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Fig. 22. — Armoiries de quelques-unes des plus anciennes familles de la Suisse.
(Dessin de M. Ch.-A. Bugnion.)
tendance à Tunification de l'Etat ne se manifeste ; le pouvoir politique est dans les mains des propriétaires fonciers, laïques ou ecclésiastiques, qui l'exploitent à leur profit, sans se faire souci des intérêts de leurs administrés, jusqu'au jour où les communes, lasses de ce joug, parviennent successivement à s'émanciper de leurs seigneurs. Ce soulèvement des communes n'est point un fait isolé, il se produisit sur divers points de l'Europe. En Italie les principales cités de la péninsule se rendent indépendantes et se constituent en républiques; en Allemagne, de nombreuses villes acquièrent l'autonomie, obtiennent la protection de l'empereur et forment entre elles des ligues ; le mouvement se propage dans les Flandres et en France, mais dans ce dernier pays le roi, après avoir soutenu les villes dans leurs luttes contre la noblesse, parvient à se les assujettir. En Suisse l'émancipation des communes, tant rurales qu'urbaines, est le produit d'une évolution lente et continue, la nature montagneuse du sol la favorise, et le caractère prudent et tenace propre au montagnard lui assure la victoire. Jamais dans nos contrées la noblesse n'est parvenue à se rendre aussi complètement maîtresse du pays que ce ne fut le cas en France ou en Allemagne.
Jadis aux temps des Grecs et des Romains l'infanterie jouait le principal rôle dans les batailles. Après l'invasion des barbares une transformation s'opéra. Les Burgondes et les Alémans sont obligés pour lutter efficacement contre les Sarrasins, les Hongrois et les Francs, de leur emprunter leur tactique, ils prennent alors l'habitude de combattre à cheval, ce qui donne plus de mobilité à leurs armées. Or, l'usage du cheval, que Buffon a appelé une des plus belles conquêtes de l'homme, et sur lequel au contraire la législation des Hébreux avait jeté un certain discrédit, n'a jamais contribué à faire avancer la civilisation. Loin d'être un élément de développement, il semble être plutôt un élément de recul. Si Ton compare aujourd'hui encore les mœurs des divers peuples de l'Europe, de l'Asie, de l'Afrique et des deux Amériques, on peut remarquer que c'est chez les nations comme les Arabes, les Gauchos et les Hongrois où ce noble animal est le plus en faveur que le progrès des mœurs est le plus lent. C'est qu'en effet l'usage du cheval favorise certains instincts d'indolence , de paresse, de flânerie, de grossièreté et de brutale combativité. Monté sur son coursier, la tête ornée d'un casque protecteur, le corps, les bras
et les jambes couverts d'une épaisse armure ou d'une cotte de mailles, la lance ou le glaive d'une main, le bouclier de Fautre, le chevalier du moyen âge aimait à errer dans les campagnes à la recherche d'une aventure. Parfois, pour racheter ses péchés, il prenait la défense d'un opprimé, le plus souvent il détroussait le pauvre voyageur ou défiait quelque rival que le hasard des circonstance lui faisait rencontrer sur sa roule. Il allait de château en château cherchant l'occasion de ferrailler et d'exercer ses talents dans des jeux d'adresse, et s'adonnait chemin faisant au plaisir de la chasse qui est demeuré jusqu'au dix-huitième siècle l'apanage des gens de distinction.
C'est déjà au onzième siècle que commence T usage des tournois, où les chevaliers armés de pied en cap, montés sur de pesants destriers, couverts également d'une cotte de mailles ne laissant à découvert que les yeux et les narines, luttaient deux à deux en cherchant à se désarçonner. Souvent ces jeux avaient une issue sanglante. Celui qui remportait la victoire, à teneur du verdict des juges de camp, recevait des mains d'une belle et noble dame des armes précieuses, des bracelets ou des colliers comme prix de son adresse. Ces tournois étaient comme nos tirs d'aujourd'hui l'occasion de fêtes splendides. De tous côtés arrivaient des seigueurs renommés pour se mesurer dans le combat ; un grand concours de population assistait au spectacle. Le champ clos était brillamment pavoisé de trophées ; les gentilshommes cherchaient à se surpasser les uns les autres par la beauté de leurs armures et de leurs chevaux, avant de s'accoster, ils se lançaient ainsi que les héros d'Homère des bravades et des défis orgueilleux. La visière du casque cachant le visage des chevaliers, ceux-ci pour se faire connaître décoraient leurs écus de signes particuliers et faisaient ondoyer sur leur chef des panaches aux couleurs variées. Ces marques distinctives, qui prirent le nom d'armes ou d'armoiries, consistaient en figures symboliques. Elles furent plus tard reproduites dans les sceaux, dont les familles nobles ou bourgeoises ignorant l'art de l'écriture, se servaient en lieu et place de signature pour attester leur consentement dans les actes de vente, de donation ou les testaments. Les emblèmes adoptés par chaque famille étaient très variés. Ici c'était un château (voir les armes des Lenzbourg), là c'était l'image d'un animal (voir les armes des Gruyères, des Toggenbourg, etc). Les couleurs avaient elles-mêmes une signification ; le blanc était l'emblème de la
pureté et de l'innocence, le bleu celui de la beauté et de la majesté, le vert celui de la jeunesse et de l'espérance, le rouge le symbole du courage et de l'amour, le jaune l'attribut de la richesse et de la noblesse, le noir l'expression de la douleur et de la tristesse.
