BATAILLE DE LAUPEN. — ENTRÉE DE BERNE
de Huttwil et la livra aux flammes ; Rodolphe d'Erlach surprit de nuit Fribourg, et réduisit en cendres le faubourg du Gotteron. La fortune souriait à ces braves. « Dieu est devenu bourgeois de Berne, » disait-on. La lassitude s'empara de leurs adversaires, c'est alors que la reine Agnès s'interposa comme médiatrice. Sous ses auspices, la paix fut conclue à Kœnigsfelden, le 9 août 1340. La mésintelligence ayant éclaté entre le roi Louis de Bavière et TAutriche, celle-ci conclut une alliance de dix ans avec Berne qui, de son côté, se rapprocha de Fribourg, de Nidau et de Kibourg, tout en maintenant son alliance avec les Waldstaetten . Le comte de Gruyères avait conservé une attitude hostile. En 1349, Berne et Fribourg unissent leurs bannières, et, après une résistance opiniâtre, les châteaux de Trême et de Bellegarde tombent en leurs mains. Ces pertes, bientôt suivies d'autres, amenèrent le déclin de ces joyeux comtes de Gruyères, dont les mœurs faciles sont demeurées proverbiales ; peu à peu ils se voient contraints de tourner dans l'orbite de la politique bernoise, jusqu'au jour où Berne et Fribourg se partagèrent leurs dépouilles.
Durant cette période, deux hommes sont au premier plan à Berne, Jean de Boubenberg et Rodolphe d'Erlach ; par leur énergie, leur prudence et leur hardiesse, ils sauvèrent l'état ; mais les républiques sont ingrates, l'envahissement des idées démocratiques obligea l'illustre avoyer à quitter la vie publique et à se retirer dans son manoir. Trois de ses fils cependant furent successivement avoyers ; l'un deux, Jean, fut l'ancêtre d'Adrien de Boubenberg, le défenseur de Morat.
Rodolphe d'Erlach disparut assez promptement de la scène politique. Il vécut jusqu'à un âge avancé, dit-on, dans sa terre de Reichenbach ; il avait donné sa fille en mariage à un gentilhomme d'Unterwald, Jost de Rudenz, homme violent et dissipateur. Un jour, raconte le chroniqueur Justinger, une querelle s'éleva entre le gendre et le beau-père au sujet de la dot que celui-ci avait promise à sa fille. Rudenz saisit l'épée du vainqueur de Laupen et mit fin aux jours de ce noble héros, puis disparut dans la forêt voisine.
Nous avons vu plus haut, dans la guerre que les Zuricois soutinrent contre l'Autriche, les Bernois marcher, quoique à regret, avec cette puissance (1352). Lorsque, grâce à la médiation du margrave de Brandebourg, l'Autriche fit sa paix avec Zurich et les Waldstaetten, Berne offrit à ces derniers de conclure une
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alliance perpétuelle. Ce pacte fut signé à Lucerne le 6 mars 1353. Il paraît calqué sur celui de Zurich, on y trouve reproduite la clause par laquelle Zurich se réservait la liberté de conclure d'autres alliances, clause absolumeot contraire à t'état fcdératif. En entrant en huitième dans la Confédération suisse, la ville de Berne apporta un utile contrepoids à l'influence de Zurich ; opposée souvent à la politique remuante de sa rivale, elle joue un rôle modérateur ; elle rapproche la Suisse burgonde de la Suisse alémanique : elle déplace le centre de gravité de la Confédération. Par le pacte de 1353, Berne s'allia avec les Waldstsetlen sans s'allier avec Zurich et Lucerne. La clause par laquelle elle se réservait la faculté de conclure d'autres alliances était une conséquence des engagements qu'elle avait pris envers l'Autriche, engagements qui l'obligèrent à marcher de nouveau avec l'Autriche contre Zurich en 135i. Cette position était fausse, ce fut évidemment contre leur gré que les Bernois prirent part au siège de Zurich, l'alliée de leurs alliés, aussi s'eflcircèrent-ils de rapprocher les belligérants. Cet enchevêtrement d'alliances contradictoires devait subsister longtemps encore ; ce ne fut que trente ans plus tard, après la guerre de Sempach qui contraignit les Confédérés à faire front contre l'ennemi commun, que ceux-ci sortirent enfin de l'état politique mal défini où ils se trouvaient, et que la ligue des huit cantons se trouva réellement constituée.
