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CHAPITRE X L'architecture religieuse

Anciennes basiliques. — Style roman. — Style gothique.

Si l'on étudie les vieilles églises de notre pays, on voit qu'elles ont été construites suivant certains principes généraux qui leur sont conununs. Elles se composent toutes d'une nef rectangulaire, couverte d'un plafond ou d'une voûte se terminant par un chœur, et flanquée d'une ou deux tours. Sur ce type courant de nombreuses variétés, soit dans le plan, soit dans le style, sont venues se greffer. Les portes, les fenêtres et les voûtes des unes se terminent en plein cintre, forme en usage jusqu'au douzième siècle, dans d'autres prévaut l'arc brisé, en usage dès le douzième siècle, durant la seconde moitié du moyen âge et aux débuts de l'époque moderne. Dans les premiers temps de la chrétienté on désignait le bâtiment où se réunissait les Bdèles sous le terme à'^ecclesia qui signifie assemblée, lieu d'assemblée ou place publique, on lui donnait aussi le nom de kyriakan, qui veut dire propriété du Mattre, du Seigneur. La première de ces appellations a fourni la racine du mot français église, de la seconde est probablement dérivé le mot allemand Kirche, A partir de Constantin les salles de culte des chrétiens prennent le nom de basiliques, qui vient du grec basilikos (royal), terme sous lequel on désignait de grandes halles, servant soit de cours de justice, soit de rendez-vous pour les gens d'affaires. On en a conclu que sous les premiers empereurs chrétiens un certain nombre de prétoires et de bourses de commerce auraient été affectés au nouveau culte.

Dans son histoire de l'art en Suisse, M. le professeur Rahn com-

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bat cette opinion. 11 estime que si l'expression de basilique s'est substituée fréquemment au quatrième siècle à celle d'église, c'est tout simplement parce que, une fois protégés par l'empereur, les chrétiens ont pu donner à leurs lieux de réunions de plus grandes dimensions et ont été tout naturellement conduits à s'approprier le style des prétoires qui convenait particulièrement bien à des salles destinées à recevoir un nombreux public. Du reste avant la conversion de Constantin, les chrétiens, pour célébrer leur culte, s'assemblaient déjà dans des maisons particulières qui présentaient une certaine analogie de forme avec les basiliques. En effet, dans les habitations de la classe aisée des provinces grecques, il existait fréquemment une salle de festin appelée œcm, qui, par ses dimensions et son emplacement, était propre à recevoir des réunions nombreuses désireuses de se soustraire aux regards du public et de se mettre à l'abri d'une surprise. Cet œcus d'une forme allongée auquel on accédait en traversant d'abord Vatrium puis le peristylum, conçu dans le style égyptien ou dans le style corinthien, avait, dans des proportions plus restreintes, une grande analogie de formes avec les basiliques. 11 était couvert d'un toit supporté par des colonnes ; sa partie centrale, comme la grande nef des basiliques, était plus élevée que les parties latérales comprises entre les colonnes et le mur. Cette différence de niveau égale à un étage permettait d'éclairer la partie centrale par des fenêtres prenant leur jour sur les bas côtés, ainsi qu'on le fait encore dans nos grandes églises.

Les basiliques chrétiennes se composaient de trois parties essentielles, Vatrium ou narthex, la nef et le chœur. Le narthex était une sorte d'anti-chambre où les pénitents et les catéchumènes, qui n'osaient pas franchir le seuil du temple, étaient autorisés à pénétrer pour entendre du dehors le service divin ; un portique couvert régnait le long de ses murs, au milieu, primitivement à ciel ouvert, était une fontaine, appelée cantharas, où, suivant l'usage de la primitive Eglise, les fidèles faisaient leurs ablutions avant d'entrer. La nef principale était flanquée de deux, quelquefois de quatre nefs latérales ou bas côtés, les colonnes qui séparaient les nefs étaient souvent empruntées à quelque temple païen. Dans les plus anciennes basiliques le plafond était plat et en bois ; suivant M. Rahn ce devait probablement être le cas de l'église de Romainmôtier. Dans d'autres les poutraisons de la toiture étaient apparentes, plus tard la voûte se substitua au