Les habitations des chevaliers étaient comme leurs costumes appropriées aux nécessités de la guerre. C'étaient de solides tours, parfois entourées d'écuries et de granges, bâties généralement sur des hauteurs, protégées par des murs et des fossés, ou bien au milieu d'un étang. Le castel et ses tours étaient un lieu de refuge où les vassaux venaient, en cas d'alerte, se mettre en sûreté ; d'où le nom de Burg * qui en passant dans la langue française a pris une acception un peu différente et sert à désigner une petite ville fortifiée. Au douzième et au treizième siècle on voit s'élever sur presque toutes les collines des châteaux de formes et de dimensions très variées. Plusieurs comme Kibourg, Utlibourg, etc., occupaient l'emplacement d'anciennes fortifications romaines. Souvent ils garnissaient les points culminants d'une chaîne de collines comme le Jura, l'Irchel ou l'Albis. Plusieurs ont complètement disparu ou n'ont laissé que des ruines. Ce n'étaient pas seulement les fkmilles comtales qui demeuraient dans les châteaux, mais encore leurs vassaux et leurs serviteurs ; toute cette suite mangeait à la table du seigneur et en portait le nom. A l'origine le château consistait essentiellement en une tour maîtresse que l'on appelait le donjon, en allemand Bergfried. La partie inférieure de cette forteresse dans laquelle on ne pouvait pénétrer que par un escalier intérieur contenait des caves et n'était éclairée que par des soupiraux. L'entrée, placée à une certaine hauteur , n'était souvent accessible qu'au moyen d'une échelle en bois qui s'enlevait en cas de danger ; elle donnait sur une grande pièce qui servait primitivement à la fois de cuisine et de logement. Plus tard cette pièce est abandonnée à la valetaille, des appartements spéciaux sont affectés à l'usage du seigneur et de sa famille, et une salle dite des chevaliers ou des gardes, où se réunissaient les hôtes et les vassaux du seigneur, complète l'édifice.
La partie supérieure du château était fréquemment construite en surplomb et flanquée à chaque angle d'une tourelle destinée à en faciliter la défense. Au sommet de la tour était placé un veilleur
* Buriç vient du verbe bergen qui sig'nitie sauver, mettre en sûreté.
chargé d'annoocer les hôtes attendus et de donner l'alarme en cas de danger. Les murs de ces donjons avaient une épaisseur allant
Fig. 33. - Entrée de la ville de Gruyères.
{D'après Friboufy[artiilique à traveri tes âgri. publicaliuo de la Srjciiïté des amis des I>e3ux-arls
cl de celle des ingénieurs et des arcliilciUcs.)
de huit à douze pieds. Les blocs de pierre employés pour leur construction restaient à l'état frusle.
Ces demeures incommodes ne devaient pas indéfluiment suflin'
aux personnes appelées à les occuper. Les familles et les besoins allant en se développant, l'on en vint à construire des habitations plus confortables autour de la tour maîtresse, transformée en geôle et en magasins, qui conserva son utilité comme moyen de défense et comme lieu de retraite en cas d'alarme. Les châteaux contiennent alors dans Tenceinte de leurs murailles crénelées, munies de chemins de ronde et de fossés, tout un ensemble de bâtiments et souvent même plusieurs cours autour desquels viennent se grouper la maison d'habitation du seigneur, des pièces pour ses hôtes de passage, des appartements pour des artisans, une chapelle, etc. Un pont-levis est jeté sur le fossé. Les plus considérables de ces châteaux étaient ceux de Kibourg, Rapperschtcil, Wœdenschwil, Lenzhourg, Gruyères^ Lticens, Vufflens, Chillon, etc. Ce dernier peut être considéré comme un type de la forteresse féodale. Son origine remonte aux premiers siècles du moyen âge, il consistait primitivement en un simple donjon servant de refuge et de poste d'observation. A cette tour fut ajoutée ensuite une enceinte ou camp retranché défendue par deux tours saillantes placées à l'extrémité nord et au milieu du pourtour sud. Au douzième siècle Chillon possédait déjà un châtelain et une petite garnison. Au début du treizième siècle, le comte Thomas P' de Savoie se fit construire à Chillon une habitation ; sous Pierre II le château fut considérablement agrandi, des bâtiments importants furent élevés sur tout le côté occidental. On a longtemps cru que l'ensemble du château était l'œuvre de Pierre II, mais, suivant M. A. Naef^ la cour orientale avec ses tours et la chapelle, la cour sud avec l'entrée, la grosse tour qui protège l'entrée et l'enceinte de mâchicoulis qui s'y appuie ne remonteraient pas au delà du quatorzième siècle et auraient peut-être été exécutés par Amédée V. Tous ces ouvrages furent du reste retouchés aux quinzième et seizième siècles ensuite des progrès des armes à feu. L'ensemble de ces constructions est considérable, il mesure une longeur de HO mètres sur une profondeur de 45 mètres. Les parties les plus intéressantes du château sont la grande salle des gardes appelée souterrain, qui se trouve à trois mètres audessus du niveau du lac, et la prison de Bonivard immortalisée par le poème de Byron. Les colonnes massives et les arcs ogivaux sur lesquelles s'appuyent les voûtes de ces salles, la demi-obscurité
* Voir le Guide au château de Chillon de M. Albert Naef.
