SÉPARATION DE L'ÉTAT DE BALE EN DEUX DEMI-CANTONS
De 1798 à 1814, les habitants de Bâle-Campagne ont joui de droits égaux à ceux des bourgeois de la ville ; mais la Restauration a rétabli le régime des tribus et replacé les campagnards à peu près dans leur ancien état de dépendance : la ville compte 90 représentants au Grand Conseil pour 16000 habitants et la campagne 64 seulement pour 40000; les artisans des communes rurales n'ont pas la faculté de vendre librement en ville les produits de leurs industries : dès 1830 seulement, ils sont autorisés, après de nombreuses démarches, à y vendre des objets confectionnés à la demande d'un acheteur citadin et moyennant certificat. Au point de vue du droit privé aussi, il y a des différences: deux
1 Sur la question de XeuchAlel, voir l'ouvrage de M. L. Junod intitulé : Phases de la question neuchâteloise, récit véridique des événements de i83i, i8!8 et 1856.
INTERVENTIONS FÉDÉRALES DANS LES TROUBLES DE BALE 257 j
codes sont élaborés en 1817, l'un pour la ville, l'autre pour la campagne ; ces différences, portant sur le régime matrimonial et le cautionnement, se justifient du reste en partie par la diversité des mœurs.
Le 19 septembre 1830, une grande assemblée de ressortissants de toutes les parties du canton se réunit à Liestal dans le but d'arriver à une revision de la constitution, puis deux autres assemblées ont lieu le 18 novembre et le 2 décembre à Boubendorfbad. Dans plusieurs localités, on plante des arbres de liberté et, les campagnards ayant décidé de divers côtés de marcher en masse sur Bâle si le Grand Conseil n'obtempère pas à leurs vœux, la ville fait des préparatifs de défense. Le 5 décembre, le Grand Conseil décide que sa composition sera modifiée et qu'il comptera à l'avenir 75 bourgeois et 79 campagnards ; mais cette concession, mise en regard de celles obtenues dans d'autres cantons, paraît insuffisante aux communes rurales; le 4 janvier 1831, 3000 à 4000 citoyens réunis à Liestal réclament une représentation proportionnelle, qui attribuera à la campagne les cinq septièmes des députés.
Les négociations entamées sur cette base n'aboutissent pas. Aussi, le 9 janvier, les campagnards, sous le commandement de /. Blaser, occupent Binningen, à une demi-lieue de Bâle, et arrivent le soir jusqu'aux portes de la ville. Aussitôt on bat la générale et tous les citoyens courent aux armes; après un court engagement, les insurgés se retirent. Soixante-dix communes de la campagne nomment alors un gouvernement provisoire à la tête duquel est placé Stephan Goutzwiller, qui se rend à Lucerne pour demander à la Diète une intervention fédérale. Pendant ce temps, tous les Bâlois en âge de le faire prennent les armes : au nombre de quelques centaines, ils font, les 12, 13 et 16, des sorties sous le commandement des colonels Wieland et Vischer, obligent les campagnards à se disperser, les poursuivent jusqu'à Liestal et mettent en fuite le gouvernement provisoire l.
A l'ouïe de ces événements, la Diète envoie à Bâle deux commissaires fédéraux, Sidkr de Zoug et Schaller de Fribourg, qui n'y font qu'une courte apparition, et adressent au peuple une proclamation l'invitant à déposer les armes et à réaliser par des
1 Au dire de Vinct, ce gouvernement était d'ailleurs fort mal composé : il comptait un repris de justice et des gens en faillite, ou à peu près. Voir à ce sujet sa correspondance, qui renferme de curieuses appréciations sur ces luttes.
voies pacifiques la réforme de ses institutions. Le gouvernement proclame une amnistie partielle, mais son refus de l'étendre aux chefs de l'insurrection provoque en leur faveur les sympathies des démocrates argoviens et zuricois; cependant, la tranquillité rétablie, il licencie ses troupes.
Le 28 février 1831, la nouvelle constitution est adoptée par le peuple à une forte majorité (6200 voix contre 2500). Deux dispositions avaient donné lieu à une vive lutte : d'abord la ville devait avoir 75 sièges au Grand Conseil, et la campagne 79 seulement; puis, pour tout changement ultérieur de la constitution, il aurait été nécessaire d'obtenir une double majorité, à la ville d'un côté, à la campagne de l'autre (art. 45). Cette dernière clause, en vertu de laquelle le canton n'aurait plus formé un tout, mais en quelque sorte la juxtaposition de deux corps politiques distincts, aurait permis à la ville de tenir en échec la majorité du pays ; aussi fut-elle, avec le refus d'amnistie complète, la principale cause du conflit qui, après deux ans de luttes, devait aboutir à la séparation en deux demi-cantons.