L ABCUITECTL'RE RELIGIEUSE

plafoD'l. Les nefs étaient la partie du temple assignée aux laïques ; le nom de net vient d'une idée symbolique, it devait rappeler l'arche de Noé ou la barque de saint Pierre. A l'extrémité du vaisseau principal était le chœur où se tenaient le prêtre officiant et les chantres ; le chœur lui-même se terminait par une

Essai de recooitilulion de l'église abbatiale de Romaînmaiier, par M. le pror. Rahn. (Tiré de sa monagraphii; sur ïEglise abbatiale de Payerae.)

rotonde voûtée en forme de conche appelée abside, du grec apsis, (jante de roue). Au fond de l'abside, qui était le sanctuaire proprement dit, s'érigeait le matire-autel. De petites absides terminaient souvent les nefs latérales (voir plus loin la vue de l'église abbatiale de Payerne). Les cérémonies religieuses se célébrant en grande pompe exigeaient le concours d'un nombreux clergé ; avec le développement du clergé le chœur et l'abside prennent une plus grande importance relativement à l'ensemble de l'édifice. Puis, pour assurer aux personnes de distinction des places réservées, les architectes interposent entre les nefs et le chœur une nef transversale qui reçoit le nom de transept et l'église prend ainsi la forme d'une croix. A l'entrecroisemenl des

nefs s'élevait parfois une tribune, destinée aux chanteurs ou aux lecteurs, qui portait le nom d'amfton. Peu à peu le système de toiture de la basilique se transforma aussi ; sur le carré formé par la rencontre du chœur, du transept et de la grande nef, la couverture de l'édifice prit des dimensions plus hautes et se termina en coupole. Une autre modification importante fut la surélévation du sol du chœur, destinée à séparor les officiants du public, qui permit d'aménager dans le sous-sol une chapelle, appelée crypte (du grec kryptos, caché) où il était d'usage de déposer les reliques des saints et de placer des monuments funéraires ; le dôme de Zurich et les cathédrales de Bàle et de Coire, entre autres, possèdent de ces cryptes.

Lorsque les peuples germaniques eurent embrassé le christianisme, de nouvelles notions artistiques se développèrent. Au premier rang des protecteurs des arts il faut citer Charlemagne. Durant ses campagnes d'Italie, ce souverain avait eu l'occasion de contempler les monuments de l'antiquité et avait conçu pour eux une vive admiration. Tout en vaquant à l'administration et à la défense de son immense empire, il se signala par de nombreuses constructions. En franchissant les Alpes le type de la basilique se modifia. Les plus anciennes églises de la Suisse ont été construites à l'usage de couvents, on y constate la présence d'un grand nombre d'autels ; les cryptes, qui au sud des Alpes n'étaient parfois que de simples caveaux, prennent une plus grande extension ; parfois l'on trouve dans une même église deux chœurs voués à des patrons différents.

C'est à l'époque carlovingienne que les clochers font leur apparition ; jusqu'alors les cloches étant plus petites étaient suspendues au-dessous des combles ou dans des arcades au-dessus d'un pignon. Les premiers clochers, construits aux temps des invasions, ont eu, semble-t-il, un but militaire ; dominant la contrée, comme les beffrois, ils permettaient au guet, préposé à la garde de la ville, de donner l'alarme en temps utile. Les églises elles-mêmes servaient aussi de refuge en cas d'attaque et furent parfois munies à cet effet de fortifications ; Notre-Dame de Valère à Sion, dont la construction paraît remonter au douzième ou même au onzième siècle, est demeurée comme un type de ce genre de construction.

Le onzième siècle fut une période décisive au nord des Alpes. En France, en Allemagne et en Angleterre le sentiment national

L ABCHITECTOBE RELIGIEUSE

s'afGrme dans le domaine de l'ai*! comme dans celui des mœurs. de la langue et de la politique. Les peuples germaniques se