qui y règne, les curieux jeux de lumière qui s'y produisent grâce au voisinage du lac, leur donnent un aspect mystérieux. Au niveau des cours étaient la salle à manger et la salle de justice et au-dessus la chapelle. A l'étage supérieur étaient la chambre
Fig. 34, — Vue du château de ChiJIun à vol d'oiseau. (Tiré de la monographie de H. Rahn sur Chilien. Mittlieiiungen der ant. GeieUxliaft in Zurich. Bd. XXII, Hc^Cl 3.)
à coucher du duc de Savoie, que décoraient jadis d'intéressantes peintures dont il subsiste encore des vestiges ; la chambre de la duchesse dans laquelle on remarque une curieuse cheminée ; enfin la salle des chevaliers et son antichambre, le plafond en berceau Je cette dernière pièce permet de se représenter l'aspect que devait avoir le plafond de la précédente avant les remaniements que lui ont Tait subir les baillis bernois. Une association, pro Chillone, s'est tondée en 1887 en vue d'entreprendre, avec l'appui du gou-
vernement vdudois, la restauration de ce château, dans l'idée d'y établir un musée. Il est à souhaiter que cette œuvre patriotique reçoive les encouragements qui lui sont nécessaires pour être menée rapidement à chef.
Durant le cours des douzième et treizième siècles il a été construit un nombre considérable de châteaux. Dans le seul comté de Kibourg (partie orientale des cantons de Zurich et de Thurgovie) on en comptait plus de cent, dans TUnterwald, trente-deux, dans les Grisons cent quarante-neuf. Ils étaient la plaie du pays. Les seigneurs qui y avaient élu domicile en sortaient avec des bandes armées et pillaient les voyageurs inoffensifs, les paisibles marchands, les couvents et les villes. Ces abus de la force durèrent jusqu'au moment où un nouvel élément social, la bourgeoisie, entrant en lice, parvint heureusement à tenir en échec la noblesse, et où l'invention de la poudre et de l'artillerie permit de s'emparer des forteresses du moyen âge, longtemps réputées imprenables. Les fratricides commis par les Kibourg et les Toggenbourg, les forfaitures et les violences de ces nobles brigands, et les vengeances des baillis autrichiens, que les légendes et l'histoire racontent par centaines, témoignent de la grossièreté des mœurs de cette époque.
La chevalerie ne laissait pas cependant d'avoir un idéal élevé, surtout dans sa période florissante, au douzième siècle. Avec le treizième siècle commence la décadence de cette institution.
Elle s'était donné pour mission de répandre le christianisme parmi les infidèles, de venir en aide aux faibles en combattant leurs oppresseurs, de protéger les femmes et de se mettre au service de la beauté et de la vertu. Le sentiment de l'honneur dont les chevaliers faisaient profession engendra chez eux un orgueil et un esprit romanesque qui les poussaient à des entreprises considérées comme insensées par le commun peuple. Dans les poèmes d'amour du moyen âge on voit des chevaliers, uniquement préoccupés de plaire à la dame de leurs pensées, accomplir des choses inouïes pour attirer leurs regards et acquérir leurs faveurs.
Comme type de ce genre de poésie citons la strophe suivante d'Othon de Grandson * :
* Othon de Grandson fut, au moyen âçe, le premier poète de la Suisse romande, en dat€ comme en importance. Sa mort tras^ique à Bourg-en-Bresse en 1397 a l'âge de soixante ans passés dans un combat judiciaire , auquel il avait été pro-
Puisqu' Amours vuelt [et] li piaist et agrée Que yostre soient du tout entièrement M'amour, m'espoir, mon plaisir, ma pensée, Mon cuer, ma joye, tout mon esbatement. Je l'en mercy, car je sçay fermement Que plus grans biens ne me pourroit donner Qufe de vous faire par moi chérir, doubler, Obeïr, craindre, honnorer et servir.
