‹ Histoire de la nation suisseChapitre 10 sur 82 · CHAPITRE VIII Les Zaeringen · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII Les Zaeringen

Origine des Zaeringen, leurs visées politiques. — Fondation des villes de Fribourg et de Berne. — Luttes des Zœringen et des comtes de Savoie. — Conquêtes de la maison de Savoie dans le Pays de Vaud. — Conséquence de l'extinction de la maison de Zasringen sur le développement ultérieur des libertés helvétiques.

A deux lieues au nord de Fribourg en Brisgau, à l'entrée de la Forêt-Noire, est situé le village de Zseringen, et tout près sur une hauteur voisine sont les ruines de Tantique château qui fut le berceau de la célèbre famille des ducs de Zaeringen. Une romanesque légende court sur l'origine de ces puissants dynastes. Un charbonnier de la Forêt-Noire aurait, dit-on, trouvé un jour un trésor et l'aurait employé à aider le roi, alors dépossédé, à ressaisir le pouvoir ; celui-ci pour le récompenser lui aurait donné le comté de Brisgau. Un charbonnier serait ainsi devenu la souche de la maison de Zaeringen qui devait au douzième siècle étendre sa puissance sur tout le plateau suisse du lac de Constance au lac Léman et, grâce à ses importantes fondations, exercer une influence profonde et durable sur le cours de notre histoire. Aucun document historique n'est venu confirmer cette tradition, mais il est certain que les origines de cette famille étaient fort modestes.

Les Zaeringen étaient de simples hommes libres qui primitivement habitaient le château et la ville de Villingen à l'est de Fribourg et en portaient le nom. C'est à Berthold I^ (Berthold veut dire le barbu) qui épousa la riche héritière des ducs de Carinthie, et qui prit en 1078 le nom de Zaeringen, que remonte l'illustration de la famille. Les biens que les anciens ducs d'Alémanie possédaient dans le Wurtemberg et le pays de Baden passèrent par mariage à la maison de Zaeringen. L'empereur Henri 111 avait promis à Berthold le duché de Souabe, l'impératrice ne s'étant pas considérée comme liée par celte promesse donna ce duché à Rodolphe de Rheinfelden. Berthold de Zaeringen se sentant dédaigné par la maison de Franconie se rangea au nombre des adversaires de Henri IV, qui chercha à réparer les torts de sa mère en lui donnant le duché de Carinthie et le margraviat de Vérone. Mais la compensation était maigre, et lorsque éclata la

LES ZiERINGEN 89

querelle entre le pape et l'empereur nous avons rencontré Berthold de Zaprîngen dans le camp de l'anti-roi Rodolphe.

Berthold II suivit la même politique que son père, son mariage avec la fille de Rodolphe de Rheinfelden marque une seconde étape dans la fortune de sa maison ; sa famille prit pied en Suisse. Il reçut le landgraviat de Thurgovie et tous les biens que les Rheinfelden possédaient dans la Transjurane, entre autres les terres où devaient s'élever plus tard les villes de Berne, Fribourg, Buchsee (qui tire de lui le nom d'Herzogenbuchsee), Berthoud, Hutwil, Morat, etc., et plus tard en 1097 le Zurichgau. Une circonstance qui devait contribuer à la renommée des Zaeringen fut le fait qu'ils arrivaient au moment où l'existence des villes était encore précaire et où un grand nombre de cités allaient être fondées et recevoir des franchises. Un premier pas fut fait dans cette voie par le duc Conrad de Zaeringen, le fils de Berthold II, qui étendit les droits de la ville de Fribourg en Brisgau, que son père avait fondée, par l'octroi d'une charte (Handfest) analogue à celle qu'avait reçue la ville de Cologne. Ce précédent fut important pour notre patrie. Les Zaeringen poursuivent avec ténacité leur but qui était de se rendre maîtres de la haute Allemagne et de la Bourgogne, ils continuèrent, nonobstant de grandes difficultés, la tradition des Rheinfelden ; les luttes que soulèvent leur ambition durèrent pendant tout le douzième siècle.

