CHAPITRE Vil Soulèvement d'une partie des Waldstsetten
Opposition (Tune partie des Waldslœtlen à la prestation du serment civique et à la conclusion d'un nouveau traité d'alliance avec la France. Rétablissement de la landsçemeinde du Nidwald , et réclamations de l'ancien canton de Schwyz (18 août 1798). — Soumission des Schwyzois. — Les Nidwaldiens refusent d'obtempérer aux ordres de la Diète. Préparatifs de défense. Investissement du Nidwald par les Français ; résistance désespérée sur divers points. Prise et pillage de Stanz. — Les Français s'emparent de Brounnen, d'Allorf et de Glaris. — Signature de la nouvelle convention entre la France et la Suisse (18 novembre).
La prestation du serment civique s'accomplit sans difficulté clans la majorité des cantons. Dans certaines communes de Lucerne, de la campagne saint-galloise, de l'Appenzel! et de l'Oberland bernois, où elle rencontra de l'opposition, Schauenbourg envoya des troupes, et surmonta les résistances.
Le canton des Waldstsetten, où la constitution helvétique n'avait été acceptée qu'à contre-cœur, se montra plus récalcitrant. Quoique tous y fussent attachés à la liberté et à la religion, l'opinion y était divisée. Les uns, convaincus que le manque d'union avait seul amené la chute de l'ancienne Confédération, estimaient que le mieux était de se soumettre, une plus longue opposition ne pouvant qu'aggraver l'état des choses. Mais un nombreux parti, sous l'influence des prêtres, poussait à la résistance. Ceux-ci, on le comprend, n'avaient pu se résigner à la séquestration des biens des couvents, ainsi qu'aux lois nouvelles sur les mariages mixtes, et sur l'interdiction de recevoir des novices dans les ordres ; en outre, la prépondérance de l'élément protestant dans les conseils de la nation allait les priver de l'influence prédominante dont ils jouissaient auparavant. La faiblesse du Directoire helvétique, son impuissance à protéger les citoyens suisses contre les excès commis par la soldatesque française, étaient bien propres à accroître le nombre des mécontents.
Comme moyen de propagande, le clergé des Waldstaetten profita des pèlerinages qui avaient lieu à Notre-Dame des Neiges, sur le Righi. Au mois de juin déjà, une assemblée réunie à Morschach, au-dessus de Brounnen, avait décidé d'envoyer quarante de
ses membres de divers côtés, pour prêcher une croisade contre la constitution helvétique, et provoquer un soulèvement général ; le complot avait été découvert, et quatre des conjurés condamnés au bannissement par le tribunal de Schwyz.
Pour rassurer l'opinion, le préfet des Waldstactten, Aloys von Malt, exposa dans une proclamation que, si la nouvelle constitution restreignait quelques-uns des privilèges du clergé, elle ne portait cependant aucune atteinte à la religion ; puis il faisait ressortir le danger qu'il y aurait à rompre les capitulations conclues, lesquelles, du reste, avaient fait au territoire des cantons primitifs une situation privilégiée ; la France, en effet, s'était engagée à ne pas y pratiquer d'enrôlements et à ne pas y envoyer ses troupes, se privant ainsi de la possibilité d'utiliser le Gothard pour le passage de ses armées d'Allemagne en Italie. Mais les prudents avis des magistrats furent inutiles : les conciliabules secrets se multipliaient, les chefs du mouvement faisant entrevoir comme possible l'appui de l'Autriche, dont les troupes occupaient la frontière du Rhin.
L'agitation était vive, surtout dans le Nidwald, où les mécontents avaient à leur tête le curé Kwssli, de Beckenried, le chapelain Kaiser et le vicaire Lussi, de Stanz. Le sous-préfet, Louis Kaiser, sachant l'évêque de Constance, dont dépendaient alors ces trois ecclésiastiques, plutôt favorable à la prestation du serment, convoqua tout le clergé de ses districts à Stanz, le 18 août, et s'efforça de ramener le calme dans les esprits ; mais cette assemblée ne voulut pas entendre raison ; la foule ameutée s'empara de sa personne et le fit prisonnier, ainsi que les autres fonctionnaires helvétiques et les membres du tribunal.
Le mouvement s'accentuait aussi dans l'ancien canton de Schwvz. Le 18 août également, des députés des communes se réunissaient au chef-lieu pour examiner le projet de traité d'alliance offensive et défensive, qui mettait les troupes helvétiques au service de la France. Cette disposition était contraire à certaines clauses de la capitulation conclue verbalement entre Schauenbourg et les cantons de Schwyz, d'Uri et d'Unterwald, et l'assemblée réclama un témoignage de l'engagement pris à ce sujet par le général français ; le préfet von Matt promit de le demander; mais, le tumulte continuant nonobstant cette assurance, ce magistrat, voyant que ses efforts pour apaiser ses administrés étaient inutiles, quitta Schwyz et se rendit à Lucerne. Son départ enhardit les chefs du mouvement.