Et ce virelai du même auteur :
Je vous aime, je vous désir.
Je vous veuil doubter et servir, Je suy vostre ou que je soye.
Je ne puis sanz vous avoir joye, Je puis par vous vivre et morir.
Onques si fort ne vous amay, Onques tant ne vous desiray De tout entier le cuer de moy.
Vostre lige suy et seray, Jamaiz autre ne serviray.
Je le vous jure par ma foy.
Loyal amour me fait sentir En penser et en souvenir
voqué par Gérard d'Estavayer en a fait une sorte de héros national. Seigneur puissant et riche, ayant joué un rôle important à la cour de Savoie, il avait beaucoup d'envieux et fut accusé d'avoir, de concert avec Bonne de Bourbon, fait empoisonner le comte Amédée VIT, par le médecin Grandville en 1391. Une enquête ordonnée à sa demande par le roi de France Charles VI, et à laquelle participèrent les ducs de Berry, de Bourgogne , d'Orléans et de Bourbon , le blanchit de ces accusations, Des soupçons n'en continuèrent pas moins à courir. On a longtemps cru que son Antagoniste, Gérard d'Estavayer, qui se constitua le champion des accusateurs d'Othon, avait des motifs personnels pour le provoquer. Cette légende aurait, suivant M. A. Piaget, pour origine une lecture étourdie d'un passage d'Olivier de la Marche dans lequel on lit : « Gestuy messire Gérard d'Estavayé estait ung chevalier nourry et eslevé par le dit messir Othe Grandson et avait moult tenu à luy, mais, par aucune jalousie de sa femme, il emprist ceste vengence et se bouta au gaige de bataille contre celluy qui l'avait nourry. » Or l'orthographe femme pour famé (renommée) se rencontre fréquemment au quinzième siècle et dans une autre copie manuscrite du même ouvrage on trouve renommée au lieu de femme. (Voir la monographie de M. A. Piaget intitulée : Othon de Grandson et ses poésies.) On a longtemps cru qu'Othon de Grandson avait été enterré à la cathédrale de Lausanne ; le professeur H. Carrard a établi que le monument où sa dépouille est censée reposer fut élevé à la mémoire d'un frère de son bisaïeul, Othon I^r, qui dans son testament du 4 avril 1328 avait demandé à être inhumé dans cette église. (Voir la brochure de H. Carrard : A propos du tombeau du chevalier de Grandson.)
Plus que onques senti n'avoye,
Car il n'est riens que sanz vous voye
En quoy mon euer prengne plaisir.
Je vous aime, etc.
Un autre trait caractéristique du moyen âge, ce fut TuiiioD intime de Tesprit guerrier des chevaliers et des aspirations de TEglise. Les croisades donnèrent une satisfaction aux goûts d'aventures des chevaliers et leur fournirent l'occasion de se signaler par des actions d'éclat. Le zèle pour la vraie foi et le combat pour la croix furent considérés comme les premiers devoirs des chevaliers. Avant d'aller combattre les infidèles, le chevalier faisait bénir ses armes. Cette consécration était précédée d'un noviciat durant lequel le néophyte devait se mettre, comme page, au service d'ua preux, le suivre au combat et à la chasse, porter ses armes, servir les dames et se former aux manières galantes.
Consacrant la séparation absolue des classes et la suprématie de la noblesse, la chevalerie ne peut pas être considérée comme un progrès au point de vue politique; il faut reconnaître néanmoins qu'elle affina les mœurs et contribua au développement esthétique des classes privilégiées. Les vêtements et le mobilier portent la trace de cette influence. La courte tunique avec un manteau descendant jusqu'au genou subsiste jusqu'au onzième siècle : puis le manteau s'allonge et descend jusqu'aux pieds. Les campagnards et les gens de condition modeste conservent seuls le vêtement court, dont la blouse que portent encore aujourd'hui les campagnards et les ouvriers est, dit-on, un reste. Dans les réunions où se rencontraient des hommes et des femmes, les uns et les autres cherchaient à briller. Les différences de sexe étaient beaucoup moins marquées dans le costume qu'elles ne l'ont été depuis. Les gentilshommes s'affublaient de riches étoffes aux couleurs éclatantes, ils se rasaient complètement la barbe, portaient les cheveux longs, les pommadaient, les frisaient, en formaient des boucles et se ceignaient la tête de couronnes et de diadèmes. Au pantalon près, le costume des femmes se rapprochait beaucoup de celui des hommes, il consistait en une chemise, une robe, une tunique et un manteau flottant. Plus tard elles portèrent des vêtements moins amples pour faire mieux ressortir leur beauté ; le penchant à Télégance s'accrut avec les hommages dont elles furent l'objet. Les vêtements de dessous et ceux de dessus se dis-
ORGAMSATION DE LA. SOCIÉTÉ AUX TEMPS DE LA KÉODALITÉ lia
tioguaient par leurs couleurs, ces derniers sont bigarrés, chamarrés et recouverts d'omemenls dorés. Les cheveux ne sont plus comme précédemmeDl réunis en tresses, mais formés en boucles flollant librement sur les épaules, retenus seulement par un ruban
Fig, "ii- — Chileuu de Chennux, i Eilnvaycr. (Tiré ilu f'ribounj arlislK/ue.)