Les nouvelles élections maintinrent en charge les bourgmestres Wieland et Frey, et constituèrent au sein du Grand Conseil une opposition de 40 sièges, qui avait à sa tête le Dr Frey. Le 14 mars, le tribunal criminel condamna les six membres du gouvernement de Liestal qui s'étaient constitués prisonniers : Thommen, Jœri, Brader lin, Boudbeck, Ritter et Stroub, les uns aux arrêts domestiques, les autres à la privation des droits civiques ; l'inspecteur des routes Mérian fut suspendu de sa charge. La Diète apprit avec plaisir la sanction donnée par le peuple bâlois à la nouvelle constitution, et engagea le gouvernement, dans son propre intérêt, et conformément aux avis qui lui avaient été déjà donnés, à accorder une amnistie complète à tous les citoyens inculpés dans l'insurrection. Ce sage conseil ne fut malheureusement pas entendu : le 18 avril et le 4 juin, le tribunal criminel prononça une nouvelle série de peines contre plusieurs individus ; aussi, l'inspection de contingent qui eut lieu à Mouttenz, en juin, futelle marquée par de nouveaux troubles; le 15 du même mois, le Grand Conseil refusa à une forte majorité (68 voix contre 16 et 30 abstentions pour cause de parenté) d'accorder l'amnistie générale proposée. La Diète n'en donna pas moins, le 19 juillet, sa garantie à la nouvelle constitution.
On doit regretter que le gouvernement bâlois n'ait pas suivi les
conseils de la Diète. En le faisant, il se serait concilié l'opinion publique, car, jusqu'alors, tous les torts de forme étaient du côté de la campagne, qui cherchait à faire prévaloir ses prétentions par la force, tandis que les autorités avaient incontestablement pour elles la légalité stricte. En poursuivant les membres du gouvernement insurrectionnel de Liestal, Bâle usait, il est vrai, de son droit ; son tribunal se montrait moins sévère que ne devaient l'être bientôt le conseil de guerre de Neuchâtel à l'égard de Bourquin, Constant Meuron et Bille, ou le tribunal de Berne envers Fischer et de Tscharner ; mais le gouvernement de Neuchâtel avait l'appui de la Prusse, et Berne celui des cantons régénérés, tandis que Bâle- Ville avait contre elle le parti radical. Après le vote du 28 février, dont il pouvait être justement fier, le Grand Conseil eût donc vraiment servi ses propres intérêts en usant de générosité envers les chefs de l'insurrection, en s'enquérant des faits qui avaient exaspéré les campagnes, et en essayant d'opérer une réconciliation. Le malentendu qui divisait le canton ne provenait pas tant, au reste, des dispositions de la constitution que du fait que celle-ci avait été rédigée par un Grand Conseil où la ville avait la majorité; il tenait à l'état des esprits, à l'idée où étaient les campagnards d'avoir été injustement traités, et au reproche d'égoïsme que, à tort ou à raison, ils adressaient à leurs frères citadins.
Pour désarmer les campagnards, la ville de Bâle eût dû renoncer à sa politique protectionniste ; pour apaiser le sentiment d'une injustice datant de loin, il était nécessaire de faire des avances sur un ton conciliant. Dans ces circonstances, l'amnistie, une fois la responsabilité juridiquement établie, était pour le gouvernement le meilleur moyen de fermer la bouche à ses détracteurs, et de reconquérir des sympathies. Avec un peu d'habileté, Bâle-Ville pouvait donc conserver le bénéfice d'un régime qui lui assurait de sérieux avantages. La disposition qui lui permettait de s'opposer à des changements ultérieurs nous paraît extraordinaire aujourd'hui ; elle n'avait rien de choquant en ces temps où plusieurs chefs-lieux suisses jouissaient encore de diverses prérogatives ; elle pouvait d'ailleurs se justifier par le fait que, en raison de son passé, de sa richesse, de son commerce et de sa réputation de ville savante, Bâle constituait une force considérable pour ce canton auquel elle avait donné son nom, et qui lui était redevable de son entrée dans la Confédération ; on peut d'ailleurs soutenir qu'une cité aussi commerçante avait des intérêts tout autres que
ceux de la partie rurale du canton, que l'une ne devait pas être subordonnée à l'autre et que de leur accord dépendaient les progrès ultérieurs.
Quoi qu'il en soit, le parti campagnard ne désarme pas : considérant le vote du 28 février comme n'étant pas l'expression véritable de la majorité du pays, il fait signer des pétitions pour demander la réunion d'une assemblée constituante ou la séparation d'avec là ville ; la Diète qui, trois semaines auparavant, a accordé sa garantie à la constitution bâloise, se déjuge et décide, le 11 août, par 15 voix, de se nantir de ces demandes. Ce vote était une infraction au Pacte, et manifeste déjà un acheminement vers la transformation de la Confédération en un Etat fédératif, conférant au citoyen, en tant qu'individu, des droits distincts de ceux que lui assure la constitution de son canton : c'est la force des choses, l'empire de l'opinion qui l'emportent sur la stricte constitutionnalité, et entraînent la Suisse vers de nouvelles voies. Tous les cantons, d'ailleurs, ne cèdent pas sans résistance à ce courant : Uri, Schwyz, Unterwald, Valais, Neuchâtel et Berne s'abstiennent, estimant avec raison que la Suisse, étant une confédération d'Etats, ne pouvait accueillir des plaintes émanant de simples citoyens.