Fif. ta. ■

dégagent de l'influence de l'antiquité, leurs tendances individualistes prennent essor, leur élan religieux trouve son expression dans une foule de fondations pieuses, qui donnent naissance à un

art nouveau. Les conceptions architecturales de Tltalie étaient animées d'un esprit uniforme et pompeux qui était celui de Tancienne Rome. Au nord des Alpes la fantaisie et l'amour de la variété, qui est un des caractères distinctifs des peuples du Nord, engendrent des conceptions originales, souvent hétérogènes, si bien que dans une rangée de colonnes on n'en trouve parfois pas deux semblables; la préoccupation du détail chez les Germains l'emporte sur celle de Tensemble. A travers ces dissemblances prévalent cependant, l'un après Tautre, deux styles bien déterminés qui se propagent successivement dans tout l'Occident, en France, en Allemagne et en Angleterre d'abord, en Espagne ensuite, puis chez les peuples Scandinaves et enfin en Italie : le style raman et le style gothique. Entre ces deux styles, qui correspondent à deux périodes, il s'établit naturellement une époque de transition durant laquelle on voit des édifices dont la donnée générale est romane, avec des éléments gothiques ou au contraire dont la donnée générale est gothique avec des réminiscences de décoration romane. Ce mélange de style est très manifeste, entre autres dans les cathédrales de Coire, de Bâle et de Genève. On aurait tort du reste d'opposer ces deux styles, le roman n'est guère qu'un étage dans une évolution dont le gothique forme le dernier terme ; l'arc brisé dans lequel on a voulu voir souvent la caractéristique du gothique apparaît déjà dans la période romane.

Le style roman est une décomposition des traditions de l'architecture antique et une recomposition ou une accommodation accomplie sous des influences nouvelles; c'est au nord des Alpes qu'il a son berceau, et non en Italie ainsi que pourrait le faire supposer son nom. Sur le type ancien de la basilique viennent s'implanter diverses innovations appropriées aux besoins de la vie conventuelle. A côté de l'abside principale demi-circulaire, qui terminait le chœur, viennent se ranger deux et même quatre petites absides, qui reçoivent chacune un autel comme dans l'église abbatiale de Payerne par exemple.

Le transept, qui n'existait primitivement que dans les grandes basiliques, se généralisa dans la période romane en sorte que l'église prit la forme d'une croix, dans laquelle les amateurs de symbolisme ont vu une allusion au supplice subi par notre Seigneur. Placée au centre de l'Europe, la Suisse est sujette à des influences diverses, on peut distinguer le courant lombard qui remonte jusqu'à Coire et à Zurich^ puis le courant souabe et

l'architecture religieuse

alémanique dont les effets se font sentir jusque dans la vallée de TAar supérieur, enfin le courant français ou bourguignon dont l'on reconnaît la trace dans les églises de Romainmôtier, de

Grandson, de Payerne, de Bon-

mont, d'Hauterive et les cathédrales de Bâle, Genève et Lausanne. Dans le nord et l'est de la Suisse à Coire, à Zurich, Schafîhouse, Mûri, Stein, Reichenau, etc., on remarque une préférence pour les absides rectangulaires. Là au contraire où prévaut l'influence française, comme dans les cathédrales de Bâle et de Lausanne, l'abside en forme demi-circulaire est surmontée d'une voûte qui repose en partie sur des colonnes, en partie sur un mur percé de grandes baies, et recouvre le déambulatoire qui est la continuation des nefs latérales. La nef centrale toujours plus haute est généralement d'une largeur double de celle des nefs latérales; celles-ci, qui en Italie sont parfois au nombre de quatre, ne dépassent jamais en Suisse celui de deux. Les voûtes des bas côtés sont supportées d'un côté par les piliers de la grande nef, de l'autre par des colonnes engagées dans le mur extérieur. A la suite de plusieurs incendies qui avaient détruit de nombreux édifices, l'emploi de la voûte, adopté en premier lieu pour la crypte et les niches, se généralise ; on commence par voûter les bas côtés puis en dernier Heu la nef principale. Aux systèmes romains de la voûte en berceau et de la coupole se substitua le système plus compliqué, mais plus léger de la voûte d'arête ; la nef est divisée

Fig. 30. — Plan de la cathédrale de Lausanne. (D'après Blanchet.)

