HEDWIGE
Epouse Albert
Comte de Habsbourg
Landgrave d* Alsace.
RODOLPHE Elu empereur en 1273.
par amour de la liberté qu'ils ont octroyé des franchises à ces villes qui bientôt allaient devenir le centre de nouveaux. Etats. Si la race des Zseringen, en effet, s'était perpétuée, il est probable qu'il se serait constitué entre les Alpes, le Rhin et le Jura un Etat monarchique comme la Savoie, Bade, le Wurtemberg ou la Bavière. L'extinction des Za^riogen apparaît donc comme une dispensalion providentielle nécessaire au développement des libertés helvétiques. Divers facteurs concourent à ce développement, pour s'en rendre compte il faut pénétrer dans l'organisation sociale et s'initier tmx. mœurs de cette curieuse époque, organisation et mœurs qui jouent un rôle très important dans l'enchaînement des faits historiques dont est issue la Confédération suisse.
Développement de la chevalerie. — L'Et^liso aux lemps des croisades. — Principales familles féodiiles de la Suisse. — Origine «les Habsbourt^. — Mœurs des chevaliers. — Fondalion de nouveaux onlres monasliques : Cluniaciens, Cisterciens, Chartreux, Frénionlrés, Dominicains, Franciscains, Chevaliers de sainl Jean, Chevaliers teutoniques, Frèrcâ hospitaliers, Lazarilcs. Bé^ards et béçuiaes.
La vie politique au moyen îlge était basée sur une conception de
l'Etat diaméiralement opposée Ùl celle de l'antiquité. Chez les Grecs
et les Romains l'Etat reposait sur le principe de la centralisation,
c'était un organisme unifié et fortement constitué, possédant des
compétences étendues et subordonnant la liberté de l'individu aux
intérêts de la collectivité. Suivant la donnée germanique au con-
, la liberté individuelle était considérée comme le bien
ne ; l'Etat devait laisser aux individus, aux corporations,
:)mmunes et aux districts le plus d'indépendance possible.
embres de l'organisme social devaient être capables de se
)ir librement, avoir une vie propre et ne pas compter en
circonstance sur l'Etat. L'Etat avait seulement pour mission,
ïs les idées germaniques, d'assurer la paix et la sécurité à
leur et à Tcxtérieur ; le soin de la prospérité publique et de la
e intellectuelle ne lui incombait pas. Le développement social,
iel et spirituel était à peu prés abandonné, durant le cours
oyen flge, au hasard des circonstances. Si l'on excepte le
règne de Charlemagne, on ne voit nulle part s'exercer d'activité légale dans ces domaines.
Sous Charlemagne nous avons vu se créer un gouvernement fortement constitué, rappelant celui des empereurs romains de la belle époque et répandant au loin une activité bienfaisante. Ce gouvernement était représenté dans les provinces par des comtes. A la fin du neuvième siècle cette organisation fut bouleversée et le système féodal triompha ; les fonctions publiques, de personnelles qu'elles étaient, deviennent des propriétés ; les mandataires préposés à l'administration des comtés ou districts se transforment en seigneurs et acquièrent des privilèges. Les comtes, marquis et ducs ne sont plus de simples fonctionnaires, des organes du pouvoir, dans le sens romain ou moderne du mot, mais bien des intermédiaires ou vassaux prêtant serment de fidélité et formant la suite du roi en temps de guerre ou de paix ; les avantages dont ils jouissent se transmettent par succession comme la propriété des fonds de terre. La puissance politique se fractionne, les grands vassaux ont à leur tour des arrière-vassaux, une série de vassalités se superposent les unes aux autres ; l'Etat devient une organisation morcelée, dépourvue d'unité et de force, reposant sur le bon vouloir d'une réunion de petites souverainetés. Dans un pareil système, le sentiment de la responsabilité des employés à l'égard du peuple, leur subordination envers l'autorité suprême, aussi bien que l'homogénéité de l'Etat font défaut, c'est le règne de l'anarchie. A l'origine le système féodal fut accueilli avec faveur ; on crut voir dans l'obligation personnelle du mandataire à l'égard de son suzerain un lien solide capable de fortifier l'Etat et de lui donner de la cohésion. Mais les partages entre les divers membres des familles comtales, les concessions octroyées à certains vassaux et surtout les immunités, c'est-à-dire l'affranchissement de certaines obligations envers les comtes amenèrent la déchéance et le morcellement des grands comtés établis sous les Carlovingiens.
