-Dakar.

Paris-Bâle-Zurich.

Paris-Cologne.

Etc...

matériel volant, en construction et en service. De plus, l’Aéronautique, qui n’est plus un sous-secrétariat d’État, depuis le mois de juillet 1926, encourage la création de modèles d’appareils dont les corftpagnies signalent le besoin, lorsque ces engins présentent un intérêt commun et que leur réalisation est susceptible de favoriser le développement même du sport aérien.

Les problèmes à résoudre par le service d’État sont extrêmement complexes

Doivent être centralisés sous un chef unique : les recherches techniques, les commandes de matériel et la surveillance de la fabrication, l’étude de la météorologie, la navigation aérienne commerciale dans la métropole et aux colonies, le contendeux, la documentation technique, le stockage et l’entretien d’un matériel de réserve, la gestion d’installations fixes, les aménagements de terrains et hangars, la formation technique du personnel actif, pilotes et mécaniciens. La statistique permet de préciser les grands progrès qu’a pu obtenir notre industrie, après une heureuse collaboration entre les services pubhcs et les services privés. Les commandes de fournitures faites par l’étranger à l’industrie française, qui n’étaient que de 4 710 000 francs en 1922, atteignaient presque 100 millions en 1923, dépassaient 180 millions en 1924; en 1925, elles s’élevaient à 265 millions. L’action de l’État est amplifiée, grâce à la collaboration des aéro-clubs. L’Aéro-Club de France, en accord avec des sociétés affiliées, organise des manifestations : ascensions, baptêmes de l’air, expositions aéronautiques, organisation de concours et de conférences. De même, on lui doit la formation de pilotes et de mécaniciens de plus en plus nombreux : 2 180 pilotes inscrits dans les centres, le 31 décembre 1925.

Le sous-secrétariat d’État, au cours de ces dernières années, s’est appliqué à développer les transports commerciaux par avions, problème des plus intéressants pour l’activité nationale. En effet, les centres continentaux qui seront en relations très rapides avec les pays lointains, auront le bénéfice de commandes d’objets d’un poids léger, pouvant être confiés à la poste aérienne. Des villes comme Paris et Lyon, spécialisées dans l’industrie de la mode, ont leur avenir fié à une organisation de transports, de courriers rapides par la voie des airs. Aussi l’État a-t-il passé des contrats décennaux, en application de l’article 103 de la loi de finances du 31 juillet 1920, avec différentes compagnies. Il leur garantit un rendement financier minimum et leur accorde aussi des subventions depuis 1924. Le gouvernement, au cours de l’année 1925, a introduit dans ces contrats une modalité nouvelle. Il se fait attribuer par l’entreprise un certain nombre de parts bénéficiaires, dont il impose la création. Ces parts lui donnent des droits dans la répartition des bénéfices, des réserves et de l’actif en cas de dissolution de la société. On a ainsi voulu assurer à la collectivité des avantages se prolongeant au delà de la durée contractuelle et destinés à compenser, dans une certaine mesure, les charges financières assumées. Cette disposition peut permettre de récupérer, dans un avenir, qui, pour une ligne comme Paris-Londres, peut n’être pas très éloigné, une part des crédits versés à l’entreprise. En 1925, les compagnies exploitent les lignes Paris-Londres, Paris- Bruxelles-Amsterdam,Paris-Prague-Varsovie-Constantinople, France-Maroc-Dakar

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France-Algérie, Antibes- Ajaccio, Lyon-Genève. Le progrès du nombre des lettres transportées depuis l’ouverture de ces lignes, en 1919, est impressionnant : 9 124 lettres furent confiées aux avions en 1919 ; en 1925 ce total des transports postaux s’élève à 7 500 000. On ne saurait trop souhaiter, pour l’avenir, qu’une organisation très méthodique et scientifique des compagnies en relations avec l’Etat, permette des progrès constants dans ce domaine. Il importe de hâter l’évolution de l’organisation de transports aériens vers des utihsations commerciales.

