‹ Histoire de la nation suisse (volume 2)Chapitre 5 sur 46 · SOULÈVEMENT D'UNE PARTIE DES WALDST.ETTEN · texte numérisé non relu

SOULÈVEMENT D'UNE PARTIE DES WALDST.ETTEN

escarmouches ; les attaques tentées par les Français du côté du lac échouent. Quelques hommes de Schwyz et dTri viennent prêter leur appui aux. défenseurs du Nidwald, ayant à leur tète le capucin Styger qui caracole, monté sur un superbe étalon, une plume à son chapeau, le pistolet à la ceinture. Ce prêtre fanatique de retour du Tyrol, où il s'était réfugié, garantit le secours de l'armée autrichienne, et enflamme ses hommes par ses discours incisifs.

Dans la nuit du 8 au 9 septembre, Schauenbourg prend ses dispositions pour une attaque générale. La supériorité numérique de ses effectifs lui permet d'envelopper complètement les Nidwaldiens, de les déloger des hauteurs et de les rejeter dans la plaine où s'élève Stanz. Mais ce n'est pas sans peine : de tous côtés, les défenseurs ne se retirent que lentement, en combattant toujours et en profitant de tous les mouvements du terrain pour arrêter l'envahisseur. L'extrême droite des Français, qui doit franchir le Stanzerhorn par l'Arvigrat, ne parvient à forcer le passage qu'au prix de gros sacrifices ; les Nidwaldiens précipitent sur leurs adversaires des blocs de pierre et des troncs, et les accablent d'un feu très meurtrier ; la prise de cette position coûte aux envahisseurs quelques centaines de morts et de blessés. L'aile gauche doit attaquer Stanzstad par le lac : une flottille transporte cinq compagnies de la 106e demi-brigade ; elle est accueillie par un feu nourri qui l'empêche de débarquer.

Après un moment de répit, pendant lequel les montagnards ont réussi à concentrer une partie de leurs forces, ils sont de nouveau attaqués avec une grande vigueur dans leur redoute de la Bieli en avant d'Altweg, sur la route de Sarnen à Stanz. Ils laissent les Français approcher tranquillement jusqu'au pied de la position, puis les écrasent sous un feu croisé de mousqueterie et de mitraille. C'est une affreuse boucherie ; tout ce qui n'a pas été tué prend la fuite en désordre. « H n'y a pas de doute, dit M. Muret, que si à ce moment les Nidwaldiens eussent été assez nombreux pour prendre l'offensive, ils auraient infligé aux Français une véritable défaite. » N'étant pas poursuivis, les envahisseurs se reforment, soqs le commandement de Mainoni ; et, s'avançant par la plaine du Drachenried, en suivant les hauteurs sous la protection des arbres qui couvrent les flancs de la montagne, ils tournent la redoute de la Bieli, que ses défenseurs sont obligés

d'abandonner. Tandis que ce mouvement s'opère, une autre colonne française longe le Rotzloch, et réussit, après un combat opiniâtre, à en déloger les défenseurs.

Le centre de la position étant ainsi tourné des deux côtés, les Nidwaldiens sont contraints de se retirer sur Stanz. A ce moment, les compagnies embarquées sur la flottille atterrissent et réussissent, non sans peine, à s'emparer de Stanzstad ; les Français arrivent aux portes de Stanz. Tandis que la foule des fuyards se presse et s'entasse dans les rues et les maisons, deux habitants agitent un drapeau blanc, et des parlementaires cherchent à négocier une capitulation pour épargner à Stanz les horreurs d'un pillage.

Mais un coup de feu parti d'une maison renverse de son cheval l'officier qui commandait Pavant-garde des envahisseurs. Alors, exaspérés de la résistance qu'ils ont endurée, les Français se ruent dans le bourg, égorgent tout ce qu'ils rencontrent, femmes, vieillards, infirmes, prêtres et enfants, pillent les maisons et y mettent le feu, en dépit des efforts des officiers qui tentent de s'opposer à ces inutiles cruautés. Les autres localités du voisinage sont également occupées, désarmées et pillées ; le vallon d'Engelberg subit le sort du Nidvvald : les sujets de l'abbaye, se fiant aux promesses des prêtres, n'avaient rien mis en sûreté.

« C'est une des journées les plus chaudes que j'aie vues », écrivit Schauenbourg dans son rapport. 583 bâtiments incendiés, dont une église et huit chapelles.; 414 habitants massacrés, dont 127 femmes et jeunes filles : tel en fut le bilan pour les Nidwaldiens ; de ces derniers, 90 seulement avaient péri sur le champ de bataille. Les pertes des Français furent considérables aussi, mais il est difficile d'en préciser le chiffre : un auteur les a estimées de 1200 à 2000 hommes, d'autres ont formulé des chiffres plus élevés.

La victoire des Français fut souillée d'atrocités sans pareilles. Lorsque, le lendemain de cette terrible journée, Schauenbourg vint à Stanz, il fut touché des horreurs et des misères dont il était le témoin, et donna des ordres sévères pour arrêter les déprédations ; il fit restituer le bétail saisi, et distribuer des vivres pour parer aux premiers besoins. La Suisse entière s'émut et envoya de nombreux secours. Quant au Directoire, il poussa la bassesse jusqu'à décréter que l'armée française avait bien mérité de la République helvétique, et à offrir en témoignage de reconnaissance à Schauenbourg une somme de 60000 francs! Celui-ci

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accepta l'hommage ; mais il eut la pudeur de ne pas profiter de cet argent, qu'il consacra au soulagement des malheureux Nidwaldiens.

Les Schwyzois, on l'a vu plus haut, avaient manifesté aussi quelques velléités de résistance; en outre, un certain nombre d'entre eux avaient concouru à la défense du Bas-Unterwald. Schauenbourg s'empara de ces prétextes pour prétendre que la capitulation du 4 mai était rompue ; le 12 septembre, il fit occuper militairement Brounnen qui, ainsi que la contrée avoisinante, fut désarmé et rançonné. La prise d'armes des gens du Seelisberg, venus au secours de Stanz, fut également invoquée contre Uri, et, le 22 septembre, les commissaires helvétiques firent main basse sur l'arsenal et le trésor d'Altorf. Sans avoir même des motifs analogues à invoquer, les Français avaient désarmé les Glaronnais et occupé leur arsenal le 18 septembre.

Cette fois, les dernières résistances étant vaincues, et toute tentative d'opposition à la mise en vigueur de la nouvelle organisation condamnée d'avance, la vieille Confédération semble bien morte. Aussi la France ne tarde-t-elle pas à conclure sa convention avec la Suisse (18 novembre 1798), d'autant plus que les conférences de Rastadt étant venues à se rompre, une guerre avec l'Empire était imminente, et qu'il fallait parer aux éventualités. La Suisse s'engageait à fournir à son alliée 18 000 hommes, soit six demi-brigades de 3000 hommes. Pour assurer cette levée, tous les jeunes gens de 18 à 25 ans furent inscrits. Peu auparavant, le 4 septembre, le Directoire helvétique avait déjà constitué une légion helvétique permanente, composée de 600 hommes d'infanterie de ligne, 400 chasseurs à pied, 400 hussards et 400 artilleurs.

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