Les comtes ne pouvaient pas pénétrer dans les couvents et les évêchés; lorsque l'exercice de leurs fonctions les y appelait, ils devaient recourir à l'intermédiaire des abbés et des prélats ; il en résulta que les seigneurs ecclésiastiques s'attribuèrent peu à peu dans leurs domaines les fonctions politiques incombant dans la règle au pouvoir civil. Les évoques et les abbés tout en acquérant ainsi des immunités ne rendaient cependant pas eux-mêmes la justice, ils en remettaient l'administration à des seigneurs laïques
qui prenaient le titre d'avoué (advocatus, Vogt), et qui étaient les défenseurs de leurs intérêts temporels. Ces avoueries étaient confiées à des familles nobles» chez qui elles se transmettaient par voie d'héritage ; c'est ainsi que les Lenzbourg étaient les avoués de Schaennis, de Béromunster et de Saeckingen, que les Habsbourg possédaient l'avouerie de Mûri, les Rapperschwil celle d'Einsiedeln, les Zaeringen celle du couvent de Zurich, etc., les avoués retiraient de leurs fonctions honneur et profit ; ils touchaient en échange de leurs services une part dans le produit des impôts et des amendes qui revenaient aux chefs de ces maisons religieuses.
A côté des avoueries ecclésiastiques on vit se constituer des avoueries impériales auxquelles était confiée l'administration des biens impériaux ou royaux, situés dans les comtés, mais soustraits à la juridiction des comtes. Cest dans cette catégorie que rentraient la ville et le pays de Zurich, la vallée d'Uri et le Hasli, que Tempereur faisait gouverner par ses baiUis (Reichsvogt). Les habitants des terres impériales étaient dans une situation généralement enviée, parce que l'empereur les protégeait contre l'oppression des grands. Cependant ils n'étaient pas toujours à l'abri des vexations, car l'avouerie étant héréditaire et souvent vendue par l'empereur à prix d'argent, elle était pour les seigneurs revêtus de cet emploi un moyen d'accroître leur importance territoriale; et ceux-ci ne se faisaient pas faute d'empiéter sur les libertés des vassaux du roi. Il arrivait par contre aussi que les gens d'empire, c'est ainsi que l'on appelait les habitants des domaines impériaux , pour conjurer le danger qui les menaçait, se faisaient accorder l'immédiateté par une lettre formelle du souverain, ils étaient alors gouvernés par des baillis qui étaient de simples préfets. L'histoire des origines de la Confédération suisse fournit l'exemple classique de ce type de gouvernement et c'est sur ce fondement que se sont édifiées les libertés helvétiques. Avec le développement de la puissance des comtes et des avoués, tant ecclésiastiques qu'impériaux, les droits régaliens, les droits de battre monnaie, le droit de tenir marché, qui étaient considérés comme des prérogatives du fisc royal, tombent en mains privées.
Un autre genre d'avouerie qui est une des institutions les plus caractéristiques du moyen âge était le droit de basse justice. Les comtes avaient sous leur juridiction des centeniers ou juges inférieurs. Les fonctions de ces mafi:istrats comme celles des comtes étaient devenues héréditaires et se trouvaient limitées par des im-
munités et des exemptions ; devenues l'apanage de la petite noblesse, des simples chevaliers, elles s'exerçaient seulement sur quelques villages, et changeaient souvent de mains par succession, vente ou donation. Ces petites seigneuries vers la (in du moyen âge ftirent fréquemment acquises par des bourgeois ou par des villes, un certain nombre d'entre elles subsistèrent jusqu'à la révolution de 1798.
Les formes dont s'entourait l'administration de la justice sont intéressantes. L'avoué tenait des assises deux fois par an, au printemps et en automne, en présence de tous les ressortissants de Favouerie, et prononçait des amendes allant jusqu'à 9 et 10 livres. Les compétences du tribunal seigneurial étaient très diverses, elles étaient consignées dans des registres fonciers; les arrêts étaient fondés sur les coutumes locales qui, naturellement, variaient d'un endroit à l'autre. Le seigneur avait le devoir de protéger tous les manants^ habitant sur sa seigneurie; en échange de cette protection il percevait une taxe personnelle (Vogtsteuer), et un impôt en nature (Vogtrecht), il exigeait des prestations personnelles ou corvées et des droits de mutation en cas de vente de biens (lods). A ces avoueries inférieures étaient en outre attachés des droits fiscaux sur les tavernes, forges, pêcheries, moulins, etc. Les habitants de Tavouerie étaient ainsi à considérer comme les sujets de leurs seigneurs, leur liberté était très restreinte, ils avaient souvent à souffrir des procédés tyranniques de leurs protecteurs, leur situation sociale était bien inférieure à celle des gens d'empire.