ou un cercle de métal. Pour les lemmes les cheveux tressés, pour les hommes les cheveux courts, ne se rencontrent plus que chez les bourgeois et les paysans.
Ce perfectionnement du goiU se remarque aussi dans l'intérieur des habitations. I.,es châteaux féodaux qui ont subsisté jusqu'à tios jours attestent par leurs décorations extérieures du faste et du luxe du moyen ilge. Les silhouettes pittoresques de Chillon, de
Vuflflens, de La Sarraz, de Champvent et de Gruyères, avec leurs fiers donjons, leurs tours hardies, leurs cours spacieuses, font honneur aux architectes qui les ont construites. Les appartements qu'occupaient les chevaliers étaient cependant peu confortables; la grandeur des salles et la hauteur des plafonds constituaient tout le luxe de ces immenses demeures, où se réunissaient de nombreuses sociétés. Ces vastes pièces étaient humides, froides et obscures, leur mobilier était fort simple. Cependant à partir du treizième siècle les appartements sont moins rustiques ; un perfectionnement se manifeste ; les salles des chevaliers, qu'anime la présence de guerriers aux '*-mes resplendissantes et de nobles dames aux vêtements multicolores, commencent à s'orner de tapis, de peintures murales, de sculptures et de profondes cheminées soutenues par des colonnettes. Les tables, les fauteuils et les lits avec ciels sont ornés de sculptures et de figures taillées. L'art du moyen âge se révèle dans la confection de bahuts armoriés et de coffres de toutes dimensions, de buffets garnis de vaisselle d'argent, et de trophées suspendus aux parois.
Accablé de fléaux de tout genre, famines, guerres , invasions, le peuple, vers le milieu du moyen âge, était profondément malheureux. Docile aux enseignements de l'Eglise, il en vient à considérer la vie comme un état éphémère et transitoire, il s'habitue à la souffrance et se console à la pensée des félicités éternelles qui attendent le croyant dans la céleste Jérusalem. Il n'est pas de renoncement que l'homme quelle que soit sa situation sociale, ne s'imposât alors pour obtenir le pardon de ses péchés et s'assurer une place dans le royaume des cieux. Aussi, lorsqu'en 1095 le pape appelle les chrétiens à la lutte contre les infidèles et à la conquête des lieux saints, des peuples entiers pleins d'une foi naïve et mystique s'ébranlent. La participation à cette guerre sacrée étant présentée comme un devoir pour tout croyant, des milliers de prêtres, de moines, de chevaliers, de nobles, de bourgeois et de paysans, abandonnent leurs paroisses et leurs familles, revêtent l'emblème de la croix et accompagnent leurs seigneurs en Palestine. Les motifs qui déterminaient ces vocations n'étaient, à vrai dire, pas tous religieux. Quelque importante qu'ait été la part de la foi dans ce que Ton a appelé les croisades, ce mouvement avait aussi pour cause un malaise social. Si beaucoup suivaient avec un pieux désintéressement la bannière de l'Eglise, d'autres, animés de mobiles mondains, comptaient y trouver une occasion d'améliorer
leur sort. Les princes sans apanage , les chevaliers sans fortune espéraient y acquérir des seigneuries et de la considération ; le pauvre y voyait une source d'enrichissement, et s'il était engagé dans les liens du servage un moyen d'obtenir la liberté. Plusieurs croisades, vrais beutezug, avaient le pillage pour but, d'autres rappellent les voyages de découvertes des quinzième et seizième siècles ou les convois d'émigrants de nos jours. Les profits qui en résultèrent furent aussi médiocres dans le domaine religieux que dans celui de la civilisation. Six grandes croisades, dirigées par des empereurs, des rois ou des princes, eurent lieu à intervalles plus ou moins rapprochés (1095-1099, 1146, 1189, 1202-1204, 1217 et 1228).