La science et Si désormais on laisse de côté les analyses précises du L’INDUSTRIE développement des différentes activités pour dégager les traits généraux de l’essor de nos entreprises, on est amené à constater, tout d’abord, les efforts tentés par la très grande industrie afin de rapprocher les praticiens des savants. Nous revenons aux pratiques du début du dix-neuvième siècle, qui donnèrent les résultats que nous avons indiqués précédemment. Les laboratoires officiels et privés ont été multipliés. La métallurgie, dans toutes les grandes firmes, a fait appel à des spéciahstes, à des savants pour réaliser des méthodes d’essai, des études précises sur l’élasticité des métaux, leur résistance, les phénomènes de trempe qui échappent au pur empirisme. L’étude des alliages fait des progrès qui permettent d’élaborer une véritable science de la métallurgie. Les noms de Henry Le Chatelier, Guillet, sont au premier plan dans l’œuvre des recherches scientifiques intéressant la sidérurgie. Dans la chimie, la firme Lumière, à Lyon, organise des laboratoires modèles qui font réaliser de rapides améliorations à la fabrication de toutes les matières de l’industrie photographique. Les centres officiels de recherches se divisent en deux classes : ceux qui sont utilisés par les administrations de l’État, comme organes d’exécution des services publics, et ceux qui sont à la disposition du public, pour les transactions commerciales ou industrielles. Au sein du premier groupe, il faut placer les laboratoires rattachés aux services de l’armée, de l’intendance, de la marine, de l’aviation, de l’école des Ponts et Chaussées. Dans le second groupe, il faut retenir le Bureau d’essai de l’École supérieure des mines, le Laboratoire central d’électricité, le Laboratoire d’essais mécaniques, physiques, chimiques et des machines du Conservatoire national des arts et métiers. En province, les Universités, notamment celles de Grenoble et de Nancy, ont des Instituts techniques largement ouverts au public spécialisé.

Une documentation abondante, concernant tous les progrès réalisés dans l’industrie, est accumulée à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale. Enfin, de nombreuses publications ont été créées, depuis la guerre, par les grands

syndicats de la métallurgie, de l’électricité, de l’industrie des produits chimiques qui permettent de suivre les recherches et de profiter de leurs résultats.

) L’esprit d’invention est protégé par la législation des brevets de fabrique, qui a fait l’objet de constantes retouches au cours du dix-neuvième siècle. A la base de la législation des brevets se trouve le principe de la propriété industrielle, consacré pour la première fois par la loi du 7 janvier 1791 et définie par l’article premier de cette loi : « Toute découverte ou nouvelle invention dans tous les genres d’industrie est la propriété de son auteur ; en conséquence la loi lui en garantit la pleine jouissance suivant les modes et pour un temps déterminés par les lois, décrets et règlements. » Cette législation fut modifiée par une loi du 5 juillet 1914, qui est la charte des inventeurs en France. En 1916, le ministre du Commerce, M. Clémentel, prend l’initiative d’un projet de réforme de la loi sur les brevets, et le 9 juillet 1919, le projet était adopté définitivement par le Sénat.

La guerre a eu également pour conséquence de provoquer un mouvement en faveur de l’enseignement technique et professioimel. Le 30 juin 1916, le Sénat votait un projet de loi sur l’apprentissage, qui fut appliqué, après un vote de la Chambre des députés, le 4 juillet 1919. Désormais l’enseignement professionnel présente les caractéristiques suivantes : la reconnaissance par l’État des écoles privées, la création d’écoles de métiers et l’organisation de cours professionnels. La loi consacre l’obligation pour les communes de créer des cours, quand des enseignements privés n’existent pas encore; pour les adolescents l’obligation de les fréquenter ; pour les patrons, les familles et les tuteurs, l’obligation de s’assurer de cette fréquentation. En fait, cette loi n’a pas donné tous les résultats qu’on en espérait. Des projets de réforme sont à l’étude pour introduire, en France, des chambres de métiers semblables à celles qui existent en Allemagne.

