LES TRANSFORMATIONS SOCIALES D’APRÈS GUERRE
Les répercussions sociales de troubles financiers. — De Vinfiuence du régime fiscal sur la concentration des fortunes. — La désorganisation sociale.
ES événements monétaires dont nous venons de retracer les épisodes ont eu pour conséquence de modifier profondément la structure sociale de la nation. Avant la guerre, la nation française pouvait être répartie en quatre grandes catégories : le milieu des grosses fortunes, la moyenne et la petite bourgeoisie, les paysans et les salariés de villes. Les troubles survenus, depuis le début des hostilités, leurs répercussions monétaires et financières, ont modifié les anciennes classifications. Aucun des quatre groupements anciens ne présente désormais un milieu offrant ime communauté d’intérêts, il se développe dans chacun d’eux des oppositions, selon que les citoyens ont des revenus fixes ou des ressources variables avec la dépréciation de l’unité monétaire.
Cette répartition nouvelle de la société contemporaine en deux compartiments n’est point du tout arbitraire. C’est un fait dont l’importance est capitale et doit être retenue par quiconque s’intéresse à la conduite des affaires pubhques.
Deux économies ont désormais été juxtaposées à la suite des transformations
HISTOIRE ÉCONOMIQUE ET FINANCIÈRE
de notre régime monétaire. L’une régit les producteurs, les commerçants, les banquiers, tout le milieu qui a la faculté d’augmenter le prix de ses marchandises et de ses services proportionnellement à la baisse du franc. L’autre domine et accable les milieux ayant des revenus fixes : fonctionnaires, retraités, propriétaires fonciers dont les ressources sont, le plus souvent, stabilisées par la volonté du législateur. Tous ces individus souffrent de la dévaluation du franc qui engendre la cherté de vie, sans que leurs moyens de règlements s’accroissent : à raison du déséquilibre actuel, ce sont les victimes des suites économiques de la guerre.
Le détenteur de revenus fixes : propriétaire d’obligations de chemins de fer, d’obligations industrielles, de fonds d’État, d’immeubles occupés par des locataires ayant le bénéfice de prolongation de baux, les rentiers de l’État, se voient automatiquement appauvris, si le franc perd de sa puissance d’achato La fixité nominale de leurs ressources, s’il survient une hausse des prix, cause leur perte.
Le bénéficiaire d’actions, de parts industrielles, de valeurs à change, le producteur de richesse dont le prix augmente si la valeur du franc par rapport à l’or est dépréciée, n’éprouve point immédiatement les effets pernicieux de la hausse des prix. Une insuffisante analyse des répercussions lointaines de la vie chère, résultat fatal de l’élévation des cours de toutes choses, lui donne parfois l’illusion d’un enrichissement immédiat. L’accroissement du nombre d’unités monétaires dont il dispose facilite cette illusion. Elle disparaîtra rapidement pour l’industriel ayant vendu à un prix ferme. Son service de trésorerie sera déséquihbré. Mais l’industriel dont le produit suit, dans la fixation du prix de vente, les variations du change, est immédiatement le bénéficiaire de la baisse de valeur du franc.
Ainsi, nous vivons au milieu de deux régimes économiques bien différents. L’un impose toute sa dureté aux épargnants, aux rentiers et aux victimes de la vie chère ; l’autre semble tellement favorable à ceux qui en bénéficient, que la lutte contre la hausse des prix leur paraît un effort vain et dangereux. Ce sont des inflationnistes résolus.
De L’INFLUENCE DU RÉGIME MONÉTAIRE Si uu régime fiscal vampire pour
SUR LA CONCENTRATION DES FORTUNES jgg reveuus des fortuues modestes
vient empirer cette situation, fatalement les classes moyennes sont prolétarisées. Une concentration des fortunes s’opère, surtout si l’offre des marchandises suit de loin la demande et lui est inférieure. Alors le producteur fixe des prix qui lui permettent de s’assurer contre la diminution de puissance d’achat du franc et d’obtenir une marge de profit, le tout au détriment du consommateur.