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CHAPITRE PREMIER Les premiers habitants de la Suisse

Périodes glaciaires. — Première apparition de rhomme dans nos contrées. — Etablissements lacustres.

Avant l'apparition des montagnes, des vallées et des lacs^ qui en font aujourd'hui le principal ornement, la Suisse était complètement submergée par l'immense océan. Lorsque les eaux se furent retirées, le sol se recouvrit d'une végétation et d'une faune tropicale, dont l'existence nous est attestée par des débris de plantes et d'animaux, tels que palmiers, camphriers, crocodiles, tapirs et rhinocéros. A ces premières périodes molassiques en succédèrent d'autres plus humides, durant lesquelles la Suisse fut envahie par de vastes glaciers. Puis, les glaciers s'étant retirés, une flore et une faune d'un caractère plus septentrional que les précédentes se développèrent. Nos contrées se recouvrirent alors de forêts de pins, de chênes, d'érables et de bouleaux, que parcouraient l'ours des cavernes, le cerf gigantesque, le chat sauvage, le rhinocéros à narines demi-cloisonnées et l'éléphant antique. Un nouvel abaissement de température amena une dernière période glaciaire suivie à son tour d'une élévation graduelle de chaleur qui a subsisté jusqu'à nos jours.

Durant les temps qui suivirent la dernière période glaciaire, le climat de la Suisse était, à en juger par les animaux qui la peuplaient, beaucoup plus froid qu'aujourd'hui. C'était l'époque du

mammouth, du renne, du renard polaire et des mousses boréales. L'homme, dont Texistence est constatée non loin de la Suisse dans la vallée de la Saône à la période glaciaire, ne semble avoir fait sa première apparition dans nos contrées qu'à l'époque du renne; il habitait dans des cavernes et menait un genre de vie pareil à celui des troglodytes. Sa présence se révèle par des ornements et des outils en bois de renne trouvés à Veyrier au pied du Salève, au Scex sur Villeneuve, dans les grottes de Thayngen, à Freudenthal et au Schweizersbild, dans les environs de Schaffhouse. Cette dernière station a été fouillée récemment par le D*" Nuesch dont la collection a été acquise par la Confédération pour le musée national. On a trouvé au Schweizersbild des ostements humains décelant l'existence d'une race dont la taille se rapproche de celle du Lapon. Parmi une foule d'instruments en silex et en os, on a découvert des dessins gravés sur des pierres calcaires et des bois de renne; sur l'une de ces cornes, façonnée en bâton de commandement, on remarque un croquis, représentant un renne, et sur une pierre calcaire des images figurant un âne sauvage, et un cheval, ébauchées par des artistes de cette époque reculée. Ces premiers habitants de la Suisse, comme aujourd'hui encore les Esquimaux, vivaient de chasse, de pèche et du produit de leurs troupeaux.

La température en se radoucissant permît à l'homme d'ensemencer le sol. Gravissant un premier échelon de la civilisation, il se construisit des habitations au milieu des eaux afin de se mettre à l'abri des agressions de ses ennemis. Le nombre des stations lacustres était considérable, on en a découvert plus de deux cents ; quelques-unes de ces cités étaient composées d'environ cinq cents cabanes, ce qui permet de supposer une population de cent mille âmes, concentrée principalement aux bords des lacs de Constance, Zurich, Bienne, Morat, Neuchâtel, et Léman.

L'époque lacustre a duré un nombre d'années qu'il est impossible de préciser même approximativement, mais qui doit se chiflTrer par centaines. Pour marquer les diverses étapes de cette civilisation, on l'a divisée en âges de la pierre, du bronze et du fer. Les restes de plantes, telles que l'orge, le froment, le lin, l'if, le chanvre et le pin, que l'on a trouvés dans les ruines de ces demeures primitives, démontrent que le climat de la Suisse à l'âge de la pierre devait être déjà analogue à celui de nos joprs. Les

animaux arctiques, tels que le renne, avaient quitté nos contrées et se trouvaient remplacés par ceux que l'on y rencontre aujourd'hui ; parmi les espèces actuellement disparues qui peuplaient alors les forêts de l'Helvétie citons Tauroch et le castor. Le^ savants ne sont pas d'accord sur l'origine des hommes lacustres, les uns les rattachent au rameau finnois, d'autres aux Ibères, d'autres supposent qu'ils étaient autochtones. La planche que nous donnons en tète de ce volume montre qu'ils avaient le goût de la parure ; les matières avec lesquelles ils confectionnaient certains de leurs ustensiles provenaient de pays fort éloignés, ce qui prouve qu'ils avaient des relations commerciales déjà étendues, quoique vivant dans un état de civilisation bien rudimentaire.

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