En Suisse les partisans du saint-siège, les moines, les couvents, surtout ceux relevant de Cluny, les abbés d'EinsiedeIn et d'AIIerheiligen (canton de Soleure), déployèrent un grand zèle pour les croisades. Lors de la seconde, le grand prédicateur Bernard de Clairvattx fit des voyages de missions en Suisse, il prêcha la guerre sainte en 1 146 à Bàle, Schaffhouse, Constance, Winterthour, Zurich, Birmensdorf, Frick et Rheinfelden, d'où il revint à Bâie après avoir partout échauffé les esprits. Les chroniqueurs mentionnent un grand nombre de seigneurs ecclésiastiques et laïques qui se croisèrent, les évêques de Constance, Bâle et Coire, les abbés de Rheinau et de Schaffhouse, les seigneurs de Brandis, Montfort, Kibourg, Habsbourg, Regensberg, Rapperschwil, Zaeringen, Neucbâtel. Gruyères, Grandson, etc., la comtesse Uta de Tarasp en Engadine, ainsi que des bourgeois de Schaffhouse, Zurich et Bàle. Un grand nombre de serfs, de paysans et de bourgeois dont l'histoire n'a pas conservé les noms, s'y associèrent; le comte de Gruyères, dit-on, était suivi de cent vigoureux montagnards. Un comte de Savoie, pour s'équiper, mit en gage les revenus de l'abbaye de Saint-Maurice et vendit une table d'or enrichie de pierreries que possédait le couvent.
Durant les croisades, les fondations pieuses, les couvents et les ordres religieux se multiplient. Au début dn moyen âge, avant le dixième siècle, il n'y avait en Occident qu'un ordre, celui des Bénédictins, tous les plus anciens couvents de notre pays lui appartenaient ; Saint-Gall, Dissentis, Rheinau, Einsiedeln, etc., au onzième et au douzième siècle plusieurs couvents de bénédictins sont fondés, à Stein sur le Rhin (1005), Mûri (1027), Schaffhousr (1052), Herzogenbuchsee (i 109), Engelberg (1120), Fahr (Argovio),
Fischingen (Thurgovie), Trub (canton de Berne, H39), Saint-Jean (canton de Saint-Gall, 1152). Mais déjà au dixième siècle la règle primitive de saint Benoit n'était plus en vogue, les mœurs de ses adhérents s'étaient amollies; c'est alors, ainsi que nous Pavons vu plus haut (page 83), que Tordre de Cluny, fondé en 910 en Bourgogne par Tabbé Bernon et le duc Guillaume d'Aquitaine, entre en scène avec une sévère organisation, des tendances ascétiques et un zèle absolu pour les intérêts du saint-siège.
Après avoir acquis un grand prestige aux temps de l'abbé Odon et de son successeur Tabbé Mayeul, après avoir suscité une réforme dans les couvents et s'être rattaché un grand nombre d'entre eux, notamment celui de Romainmôtier, la congrégation de Cluny devait décliner à son tour. Comme les bénédictins, les cluniaciens s'enrichissent, s'adonnent au bien-être et se relâchent de leur discipline. Une nouvelle impulsion venue de France se produit à la fin du onzième siècle dans les couvents de Citeaux * en Bourgogne, de la Chartreuse en Dauphiné, et des Prémontrés à Laon ; de pieux moines renoncent aux fêtes et aux plaisirs du monde pour s'adonner à la prière, aux mortifications et aux travaux des champs. Ces nouveaux ordres se répandent en Suisse au commencement du douzième siècle. Les prémontrés se fixent sur les bords solitaires du lac de Joux, dont ils défrichent les rives (1126), à Humilimont ou Marsens, canton de Fribourg (1136), à Bellelay près Moûtier (1136), à Chunvalden près Coire (au début du douzième siècle, suivant les uns, en 1167 suivant d'autres), à Fontaine Saint- André près Neuchâtel (1143), à Ruti près Zurich (1206), à Klosters dans le Praettigau (date inconnue). Les chartreux s'établirent à La Lance près Concise, dont le nom paraît venir d'un petit ruisseau « le Lancy » qui coule auprès, à Oujon sur Nyon vers 1150, à te Valsainte (1294), à la Part-Dieu (1307), tous deux en Gruyère, et à Géronde (Valais, 1331), etc. Enfin les cisterciens créent des maisons à Lutzel près Soleure (1123), à Bonmont sur Nyon (vers 1123), à Frienisberg (canton de Berne, 1131), à Hautcrét près Oron (1134), k Montheron, primitivement Thela, à la source du Talent, sur Lausanne (1135), à Hauterive près Fribourg (1137), k Saint- Urbain près Lucerne, à Cappel (canton de Zurich, 1185), à Wettingen (Argovie, 1227) etc. Plusieurs de ces fondations durent leur origine au réveil religieux provoqué dans
* L'ordre de Citeaux fut fondé à la fin du onzième siècle par Robert de Molesme.
la TraDsjuraae par les prédications enflammées de Bernard de Clairvaux'. Les cisterciens, entraînés par l'éloquence de cet apôtre, fuyent les tentations et le contact du monde et recherchent loin des villes, des vallées solitaires, entourées de hauteurs boisées, au bord des ruisseaux dont l'eau claire devait leur fournir le poisson, seule friandise autorisée par leur règle austère. Là ces moines, dédaignant l'étude, consacraient leur temps aux travaux agricoles, ils défrichaient les forêts, créaient des champs et des vignes. C'est
ïi%. !G. — Portail de l'église ds Bonmont. {D'aprè: une pbalographie.}
ainsi que sur les pentes arides de Lavaux les moines de Hautcrêt, de Montheron et de Hauterive ont créé les beaux vignobles du Dézaley et des Faverges, et que ceux de Bonmont ont planté celui de Mont sur Rolle.