Tandis que se développaient les institutions que nous venons de décrire, une révolution économique s'accomplissait. La grande propriété, qui a subsisté jusqu'à nos jours en Espagne, en Italie, en Angleterre et en Irlande, se constituait. Les seigneurs disposaient de toute sorte de moyens pour contraindre les populations à la soumission ; ils faisaient prévaloir leurs volontés dans les communes et exerçaient une grande influence sur la vie sociale. Les services, qui primitivement étaient volontaires, à la seconde ou à la troisième génération devenaient des obligations ; les petits propriétaires libres se voyaient, en raison de la dureté des temps, dans la nécessité de recourir à la protection des grands et aliénaient leur indé-
* Le mot de manant, qui depuis a pris une acception fâcheuse, vient de l'ancien verbe manoir, en latin manere, qui signifie rester, demeurer, d'où Ton a fait aussi le substantif manoir, nom donné à la résidence du seif^neur.
pendance ; ils s'engagaient à payer des redevances, comme naguère encore les paysans des Etats pontificaux et du royaume de Naples payaient des tributs annuels à certains brigands pour être garantis contre les déprédations que leurs gouvernements légitimes étaient impuissants à réprimer.
La libre propriété entre les mains du cultivateur devint peu à peu une rareté ; par l'effet de diverses causes qui donnent à notre histoire un attrait tout particulier, elle se conserva mieux dans nos vallées que dans les pays environnants ; la féodalité y prit moins complètement racine, et c'est grâce à cette circonstance que les Suisses ont devancé le reste de l'Europe dans la voie de l'indépendance politique.
L'établissement de la féodalité substitua au régime relativement démocratique de la période carlovingienne un régime tout à fait aristocratique. Sous Charlemagne le peuple avait conservé un rôle dans les affaires publiques, la féodalité le lui ravit. Il ne fut plus dès lors question de décisions populaires ; désormais l'autorité émana du duc, du comte, du noble ou du propriétaire foncier. Le lien impérial fut détruit, une décentralisation s'opéra, une répartition toute locale du pouvoir s'établit. Les droits de l'Etat se transformèrent en droits privés. La considération de l'intérêt général disparut. Cette anarchie subsista dans nos contrées jusqu'au jour où, par la constitution de la Confédération suisse, l'intérêt général fut placé de nouveau au-dessus des intérêts particuliers. Les premiers confédérés, à cet égard, ont eu le mérite d'avoir une vision plus claire de leurs droits que ce ne fut le cas dans les pays avoisinants. Avec la constitution comtale disparurent les désignations mêmes qui la rappelaient. Les grands seigneurs investis des hautes attributions judiciaires ne portèrent plus même le nom des provinces où ils exerçaient des fonctions de comtes, mais bien celui de leurs résidences ou des châteaux dont ils tiraient leurs origine. Les barons figurèrent à côté des comtes à la tête de la noblesse et furent en rapport direct avec le roi ; vassaux immédiats de la couronne, ils constituèrent ce que l'on appela la haute noblesse et se distinguèrent de la petite noblesse placée sous leur suzeraineté.
Une vingtaine de grandes familles féodales, auxquelles il faut joindre quelques seigneuries ecclésiastiques, ont, grâce à l'importance de leurs possessions territoriales, exercé une grande influence sur les destinées de notre pays. C'étaient, en commençant
par la Suisse occidentale les comtes de Maurienne, dont la puissance s'étendait sur la rive gauche du lac Léman et le Bas- Valais jusqu'à Martigny. Le premier membre de cette famille qui nous soit connu était Humbert atix blanches mains, il apparaît en 1034 à la tête de la noblesse de Bourgogne dans sa lutte contre Tempereur Conrad II et se pose en adversaire de la domination allemande. Les successeurs de Humbert prirent le titre de comtes de Savoie ; par une suite de mariages opulents ils acquirent de riches possessions en Faucigny, en Piémont, en Valais, et plus tard ils élevèrent des prétentions sur Genève et le pays de Vaud. Le morcellement de cette région en un grand nombre de seigneuries facilita leurs desseins. Plusieurs baronnies s'étaient en effet constituées dans le pays de Vaud, elles avaient pour chefs les sires de Grandson, Estavayer, La Sarraz, Cossonay, Mont faucon, Bhnay, Vufflens, etc. Au