L'agitation croît de semaine en semaine, les hostilités recommencent au mois d'août 1831. Le 20, le colonel Wieland, à la tête d'un millier d'hommes, bat les insurgés près de Liestal ; mais, retenu par des scrupules humanitaires ou par son irrésolution, il recule devant la nécessité de prolonger une lutte qui entraînerait de grands préjudices pour les habitants de cette localité; le 23, un corps franc composé de soixante carabiniers soleurois et lucernois marche au secours des campagnards. En même temps arrivent à Bâle des commissaires fédéraux : de Murait, de Meyenbourg, Heer et Sidler{. Tandis que, sur leur demande, le gouvernement s'engage à suspendre les hostilités et à demeurer sur la défensive,
1 Les commissaires fédéraux changèrent fréquemment ; on voit figurer en cette qualité des hommes d'Etat de divers cantons : MM. Sidler (Zoug), de Murait (Zurich), de Meyenbourg (Schaffhouse), Heer (Glaris), Tscharner (Coire), Gloutz (Soleure), Nagel (Appenzell), de la Harpe (Vaud), Zgraggen (Uri), Buol (Grisons), Mœrikofer (Thurgovie), Eder (Thurgovie), Draey (Vaud), Dorrer (Unterwald), Steiger (Lucerne), Schnell (Berne), etc. Ces perpétuelles mutations expliquent les irrésolutions de la Diète. Voir un exposé plus détaillé de la question bAIoisc dans notre IIe tome de La Suisse sous le Pacte de 18 15, et dans l'ouvrage déjà cité de Fedderscn.
une landsgemeinde réunie à Liestal le 25 août refuse de se soumettre aux décisions de la Diète, lacère la proclamation des commissaires fédéraux, insulte leurs huissiers, et nomme une commission administrative.
Le lendemain, la Diète décide l'occupation militaire du canton de Bâle par un corps de troupes fédérales de 4000 hommes, sous le commandement des colonels Ziegler, Ledergerw et Maillardoz ; mais la perspective de ce déploiement de forces n'intimide point les insurgés, et le gouvernement provisoire de Liestal refuse de se dissoudre ; dans les districts de Gelterkinden et de Reigoldswil, demeurés fidèles au gouvernement régulier, des actes d'hostilité sont commis par les insurgés, qui prétendent contraindre tous les campagnards à faire cause commune avec eux. Le 18 septembre, les troupes fédérales font leur entrée sur le territoire bâlois ; quatre membres du gouvernement provisoire présents [à Liestal : Goutziciller, Hong, Debary et Egli sont arrêtés et conduits à Aarau. Quant au Grand Conseil, il accorde une nouvelle amnistie partielle, mais il se refuse à tout changement à la constitution.
L'ordre est bientôt rétabli, grâce à la présence des troupes fédérales. Les commissaires unanimes considèrent, dans leurs rapports à la Diète, la séparation de la campagne d'avec la ville comme le seul moyen d'amener la pacification du canton de Bâle, et la majorité de la commission de la Diète chargée d'examiner la question conclut à la nécessité d'un vote du peuple bâlois. Il y est procédé le 23 novembre dans toute l'étendue du canton, plusieurs communes refusent d'y participer : 3865 citoyens se prononcent pour le statu quo, et 802 seulement pour la séparation. Quoique la faible fréquentation du scrutin rende ce résultat peu concluant, il prouve cependant — un certain nombre de communes rurales y ayant participé — que le mécontentement contre le gouvernement légal est moins profond que ne le prétendent les meneurs de l'insurrection.
Ceux-ci ne se tiennent cependant pas pour battus. Des pétitions en sens divers sont mises en circulation dans les communes rurales : celle en faveur de la séparation réunit 4098 signatures, soit la majorité dans 46 communes sur 78 ; celle en faveur du maintien de la constitution, 2615. Mais, les campagnes ayant seules pris part à ce pétitionnement, en fait, les séparatistes sont encore en minorité dans le canton ; si donc on admet le fractionnement, si une minorité prétend être en droit d'exiger la séparation parce
que dans certains districts elle possède la majorité, il faudrait en bonne logique reconnaître aux 32 communes demeurées fidèles au gouvernement légal le droit de séparer leur sort du reste de la campagne. Ce n'est pas ainsi que l'entendent les meneurs radicaux : ils prétendent obliger les communes rurales conservatrices à se joindre au mouvement séparatiste.