L’ORGANISATION sciEN- Avant même que la guerre ne fût terminée, on

TiFiQUE DES USINES compiît que la France ne pouvait aplanir ses difficultés de liquidation des dépenses de guerre qu’en s’appliquant à une production intensifiée. M. Hoover, le grand spécialiste américain du ravitaillement, ne cessait de répéter que l’ancien continent devrait travailler et produire s’il ne voulait pas simplement mourir de faim. D’autres précisaient qu’il faudrait fabriquer, et bien fabriquer, pour obtenir de larges débouchés aux produits français. Les manufactures se sont donc équipées afin de s’organiser pour produire rationnellement et ainsi la méthode américaine de F.-W. Taylor a été étudiée et parfois adoptée. Elle consiste dans l’analyse minutieuse des conditions du travail pour en dégager des

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instructions précises sur la manière dont la tâche doit être étudiée et exécutée. L’organisation type exige la création d’un service de préparation, chargé du choix des méthodes, des procédés, de l’outillage. La méthode ne consiste pas simplement à obtenir le maximum de rendement de l’ouvrier dans un minimum de temps. Elle comporte la simplification des gestes, une meilleure organisation générale de l’usine, une attention constante à éviter les gaspillages. C’est l’introduction, dans l’usine, de la méthode expérimentale, ou mieux de la méthode tout court. La raison ordonnée va prendre le pas sur le laisser-aller, sur la routine. En France, ces procédés ont été perfectionnés par M. Georges Charpy, qui s’efforce de substituer aux principes usuels d’organisation, imposant de nombreuses instructions et des rédactions de fiches d’exécution, un dispositif simple d’après un rythme précis dont l’ouvrier ne doit pas s’écarter. L’exécution pratique peut être demandée aux travailleurs à des allures variables, correspondant soit à la production à atteindre, soit à l’état de fatigue des ouvriers. Ainsi on aboutit à la réduction du prix de revient, à la diminution de la fréquence des accidents et à l’augmentation de la production. Les salariés se prêtent volontiers à ces méthodes de travail. Ils l’accomplissent suivant un mode qui leur cause moins de fatigue, à rendement égal. Ils apprécient l’avantage d’accomplir ime tâche préalablement réglée dans tous ses détails, à être par conséquent soustrait à des reproches injustifiés, à des interventions arbitraires. Une discipline consentie est introduite dans l’atelier. Le contrôle de la qualité de la fabrication est organisé sans qu’il y ait une surveillance irritante pour l’ouvrier. Des équipes successives se transmettent le produit et n’avancent dans son achèvement que si la production est irréprochable. M. Henri Fayol avait envisagé dans son ensemble le problème de l’organisation des entreprises. Il demandait que l’État devienne une organisation rationnelle et productive, au maximum, de services, et avec un minimum de dépenses. Ses disciples entendent maintenir son œuvre et viennent de créer un important centre d’études.

La standar- Le goût de l’organisation aboutit à l’étude de types de maté-

DiSATiON riel qui simplifient les modèles à fabriquer et les machines utilisées dans l’usine. On arrive ainsi à des résultats qui réduisent considérablement le prix de revient. L’un des apôtres les plus convaincus de la standardisation, M. Carlioz, affirme que si les rails des voies ferrées de France ne se faisaient plus que suivant deux séries de profils, au lieu de six, l’importance de l’outillage nécessaire pour leur laminage serait immédiatement diminuée des deux tiers, au plus grand profit du prix de revient, donc du prix de vente, et en définitive du pays.

