SOULÈVEMENT D'UNE PARTIE DES WALDSTJETTEN
Le peuple courut aux armes et, le lendemain, se réunit la landsgemeinde de l'ancien canton de Schwyz ; elle décida d'envoyer une députation à Aarau pour y réclamer la confirmation écrite et officielle des promesses verbales faites lors de la capitulation. Cette assemblée fut très houleuse : on y demanda même à grands cris l'abolition de la nouvelle constitution. L'anarchie avait atteint un haut degré d'intensité.
Nanti de cette effervescence, le Directoire prit des mesures militaires ; il décréta le blocus des districts de Schwyz et de Stanz ; toutes relations avec eux furent interdites. Les Schwyzois, dont la délégation fut très mal accueillie à Aarau, le 24 août, reçurent pour toute réponse l'ordre de poser immédiatement les armes, de livrer les chefs du mouvement, dans le terme de trois jours, au préfet cantonal à Lucerne, et de prêter serment dans le délai prescrit. Cet ultimatum produisit l'effet voulu : le peuple de Schwyz n'osa pas persister dans son opposition, il posa les armes, livra les promoteurs du mouvement au nombre de neuf (dont trois prêtres) ; et, dans les premiers jours de septembre, toutes les communes avaient prêté le serment exigé. Quant aux habitants de l'ancien canton d'Uri (districts d'Altorf et d'Andermatt), qui marchaient ordinairement de concert avec les Schwyzois, ils ne les avaient pas suivis dans cette dernière tentative de résistance : sauf dans la commune de Seelisberg, voisine du Nidwald, ils avaient prêté le serment sans difficulté, les prêtres et le souspréfet ayant usé de leur influence pour rassurer le peuple.
Il n'en sera pas de même au Nidwald, où les événements du 18 août vont avoir de graves conséquences. Une seconde landsgemeinde s'y réunit le 20 ; elle nomme un préfet provisoire en remplacement de celui que rassemblée insurrectionnelle a fait arrêter, et décide de se mettre en rapport avec les chefs du mouvement schwyzois. Une nouvelle landsgemeinde, réunie le 22, envoie à Aarau quatre délégués, pour exposer au Directoire les griefs du peuple ; mais arrivés à Lucerne, ces délégués se voient refuser le passage jusqu'au moment où ils auront fait réintégrer dans leurs charges le sous-préfet et les autorités de Stanz. Une nouvelle assemblée, convoquée le 24 août, se plie à cette exigence, fait élargir les prisonniers, et prie le sous-préfet d'aller luimême plaider la cause des insurgés. Quant aux députés nidwaldiens, ils sont mal accueillis à Aarau par le directeur La Harpe,
et reçoivent la même réponse que les mandataires des communes schwvzoises.
Sur ces entrefaites, une bande de partisans du régime helvétique entre à Stanz le 27 août, et cherche à s'emparer de l'arsenal et de la poudrière ; le peuple les chasse et établit un service de garde.
Deux jours après, une nouvelle landsgemeinde refuse de s'incliner devant la réponse du Directoire, qu'elle considère comme contraire à la capitulation ; et, arguant de cette violation, elle décide de revenir sur son vote du 13 mai, de répudier la constitution helvétique, et de résister par les armes, s'il y a lieu. Aussitôt le tocsin sonne, le canon d'alarme retentit, le contingent du Nidwald se rassemble : il est fort, y compris les jeunes gens et le landsturm, de quinze cents hommes, divisés en quinze compagnies, et dispose de six pièces d'artillerie de petit calibre.
La nature des lieux facilitait la défense du Nidwald, le lac des Quatre-Cantons, le golfe d'Alpnach et la Mouterschwand protégeant le pays au nord et au nord-ouest. La principale attaque était à craindre à l'ouest, dans la direction d'Alpnach et de Kerns. Tous les postes où Ton pouvait prévoir une agression furent occupés. « Le projet de défense du Nidwald, dit M. le colonel Muret, doit avoir eu pour auteurs des hommes intelligents et entendus ; si le point faible de la défense contre Obwald n'était là pour empêcher de l'admettre, on aurait pu l'attribuer à un homme expert dans l'art de la guerre. »
Le 30 août étant arrivé sans que le Nidwald eût fait sa soumission, le Directoire helvétique lui accorda un nouveau délai jusqu'au 6 septembre, et demanda au général Schauenbourg de faire avancer ses troupes pour le cas où cette sommation serait sans effet. Le directeur Glavre refusa de s'associer à ces mesures extrêmes, car il lui répugnait d'opposer des troupes étrangères à ses compatriotes au nom de la liberté. Du 31 août au 7 septembre, Schauenbourg dirige ses forces sur la frontière : au sud, 8 bataillons ; à l'ouest, du côté de Seewen, de Winkel, et aux environs d'Hergiswil, 4 bataillons ; ce qui, joint à deux escadrons de hussards et à une batterie, constitue un effectif de 10 500 hommes ; puis il se procure un grand nombre de bateaux et de radeaux pour traverser le golfe de Stanz. Le 7 septembre, il établit son quartier général à Hergiswil. Le lendemain ont lieu quelques