Le 6 décembre 1831, le Grand Conseil enregistre le résultat du vote et décide de demander à la Diète : 1° que le maintien de la constitution du 28 février soit assuré ; 2° que, dans le cas où il ne serait pas fait droit à cette demande, les communes qui déclareront persister dans leur désir de se séparer soient retranchées du canton. La Diète se refusant à maintenir la garantie accordée à la constitution du 28 février, le Grand Conseil de Bâle donne suite à sa décision éventuelle, rappelle les fonctionnaires établis dans les 46 communes qui lui font opposition, et déclare ces communes retranchées du canton (22 février 1832). Cette décision mécontente vivement la Diète, mais remplit de joie les campagnards.
Il semble donc que les insurgés, arrivés ainsi à leurs fins, vont se déclarer satisfaits. Erreur : il leur déplaît de constater que 32 communes sont demeurées fidèles au gouvernement, et ils mettent en œuvre tous les moyens possibles pour les intimider ; à l'anarchie succèdent les menaces, les voies de fait, la guerre civile. Le gouvernement provisoire de Liestal, qui s'est reconstitué le 23 février, proteste, il est vrai, contre ces violences, mais ne les empêche pas ; quant aux commissaires fédéraux témoins de ces faits, ils se bornent à les déplorer dans leurs rapports. Le gouvernement de Liestal ne manifeste d'ailleurs aucune déférence à Fégard des représentants de la Diète : il passe en revue ses forces, en dépit de la défense du colonel Maillardoz, chef du corps d'ocnupation, et, le 6 mai, il soumet aux communes dissidentes un projet de constitution qui est adopté par 3998 voix contre 157.
Le 9 mai, la Diète se réunit à l'extraordinaire en vue de tenter une médiation, puis s'ajourne bientôt, les conférences qui ont lieu à Zofingue entre les représentants des deux partis et les délégués fédéraux n'aboutissant à aucun résultat. Elle se réunit à nouveau en juillet et, le 21 août, après de laborieuses discussions, elle décide la scission, qui devient définitive le 14 septembre 1832 par la ratification de la majorité des cantons (16 voix). Le gouvernement de Bâle, qu'appuient les Etats d'Uri, Schwyz, Unterwald, Valais et Neuchfitel, fait parvenir à la Diète une protestation, por-
tant moins sur le principe de cette séparation que sur le fait qu'elle a été décidée sans que toutes les communes aient été mises en mesure de formuler leurs vœux dans un scrutin libre et secret. Aussi, le sort de onze communes, considéré comme douteux, est tranché par le scrutin du 30 septembre, et tourne a l'avantage des campagnards qui l'emportent par 719 voix contre 624 ; ce résultat, dirent les journaux de Bâle, était dû aux procédés d'intimidation employés par les séparatistes ; dans cinq d'entre ces communes, au reste, de fortes majorités s'étaient prononcées contre la scission.
Dans cette lutte fratricide, les torts sont partagés, et la Diète en a assumé sa part; mais, en raison du courant d'idées qui régnait alors en Suisse, les fautes commises par la ville lui furent comptées à double : et il faut reconnaître que, en voulant trancher de son chef cette question de la séparation, Bâle avait fourni des armes à ses adversaires, car il ne saurait appartenir à un canton de se scinder. Les conservateurs considéraient cette ville comme une citadelle avancée luttant vaillamment contre le flot montant des idées révolutionnaires ; mais pour d'autres, pour la majorité, Bâle était une cité réactionnaire, un obstacle à la régénération de la Confédération et au courant centralisateur. Le gouvernement trouva un défenseur dans la personne de Vinet, qui fut chargé d'une mission spéciale auprès des hommes d'Etat vaudois; ce noble penseur ne réussit point à convaincre son ami Monnard, sur l'appui duquel il avait cru pouvoir compter. « Monnard, qu'on a tant accusé de doctrinarisme, dit Eugène Rambert, se montra moins exclusivement préoccupé de la doctrine que ne l'était Vinet. Il se persuada qu'il s'agissait moins d'une faction aux prises avec un gouvernement légitime que de deux populations profondément divisées. »
Les Bâlois ne surent pas prendre leur parti de la situation qu'on leur imposait : ils s'obstinèrent, firent des préparatifs pour mettre leur ville en état de défense, et conclurent avec Neuchâtel, Valais et les petits cantons la ligue obstructionniste de Sarnen (14 novembre 1832). Ils refusèrent en outre de siéger en Diète avec les députés de Liestal, et de procéder au partage des propriétés cantonales.
