‹ Histoire de la nation suisseChapitre 36 sur 82 · BATAILLE DE LAUPEN. — ENTRÉE DE BERNE · texte numérisé non relu

BATAILLE DE LAUPEN. — ENTRÉE DE BERNE

qu'à Zurich, les nobles et les bourgeois surent faire en temps utile des concessions qui les préservèrent d'une révolution pareille à celle que nous avons vue se produire à Zurich. La charge d'avoyer et le Conseil des Douze furent maintenus ; mais à côté, il fut créé, pour donner satisfaction aux artisans, un Conseil des Seize, composé de quatre délégués de chaque quartier, et dont les attributions se bornaient à élire le conseil des Detix Cents. L'accès aux Deux Cents et au Conseil des Seize fut ouvert aux artisans, mais le régime des corporations ne réussit pas à s'implanter sur les bords de l'Aar. Berne échappa ainsi aux dissensions que la prépondérance des corps de métiers causa à Zurich, à Schaflhouse et à Bâle ; elle conserva plus d'unité et fut rendue plus apte à jouer un rôle dans la grande politique.

Après avoir dépendu, au point de vue religieux, de l'abbaye de Kœniz^, Berne se constitua en paroisse indépendante en 1276; une église consacrée à saint Vincent existait déjà en 1224 sur l'emplacement où plus tard fut construit le dôme; en 1255, les moines franciscains s'établissent à Berne, suivis bientôt des dominicains (1267).

Berne avait gardé un profond ressentiment contre les Habsbourg. A l'avènement d'Adolphe de Nassau, elle se déclare en sa faveur, ainsi que la ville de Soleure et les Kibourg, que l'empereur Rodolphe avait dépouillés d'une grande partie de leurs biens. La ville de Fribourg, au contraire, ainsi que les comtes de Savoie, de Neuchâtel, de Gruyères et le baron de Weissenbourg tiennent le parti d'Albert d'Autriche. La guerre éclata, les Fribourgeois et leurs alliés occupèrent, le 2 mars 1298, la colline de Dornbûhl, les Bernois les attaquent à l'improviste, les rejettent sur Oberwangen où ils remportent une complète victoire et les contraignent à conclure une trêve de dix ans.

Sous les règnes d'Albert d'Autriche, d'Henri de Luxembourg, de Louis de Bavière et de Frédéric le Beau, les Bernois réussirent à maintenir leur indépendance ; lors de la guerre de Morgarten, ils restent neutres ; trois ans plus tard, au siège de Soleure, ils en-

^ Fondée, dit-on, au dixième siècle par le roi Rodolphe III de Bourgogne et la reine Berthe, Tabbaye de Kœniz, après avoir été la propriété des Augustins, passa, sous le règne de l'empereur Frédéric II, aux chevaliers de Tordre teutonique. A propos des Augustins, notons qu'il ne faut pas confondre les moines prêcheurs de ce nom, ordre mendiant portant le froc brun, avec les chanoines augustins, que nous trouvons, entre autres, à Saint-Maurice et au Grand-Saint-Bernard, qui portaient primitivement le froc blanc et ont été autorisés à lui substituer la soutane.

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)yent des secours aux Soleurois ; eu 1323, ils concluent une ■entière alliance avec les WaldsUetten. La lutte fratricide de artmauD et de Eberhard de Kibourg leur fouruit une occasion arrondir leurs possessions ; ils achètent à prix d'argent la ville i Thoune an comte Hartmann et s'emparèrent ainsi de la clef de îberland. Mais le comte Eberhard, qui s'était reconnu vassal de

ville de Berne lorsqu'il était en péril, le danger éloigné, profita I premier prétexte pour repasser dans le camp autrichien. Il remç& à la combourgeoisie de Berne et demanda celle de Fribourg. ïs Bernois se tournèrent alors contre le comte de Kibourg, ils ^molirent Landshout et plusieurs de ses châteaux, et détruisi- :nt la forteresse fribourgeoise de Guminen. Les hostilités se )ursuivirent sans succès décisif, et se terminèrent en 1333 par le paix conclue sous les auspices de la reine Agnès de Honrie.

L'année suivante, les Bernois entrent de nouveau en campagne, ïtte fois contre les barons de Weissenbourg, dont la domination étendait sur une grande partie de l'Oberland. Les gens du Hasii, ^ant à souffrir des Weissenbourg, s'étaient révoltés ; défaits, ils spelèrent à leur secours tes Bernois, qui saisirent avec empresselent ce prétexte pour envahir le Simmenthal et obliger les irons de Weissenbourg, à bout de ressources, à leur céder : HasU et à entrer dans leur combourgeoisie. Les Weissenbourg j-ant déjà vendu précédemment d'autres seigneuries à Pabbaye Interlaken, et l'avouerie du couvent étant déjà exercée par les émois, ceux-ci se trouvèrent dès lors solidement établis dans Sbertand et en mesure de tendre la main aux Waldstaetten par

BruQJg. Les gens du HasIi devinrent ainsi sujets de Berne, d'alïs et d'amis qu'ils étaieul, mais leur situation ne fut guère change ; ils possédaient un sceau communal, indice de l'indépendance a'ils avaient conservée.