Nouvelle guerre des Confédérés contre l'Autriche et l'empire. — Paix de Thorberg.
Siège de Zurich. — Paix de Raiisboane. — Alliance de Zurich avec l'Antrichr.. — Paix de Thorberif. — Charte des prêtres. — InvasioD des ADglais. — Fia de la puissance des Kibourg,
La paix conclue en septembre i 352, sous les auspices du margrave de Brandebourg, entre l'Autriche d'une part, les Waldstœlten et Zurich de l'autre, était éphémère. Les alliances avec Claris et Zoug avaient été temporairement abandonnées, les Zuricois avaient restitué les conquêtes faites sur les comtes de Rapperschwil et s'étaient réconciliés avec la noblesse du voisinage, leurs
PAIX DE THORBEBG
Otages leur avaieot été rendus ; le duc Albert ne se tenait cependant pas pour satisfait, il ne pensait pas, dit un chroniqueur, qu'on eût fait pour lui tout ce qu'exigeait le verdict du margrave de Brandebourg.
Au printemps 1353, Albert entreprend des préparatifs en vue d'une nouvelle campagne contre Zoug et les Waldstaetten ; le 14 mars, il signa une alliance offensive et défensive avec l'empereur Charles IV de Luxembourg. L'été se passa en négociations. Le 5 octobre, celui-ci se présenta en médiateur devant Zurich qui lui ouvrit ses portes et le reçut en souverain; les Waldstaetten étaient accourus de leur côté, à Zurich ; là, les conseillers du duc, d'un côté, les Confédérés, de l'autre, exposent leurs griefs. Charles IV confirma à Zurich et à Uri leurs privilèges, mais il ignora ceux de Schw^z et d'Unterwald que Louis de Bavière avait reconnus ; quant aux droits de l'Autriche sur Lucerne, la paix de Brandebourg les avait constatés ainsi qu'on l'a vu plus haut. Les Waldstaetten ne l'entendaient pas ainsi, et demeurèrent inébranlables dans leurs prétentions. Sur ces entrefaites, l'empereur, informé des troubles qui venaient d'éclater en Alsace, quitta Zurich sans avoir opéré le rapprochement qu'il cherchait. Sur la demande de l'empereur, les Zuricois avaient écrit une lettre au duc Albert pour affirmer leur intention de demeurer fidèles à la paix de Brandebourg ; elle demeura sans réponse. Assuré de l'appui de l'empereur, le duc Albert préférait évidemment recourir de nouveau aux armes.
Durant l'hiver qu'il passa sur les bords du Rhin, l'empereur poursuivit son œuvre de médiation ; au printemps 1354 (19 avril) il revint à Zurich muni des pleins pouvoirs d'Albert et chercha à obtenir des pouvoirs analogues des Confédérés afin de prononcer sur leurs différends avec l'Autriche. Mais les Waldstaetten et les bourgeois de Zurich, instruits par l'expérience qu'ils avaient faite naguère avec la reine Agnès, et ne voulant pas perdre les fruits d'uri siècle de luttes, y mirent pour condition que l'empereur s'engagerait à ne pas porter atteinte à leurs alliances non plus qu'à leurs droits et à leurs coutumes. Pour vaincre leur obstination, Charles IV recourut aux menaces, mais sans parvenir à ébranler leur résolution. Afin de gagner du temps, il conclut une trêve.