La discipline des chartreux avait un caractère plus ascétique ; la règle de cet ordre condamnait le moine à demeurer dans sa cellule et le petit jardin attenant, qu'il ne quittait que pour les oflices et les repas. De cette règle résultait un système de construction particulier qui diflërait des autres couvents. Les cellules groupées autour du cloître, étaient séparées les unes des autres par de petits enclos fermés que les moines cultivaient en silence. L^usage de la viande était prohibé, de nombreux jeânes, et un silence presque inintei'rompu étaient de rigueur. Les chartreuses étaient généralement de petits couvents ne comptant guère qu'une douzaine de cénobites. Avec le temps cet ordre austère, lui aussi, perdit de vue
* Qu'il De faut pas coafondre avec saint Bcroard de Mcnthon, le fondateur des hospices du ^and et du petit SaiDl-Bemard (dixième siècle).
l'idée qui avait guidé ses fondateurs. Les chartreux acquirent des terres, devinrent riches et vécurent en conséquence.
A cet ascendant que prend l'Eglise vient s'opposer un contrepoids. Au treizième siècle, au moment où l'enthousiasme qui avait inspiré les croisades commence à décliner, l'incrédulité et l'hérésie apparaissent. Pour combattre ce danger de nouveaux ordres sont fondés, ils adoptent pour règle la pauvreté ; ce sont les ordres mendiants : les Dominicains et les Franciscains. Ces moines d'un genre nouveau repoussent les donations et vivent au jour le jour d'aumônes, ils ne s'occupent ni de science, ni de travaux manuels, mais seulement de prédication et de mission ; loin de rechercher la solitude ils construisent leurs couvents dans les contrées populeuses. Il n'y a guère de ville où l'un ou l'autre de ces ordres ne s'établisse, on les voit se fixer dans le cours du treizième siècle à Zurich, à Bâle, à Berne, à Schaffhouse, Lucerne, Zofingue, Berthoud, Fribourg, Soleure, Lausanne, Genève, Coire, etc. D'accord pour prêcher la simplicité, ces deux ordres avaient cependant des tâches différentes. Les dominicains s'occupent plus spécialement des croyances, ils tonnent contre l'hérésie, la menacent du fer et du feu et établissent l'inquisition. Les franciscains dédaignent la science qu'ils considèrent comme insipide, ils inclinent vers le mysticisme et procurent un certain réveil des âmes. Les Augustins, qui ne devinrent que' plus tard un ordre mendiant, s'établissent en Suisse dès le XIIP siècle.
Les femmes, de leur côté, s'adonnent en grand nombre à la vie monastique, de nombreux couvents de nonnes se fondent; les Bénédictines s'établissent à Fahr, en Argovie (1 130) ; les Cisterciennes à A'a/cAram (Thurgovie, 1230), k Magdenau (Saint-Gall, 1244), à Fraubrunnen près Berne (1246), à Frauenthal (canton de Zoug), à Wurmsbach près Rapperschwil et à Steinen près Schwiz (1250), à Dœnikon (Thurgovie, 1257), à Seldenau (1259), et à Gnadenthal (Argovie, 1290), à Bellevaux, près Lausanne (1270); les Dominicaines à Tœss près Winterthour (1233), au Val de Sainte-Catherine (Thurgovie, 1242), etc. Au treizième siècle il y avait environ trois cents couvents en Suisse.
Les croisades amènent la création d'ordres spécialement créés dans le but de protéger les pèlerins qui se rendaient en Palestine, de prendre soin des malades et de défendre les établissements chrétiens contre les infidèles. Ce sont les Chevaliers de saint Jean, les Templiers et les Chevaliers teiitoniques , Les papes encouragent leur
ORGANISATION DE LA SOCIÉTÉ AUX TEMPS DE tA FÉODALITÉ 121
zèle. A leur retour en Occident les croisés fondent des maisons de chevaliers qui reçoivent des donations et s'organisent aristocratiqaement. Ces moines guerriers avaientà leur tète des chefs militaires ayant le titre de grands-maîtres ; ils ne portaient pas l'habit monastique, leur costume consistait en un manteau décoré d'une croix. Celui des chevaliers de saint Jean était noir avec une croix blanche, celui des templiers blanc avec «ne croix rouge. Les premiers
Fig. 27. — Clollre do la Lante. (D'apr** un dessin inédit du M. Rahn.)