L'élan extraordinaire pris par la ville de Berne en moins de cent nquante ans (1191-1334) avait excité la jalousie de ses voisins. es nobles de toute la Bourgogne transjurane redoutaient le sort is Weissenbourg. Fribourg, demeurée sujette de l'Autriche, était grie par la perte de Guminen, une puissante coalition se forma : :S barons de Vaud, les comtes de Gruyères, suivis de la noblesse )mande, Fribourg, les évêques de Lausanne et de Bâle, les seigneurs B Thoune, les comtes de Kibourg, de Nidau, les Aarberg, les Strass-

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berg, l'Autriche et jusqu^à l'empereur Louis de Bavière se liguent contre Berne qui semblait déjà perdue.

Privés de l'appui de la Savoie qui les avait précédemment soutenus, les Bernois ne pouvaient compter que sur leurs amis de Soleure, des Waldstœttm et du Hasli. L'avoyer en charge, Jean de Boabenberg, jugea utile de temporiser. Une conférence se réunit à Neueneck le 25 avril 1338 ; là, Fribourg, les Nidau et les Kibourg exposèrent leurs G;riefs ; mais, en dépit des concessions faites par

Fig. 50. — Cbamp de bataille da Laupea.

Berne, Pardeur belliqueuse des nobles ne fait que s'accroître et au printemps 4339, Gérard de Valaugîn, ouvrant les hostilités, dévaste la campagne bernoise. Une armée de 20 000 hommes se concentre à l'est de Fribourg et met le siège devant Laupen, où Berne eut encore le temps de jeter un secours de 600 hommes, commandés par Jean de Boubenberg, le fils de l'avoyer. La petite garnison de Laupen tint vaillamment télé à l'ennemi. A Berne, les préparatifs de défense se firent rapidement aussi. Un vaillant homme de guerre, qui était à la (ois bourgeois de Berne et vassal de Nidau, le chevalier Rodolphe d'Erlach, fut investi du commandement général des forces bernoises ; il était secondé dans ses efforts par un chevalier de l'ordre teutonique, Tkéobald Baselwind, qui, au nom de l'Eglise, encourageait par ses discours les Bernois à la résistance.

L'armée bernoise, forte de 5000 hommes, après avoir juré obéissance à son chef, sort de la ville le 21 juin 1339 ; elle est

renforcée de 900 auxiliaires des Waldslaetteo, de 300 hommes du Hasii, de 300 hommes du Simmenthal et de quelques Soleurois et Moralois. Les Confédérés portent comme signe de ralliement une croix de drap blanc. Arrivés sur les hauteurs du Bramberg, les Confédérés voient l'armée ennemie se développer devant eux sur les hauteurs de Wyden. L'action s'engage près du village d'Oberwyl. La noblesse, massée sur la Singine, formait l'aile droite de l'armée ennemie ; Tinfanterie, composée principalement de Fribourgeois, formait l'aile gauche. D'Erlach donna aux Waldstaitten, sur leur demande, la cavalerie comme objectif, et aux Bernois l'infanterie. Deux mille hommes sont placés en réserve. La noblesse était pleine d'assurance ; les Confédérés sentent que l'existence politique de Berne est en jeu, ils tombent à genoux et adressent à Dieu une ardente prière ; le belliqueux Basehvind les bénit. Le jour tombait déjà, les Fribourgeois se mettent en marche pour opérer un mouvement tournant et envelopper les Confédérés. Les Bernois se retirent sur la pente du Bramberg pour prendre une meilleure position, puis, soudain, à la voix d'Erlach, ils s'élancent avec impétuosité sur les Fribourgeois, qui les croyaient déjà en retraite, les forcent à rompre les rangs et à prendre la fuite laissant leur bannière entre les mains du vainqueur. Une fois l'infanterie ennemie mise en déroute, la phalange bernoise se tourne contre la noblesse, tombe sur elle avec fureur, massacrant tout ce qui lui ré-sistait, et dégage les Waldstsetlen au moment où ils allaient être enveloppés. Cette charge détermina la victoire. Les nobles se retirèrent en désordre, laissant sur le carreau un grand nombre de gentilshomme.'i de haut parage. Jean de Vaud, Gérard de Valangîn, Rodolphe de Nidau, l'avoyer de Fribourg, Jean de Maggenberg, mordent la poussière. Après ce succès éclat<'int, digne pendant du combat de Morgarten, les Confédérés tombent de nouveau à genoux, rendent grâce au ciel, puis font à Berne une entrée triomphale. Ils emportaient avec eux vingt-sept bannières et quatre-vingts casques couronnés et de splendides armures.

La guerre n'était cependant pas terminée, la noblesse de la Suisse allemande harcelait encore les Bernois et cherchait à les séparer de leurs alliés, à leur couper les approvisionnements; ses bandes indisciplinées portaient la désolation dans les campagnes. Les Bernois tinrent vaillamment tète à leurs adversaires : en avril 1340,. Jean de Boubenberg s'empara de la petite ville kibourgienne

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