en travées, des arcs en diagonale sont tendus d'un pilier à l'autre et supportent, avec les doubleaux et les formerets * tout le poids, de la voûte ; la poussée s'exerce ainsi aux angles de chaque travée sur des piliers équilibrés par des arcs-boutants. Ces adjoncticms extérieures contribuent au cachet de l'édifice. Parfois, et cela noéme dans des églises d'une certaine importance les nefs latérales sont supprimées ; on ne connaît en Suisse qu'un seul exemple d'église à deux nefs, c'est celle de Saint-Georges à Bœrschis près de Sargans. L'atrium ou narthex des basiliques disparaît généralement dans la période romane, il est remplacé par un simple porche à côté ou au-dessus duquel vient se placer le clocher. Celui-ci, qui à l'époque carlovingienne était séparé de l'église, en fait désormais partie intégrante. Le cantharus se transforme en un bénitier. A la différence des temples antiques, dont les belles façades attiraient l'attention, les basiliques étaient la plupart du temps dépourvues de décoration extérieure, les matériaux employés à leur construction étaient sans valeur.

De notables progrès se réalisèrent à cet égard durant la période romane. La monotonie des façades est rompue par des colonnes ou des pilastres engagés dans les murs et reliés par des corniches ou frises, composées d'une série d'arcatures Les fenêtres, généralement petites afin d'empêcher la pluie d'entrer, sont souvent accouplées et se terminent par des pleins cintres, supportés par des colonnettes. Le portail devient un des principaux éléments de décoration, grâce à des assemblages de colonnes reliées par des archivoltes concentriques allant en s'évasant de l'intérieur à l'extérieur ; son effet est encore rehaussé par le ou les clochers, dont les étages successifs sont marqués par des fenêtres, des pilastres ou des arcs engagés.

L'intérêt que présente le style roman s'accroît lorsqu'on examine le détail des constructions de cette curieuse époque.

^ On appelle doubleaux des arcs bandés perpendiculairement à Taxe de la nef, et formerets des arcs lonsfitudinaux. Les arcs en diagonale étant en plein cintre, c'est-à-dire d'une hauteur égale à la moitié de la base, il s'en suit forcément que les arcs doubleaux et formerets, dont la hauteur était égale et la base plus restreinte, ne pouvaient être également en plein cintre ; de cette différence dans les rapports entre la base et la hauteur est résulté l'arc brisé, communément appelé arc ogival (voir plus loin le schéma relatif à la construction géométrique des ogives). Ce système d'arc constitue une sorte de cintrage , soigneusement appareillé en pierre de taille, par dessus lequel on vient bander des triangles de remplissage en mince maçonnerie ; ceux-ci ne sont plus que de légères voùtoires, indépendantes les unes des autres, dont le poids se reporte tout entier sur les arcs.

l'architecture reugieuse 13t

L'ornementation des colonnes et la variété de leurs formes sont tout particulièrement dignes d'attirer notre attention. Tantôt courtes et massives, tantôt svelles et gracieuses, elles fournissent aux architectes l'occasion de donner carrière à leur fantaisie. Leur

Fig. 31, — Cbapileau de l'église de Nuire-Dame de Valtire, près Sion (ii'aprés;pholographie).

base est généralement inspirée par l'art antique, elle consiste en une plinthe carrée, surmontée d'un double bourrelet [circulaire. Les fûts des colonnes, à l'origine, sont lisses et cylindriques, plus lard, dans le style roman Hcuri, le fût est orné de canelures en spirales ou d'entrelacs et sa base est agrémentée de

Tlg. 32. — Chapiteau de l'église de Noire-Dame de Vilère, près Sien (d'après phulographie).

grifles, ou de feuilles aux profils variés. Dans le chapiteau, l'artiste roman s'écarte de plus en plus des traditions antiques, il lui donne fréquemment la forme d'un cube, dont les arêtes et les dessous s'arrondissent pour rejoindre le fût de la colonne ; puis il le décore d'ornements sculptés trêsdivers, tels qu'entrelacs, feuillages, figures d'hommes et d'animaux. L'imagination fantaisiste de l'ar-

tisle ne se laisse pas arrêter par le caractère sacré de t'édiOce dont la décoration lui est confiée ; dans les cimaises romanes on voit parfois de petites scènes des plus drolatiques, empruntées à quelque fabliau profane.