Pourtant — car la question n'était pas vidée encore — ce ne fut pas eux qui recommencèrent la lutte. Au printemps 1833, les campagnards fomentent des soulèvements dans les communes demeu-
rces fidèles à la ville, laquelle prend aussitôt des mesures pour les protéger et y envoie un corps de 1600 hommes ; des rencontres sanglantes ont lieu le 3 août à Prattelen et à Mouttenz '. Cette prise d'armes provoque une nouvelle occupation militaire fédérale et la dissolution par la Diète de la ligue de Sarnen (12 août). Quelques députés s'avisent alors que c'est l'enchevêtrement des communes rurales qui est une source de conflits, et proposent de ne laisser à Bâle- Ville que les communes de la rive droite du Rhin, tout le reste devant être réuni au territoire de Bâle-Campagne. Une majorité de 13 cantons en décide ainsi, malgré les critiques très vives du député de Saint-Gall et du bourgmestre de Meyenbourg, de Schaffhouse ; celui-ci, arrivant de Bâle où il a rempli les fonctions de commissaire fédéral, affirme : que les prétendues déclarations des communes de Bâle-Ville demandant une réunion à Bàle-Campagne leur ont été arrachées par la force; <r que la campagne a commis des aggressions blâmables; que c'est elle qui, en attaquant les communes de la ville, a rompu la paix; que des habitants paisibles ont été enlevés à leur domicile et emprisonnés. » On peut conclure, de cette appréciation d'un témoin oculaire, que la passion eut plus d'empire que la justice dans la solution du conflit bâlois.
Il en fut de même pour le règlement des indemnités et des frais d'occupation et pour le partage des biens cantonaux. Le 18 septembre 1833, la Diète considère injustement que le gouvernement de Bâle-Ville, par sa sortie du 3 août, a rompu la paix, et le rend responsable des dommages qui en sont résultés pour les habitants de Prattelen (estimés à 17514 francs). Puis, statuant sur les frais d'intervention, elle reconnaît que tous, citadins, campagnards et, grâce à son manque d'énergie, la Confédération elle-même, ont des torts à se reprocher ; partant de ce principe, elle décide que : 1° les frais d'envoi des représentants fédéraux seront à la charge de la caisse fédérale ; 2° ceux de la première occupation militaire, de septembre 1831 à février 1832, qui s'élèvent à 417 273 francs, seront répartis entre la Confédération et le canton de Bâle, et prélevés pour cette dernière part sur les biens du canton avant tout partage ; 3° les frais d'occupation postérieurs au 1er mars 1832, soit 721 700 francs ancienne monnaie, seront mis à la charge de Bâle-Ville.
1 Des réfugiés polonais y prirent part sous l'éjçidc du gouvernement de Liestal.
Le partage de l'arsenal et du matériel de guerre s'effectue sans grandes difficultés. Il n'en est pas de même des propriétés cantonales, pour lesquelles on doit recourir à un arbitrage ; les quatre arbitres, MM. Herzog, d'Aarau, et Tschamer, de Coire, désignés par la ville, Eder, de Thurgovie, et Karl Schnell, de Berthoud, désignés par les campagnards, nomment comme surarbitre le Dr Keller, de Zurich, et statuent que : le trésor de la cathédrale sera partagé en nature ; les églises, les presbytères, bâtiments d'école et cimetières demeureront la propriété de la partie du canton sur le territoire duquel ils se trouvent ; les autres édifices publics, tels que l'hôtel de ville, l'arsenal, sont, ainsi que les fonds de l'Université, compris dans la fortune cantonale, laquelle est estimée à 6 millions de francs, et attribuée pour un tiers à la ville et deux tiers à la campagne. Il en résulta 'que la ville dut donner des compensations en échange des édifices situés sur son sol ; les opérations de la liquidation durèrent d'ailleurs jusqu'en 1835.
Les campagnards se louèrent beaucoup de la haute impartialité du surarbitre Keller. Il n'est guère possible de s'associer à ces éloges. Tout esprit non prévenu comprendra difficilement que la dotation de l'Université, fondée au XVe siècle, et dont la ville conservait seule la charge, ait pu être détournée de son but ; quant au trésor artistique de la cathédrale, conservé pieusement depuis le temps de la Réformation, ce partage en faveur de communes rurales dont quelques-unes avaient été réunies seulement en 1815 n'est pas moins choquant. Les campagnards aliénèrent sans vergogne leur part, entre autres le fameux retable qui figure aujourd'hui à Paris au musée de Cluny.
Bâle-Ville s'empressa d'apporter à sa constitution les changements qu'entraînait la diminution de son territoire ; puis le Grand Conseil fut assermenté le 15 octobre 1833, et MM. Frey et Bourkardt nommés bourgmestres ; la ville contracta un emprunt d'un million, garanti par cinquante maisons de Bâle et de Zurich, et effectua déjà le 12 octobre le premier versement de l'indemnité qui lui incombait.
Bâle sut s'imposer de lourds sacrifices pour faire face à la situation. Sa vieille Université venait de recevoir une sérieuse atteinte, qui coïncidait précisément avec la fondation des nouvelles Universités de Berne et de Zurich ; mais le patriotisme sut s'y montrer à la hauteur des circonstances. Le mauvais vouloir dont Bâle et ses amis étaient l'objet se montra encore dans des
pétitions adressées à l'autorité fédérale pour demander la démolition des remparts, et dans une proposition de Bâle-Campagne tendant à l'exclusion de la Diète des hommes d'Etat qui avaient pris part aux conférences de Sarnen : un député de Berne, Jean Schnell, alla même jusqu'à menacer de quitter la séance si Ton ne frappait pas ces derniers de déchéance ; mais la majorité eut la sagesse de repousser ces suggestions haineuses.