Le 20 juin, l'empereur, rompant la trêve, écrivit de Ratisbonne aux Zuricois que, puisqu'ils refusaient sa médiation, il concluait avec l'Autriche une alliance contre eux et les Waldstaetten. Les
•irv,
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mois de juillet et d'août furent employés par l'empereur et le duc à réunir les contingents des villes impériales et de la noblesse qui opérèrent leur jonction, le 31 août, à Rapperschwil. Le 4 septembre, l'armée austro-impériale s'approcha de Zurich ; elle était très nombreuse mais sans homogénéité ; la discorde régnait dans les rangs des assiégeants ; les villes impériales, Berne entre autres, n'avaient envoyé qu'à contre-cœur leurs contingents contre une ville sœur ; l'évêque de Constance se retira avec ses troupes parce que le duc n'avait pas voulu leur accorder l'honneur de marcher au premier rang à l'attaque.
Le 10 septembre, les Zuricois firent une sortie malheureuse. Après cet échec, le bourgmestre Broun recourut à un stratagème qui Tut couronné de succès ; il arbora sur les tours de Zurich la bannière impériale ; à la vue de l'aigle noir, les représentants des villes impériales pressèrent Charles IV de renoncer à lutter contre une ville qui comme elles reconnaissait l'autorité de l'empire. Ce monarque se vit contraint de céder, son armée se dispersa ; le duc Albert fut obligé, à son tour, de lever le siège ; il continua néanmoins la guerre et exerça des ravages pendant un an encore dans la campagne zuricoise, guerre d'escarmouches sans résultats décisifs.
Charles IV était allé en Italie recevoir la couronne impériale * ; à son retour à Ratisbonne, à la fin de juin 1355, son premier souci fut de chercher à rétablir la paix entre l'Autriche et les Confédérés. De guerre lasse, les deux parties acceptent ses conditions, qu'il fit connaître le 23 juillet 1355. Dans leurs points essentiels, les clauses de la paix de Ratisbonne sont la répétition de la paix de Brandebourg. Zurich s'engagea à restituer tous les pays, gens, places fortes et droits de juridiction, dont elle et ses alliés s'étaient emparés pendant la guerre. Si Tun des Etats confédérés ne voulait pas se conformer à ce principe, Zurich devait venir en aide à TAutriche. Zurich devait retirer à ses bourgeois forains leur droit de bourgeoisie et n'en plus recevoir , elle ne devait pas davantage désormais s'allier aux villes, pays ou gens du duc sans
^ On sait que les chefs du saint empire devaient, pour pouvoir porter le titre d'empereur, se faire sacrer en Italie par le saint-père ; aussi longtemps que celte cérémonie n'était pas accomplie, ils ne pouvaient porter que le titre de roi ; ceci explique le motif pour lequel, à plus d'une reprise, dans les pages qui précèdent, le chef de l'empire est qualifié de roi et non d'empereur.
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son assentiment. Le duc, de son côté, s'engageait à protéger les Zuricois s'ils étaient attaqués à cause de ce traité. Ce traité devait être renouvelé tous les dix ans par serment. Ce qui distingue cette paix de celle de 1352, c'est le fait de l'intervention de l'empereur et de l'engagement que Charles IV prit de mettre en disgrâce celle des parties qui romprait la paix. En fait, elle n'impliquait de la part des Confédérés aucune concession nouvelle, aussi les Waldstœtten ne firent pas de difficultés pour la signer le 18 aaûi 1355. Dans cette circonstance, l'empereur désireux de rester en bonne relation avec l'Autriche, et, d'autre part, de ne pas augmenter la puissance des Habsbourg, s'appliqua à ménager les deux parties en cause.
Les Zuricois conclurent, le 29 avril 1356, une alliance de cinq ans avec l'Autriche ; ainsi se réalisa le rêve longtemps caressé par Broun de faire accepter et même garantir par l'Autriche la constitution dont il était l'auteur. Cette alliance avec l'ennemi héréditaire des cantons primitifs n'était pas en contradiction avec les pactes fédéraux, aussi les Waldstœtten n'en prirent-ils point ombrage ; les bonnes relations de l'Autriche avec la maison de Luxembourg, que le mariage de Rodolphe IV avec une fille de Charles IV venait encore de renforcer, leur imposaient une grande circonspection. La ligue suisse avait en ce temps un caractère tout semblable à celui d'un grand nombre de ligues formées au treizième et au quatorzième siècle sur les terres de l'empire et qui n'étaient pas destinées à vivre. La Confédération ne possédait aucun sceau en propre, aucun pouvoir exécutif, aucune représentation régulière, aucune caisse commune, aucune organisation militaire. Il n'y avait entre les Confédérés aucune visée commune d'intérêt général, leur seul but était de se garantir les avantages que les parties contractantes avaient acquis chacune de leur côté.