puisque c’est lui qui assume les déficits financiers des compagnies de chemins de fer. M. Georges Charpy a étudié, également, la simplification et Tunification des cahiers des charges. On sait que ces documents contiennent les clauses d’exécution d’une entreprise, soumises à un contrôle, de la part du co-contractant. Le cahier des charges, s’il est mal rédigé, est un moyen d’éluder les responsabilités personnelles. Il peut entraîner des gaspillages d’énergie et de marchandises, des abus de toutes sortes et, par suite, une élévation des prix. L’amélioration des cahiers des charges a donc un intérêt social. On cherche à imposer aux grandes administrations, aux services publics, à toutes les affaires industrielles ayant un monopole ou le bénéfice d’une garantie d’intérêt, des cahiers des charges unifiés. On a déjà abouti à une nomenclature des produits métallurgiques qui substitue, à la diversité des termes imprécis, des dénominations et des annotations exactes, logiques. L’œuvre est en cours d’exécution.

La spécialisation Un grand progrès dans la production peut être obtenu

DES USINES par la spécialisation des usines. Il est, en effet, aisé de concevoir combien une fabrication non spécialisée entraîne l’accroissement des frais généraux. Par exemple, avant la guerre, l’entreprise de Denain-Anzin ne laminait pas moins de 713 types de profils métallurgiques, La Marine et Homécourt i 078. Chaque usine produisait, sensiblement, la totahté des profils utilisés industriellement et devait posséder, par conséquent, tout l’outillage spécial nécessaire à cette production. Au contraire, l’adoption de spécialités, par les usines, permet la mise en valeur d’un outillage particulier à chaque usine. La production est ainsi supérieure et le prix de revient beaucoup plus faible. On évite d’affecter le personnel à des fabrications variées. On abandonne les perpétuels montages et démontages d’outillage qui entraînent des frais considérables. Dans ce domaine, si l’on voulait aboutir à de rapides progrès, il faudrait constituer des syndicats industriels puissants, qui imposeraient, entre les adhérents, la spécialisation de production. Cet organisme devrait être complété par un rouage centralisateur pour les opérations commerciales, un comptoir général de vente en commun, qui réunirait les commandes, qui les répartirait entre les adhérents, au prorata de l’importance des ordres et de la capacité de production des usines. La société doit trouver également son compte dans ces méthodes, car l’augmentation réelle des profits incite le groupement industriel à établir des prix très étudiés. De plus, en période de trouble monétaire, une entente entre les producteurs est le seul moyen d’éviter des luttes de prix entre concurrents qui, après inventaire, s’aperçoivent qu’ils ont vendu à perte. Le trouble

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économique qui en résulte prépare la survenance de crises, finalement préjudiciables au consommateur.

La PRODUCTION ET LES GROU- La période de liquidation de la guerre et de

PEMENTS PROFESSIONNELS réorganisation de nos forces productives nationales aura donc été, comme on a pu le voir, une cause de concentration industrielle puissante. Nombre d’industries, où jusqu’alors il n’existait pas d’organisation syndicale, évoluent vers des formes beaucoup plus constructives. Le patronat s’est discipliné et organisé dans ses cadres sociaux, aussi bien que dans ses méthodes techniques. Quelques exemples pris dans l’industrie houillère, dans l’industrie métallurgique et dans les industries électriques permettent de préciser l’influence des circonstances qui ont facilité les tendances au groupement. Dans les houillères, la carence de l’Allemagne, lors des paiements prévus pour les réparations, a obligé le gouvernement français à réduire et à espacer les crédits de la reconstitution des mines. Les compagnies, en présence des difficultés croissantes de la Trésorerie de l’État, ont aussitôt formé un groupement des houillères du Nord et du Pas-de- Calais qui a monnayé, par voie d’emprunt, les annuités des dommages de guerre auxquelles elles ont droit dans l’avenir. Ce fait montre combien les circonstances contribuent à rapprocher les entreprises d’une même région.