douzième siècle ces nobles maisons se posent en adversaires desZœringen, des Kibourg et des Habsbourg, au treizième elles subissent l'ascendant des comtes de Savoie. A l'extrémité occidentale du lac Léman étaient les comtes de Genevois, mentionnés pour la première fois en 1033 en la personne de Gérold, l'antagoniste de l'empereur Conrad IL Les comtes de Genevois avaient jeté les yeux sur le pays de Vaud, mais les évêques de Genève et les comtes de Savoie leur barrèrent le chemin. Un seigneur ecclésiastique puissant tenait un rang élevé sur la rive droite du lac Léman, c'était l'évêque de Lausanne, il était redevable de ses grands biens et de son titre de comte au dernier roi de la Transjurane, le faible Rodolphe III. L'évêque de Sion avait aussi acquis de la même manière son titre de comte. A l'orient du pays de Vaud, sur les bords de la Sarine, s'étaient établis les comtes de Gruyères, primitivement appelés comtes d'Ogfo (de Ostgau, comté de l'est, ou d'Hochgau, pays d'Enhaut). Au nord-ouest du pays de Vaud, sur les bords du lac du même nom, étaient les comtes de Neuchâtel, leurs possessions s'étendaient sur la contrée comprise entre les lacs de Neuchâtel, de Morat et de Bienne et sur les bords de la Thièle jusqu'à la jonction de la Sarine et de l'Aar. Plusieurs membres de cette maison furent évêques de Lausanne, de Genève et de Bâle. Les familles de Strassberg, près Bûren, de Nidau, A'Aarberg et de Bargen étaient des rameaux détachés de la maison de Neuchâtel. Sur la rive droite de l'Aar, de la frontière de TEmmenthal à Aarwangen et à Langenthal jusqu'à Berthoud, Signau, Rothenbach et Thoune, et sur la rive gauche de l'Aar jusqu'à Soleure s'étendait
le comté de la Petite- Bourgogne, donné par les Zaîringen en IKîO aux comtes de Buchegg dont héritèrent les Kibourg et les Habsbourg. Le Jura bernois actuel et une partie de la campagne bâioise formaient le domaine de Vévéqtte de Bâk élevé en lOil à la dignité comlale. Si, poursuivant notre pérégrination, nous arrivons en
Tig. 19. — Brnctéates frappées par les pnnccs-étèques le Baie an uniièine sjccl«,
(Tirées d'une monographie de A MorcI Fado sur les Uonnaia tuiw.» de ta troursiUc
dt la ba$itiquf de Soinl Paul a Home.)
Argovie, nous pénétrons sur les terres des comtes de Lenzbourg. Ces puissants dynastes possédaient Haden et avaient étendu au dehors leur domination sur Schwytz, Unlerwald et Gasler, ils étaient en outre les protecteurs de plusieurs couvents célèbres, tels que liéromunster, qu'ils avaient fondé, Schaînnis, Steckingen et Fraumunster ; déjà comtes d'Argovie et avoués de Zurich, ils obtinrent sous l'empereur Henri IV le comté de Ztiricb. Cette illustre famille se divisa au douzième siècle en deux branches : les Lenzbaurg proprement dits et les Baden. La première eut en partage le comté d'Argovie avec les avoueries de Béromunster et de Rheinau, la seconde le comté de Zurich avec les avoueries de Schaenois, de Zurich et de Sseckingen. La branche atnée s'éteignit en H72 par la mort du plus célèbre des Lenzbourg, Ulrich IX, le partisan des Hohenstaufen, l'intime ami de Frédéric Barberousse; la branche ca-
dette s'éteignit Tannée suivante par la mort d'Arnold VIII de Baden. L'extinction des Lenzbourg fit la fortune des Habsbourg. Des légendes diverses courent sur le compte de cette maison, comme sur celui de la plupart des vieilles familles suisses. A teneur de la chronique du couvent de Mûri, qui est sujette à caution, les Habsbourg auraient eu pour ancêtre un nommé Contran, surnommé le riche, dont le fils Radbot vivait vers la fin du dixième et au commencement du onzième siècle ; elle serait ainsi contemporaine des plus vieilles familles vaudoises encore existantes : les de Blonay, de Gingins et de Goumoens. Les plus anciens chroniqueurs placent en Alsace le berceau des Habsbourg, il paraît cependant que c'est en Argovie qu'il faut chercher leur origine et qu'ils n'acquirent que plus tard des biens en Alsace. Leurs terres étaient aux environs du château de Habsbourg, à Windisch, à Brugg et à Mûri. Dans les époques les plus reculées, avant le onzième siècle, leur résidence était peut-être à Altenbourg, château construit sur les ruines d'un castel romain près de Brugg, au confluent de la Reuss et de l'Aar. Au onzième siècle ils s'établirent sur la hauteur de Wulfelsberg et bâtirent à son sommet, d'où la vue s'étend au loin, le