Peu après, en 1358, le bourgmestre Broun se fit acheter par l'Autriche, qui lui assura une pension annuelle de cent florins à prélever sur les revenus de Claris. Il mourut deux ans après. « Ce marché passé avec l'Autriche, dit M. Edouard Favre, ne dénotait pas tant un défaut de patriotisme qu'une âme intéressée. Le caractère de Broun, qui a été jugé de manières diverses, ne manque pas de grandeur ; c'était un grand politique, mais, comme tous les despotes, il a eu ses faiblesses. Son œuvre a été la nouvelle constitution de Zurich, mais l'entrée de celle ville dans la Confé-
•Si
ration n'a eu lieu que quand il n'était plus entièrement maître de la situation ; on ne peut lui en faire un titre de gloire. »
Les Confédérés devaient toujours subir le contre-coup des discordes ou des rapprochements qui s'opéraient périodiquement entre la maison d'Autriche et l'empire. Le duc Albert II qui entretenait, comme on vient de le voir, de bons rapports avec l'empereur Charles IV, mourut en 1358. Son fils Rodolphe IV se brouilla en 1359, avec son beau-père, Charles IV; dès lors, chacun de ces princes, comme aux temps de Louis de Bavière, chercha à se faire des partisans dans les Hauts-Pays. L'alliance de cinq ans entre l'Autriche et Zurich expirant en 1361, Charles IV prit cette ville sous sa protection, ainsi qu'Uri, Schwyz et Unterw^ald, ce qui revenait à reconnaître Timmédiateté de ces deux derniers cantons que, jusque-là, il n'avait pas voulu sanctionner par ménagement pour l'Autriche. Rodolphe, de son côté, cherchait à se rattacher Lucerne par quelques faveurs. En 1362, il se posa carrément en adversaire de l'empereur. Celui-ci, pour détourner Zurich de l'Autriche, conclut une alliance formelle avec elle, et reconnut la Confédération des six cantons. L'année suivante, l'Autriche, déjà alliée avec Soleure, contracta une nouvelle alliance avec Berne. C'est à cette époque que viennent se placer l'alliance perpétuelle des quatre cantons forestiers avec Gersau et Wœggis (1359) qui fait suite à une alliance temporaire remontant déjà à 1332, puis la seconde conquête de Zoug par Schwyz. En 1364, une réconciliation s'opéra entre Charles IV et son gendre, mais sans détruire la sanction donnée par l'empire à la ligue suisse. La reine Agnès de Hongrie, dont l'actif concours avait si bien servi les intérêts de la maison d'Autriche dans les Hauts-Pays, mourut la même année, le 11 juin. Rodolphe IV s' étant rendu, en mai 1365, en Italie, y mourait en juillet, laissant le trône à son frère Albert âgé de seize ans. A la faveur de ces événements, Schwyz se ressaisit du pays de Zoug.
En prenant possession de son duché, Albert III demanda à Zurich de renouveler par serment le traité de Ratisbonne. Mais, Broun mort, Zurich s'était éloigné de l'Autriche pour se rapprocher de l'empire, et les Waldstaetten ayant rompu avec TAutriche, les Zuricois se refusèrent, malgré des sommations réitérées, à renouveler ce serment. La guerre menaçait d'éclater lorsque, en
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1368, une trêve, connue sous le nom de paix de Thorberg, parce que Pierre de Thorberg, bailli autrichien pour la Souabe, la Thurgovie et TArgovie, en avait été le négociateur, fut conclue pour cinq mois. Cet armistice, renouvelé plusieurs fois, se prolongea jusqu'en 1387. Il fut convenu que le pays de Zoug, principale cause du désaccord entre les Waldstœtten et l'Autriche, serait gouverné par un amman, choisi parmi les ressortissants des Waldstaetten et agréé par l'Autriche.