TROUBLES DE SCHWYZ
Profitant du vent de réaction qui soufflait en 1814, les habitants de V Ancien pays de Schwyz avaient obtenu dans les Conseils de cet Etat une représentation plus forte que celle des Marches. Fiers de leur titre de fondateurs de la liberté helvétique, les descendants des pâtres de 1291 prétendaient être seuls maîtres chez eux : ils avaient exclu des fonctions publiques dès le début de la Restauration, et même de la landsgemeinde, en 1828, les nouveaux habitants, c'est-à-dire les membres d'un certain nombre de familles établies dans le canton depuis plusieurs siècles. Ayant joui de l'égalité politique sous la République helvétique et sous l'Acte de médiation, ceux-ci protestent, en 1829, et formulent leurs griefs dans un mémoire imprimé.
Au printemps 1830, une motion tendant à la publication de 'acte constitutionnel, vainement promise depuis 1814, fut présentée au Grand Conseil; mais cette proposition, quoique appuyée par une partie de rassemblée, fut écartée comme intempestive. Au mois d'août, les nouveaux habitants réitèrent leur demande et, quelques mois plus tard, les districts extérieurs (La Marche, Einsiedeln, Kussnacht et Pfaeffikon) insistent à nouveau pour qu'une constitution en due forme soit donnée au canton. Mais, tandis que dans les autres Etats confédérés les demandes de revision sont prises en considération, le Grand Conseil de Schwyz refuse, le 17 novembre, d'entrer en matière. Alors, les ressortissants des districts extérieurs, sans se laisser décourager par ces multiples fins de non recevoir, se réunissent, au nombre de 4000, à Lachen, en plein air, par des tourbillons de neige, pour mettre les anciens habitants en demeure de reconnaître leurs droits ; puis, le 25 février 1831, bien que la landsgemeinde, inspirée par le landamman de Weber, ait chargé le Grand Conseil d'élaborer un projet de constitution sur la base des décisions prises en 1814, ils frappent
un coup décisif: ayant pour chefs deux hommes honorables, Benziger, d'Einsiedeln, et Diethelm, de Lachen, et une sorte de caméléon politique, le président Schmid, ils tiennent une landsgemeinde séparée et décident de nommer un gouvernement provisoire. La Diète s'émeut de ces événements et engage le gouvernement de Schwyz à accorder les améliorations politiques que réclame l'esprit du siècle. Puis, ces conseils prudents demeurant sans effet, le président de la Diète, de concert avec les landammans Zgraggen, d'Uri, et Heer, de Claris, a des conférences avec les députés Weber et Zay, de Schwyz, et les délégués des districts extérieurs, Schmid, de Lachen, et Gyr, d'Einsiedeln, en vue d'arriver à un arrangement ; mais l'opiniâtreté des chefs de l'Ancien pays déjoue tous les essais de conciliation. Enfin, une nouvelle tentative de la Diète, en juillet, demeurant aussi infructueuse que la précédente, le 17 août 1831, le Conseil des districts extérieurs fait appel aux armes ; mais la Diète ordonne de dissoudre les rassemblements.
Un an s'écoule sans amener de grands changements, puis on tente une nouvelle médiation : les vieux Schwyzois se rallient à l'idée d'une constitution basée sur le principe de la démocratie pure, c'est-à-dire supprimant la distinction entre les anciens et les nouveaux habitants ; mais leur refus d'admettre une représentation proportionnelle dans les conseils fait échouer encore le rapprochement désiré. C'est alors que l'entrée du canton dans l'alliance de Sarnen vient 'renforcer les vieux Schwyzois et indisposer les Etats régénérés; aussi, le 27 mars 1833, la Diète prend-elle un arrêté conférant aux deux parties du canton un droit égal de représentation à l'Assemblée fédérale, jusqu'au moment où les deux fractions auront réussi à s'entendre.