La peinture joue aussi un grand rôle â cette époque, il n'était pas d'église, si modeste soit-elle, où romementation ne fût polychrome.

Les églises les plus remarquables de la période romane, dans le nord de la Suisse, sont le couvent de iluri (1027-iOOi), l'église de Tous-les- Saints à Schaffhouse (lOSO-HMii), mentionnons aussi, quoique n'appartenant pas A notre pays, le dôme de Conslance. A côté de ces édifices de grandes dimensions , il en est plusieurs autres de moindre importance, tels que les éjtlises d'Ofier- Winterthour , de Pfyii , de Wagenhausen près de Stein, de Reichenau, de Rheinau, de Sckœnthal (Bàle-Campagne), de Schienenwerth (Soleure), de Montier-Grandval ; les chapelles de Bêromumter, de Wimmis dans le Simmenthal, de Scherzligen, d^Eitiigen et de Saint-Colomban à Faulensee près Thoune.

Tous ces sanctuaires étaient, avec FiB.33.— Mutifdadétoraliunromsnc, jp nombreuscs variantes, construits

cathédrale de Coi re. , , j i i -i- -i r. ■ .

(Tir6de»j/iHA«7unflende2urich.voi.xi.)Sur Ic type de la basUiquc; ds étaient couverts par des plafonds en bois ; plusieurs avaient l'abside quadrangulaire ; les uns étaient dépourvus de transept, d'autres ne possédaient qu'une nef. A Spie{ et à Amsoldingen près Thoune, la voûte en berceau^, puis la voûte d'arête font leur apparition, ainsi que la crypte. L'ancienne église du prieuré de Rougemont appartenait i cette même catégorie, ainsi que l'ancienne église d'Einsiedeln, et celles de Saint'Pierre,

' On appelle voûte en berceau une voûte ayant la forme d'un demi-cylindre servant à couvrir l'espace compris entre deux murs parallèles.

L ARCHITECTURE BEUGIEUSE

de Saint-Paul et de Saint-Martin à Ufenau sur le lac de Zurich, de Willisau, près de Lucerne, de Stans , et de Baar près Zoug. La Suisse orientale possédait aussi des basiliques romanes à Schœnnis, près Sargana, à Saint-Galkn-Kappel, à Berschis, près Wallenstadt, à Cotre, à Zillis, près de l'entrée de la Via Mala à Dissenlis, à Katzis, sur la route du Splugen, à Sedrun, à Trons, etc. La voûte en berceau qui se trouve déj au douzième siècle, à MU' ralto et à Bellinzom, fut appliquée sur une plus grande échelle au dôme de Zurich après l'incendie qui le dévora en 1078. Cette église, tant au point de vue de rextérieur que de Pintérieur, marque un progrès réel accompli dans l'art de la construction. Le petit cloître qui règne au nord de rédifice peut être considéré comme un joyau de l'art roman. Pour terminer cette longue éouméralion, signalons encore la cathédrale de Bàle, à laquelle ses vastes proportions et l'élégance de son style assignent le premier rang parmi les constructions de cette époque. Les origines de ce monument sont entourées de beaucoup d'obscurité. On sait qu'il fut, ainsi qu'une grande partie de la ville de fiâle, détruit par les Hongrois au dixième siècle, et consumé par un incendie en 1185. Sa nel principale, comparée aux bas côtés, a une largeur exceptionnelle; elle est formée de (Ti"> d«» «'''^««"^"iS^" -Iû zonch, trois carrés recouverts de voiltesen berceau ; l'ensemble de l'éditice a une forme régulière, elle est conçue sur le plan de la croix latine.

