ESSAI DE REVISION DU PACTE
l'accueillent avec méfiance, les sacrifices pécuniaires qui leur sont demandés dépassant la mesure de leur dévouement.
Les troubles de Bâle et de Schwyz font renvoyer la discussion du projet, et, dans l'intervalle, le groupe sarnien prend position, déclarant que le Pacte de 1815 ne peut être modifié que moyennant l'accord unanime des Etats confédérés. Le règlement de la Diète exigeant la présence de 15 députations, les représentants d'Uri, Schwyz, Unterwald, Tessin, Appenzell, Bêle, Neuchâtel, Valais et Zoug font défaut, paralysant ainsi l'action de leurs collègues ; ceux-ci modifient le règlement, et réduisent à 12 le nombre des voix nécessaires pour que l'assemblée soit régulièrement constituée. C'est un coup d'Etat, mais « l'état des faits, dit un magistrat genevois1, le rendait nécessaire.» D'autre part, les cantons sarniens se flattent de l'espoir que la diplomatie étrangère les approuvera ; et, tandis que le vieux clergé se renferme dans les fonctions de son saint ministère, le jeune clergé, plus remuant, pousse les Sarniens à persévérer dans leur obstruction, et se plaît à représenter le projet Rossi comme destructif de la religion.
La Diète consacre trente-cinq séances à discuter les propositions de sa commission, et y apporte de nombreux changements au profit de la souveraineté cantonale, notamment en ce qui concerne les péages, les droits de transit et de consommation ; la centralisation des postes disparaît du projet, qui sort de ces débats assez amoindri. A la fin de mai 1833, la Diète s'ajourne et les cantons sont appelés à voter sur l'ensemble du projet : douze Grands Conseils, représentant les trois cinquièmes de la population de la Suisse, l'adoptent ; mais dans certains cantons le peuple devait être appelé à sanctionner l'œuvre de ses mandataires ; le peuple lucernois refusa le projet de Pacte qui ne réunit ainsi pas de majorité. Le canton de Lucerne aurait eu, semble-t-il, tout à gagner à une constitution qui faisait de son chef-lieu la capitale de la Confédération, aussi son attitude négative ne fut-elle due qu'à l'influence du clergé. On remarque aussi non sans surprise dans l'opposition Argovie et Vaud; en ce qui concerne ce dernier, il faut chercher l'explication de ce fait dans le maintien pour les cantons de la possibilité de conserver leurs droits de consommation (Ohmgeld). Après cet échec, la question se trouve indéfiniment ajournée : résultat que la Diète accueille avec calme.
1 E.-Aug. Cramer, dans sa notice biographique sur J.-J. Riçnutl.
Il n'en est pas de même d'un certain nombre de citoyens qui, convaincus de la nécessité de ne pas abandonner l'œuvre entreprise, et doués de plus de persévérance que leurs mandataires, réclament la réunion d'une Constituante fédérale ; isolés ou groupés en sociétés politiques, ils causent de grands embarras aux autorités. Deux tribuns entre autres, le Dr Troxler et Jean Schnell. contribuent à surexciter les masses. Le premier élabore un projet de constitution fédérale comportant deux chambres, l'une nommée par les Etats et l'autre par le peuple : mais son plan, qui s'exécutera en 1848, paraît très hardi au moment où il le fait connaître ; une Société nationale (Nationalverein) se fonde à Schinznach le 5 mai 1835 pour en assurer la réalisation : elle formera le noyau du parti radical suisse, qui, en 1848, reprendra l'œuvre commencée par les libéraux de 1830. En 1835 également, on voit se fonder la Jeune Suisse ; plus hardie que la Société nationale dans ses conceptions humanitaires, elle pose le principe du droit d'asile en faveur de tous les proscrits ; son attitude guerroyante et les intempérances de langage de quelques-uns de ses orateurs provoqueront des conflits entre la Confédération et certaines puissances. D'autre part, la société des carabiniers et la société de sûreté fédérale se font les organes des revendications démocratiques et rédigent pétitions sur pétitions. Mais la Diète résiste à toutes les pressions qu'on cherche à exercer sur elle.