château d'Habichtsbourg ou Habsbourg. D'après une légende, un certain Radbot, dont le frère était évêque de Strasbourg, chassant un jour en Argovie perdit son faucon ou autour ; après de longues recherches, il le trouva sur une colUne, il en fut tout content, la colline lui plut et il se décida à y construire un château, son frère lui vint en aide, et lui donna des propriétés en Argovie. En souvenir de l'incident de chasse qui l'avait amené en ce lieu, il appela son manoir Habichtsbourg (château de l'autour). Cette légende a été visiblement inventée après coup pour expliquer le nom de ce château. Ce qu'il y a de certain, c'est que si la famille des Habsbourg, à laquelle étaient réservées de si grandes destinées, était ancienne, elle n'était pas primitivement l'une des plus riches ni l'une des plus puissantes de l'Argovie, et que ce fut l'évêque de Strasbourg Werner de Habsbourg qui construisit le château de ce nom, et qui fonda le couvent de bénédictins de Mûri, auquel il donna pour avoué son frère Lanzelin. Les Habsbourg ne portaient pas alors le titre de comte, on les voit prendre position pour la première fois dans les luttes de l'empereur et du pape à la fin du onzième siècle. Lî^ur château n'était point considérable, et lorsque leur famille prit de l'importance c'est à Stein, à Baden, à Kibourg, à Brugg qu'ils éta-
blissent leur résidence. Au douzième siècle la fortune sourit aux Habsbourg, ils reçurent le gouvernement de la Haute-Alsace, Tavouerie de Murbach et acquirent des possessions en Alsace, en Argovie, à Lucerne et dans I Unterwald. Albert 111, surnommé le riche, fut le fondateur de leur prospérité, il était allié aux Staufen et aux Welfen, en 1172 il hérita des possessions des Lenzbourg et de leurs droits sur Schwytz, sur Unterwald, ainsi que du gouvernement de l'Aargau et du Zurichgau. A partir de ce moment l'influence des Habsbourg devient prépondérante dans la Suisse centrale dont le sort est intimement lié au leur.
Dans Tancien comté de Thurgovie dominait l'opulent famille de Kibourg; les origines de cette maison nous sont mal connues, une de ses branches portait les armes de Winterthour ; après l'extinction des Winterthour ce comté fait retour aux Kibourg. Au onzième siècle les comtes de Dillingen héritent des Kibourg et en prennent le nom, de nouveaux héritages accroissent encore leur patrimoine, ils recueillent les biens des Mœrsboury, des Wulflingen^ et en 1173, des Lenzbourg; Baden^ Béromunster et Gaster leur échoient en partage. L'extinction des Zseringen, dont les Kibourg héritent en 1218, porte au comble la puissance de cette maison qui devient la plus puissante de la Suisse. Des créneaux de leurs donjons les Kibourg pouvaient contempler soixante-dix châteaux habités par leurs vassaux. Les seigneurs de Wart, de Teufen, d'Hettlingm, de Wyden, de Golder^erg, d*Hegi, de Wetzikon, de KUngenberg et bien d'autres trop longs à énumérer formaient leur suite. Après une gloire de courte durée, les Kibourg s'éteignent à leur tour au milieu du treizième siècle et leurs biens passent aux Habsbourg. Plusieurs autres familles seigneuriales méritent encore une mention, citons les barons de Regensberg, dont les terres étaient situées dans les vallées de la Limmat et de la Glatt, et qui possédaient Tavouerie de Gruningen, ce furent eux qui fondèrent les couvents de Fahr et de Ruti ; les barons de Seldenburen, de Bonstetten , d'Eschenbach (fondateurs du couvent de Cappel) et les Wœdenschwilj dont une branche acquit par mariage la seigneurie d'Unspunnen près d'interlaken. A l'extrémité supérieure du lac de Zurich il y avait encore la grande famille des comtes de Rapperschwil, qui s'éteignit au treizième siècle et dont les possessions passèrent aux Habsbourg. Deux importantes seigneuries, l'une ecclésiastique, l'autre laïque, se partageaient la domination de la Suisse orientale, c'étaient Vabbaye de SainuGall et les comtes de Toggenbourg : ces
derniers possédaient la vallée de la Thour et de nombreux Befs dans les Grisons. Il y avait aussi dans la Rhétie plusieurs
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seigneuries dont nous aurons l'occasion de parler en racontant l'histoire des Ligues-Grises.
Oi'i que ce soit que nous jetions le regard nous ne voyons que morcellement ; aucun centre de gravité résisfanl et solide, aucune
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