Un des plus curieux documents du vieux droit public suisse est la charte du 7 octobre 1370 relative aux prêtres, dans laquelle nous voyons le pouvoir civil revendiquer hautement ses droits contre les prétentions injustifiées du clergé.
En ces temps troublés, les mœurs des ecclésiastiques laissaient beaucoup à désirer. Des jeunes gens, amis du plaisir, se faisaient attribuer de grasses sinécures ; sous l'habit religieux ils se rendaient coupables d'actes délictueux et prétendaient se soustraire en vertu des immunités ecclésiastiques à la vindicte publique. Tel fut le cas de Bruno Broun^ prévôt du chapitre du dôme de Zurich, l'un des fils du bourgmestre Broun, homme violent et dissolu qui, avec quelques compagnons de débauches, assaillit sur la route de Wollishofen à Zurich l'avoyer lucernois Pierre de Gundoldingen et sa suite. Cet attentat audacieux, commis sur la personne d'un magistrat vénéré, causa un légitime émoi. Le prévôt Broun et ses complices appartenaient au parti autrichien. Les magistrats de Zurich avec qui ils entretenaient des relations d'amitié, hésitaient à les poursuivre, malgré les instances du conseil de Lucerne qui réclamait la délivrance de son avoyer et la punition des coupables. Il fallut pour obtenir que justice fût faite une manifestation de la bourgeoisie. Le retentissement qu'avait eu ce scandale amena les autorités de Zurich à conclure avec celles de Lucerne, Uri, Schwyz, Unterwald et Zoug un concordat fixant d'une manière positive les limites des juridictions civiles et ecclésiastiques.
Par ce concordat, appelé charte des prêtres (Pfaffenbrief), les Confédérés décidèrent de faire respecter leur autorité contre toute violence personnelle et tout recours à des tribunaux étrangers. L'immixtion du clergé dans les affaires temporelles fut interdite ; les routes devaient être sûres pour l'indigène comme pour l'étranger ; si quelqu'un avait à souffrir de ce fait, les Etats concordataires s'engageaient à y porter remède. Les perturbateurs étaient
tenus à des dommages-intérêts. Le manger, le boire, le gîte, Tasile et la protection des tribunaux étaient refusés aux prêtres coupables d'avoir violé cette ordonnance. Les droits de Tabbesse de Zurich et de révêque de Constance étaient formellement réservés.
On a vu, quatre siècles et demi après la promulgation de ce décret, lors des démêlés qui ont amené la suppression des couvents des baillages libres, le gouvernement d'Argovie invoquer les principes qui y sont inscrits touchant les* rapports de l'Eglise et de l'Etat.
Les événements que nous venons de rappeler sont contemporains de ce qu'on a appelé en France la guerre de cent ans, qui commença chez nos voisins en 1337, sous le règne de Philippe VI de Valois, pour se terminer en 1437 sous Charles VIL Le fait que les rois de France étaient alors absorbés par la guerre qu'ils soutenaient contre les rois d'Angleterre explique que, durant cette période de son existence, la Confédération n'ait eu aucun démêlé et aucune alliance avec la nation française, alors, du reste, en voie de formation, et séparée encore de la Suisse par le duché de Bourgogne. Plus tard, lorsque la France fut délivrée du joug anglais, et que sa frontière se rapprocha de celle de la Suisse, l'humeur guerrière des deux nations amena des conflits et des alliances et l'orbite de la politique suisse se modifia profondément.