L’utilisation des déchets de charbon et leur combustion pour la fabrication de l’électricité a également provoqué l’accord d’entreprises d’importance moyenne, qui ont organisé les centrales d’énergie électrique. Un effort est également tenté par nos' houillères pour utiliser intégralement les sous-produits de la fabrication du coke. On signale la création de sociétés, en 1925, ayant pour objet de produire l’ammoniaque synthétique et^ le sulfate d’ammoniaque. Dans ces groupements, les intérêts des différentes entreprises minières sont fatalement fusionnés. L’évolution économique fait disparaître l’aspect individuahste du passé. Dans la métallurgie il a été indispensable d’aboutir à des rapprochements entre les industries métallurgiques premières et les branches de transformation. On constate la formation d’unions de consommateurs qui exploitent eux-mêmes une usine métallurgique, ou bien la participation de vastes groupements, tels que les Aciéries de Longwy, les Forges de Firminy, Pont-à-Mousson, les Tréfileries du Havre, qui font des commandes groupées à des entreprises où ils ont des intérêts. La liquidation de la propriété allemande en Lorraine fournit aux firmes telles que Schneider, La Marine et Homécourt, l’occasion de prendre des participations collectives dans les principaux établissements sidérurgiques de la province recouvrée et d’étendre leur zone

d’influence sur la Sarre et le Luxembourg. Des pénétrations d’intérêts sont réalisées par les grandes manufactures dans les affaires de chacune d’elles. La commimauté qui en résulte aboutit à ime extension de production, mais surtout à une organisation rationnelle des débouchés. Les ententes entre maîtres de forges qui, jusqu’en 1925, avaient pour objet d’améliorer les conditions de vente sur le marché national, portent leurs regards vers l’extérieur. L’Union des producteurs métallurgiques fonctionne jusqu’en mars 1925 sous la dénomination d’Office de statistique des produits métallurgiques et n’a d’autre attribution que d’établir un prix minimum pour la fonte, les demi-produits, les laminés et les tôles. A partir du octobre, les ententes visent au contrôle de la production. Et lentement on s’achemine vers ime réorganisation des comptoirs nationaux dont le comptoir de Longwy, avant la guerre, fournissait le type le plus complet. La réalisation de ces ententes est entravée par l’instabilité monétaire, qui leur enlève toute base durable, et par le défaut d’accords commerciaux avec les pays qui intéressent le plus les usiniers français. Notre métallurgie se heurte notamment à la politique de l’Allemagne, qui cherche à limiter par tous les moyens possibles l’écoulement de nos produits vers l’Esf. Et ainsi s’explique le rapprochement des industriels français, belges, luxembourgeois et allemands en 1926, dont nous avons dit les modalités.

Les phénomènes de concentration industrielle sont également accusés dans les industries électriques. L’Union d’électricité, constituée au lendemain de la guerre par l’ensemble des anciens secteurs de la banheue de Paris, offre im exemple intéressant de cette tendance, avec la réalisation de la Centrale de Gennevilliers, dont on sait la puissance et le rôle.

La politique et l’action des Ainsi les circonstances économiques favo- GROUPEMENTS ÉCONOMIQUES riseut le rapprochement des entreprises dotées de capitaux puissants. Les efforts des syndicats, qui consacrent toute leur activité à l’étude de la défense des intérêts généraux, sont donc accrus. Aussi constate-t-on, en 1924, lors de la consultation électorale, un redoublement d’activité de l’Union des intérêts économiques, dont on sait les origines et le rôle, pour exercer une action sur la direction politique du pays.

Cet organisme de fusion des forces patronales fut moins heureux en 1924 qu’il ne l’avait été en 1919. Les circonstances étaient toutes differentes. Un grand mécontentement dans les villes, par suite de la cherté de vie, détournait les masses ouvrières et la plupart des fonctionnaires des élus qui avaient fait la majorité à la Chambre de 1919 à 1924. On rendait les députés responsables de la hausse des

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prix. Les ruraux, quoique favorisés par la politique fiscale de la Chambre, dite du bloc national, avaient quelque lassitude à Tégard des éléments modérés. Le penchant des petits propriétaires vers les opinions sociales avancées se manifestait à nouveau. On s’y adonnait avec d’autant moins de scrupule qu’on se croyait assuré de voir maintenir par les partis de gauche les bases d’impositions existantes, très favorables à l’agriculture. Les élections furent nettement contre les candidats patronnés par l’Union des intérêts économiques.