étahlissemenls de ce genre en Suisse furent sur terre hernoise. Le chevalier Conon de Buchsee ayant apprécié les services utiles rendus aux malades en Terre-Sainte par Tordre de saint Jean, fonda on 1180, au retour de son troisième voyage àJérusalem, la maison de Mûnchenbuchsee, (\m''\\ donna aux chevaliers de saint Jean. En 12âô UD seigneur de Sumisivald dans FEmmenthal fonda dans cette localité une maison de chevaliers de l'ordre teutonique. Bientôt ces ordres prennent de plus en plus racine en Suisse ; les chevaliers de saint Jean s'établissent à Hoiienrain dans le canton de Lucerne (H85), à Babikon (vers 1200), liâle (1219), Tobel (Thurgovie), KHngnau, Wœdenschiril (1287), Kussnacht (canton de Zurich, 1358 et 139;)); etc. Les chevaliers teuloniques à Kœniz près Berne (1226), Hilzkirch (1240), Bâle, etc.
Deux autres ordres, dont l'origine remonte aux croisades et qui se vouent spécialement aux soins des blessés, s'établissent en
Suisse, ce sont les Frères hospitcttiers et les LazarUes, les premiers fondent des maisons à Berne (1233), à Neuchâtel (1239), à Fribourg (1262), à Tracliselwald (1275), à Lausanne (1282), les Lazarites ouvrent des asiles à Seedorf (1200) et à Gsenn près Dubendorf (1234). Du nom de ces derniers, qui s'étaient placés sous le vocable de saint Lazare, le patron des malades, est dérivé de nos jours le terme de lazaret qui sert, comme Ton sait, à désigner des hôpitaux temporaires, civils ou militaires.
Il est frappant de constater Fattrait que la vie contemplative exerçait en ce temps-là sur les populations. Les couvents ne pouvaient pas contenir tous les postulants qui venaient se présenter à leurs portes. Des gens, hommes ou femmes, qui n'avaient pu y trouver place, ou qui, sans aimer la vie monastique, voulaient cependant se retirer du monde en faisant hommage à Dieu de leurs biens, se groupaient dans des villages sous la direction d'un prêtre, formaient vœu de célibat, et s'adonnaient à des pratiques religieuses intensives. C'étaient les Bégards et les Béguines , sortes de francs-tireurs de l'armée monacale. Comme pour les croisades, il ne faudrait pas attribuer les tendances monastiques au seul mobile religieux, elles étaient en partie aussi le résultat de la crise que traversait la société ; beaucoup de gens indolents trouvaient dans ce genre de vie , au fond anormal, un moyen de s'éviter la peine de pourvoir par eux-mêmes à leur propre existence. Pour les membres de la haute noblesse qui prenaient une si grande part à la fondation des couvents, ils y trouvaient parfois un refuge après une vie agitée, et surtout un moyen d'assurer de grasses prébendes aux cadets de famille et à des parents débiles, impropres au métier des armes.
Pour faciliter la lecture des armoiries et des sceaux des pages 104 et i05, il ne sera peut être pas inutile d'expliquer qu'en langage héraldique on distingue hait émaux, à savoir : deux métaux, or, argent j quatre couleurs et deux fourrures, qui avaient chacun leur signification et un mode conventionnel de représentation.
L'Or, ou jaune, emblème de la justice, de la clémence et de la noblesse, est représenté par un pointillé.
V Argent, ou blanc, emblème de l'innocence, de la beauté et de la franchise, se reconnaît à Tabsence de toute hachure ou pointillé.
Le Gueules, ou rouge, emblème du courage et de la vaillance, est représenté au moyen de hachures verticales.
VAzur, ou bleu céleste, emblème de la douceur, de Tamitié et de la vigilance, est représenté par des lignes horizontales.
Le Sinople, ou vert , emblème de Tespérance, de la courtoisie et de la joie, est représenté au moyen de hachures obliques dirigées de gauche à droite.
l'architecture reugiedse et profane 123
Le Sable, ou noir, emblème du deuil, de la tristesse, de la prudence et de l'humilité, est représenté par des hachures horizontales et verticales.
U Hermine , indice d'une haute autorité, est représentée par un champ d'argent semé de petites croix de sable, desquelles pendent trois petites branches qui vont en s'élargissant.
Le Vair (fourrure d'écureuils avec laquelle on g^arnissait les manteaux des hauts personnages) est représenté par des rangées de cloches opposées les unes aux autres, alternativement renversées et debout, les unes d'argent; les autres d'azur.
.V. B. Le grand sceau qui figure au milieu de la page 104 est celui de Berthold de Zaeringen, il est flanqué des sceaux des Blonay et des Gruyères.