Le développement de rarchileclure dépend, en une certaine mesure, des circonscriptions ecclésiastiques ; dans un même diocèse, ou dans un même groupe de diocèses, règne volontiers un même sentiment artistique. Après avoir énuméré les principaux monuments de la Suisse rhénane (diocèses de Coire, de Conslnncp et de Bâle), il nous reste à passer en revue les monuments de la Suisse rhodanique (diocèses de Sion, de Lausanne, et de Genève). Los

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courants artistiques procèdent à l'inverse des rivières, au lieu de descendre les vallées, ils les remontent ; si bien que ce n'est pas dans les villes situées en amont, mais bien dans celles situées en aval, qu'il faut chercher l'orii^ine de l'art qui a prévalu dans telle ou telle région. L'influence de la Souabe se reconnaît dans la Suisse orientale et centrale, Tinfluence bourguignonne dans la Suisse occidentale. En France même, deux courants bien déterminés se manifestent ; dans le nord, où la civilisation romaine n'avait pas

Fig. 35. — Ëgliie de Saint-Jcan-Baplisie ù r.ran<lson. (Tiré de l'ouTrage do M. Rahn, Geachichlt der bUiltnden Kmste in lUr Scliwtii.)

jeté de profondes racines. Part subit la même translormalion qu'en Allemagne ; la basilique à plafond plat lait place à la basilique à voille d'arête, d'où devait plus tard sortir le style gothique ; dans le sud, les traditions de l'art grec et romain se maintiennent plus longtemps et lorsque la crainte des incendies fait renoncer aux plafonds de bois, c'est la voilte cylindrique ou en quart de cylindre, l.i voûte unique en lierceau, régnant d'un bouta l'autre de la nef, qui prévaut. Ce procédé architectural ne permettait pas la création de grandes fenêtres, il ne laissait pénétrer que peu de lumière dans l'église, il convenait à un pays plus chaud et plus lumineux, où l'ombre et l'obscurité sont recherchées. Le chapiteau cubique du roman semble être presque in-

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coDnu en Bourgogne, le chapiteau corinthien s'y maintient plus longtemps. Cette variante du roman a son origine dans le Languedoc ; elle se retrouve en Provence, dans le Dauphiné et surtout dans le diocèse de Lyon, enfin en Auvergne et en Bourgogne, et devait fleurir dans notre patrie romande en raison des relations que les évèchés de Genève et de Lausanne avaient avec les archevêchés de Vienne, de Lyon et de Besançon.

L'architecture romane, telle qu'elle était pratiquée dans les provinces méridionales et occidentales de l'ancienne Gaule, dit M. Rahn', était, au onzième siècle, la plus avancée de l'Occident. Elle avait déjà réalisé l'application régulière et symétrique de la vortte à toutes les parties de l'édifice sacré, alors que les autres écoles n'entrevoyaient ce principe que comme un idéal lointain. Dans nos contrées, le plus ancien type de ce genre de constructions, c'est l'église abbatiale de Romainmâlier qui a dû être terminée vers la fin du onzième siècle. La grande nef de cet édifice devait probablement être, à l'origine, couverte d'un plafond plat en bois, sa

1 Voir SB monographie sur L'éijlhe iMulia/e de Poijerne.

voilte actuelle à nervure doit vraisemblablement remonter au douzième siècle, les voûtes des bas côtés en berceaux très aplatis sont évidemment beaucoup plus anciennes. Des abaques ou tailloirs d'un caractère très rudimentaire, remplacent les chapiteaux absents. La petite église de Saint-Jean-Baptiste à Grandson marque une seconde étape dans le développement de ce style. Les nefs latérales sont voûtées en quart de cylindre, qui contre-boulent les berceaux en plein cintre de la nef centrale ; les murs de celles-ci reposent sur

Fig, 37. — Mme de Zurich aiaut l'acliÈvemcnl de te» tours. (Tiré de rouvrage àe H. Rabn. Gescbicbtt der biliUnden KUiute in der Schwdi.)

des colonnes antiques, à chapiteaux corinthiens, enlevés à quelque édifice romain. Cette disposition ne permettait pas d'ajourer la nef centrale.

Avec l'église de Payerne, le style bourguignon arrive à peu près à son apogée. .\u lieu de l'informe pilier cylindrique de Romainmôtier, nous trouvons un pilier roman en forme de croix, carré à sa base, cantonné à Test et à l'ouest de colonnes engagées, destinées à supporter les archivoltes; ce pilier est flanqué des deux autres côtés de pilastres rectangulaires qui reçoivent les retombées des arcs de la nef centrale et des bas côtés. La nef centrale, beaucoup plus élevée que celle de Grandson est voûtée en berceau, renforcée par des arcs doubleaux et reçoit un éclairage indépendant. Les nefs latérales sont voûtées d'arête.

