HIST. NATION FRANÇAISE. — HIST. ÉCONOMIQUE. PLANCHE XII
tifs d’animaux ; enfin les dix départements du Nord de la France, c’est-à-dire les plus fertiles de la nation, étaient à remettre complètement en état.
L’agriculture avait subi une perte de 675 000 tués et 500 000 mutilés. Il y avait plus. Près de 500 000 personnes avaient émigré vers la ville. Le recensement de 1921
LE MATÉRIEL MÉCANIQUE AGRICOLE MODERNE ! CHARRUE AUTOMOBILE DELAHAYE DITE « TOURNESOL »
accusait une diminution de i 973 000 habitants dans les campagnes, de 1911 à 1920, Alsace-Lorraine non comprise. Pour parer à cette situation, trois procédés pouvaient être utilisés. D’abord, renoncer aux cultures qui exigent beaucoup de’maind’œuvre et leur substituer des prairies. Il était possible également de remplacer les ouvriers disparus par des machines, on pouvait enfin favoriser l’immigration des étrangers. Ces trois procédés jouèrent un rôle qu’il y a lieu de préciser.
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
Au début de la guerre, l’herbe envahit une partie des terres labourables ; pendant les années suivantes, malgré la hausse du prix du blé, la diminution des emblavures est im fait constant. L’utilisation de la culture mécanique à laquelle on eut recours a donné lieu à de vastes espoirs, qui ont été suivis de désillusions. La plupart de nos exploitations sont très morcelées. L’emploi de la culture mécanique, avec tracteur, doit être réservé à de très grandes exploitations. Celles-ci sont rares en France. Le coût élevé des carburants rend très onéreux le prix de revient des travaux effectués à l’aide de tracteurs. Il faut également im sol plat, très fertile, duquel on peut espérer des rendements élevés ; conditions rarement réalisées en France.
Au contraire, l’utilisation d’im matériel de plus en plus perfectionné pour les travaux de moissons, de fauchaisons, pour les ensemencements est possible dans les moyennes et les petites exploitations. Aussi constate-t-on l’essor de la fabrication du matériel mécanique au cours de ces dernières années. Nous devenons de moins en moins importateurs de machines agricoles, et même nos fabricants peuvent devenir exportateurs, grâce à la prime dont ils bénéficient en raison de la dépréciation de notre unité monétaire.
La main-d’œuvre étrangère, qui était très importante au cours de la guerre et accusait im total de 340 000 immigrés, tombe en 1919 et 1921 à 200 000 ouvriers étrangers environ. Il est vrai qu’après la baisse mondiale des prix, consécutive à la crise générale de 1920, nombre de travailleurs étrangers, venus non seulement de Belgique, d’Italie et d’Espagne, mais encore de Pologne et de Serbie, augmentent l’effectif des auxiliaires de l’agriculture qui s’élèvent à 300 000 individus environ.
On relève que certaines régions, et des plus fertiles de France, comme le département du Gers notamment, reçoivent, outre de la main-d’œuvre temporaire, des familles de travaillexirs italiens qui achètent des exploitations et les mettent en valeur. Ce dernier mode d’immigration a soulevé de vives protestâtions et quelque émotion dans l’opinion publique. Il est fatal, et d’ailleurs, à travers toute notre histoire, nous avons pu constater des faits semblables. La France, au cours des siècles, a été un pays enregistrant, pour des raisons qui ont varié dans le temps, des insuffisances de population. Les étrangers sont venus en grand nombre, soit dans nos ports du Midi et de l’Ouest, soit dans les régions du Lyonnais et du Dauphiné, où l’on compte nombre de familles d’origine italienne. L’installation de ces étrangers apportant une main-d’œuvre excellente et un tempérament sain, doit être favorisée par tous les moyens. Il est important
pour la France de pratiquer une politique éclairée de rimmigration. Le seul danger serait, pour notre pays, de ne point s’assimiler ces arrivants, et aussi de ne pas contrôler, à leur entrée, les nouveaux venus. Il nous faut organiser, dans les meilleures conditions possibles, l’établissement définitif des immigrés en France, et faciliter l’incorporation de leur descendance. Il importe qu’en cette matière l’État joue un rôle, afin d’éviter l’intervention d’agences qui recherchent des avantages pécuniaires, prélèvent de lourds tributs sur les nouveaux arrivants et ne se soucient en aucune façon de l’intérêt général.