Vers le milieu de l'été 1833, des menées se produisent à Einsiedeln, à Weggis et à Pfaeflfikon, tendant à les détourner de la cause des autres districts extérieurs ; le gouvernement de Schwyz, voulant profiter de ces dissensions pour frapper un grand coup, fait occuper Kussnacht par un détachement de 600 hommes sous le commandement du colonel Abyberg. Comme cet officier approche de la localité, il voit apparaître une députation ayant à sa tête l'avoyer Amrhyn, de Luceroe, précédée d'huissiers aux couleurs fédérales ; mais il déclare que, ne reconnaissant pas l'autorité de la Diète, il repoussera la force par la force, et il occupe Kussnacht. Informé de cette levée de boucliers, le Directoire
somme aussitôt le gouvernement de Schwyz de la désavouer, et assemble la Diète en toute hâte le 1er août. Les députés étaient très émus des événements de Kussnacht, qui, coïncidant avec ceux de Bàle, empruntaient une gravité particulière à l'appui que Neuchâtel et la ligue de Sarnen donnaient à Schwyz : on avait le sentiment qu'il s'agissait pour les Sarniens d'un vaste plan, et que Lucerne était menacé ; aussi les cantons régénérés, après s'être montrés faibles et indulgents envers les campagnards bâlois, qui avaient enfreint les ordres de la Diète, entendaient ne pas agir de même à l'égard des réactionnaires schwyzois : ils se montrèrent résolus à couper court à la guerre civile. Le 2 août 1833, la Diète envoya à Schwyz deux commissaires, le landamman Nagel, d'Appenzell, et le conseiller d'Etat SchaJler, de Fribourg, quoique les délégués des cantons sarniens, réunis le 7 août à Beckenried, protestassent contre une intervention fédérale: Schwyz, selon eux, n'avait fait qu'user de ses droits souverains. Deux divisions fédérales furent levées : l'une, composée de 6 bataillons d'infanterie, 1 compagnie de carabiniers et 2 batteries d'artillerie, sous le commandement du colonel Bontems, reçut l'ordre d'occuper Kussnacht; l'autre, composée de 5 bataillons d'infanterie, 2 compagnies de carabiniers, 1 batterie d'artillerie, et une compagnie de cavalerie, sous le commandement du colonel Forrer, se dirigea sur les Marches.
Cette occupation s'effectua d'ailleurs sans qu'un seul coup de fusil fût tiré; la situation ne tarda pas à se détendre, lorsque les vieux Schwyzois constatèrent que leurs Confédérés les traitaient en frères et non en adversaires. On nomma une commission de revision, comprenant 8 délégués de l'Ancien pays, et 9 des districts extérieurs, qui se mit promptement à l'œuvre, et travailla activement à rapprocher les esprits. Son projet de constitution accorda les droits politiques à toutes les catégories de citoyens qui en avaient joui sous l'Acte de médiation, attribua à chaque district une représentation proportionnelle dans le Grand Conseil, le Conseil cantonal et la Cour d'appel, supprima les fonctions à vie et réalisa en matière de commerce, d'établissement, etc., tous les vœux des Marches. Le 29 septembre les deux tiers des électeurs l'acceptèrent; mais Kussnacht, Einsiedeln et Pfaeffikon l'ayant repoussé, et comme on avait exprimé d'autre part le désir de voir rétablir la landsgemeinde générale en lieu et place des landsgemeindes de districts prévues, le projet fut modifié pour
donner satisfaction à ce vœu ; avec cet amendement, il fut accepté partout sauf dans la Marche, qui reprochait à la nouvelle constitution de mettre les traitements des conseils à la charge des districts au lieu de les faire supporter par la caisse de l'Etat. Le 13 octobre, une landsgemeinde générale réunit 6000 citoyens à Rothenthourm, pour prendre acte des votes et procéder à la désignation des magistrats ; la bonne harmonie, le calme et la dignité régnèrent dans cette assemblée. Nasar de Reding, ancien élève du père Girard, fut élu landamman et les autres choix, soit de la landsgemeinde, soit du Conseil cantonal, portèrent presque tous sur des hommes libéraux et modérés, qui mirent fin pour un temps à l'agitation dont souflrait le pays ; la séparation de Schwyz en deux demi-cantons fut ainsi évitée1.
L'année suivante cependant, les dissensions recommencent. Le président Schmid, de Lachen, abandonnant ses amis du parti libéral, intrigue avec les conservateurs pour faire remplacer le landamman Nazar de Reding par le colonel Abyberg et pour écarter des affaires le préfet Diethelm, contre lequel il porte des accusations de malversations; à la landsgemeinde du 4 mai 1834, il empêche ce dernier de se défendre et la séance est levée au milieu d'une grande agitation. Une nouvelle assemblée, convoquée le 2 juin, élit landamman le colonel Abyberg. Dès lors le parti conservateur entre de plus en plus dans la voie de l'ultramontanisme et, en 1836, à l'instigation du nonce Mgr de Agelis, le gouvernement appelle les Jésuites pour fonder un collège à Schwyz.
En 1838, la lutte reprend de plus belle, avec une violence extraordinaire. Les deux partis se donnent des dénominations bizarres empruntées aux circonstances économiques de la vie pastorale, et qui exigent quelques mots d'explication. De temps immémorial, il existait dans l'Ancien pays des corporations pour l'utilisation des Allmend, propriétés collectives consistant en pâturages ; les grands propriétaires, désignés sous le nom de Hornmœnner, ou simplement Hœrner, parce qu'ils possédaient beaucoup de gros bétail à cornes, estimaient que chaque associé pouvait envoyer au pâturage tout son troupeau ; les Klauenmœnner, ou par abréviation Klauen, propriétaires moins fortunés n'ayant que du petit bétail (Klciuen : ongles), voulaient qu'on fixât un droit
1 Le 15 octobre, la Diète décida de mettre les frais d'occupation (H 2 448 francs anciens) à la charge de l'Ancien pays, puisque c'était par sa faute que la paix publique avait été troublée.
d'alpage différent pour les chevaux, les bêtes à cornes et le petit bétail, et que le revenu en fût réparti entre tous les membres de la corporation : au reste, Tannée précédente, un règlement avait été adopté dans le canton d'Unterwald aux termes duquel un cheval comptait pour 16 « ongles, » une vache pour 8 et six chèvres également pour 8. A Schwyz, la querelle économique ne tarde pas à se confondre avec les dissensions politiques, par le fait que les réactionnaires se recrutent parmi les riches, et les libéraux dans la classe des petits propriétaires.