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L'église de Payerne se distingue par ses grandes dimensions ; parmi les églises de Tépoque romane, en Suisse, il n'y a que celle de Tous-les-Saints^ à Schaffhouse, et la cathédrale de Bàle qui la surpassent en longueur. De chaque côté du chœur sont deux petites chapelles se terminant par des absides en hémicycle ; l'architecture intérieure du chœur est beaucoup plus élégante que celle des nefs. La voûte d'arête à l'intersection de la nef et du transept est renforcée par une croisée d'ogive à double tore, d'où l'on peut conclure que cette partie de l'édifice ne remonte pas au delà du douzième siècle. A l'autre extrémité de l'édifice est une tour massive, dédiée à saint Michel, qui, ainsi que le porche, doit remonter à une période antérieure à la construction des nefs, peutêtre à l'époque même de la fondation de l'abbaye. Le clocher actuel, que surmonte une flèche élancée, construite en 1645, date probablement du quinzième siècle, il est de style gothique et doit avoir pris la place d'une tour romane.

Parmi les édifices religieux de la Suisse romande appartenant à cette période, mentionnons encore l'église de Saint-Sulpice près Lausanne, celles de Saint-Pierre de Clages près Riddes , de Valère à Sion, et le clocher de Saint-Maurice, en Valais.

Nous venons de constater une première apparition du système ogival dans l'église de Payerne ; le même phénomène s'observe dans la cathédrale de Bâle. Son adoption ne fut pas le résultat d'un caprice d'architecte, il correspond à une évolution qui s'accomplit graduellement au sein de la société. On a longtemps attribué à une influence germanique Torigine de ce style. 11 était considéré par les Italiens comme un barbarisme et fut qualifié par eux, non sans quelque dédain, du nom de gothique, qui lui est resté. En fait, c'est à la France que revient l'honneur de cette innovation.

Tandis qu'au douzième siècle le pouvoir impérial, miné par les désordres intérieurs et les compétitions des princes, décline de plus en plus, le pouvoir royal s'affirme au contraire en France, grâce à une politique prudente. Le souverain, s'appuyant sur le peuple et les évêques comprima les grands vassaux et les réduisit à l'obéissance. La lutte contre les Anglais resserra le lien national, les expéditions lointaines épuisèrent la noblesse. Un esprit nouveau, auquel le contact avec l'Orient ne fut pas étranger, se manifesta et trouva son expression dans un art nouveau. « Le moyen âge

roman, dit M. Lubke', a Tait les croisades, c'est le moyen âge gothique qui en est revenu. » Le clergé séculier longtemps annihilé par les ordres monastiques, prend sa revanche, et, tandis que pour les besoios nouveaux des communes leurs conseils élèvent des hôtels de ville, les évéques pour réunir leurs troupeaux.

Fig. 38. — Eglise de Saint-Pîerrc de Clagca, (D'après une photographie, Urée du Yatau liiiloriqvf.)

devenus plus nombreux, construisent de somptueuses cathédrales à Paris, A Laon, à Chartres, A Rouen, à Amiens, etc. A des édifices plus vastes, destinés à satisfaire les besoins de cités populeuses, correspondent des procédés de construction de plus en plus hardis, et les architectes secouant la tradition romane manifestent leur talent par des créations de génie qu'anime une foi ardente. La belle période gothique dura deux cents ans, elle atteignit son

' Voir : Essai d'histnire de l'nrl.

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apogée au treizième siècle, et, avec le milieu du quatorzième, l'inspiration qui Pavait fait nattre cessant, la routine reprend le dessus. Le mouvement parti de la France rayonne dans les pays avoisinants, il pénètre en Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne, en Suisse, et jusqu'en Scandinavie.