Le mouvement Parallèlement à ces manifestations du mouvement pa-

ouvRiER trônai, que se passait-il dans les milieux ouvriers au cours de la période de reconstitution? En 1920, les grèves se multiplient dès le début de l’année. C’est d’abord la grève des employés de banque, suscitée par une question d’insuffisance de salaires, la grève des mineurs, la grève de la métallurgie, celle des employés des grands magasins et celle des typographes. Au cours de tous ces événements, la C. G. T. intervient et prête un concours actif à ces manifestations.

En même temps, elle s’efforce de renouer des relations internationales. Dès 1919, ses représentants se rendaient à Amsterdam. Ils y rencontraient les délégués des Allemands et des Alliés et reconstituaient la Seconde Internationale ou l’Internationale d’Amsterdam. Bientôt allait éclater, au sein des groupements syndicahstes français, une tempête violente, soulevée par les éléments prolétariens qui étaient dominés par l’influence de Moscou. Les chefs d’avant guerre, Jouhaux, Merrheim, sont mis en cause par les délégués soviétiques. Ils sont accusés d’avoir, au cours des hostilités, fait une politique favorable à la cause de la bourgeoisie. L’union sacrée est l’objet d’attaques violentes. A un congrès tenu à Lyon en 1920, les deux thèses du maintien des traditions du syndicalisme français représenté par la Confédération du travail d’une part, et du contrôle soviétique, de l’autre, s’affrontent. La première emporte la majorité. Désormais s’affirment des éléments de scission qui aboutiront fatalement à une cassure dans le syndicalisme français.

Au cours de l’année 1920, et dès la fin du mois de février, surviennent des difficultés entre les directions des compagnies de chemins de fer et leur personnel. Les compagnies paraissent résolues à ne point céder aux injonctions des meneurs syndicalistes ; elles annoncent que tout ouvrier qui ne satisferait pas aux devoirs de sa fonction ou de son emploi serait immédiatement relevé. Or, à Lyon, 5 000 employés du service sédentaire décident la grève générale et celle-ci a tendance à devenir effective sur tout le réseau. Des révocations sont alors prononcées en très grand nombre. On va, désormais, vers un mouvement de grève que les dirigeants de la

Confédération générale du travail redoutent, mais que les adhérents aux idées soviétiques cherchent à hâter, par tous les moyens possibles. Le i®^ mai, les müitants de la C. G. T. sont obligés d’approuver la déclaration de la grève générale ; les grévistes réclamaient notamment la reprise des relations avec les soviets, la libération des marins de la Mer Noire. L’opinion publique se montre nettement défavorable. La grève fut brisée et le gouvernement intenta des poursuites contre la Confédération générale du travail. Il fut démontré que cette organisation avait poursuivi des buts extra professionnels et, qu’en outre, certains groupements adhérents à la C. G. T. n’avaient pas respecté les formalités légales prévues par la loi de 1884, dépôts de statuts, etc. La dissolution de la C. G. T. fut prononcée en droit. On sait que, en fait, les dirigeants de ce groupement n’ont point cessé d’avoir des rapports avec le gouvernement, surtout depuis les élections du ii mai 1924.