La Suisse ne devait cependant pas assister absolument en spectatrice indemne de la guerre de cent ans ; à un moment donné, profitant d'une accalmie, une troupe d'Anglais, plus exactement de Gallois, aventuriers et pillards enrôlés par le sire Enguerrand de Coucy envahit la Suisse en quête de butin. Enguerrand de Coucy était le gendre d'Edouard III d'Angleterre ; il avait droit du chef de sa mère Catherine d'Autriche, fille unique de Léopold, le vaincu de Morgarten, à un douaire de 5000 marcs d'argent que ses cousins, les Habsbourg-Autriche, se refusaient à lui livrer. C'était pour se récupérer qu'il franchît le Jura. Les brigandages commis en Alsace et dans Tévêché de Bâie, en 1365, par des bandes anglaises, commandées par un archiprêtre défroqué, Arnold Cervola, avaient été réprimés par les Confédérés venus au secours de BâIe. En apprenant l'approche des soldats du sire de Coucy, TAutriche sollicita des secours des Confédérés. Les Schwyzois voulaient demander en échange de leur concours que l'Au-
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triche renonçât à ses droits sur Zoug ; mais Zurich, Berne et Lucerne se sentant menacés promirent des secours. Ceux-ci obtenus, l'Autriche renonça à la lutte et en laissa supporter tout le poids aux cantons suisses. Enguerrand de Coucy établit son quartier général à Saint-Urbain.
La soldatesque effrénée que commandait le Gallois Jévan Griffith ab Enyon, s'avança, mettant impitoyablement à contribution tous les pays qui s'étendent entre le Jura et l'Aar et jusque dans l'Entlibuch ; elle ruina les châteaux et pilla les paysans. Pour mieux profiter du pays, elle se dispersa. Une de ses bandes fut défaite par les Lucernois et les Unterwaldiens à Buttishoh ; d'autres par les Bernois à Anet et à Fraubrunnen (26 décembre 1375). Après ce brillant exploit, les Bernois, pleins d'un légitime orgueil, firent dans leur cité une entrée triomphale. Vaincus, le sire de Coucy et ses bandits repassèrent le Jura. On appela cette guerre Gugelkrieg, parce que les compagnons de Coucy portaient des casques à pointe. Le mot Gugel en allemand suisse (en latin cucullus) sert à désigner tout objet terminé en pointe à la partie supérieure.
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L'attitude piteuse de l'Autriche et de ses alliés, les comtes de Kibourg, les avait déconsidérés et accrut le prestige des Bernois à qui revenait le mérite d'avoir purgé le plateau suisse de ces bandits. Profitant de leur victoire, les Bernois obligèrent les Kibourg à leur céder à prix d'argent Thoune, où ils avaient déjà acquis des droits, et la ville forte d'Aarberg. En 1382, le comte Rodolphe de Kibourg voulut prendre sa revanche en s'emparant, par surprise, de Soleure dans la nuit du 10 au 11 novembre. Un chanoine de l'église de Saint-Ours, dont la maison était contiguë aux remparts, devait ouvrir sa maison aux conjurés. Grâce à un paysan, Jean Roth, qui donna l'alarme, le complot fut déjoué. Afin de lui témoigner sa reconnaissance, le conseil de Soleure décida que chaque année le descendant de Jean Roth recevrait un habit aux couleur^ de la ville, rouge et blanc, usage qui s'est conservé jusqu'à nos jours.
Pour en finir avec leurs adversaires, les Bernois, unis aux Soleurois, aux Lucernois et aux Waldstœtten mirent, en 1383, le siège devant Berthoud, principale place de guerre des Kibourg. Cette ville fit une belle résistance, et, après un long investissement, les assiégeants se retirèrent. Mais les Kibourg étaient fort endettés, leur situation devenait de plus en plus précaire ; aban-
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doDDés par TAutriche, ils se virent contraints à accepter une médiation des Confédérés, ils cédèrent définitivement, pour la somme de 37 000 florins, les villes de Berthoud et de Thoune et reçurent en échange la combourgeoisie de Laupen, manière adoucie de les faire entrer dans celle de Berne. Soleure eut, pour sa part, les villages de Balm et d'AUreu. Ce fut la tin de la puissance des Kibourg.