L'architecture ogivale innove non seulement au point de vue artistique, mais surtout à celui de la construction, de ce que l'on pourrait appeler l'ossature du bâtiment. L'arc plein cintre de l'époque romane exigeait de fortes murailles, et des portées restreintes qui donnaient aux constructions monacales un caractère grave et pesant. Dans le style ogival le poids de la voûte repose sur une ossature formée par l'entrecroisement des arcades. Les arcades elles-mêmes reposent sur des piliers ou des colonnes qui se font mutuellement équilibre ; du côté extérieur les colonnes ou piliers sont renforcés par des arcs-boutants pour résister à la poussée intérieure. Toute la poussée des voûtes s'exerçant sur certains points déterminés, les grands massifs de maçonnerie deviennent inutiles. L'intervalle entre les colonnes peut n'être plus qu'une mince cloison, ou même une large baie. Le problème de statique ainsi résolu , la physionomie des édifices se trouva complètement changée, les portées furent agrandies, la hauteur des nefs put être considérablement augmentée, les architectes variant à l'infini leurs combinaisons donnèrent à leurs édifices une grande élégance. Vogive (ou augive, de augere, renforcer), ou arc brisé, qui caractérise ce nouveau style a pour efiet de faire reposer plus directement sur le sol le poids de l'édifice.

Ignorée des Grecs et des Romains la forme ogivale était connue déjà des Egyptiens et des Perses et par eux des Arabes, elle attira l'attention des croisés qui l'introduisirent, dit-on ^ en Occident au douzième siècle. Pour obtenir une ogive parfaite on dessine un triangle équilatéral ; d'une des extrémités de la base, en prenant la longueur de celle-ci comme rayon, on décrit un arc de cercle, de l'autre extrémité de la base on décrit par le même procédé un autre arc de cercle, et ces deux arcs en se rencontrant au sommet du triangle donnent l'ogive équilatérale. A côté de celle-ci, il y avait plusieurs variétés, qui s'obtenaient également

* Celle orisrine arabe est très discutable, car en Orient Toarive se construisait suivant des procédés tout différents de ceux adoptés en OccidenI ; au lieu d'être disposés en voûte, les matériaux qui servaient à la construction de l'oarive étaient placés en encorbellement.

par des figures géométriques*, ainsi l'arc ogival surhaussé ou en lancette correspondant à un triangle dont la hauteur est supérieure à la base. Tare ogival surbaissé en tiers points et en quinte points dont la base est supérieure à la hauteur, Vogive à accolade, Tare infléchi ou à contre-courbure, etc. L'apparition de Togive s'était déjà produite à l'époque romane, nous l'avons signalée à propos de l'église de Payerne, elle se remarque également dans le dôme de Bâle. La voûte d'arête, dont il a été parlé plus haut, servit de transition entre le style roman et le style ogival.

L'ordre de Citeaux, dont nous avons plus haut signalé l'apparition au douzième siècle contribua particulièrement à répandre 1 usage de l'ogive dans nos contrées. Les cisterciens sous l'impulsion de Bernard de Clairvaux ayant adopté des règles austères, réprouvaient le luxe des constructions ; ils bannirent les vains ornements et notamment les sculptures représentant des êtres fantastiques fort à la mode à l'époque romane. Leurs clochers se font remarquer par leur simplicité, ils les remplacent parfois comme à Cappel par un simple clocheton. Le chœur de l'église est rectangulaire, les nefs sont allongées, l'entrée n'en était pas, comme ce fut généralement le cas, interdite au public. Dans leurs plus anciennes églises, à Bonmont par exemple, la grande nef est surmontée d'une seule et unique voûte de forme ogivale. Quant aux bas côtés, au lieu d'être recouverts par une longue voûte continue parallèle à la nef centrale comme à Romainmôlier, Grandson et Payerne, ils le sont au moyen d'une série de petites voûtes successives, perpendiculaires à la nef centrale, et correspondant à chaque archivolte. La construction de l'église de Bonmont, qui remonte à la première moitié du douzième siècle (1123), est d'une grande simplicité; les fenêtres en plein cintre de forme romane sont exiguës, les chapiteaux sont formés par de simples entablements, mais les proportions de l'édifice sont belles, la grande nef se termine à l'ouest par un portail roman dont les colonnes sont surmontées d'élégants chapiteaux; l'abside malheureusement a été détruite.

Sous la période gothique le plan des églises n'est guère changé dans ses parties essentielles, chœur, nef, transept et clocher ; l'aménagement du chœur se modifie cependant dans plusieurs édifices, il prend une forme polygonale et se voit entouré par un

^ Voir la note à la fin du chapitre.

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