La reconstitution La réduction dè notre cheptel est un fait dont on
DU CHEPTEL ug saurait nier la gravité. Si l’on compare les recensements de 1913 et de 1918, on constate que l’agriculture française avait perdu, par le fait de la guerre, i milhon de chevaux, 2 millions et demi de bovidés, 7 millions de moutons, 3 millions de porcins. La diminution du cheptel est même plus forte que ne l’indiquent ces chiffres. Car les réquisitions, tant des armées françaises que des armées ennemies, avaient porté sur les animaux adultes. L’agriculture s’est cependant appliquée à reconstituer ses effectifs. En 1924, le troupeau des bovidés se chiffre à i^milHons de têtes, contre 14700000 en 1913. Il faut faire état des procédés de sélection sans cesse améliorés. Il n’est pas exagéré d’afiBrmer que la masse des bovidés est d’une valeur animale extrêmement accrue par rapport à celle d’avant guerre. Le troupeau chevalin comptait 3 250 000 têtes, en 1913 ; il se chiffre à 2 859 000 en 1924. Le développemem des transports mécaniques explique que les agriculteurs ne cherchent point à intensifier cet élevage. On tend à élever seulement des animaux de premier ordre. Ici, encore, s’il y a diminution très sensible dans les effectifs, il y a par contre amélioration sérieuse dans la qualité.
. Le troupeau ovin de France a été en régression d’année en année, même avant la guerre. Mais les animaux qui le composaient étaient plus précoces que par le passé et fournissaient de plus en plus de viande. Le nombre d’ovins s’élevait à 16 450 000 têtes en 1913 ; il est tombé à 10 171 000 têtes en 1924. La hausse considérable du prix du lait de brebis, notamment dans la région des Causses, lait qui sert à fabriquer le fromage de Roquefort; l’élévation continue du prix des laines nationales auraient dû provoquer une augmentation considérable dans l’effectif des ovins. La diminution sérieuse de notre troupeau tient notamment à l’absence de bergers. Le personnel spécialisé nécessaire à la conduite des animaux se fait rare, et les exploitants savent par expérience qu’un bon berger est une cause de bénéfices élevés. En son absence, les pertes les plus lourdes sont à redouter.
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La race porcine, qui comprenait 7 millions de têtes en 1913, atteint 5 800 000 têtes en 1924. Mais ces statistiques peuvent être discutées, tant les déclarations des exploitants sont volontairement erronées.
Ainsi, la remise en valeur du sol des dix départements envahis a été Tun des problèmes les plus délicats que les suites de la guerre ont imposés à notre population rurale. La partie proprement agricole des dix départements envahis, déduction faite des bois et des forêts, des landes, des terres incultes, des routes, des bâtiments, etc., couvrait, en 1913, 3 951 000 hectares. Si l’on fait état des cultures pendant la guerre, dans les parties non envahies de ces départements, on peut fixer à I 350 000 hectares, ou environ 3,69 pour 100 du territoire agricole de la France, les pertes éprouvées par l’agriculture quant à la superficie. On doit tenir compte également de la qualité des terres. En 1913, les dix départements du Nord et de l’Est constituaient 13,36 pour 100 de la surface totale emblavée en France de 1906 à 1913, et ils produisaient un cinquième de la récolte totale. Or, en 1917, ils ne produisent plus que 5,02 pour 100 de l’ensemble de la récolte en céréales. C’est surtout pour la betterave à sucre que la perte a été énorme, les départements de l’Aisne, de l’Oise, du Pas-de-Calais et de la Somme étaient les plus gros producteurs. Les dix départements envahis fournissaient, en 1913, un peu plus de la moitié de la récolte habituelle de la France. En 1915 leur production tombe à 7,75 pour 100. Il a été impossible, d’autre part, lors de l’invasion, de sauver le bétail, tant la marche de l’ennemi a été rapide. Les pertes éprouvées en troupeaux par les dix départements envahis se chiffrent à 400000 chevaux, ânes et mulets, 942000 bovins, I 300 000 moutons, 450 000 porcs, 53 000 chèvres.
On a dit par ailleurs la rapidité avec laquelle le sol a été reconstitué. Il reste encore une surface d’ime largeur moyenne de 15 kilomètres, soit 120000 hectares, où le sol a été complètement transformé par les obus et les mines. La couche arable a disparu. Les marnes et les éléments infertiles du sous-sol ont remonté à la surface. Telle est la zone rouge qui aurait coûté des sommes énormes à être mise en état de culture. Elle a dû être momentanément abandonnée. L’œuvre des années sera nécessaire pour favoriser la venue d’ime végétation, dont l’humus reconstituera lentement la qualité fertilisante du sol.
G. Ripart.