L'empereur Conrad II de Franconie avait jadis recueilli la succession du dernier roi de la Transjurane Rodolphe III. Lorsque par la mort de l'empereur Henri V, la maison de Franconie s'éteignit à son tour en H 25, les Burgondes se considérèrent comme dégagés de toute obligation envers l'empire et libres de choisir eux-mêmes leur souverain. L'empereur Lothaire de Saxe prétendit au contraire que la Bourgogne faisait partie intégrante de l'empire. La domination de l'empire sur la Bourgogne n'était en fait que nominale, car la partie de ce royaume située à Touest du Jura, entre la Saône et la Loire, quoique gouvernée par des comtes qui jadis rendaient hommage aux rois Rodolphiens, se rattachait géographiquement à la France. Deux de ces comtes, Guillaume III et Guillaume IV ayant été assassinés par des mains inconnues en H26 et H27 dans le Pays de Vaud, l'empereur crut le moment venu de réunir la Bourgogne cisjurane à l'empire et il nomma Conrad de Zaeringen recteur des deux Bourgognes. L'héritier des comtes de Bourgogne, Rainaud III, revendiquant Théri-

tage de ses cousins contesta au nouveau recteur les pouvoirs dont l'avait investi l'empereur, il prit les armes et l'un de ses partisans le comte Amédée de Genèm, fut vaincu par Conrad de Za?ringen à Payerne en 1133. Rainaud 111 réussit néanmoins à conserver la Bourgogne cisjurane, qui dès lors prit le nom de Franche-Comté, nom qui lui est resté.

Un danger plus grand menaça les Zaeringen lorsque Conrad 111 de Hohenstaufen fut élevé à la dignité impériale. Un neveu de ce monarque, Frédéric, fondit sur la ville de Zurich et s'en empara en 1146. Sur ces entrefaites le dit Frédéric, surnommé Barberousse, succéda comme empereur à Conrad III ; Rainaud III étant venu à mourir, sa fille unique Béatrice qui avait épousé l'empereur Frédéric lui fit l'apport de son comté de Bourgogne ou Franche-Comté, en sorte que cette province fit encore une fois retour à la famille impériale. Lorsque Berthold IV de Zaeringen eut succédé à son père, Zurich lui fut rendu et l'empereur lui conféra le gouvernement des deux Bourgognes avec le titre de recteur, ainsi que l'avouerie des évêchés de Lausanne, Genève et Sion avec des pouvoirs quasi-royaux.

Ces nombreuses dignités conférées à Berthold IV devinrent un motif de jalousie ; la plus grande partie de la noblesse romande refusa de se soumettre à la maison de Zaeringen et prit les armes ; les évoques également cherchèrent à se soustraire à la tutelle qui leur était imposée. La situation des Zaeringen devenait critique car ils n'avaient que peu de partisans en Bourgogne. Pour assurer leur pouvoir ils eurent alors recours à un moyen merveilleux qui avait admirablement réussi à l'empereur Henri TOiseleur. Afin de briser la résistance de la noblesse, ils l'enlacèrent dans un réseau de forteresses, ils entourèrent de remparts et de tours les villes déjà existantes et en créèrent de nouvelles où vinrent se réfugier les serfs, les gens de métiers et la petite noblesse, et dotèrent ces localités de franchises municipales.

A l'exemple de Berthold II qui avait fondé Fribourg en Brisgau (1112-1120), Berthold IV éleva en 1176 sur les bords de la Sarine,à la limite de la langue française et de la langue allemande, la cité de Fribourg en Uchtiand. Sous son règne et sous celui de son fils Berlhold V, Moudon, Yverdon, Laupen, Morat, Thoune et Berthoud furent munies de remparts ; sur la porte de celte dernière ville, qui tire de son fondateur son nom français, on lisait

Page 1