Au cours des mois qui suivent l’échec de la grève générale, le mécontentement se généralise parmi les ouvriers. On rend la C. G. T. responsable d’un insuccès qui,, en toute justice, n’aurait point dû lui être imputé, et les militants extrémistes,, obéissant à l’influence de Moscou, organisent, à côté de la Confédération générale du travail, la Confédération générale du travail unitaire. On entend par là l’unité de l’action prolétarienne acceptant la direction de Moscou. Désormais les groupements ouvriers se rattachent les uns à la C. G. T., les autres à la C. G. T. U. La première va évoluer de plus en plus vers un état d’esprit réformiste. Si elle maintient dans les formules oflicielles la déclaration d’éhmination nécessaire de la bourgeoisie, elle a abandonné en fait, non en doctrine, le dogmatisme de la lutte de classes. Pour le présent elle reste attachée à des méthodes constructives, et cherche à faire aboutir ses revendications avec le concours des pouvoirs publics. Elle leur demande notamment d’organiser, près du ministère du Travail, un conseil national économique. Celui-ci est institué au début de l’année 1925. La C. G. T. défend également le projet de loi sur les assurances sociales ; elle reste attachée à l’application stricte de la loi de huit heures. Les troubles monétaires appellent son attention, et au cours de 1926 elle donne son adhésion au projet de stabilisation du franc, qui devait permettre au salaire de suivre désormais les fluctuations du prix de la vie, et qui donnerait à l’ouvrier une capacité d’achat proportionnée à la dépréciation monétaire. Ne serait-ce pas la réalisation immédiate d’une parité d’achat des prix intérieurs avec les prix mondiaux, qui entraînerait un chômage sévère, nuisible aux intérêts des ouvriers tout d’abord?

La C. G. T. U., au contraire, est une véritable école de violence contre la bourgeoisie ; elle préconise tous les moyens pour parvenir à la destruction de

la société capitaliste et notamment Faction directe. Il est vrai qu’au cours des congrès tenus en 1921 et les années suivantes, des dissensions éclatent entre unitaires.

L’absence de chômage dans la population française, jusqu’à la fin de l’année 1926, détourne momentanément les masses ouvrières du mouvement syndicaliste. Il y a réduction des effectifs, aussi bien dans la Confédération générale du travail que dans la Confédératioir unitaire. Il est d’ailleurs presque impossible de préciser par une statistique le nombre exact des cotisants dans les deux groupements. Les chiffres donnés par les dirigeants des deux formations sont âprement discutés et critiqués par les syndicalistes.

Ainsi l’essor d’activité, inhérent à l’œuvre de reconstruction en France, a évité, au lendemain de la guerre, les heurts que certains politiques avaient redoutés, avant la cessation des hostihtés. Les ouvriers ont enregistré des hausses de salaires, au lendemain de la paix. Puis survient la crise de 1920 qui entraîne en 1921 une chute des prix et une régression des rémunérations. Mais c’est là un résultat passager. Dès la fin de 1921 la hausse reprend et ne cesse de se maintenir. Ces élévations ont-elles été de même amplitude que le coût de la vie ? Les hausses n’ontelles pas été plus nominales que réelles ? Peut-être, surtout parmi certains ouvriers qualifiés. En général cependant les travailleurs ont eu une puissance d’achat qui leur a permis de satisfaire largement à leurs besoins. Les propriétaires d’immeubles ont d’ailleurs supporté les frais de cette politique sociale. Pendant de nombreuses années les ouvriers mobihsés, même sur place, ont eu le bénéfice de loyers extrêmement bas. Les accroissements de salaire ont donc fourni des moyens de satisfactions immédiates pour la nourriture et le vêtement. On eut ainsi pendant longtemps, dans une grande partie de la population française, l’impression d’une véritable prospérité, qui était, en partie tout au moins, le résultat des phénomènes d’inflation. Nous aurons à décrire les véritables aspects de ces faits et leurs conséquences lorsqu’il faudra préciser notre politique financière et ses répercussions sur les variations de puissance d’achat de l’unité monétaire.

Constatons dès maintenant que le jour où la monnaie s’améhore la prime à l’exportation cesse et apparaît alors le spectre du chômage.

La restauration de la Au lendemain de la cessation des hostilités, PRODUCTION AGRICOLE l’agriculture française avait plusieurs problèmes graves à résoudre. En premier lieu, elle était atteinte profondément par les pertes en hommes ; elle avait à enregistrer en outre, une réduction de ses effec-

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