Le 6 mai 1838, la landsgemeinde se réunit à Rothenthourm, au son des cloches, par une splendide journée de printemps. Les Klauen, en veste et en habit, une gaule à la main suivant l'usage du pays, arrivent les premiers, joyeux et confiants, précédés du corps de musique de Brounnen ; les Hœrner paraissent ensuite, animés et fanatiques, l'attitude menaçante ; armés de gourdins et de massues, ils poussent des cris de ralliement; on dirait un landstourm ; en traversant Schwyz, ils profèrent des menaces devant la maison de Reding, le candidat des libéraux. Lorsque le scrutin s'ouvre, les chefs des Klauen demandent que le vote ait lieu par commuL î. Leurs scrutateurs, près de la tribune, estiment qu'une majorité de 500 voix, sur 10000 participants environ, se prononce en faveur de ce système ; mais le landamman Holdener, qui préside, d'accord uvec le greffier et l'huissier cantonal, déclare que la majorité appartient aux Hœrner ; on échange des paroles vives, et, au lieu de répéter l'épreuve, les Hœrner se précipitant avec leurs bâtons sur leurs adversaires, une terrible bagarre s'engage ; hors d'état de leur résister avec leurs frêles badines, les Klauen cèdent la place. Les enquêtes qui suivirent ne permirent pas d'établir les responsabilités ; mais le fait que les Hœrner étaient arrivés armés de gourdins donna lieu de croire qu'il y avait de leur part un plan arrêté pour intimider leurs adversaires, et qu'ils avaient donné le signal de l'attaque.
Le résultat de cette lamentable journée, où les pâtres de la vallée de la Mouotta s'étaient distingués par leur brutalité, fut de replonger le canton de Schwyz dans l'anarchie. Les habitants des districts extérieurs, parlant déjà d'une séparation, sollicitent la protection du pouvoir fédéral ; le Vorort, alors à Lucerne, envoie immédiatement sur les lieux le landamman Nœf, de Saint-Gall, et le président du tribunal de Lucerne, Adolphe Hertenstein. Le gouvernement de Schwyz proteste contre cette intervention ; sans
se soucier des injonctions des commissaires fédéraux, il arme ses partisans et convoque pour le 16 juin une landsgemeinde qui réunit un peu plus du tiers des citoyens actifs ; cette assemblée, composée uniquement de Hœrner, ne pouvait être considérée comme l'expression de la volonté nationale : elle n'en procède pas moins aux élections, et nomme landamman le colonel Abyberg. Les libéraux des districts extérieurs s'assemblent de leur côté à Einsiedeln. En présence de ces faits, le Vorort invite les cantons de Zurich et de Claris à préparer des troupes. Mais les commissaires sont en désaccord : Hertenstein voulait une revision de' la constitution, Naef estime qu'il suffira de convoquer une landsgemeinde à laquelle assisteront les représentants fédéraux ; ce désaccord et le défaut d'entente des districts extérieurs vont nuire à la cause des libéraux.
La Diète, qui se réunit en juillet, exprime le désir qu'une amnistie générale soit prononcée, et ordonne la réunion ai'une landsgemeinde en présence de cinq commissaires fédéraux. Cette assemblée eut lieu à Rothenthourm le 22 juillet; Heer, de Zurich, Nagel, d'Appenzell, Schmidt, d'Uri, Nœf, de Saint-Gall et Kern, de Thurgovie, y assistèrent. Les deux partis y étaient représentés en nombre à peu près égal, cependant la majorité parut d'emblée être du côté des Hornmœnner ; les représentants fédéraux tinrent à s'en assurer d'une manière positive : et l'épreuve, recommencée trois fois, fut décisive en faveur des Hornmœnner, qui disposaient d'une majorité de près de 500 voix sur 8500 votants environ ; les conservateurs saluent ce résultat par leurs cris de joie, tandis que les libéraux, se voyant battus, regagnent tristement leurs demeures : leur parti sortit amoindri de ces luttes.
Dès lors, l'élection d' Abyberg, le champion des Jésuites, était assurée, et le triomphe des Hornmœnner fortifia le parti obstructionniste. Leur victoire eut pour conséquence d'isoler les petits cantons au sein d'une Confédération qu'ils avaient fondée, et dont ils se refusaient à comprendre les besoins nouveaux ; et, comme celle de Pyrrhus, cette victoire devait avoir de cruelles suites.