GUERRE DE ZURICH CONTRE SCHWTZ
plein d'ambition pour sa ville d'adoption ; c'était un homme d'une taille imposante et d'une force musculaire extraordinaire. Reding, sans être moins énergique que Stussi, était plus réfléchi, plus maître de lui que son rival, il était habitué à nouer des intrigues, prudent, avisé, et plein de ressources. Tous deux étaient en rao ports personnels avec l'empereur Sigismond et avaient su capti^f ses faveurs. Le landamman Reding lui fut présenté au concile de Constance, sa prudence, sa culture, son intelligence avaient ph à l'empereur, et lors du pèlerinage que ce souverain fit à Einsiedeln en 1447, Reding eut l'honneur de le recevoir dans sa maisort, à Schwyz. Le bourgmestre Stussi alla à Rome, en 1433, coiime chef d'une députation suisse, lors du couronnement de l'e apereur et fut créé chevalier par Sigismond. L'ombrage que se portaient réciproquement ces deux hommes devait être funestt à la Suisse.
Le comte Frédéric Vil de Toggenbourg était une personnalité intéressante ; dernier représentant d'une race illustre, il tenait une cour brillante où se rencontraient les Rarogne, les Sax, les Mœtsch, les brandis, les Werdmberg ; malheureusement sa femme, Elisabeth de Maetsch, ne lui avait pas donné d'enfant. D'un caractère indécis et vacillant il ne sut pas régler le sort de ses Etats après lui. Sa mort, survenue le 30 avril 1435, en ouvrant sa succession, souleva d'ardentes convoitises.
Au premier rang des compétiteurs étaient les cantons de Schwyz et de Zurich. La Marche de Schwyz, tant inférieure que supérieure, était convoitée par Reding, qui avait réussi à obtenir du comte Frédéric une promesse à cet égard ; Zurich, de son côté, avait des vues sur la vallée de la Linth, les bords du lac de Wallenstadt, Gaster, Wesen, Uster et Sargans, dont la possession pouvait lui être utile à cause de son commerce avec Coire et l'Italie. Stussi obtint de la veuve de Frédéric VU la concession de Gaster et d'Uznach. Les parents du feu comte, les Brandis, les Aarberg, les Montfort, les Werdmberg, les Rœzuns, les Rarogne, les Mœtsch, disputèrent à la comtesse l'héritage de son époux, et prirent les armes pour faire valoir leurs prétentions* Les sujets du comte, de leur côté, se réunirent et conclurent une alliance, nous avons vu plus haut comment se forma en Rhétie la ligue des Dix- Juridictions, Les Toggenbourgeois, les gens d'Uznach et de Gaster suivirent cet exemple et se constituèrent en communautés. L'empereur Sigismond revendiqua Théritage des Toggenbourg à titre
de fief impérial ; le duc d'Autriche enfin entendait rentrer en possession de Gaster et de Sargans.
Sitôt après la mort de Frédéric VII, les Schwyzois, sans perdre un instant, occupèrent la Marche supérieure et firent prêter à ses habitants serment de fidélité. Lorsque, à leur tour, les Zuricois, fondés sur ce précédent, et avec Fassentiment de l'empereur, voulurent s'emparer du pays de Gaster, ils constatèrent qu'ils avaient été prévenus par les Schwyzois et les Glaronnais ; les gens de Gaster, blessés de l'arrogance du bourgmestre Stussi, refusèrent de lui prêter serment. Les Zuricois recoururent alors à la comtesse de Toggenbourg ; mais celle-ci s'était arrangée avec les autres prétendants à la succession de son mari ; le 19 septembre 1436, elle s'engagea à restituer à prix d'argent au duc Frédéric d'Autriche les seigneuries de Wallenstadt, Wesen, Windegg, Gaster, etc., que son époux avait reçues en gage en 1405. Zurich se trouvait ainsi évincé.
Peu de temps après, cependant, le 31 octobre, la comtesse renouvela le traité de combourgeoisie conclu jadis entre son mari et les Zuricois, et en échange de leur protection leur abandonna Uznach. Mais les habitants de ce pays n'avaient pas d'inclination pour les Zuricois et refusèrent de leur prêter serment. Par contre, les sympathies des habitants du pays de Sargans étaient partagées. Ceux du bourg de Sargans tenaient pour le comte Henri de Werdenberg, leur ancien seigneur, et lui prêtèrent serment, tandis que Wallenstadt, Flunis, Mels et Ragaz se donnèrent à Zurich.
Les choses en étaient là ; les Schw^yzois et les Glaronnais occupaient la Marche de Schwyz et Lachen et travaillaient en sous main Gaster et Uznach, tandis que les Zuricois étaient maftres de la contrée de Sargans. L'idée ne vint ni aux uns ni aux autres de former un canton de ces vastes domaines qui composent aujourd'hui une partie de l'Etat de Saint-Gall; les deux compétiteurs armaient et allaient en venir aux mains, lorsque les Confédérés (Lucerne, Uri, Unterwald, Zoug et Berne) intervinrent pour prévenir la guerre civile. Une diète se réunit à Lucerne (février et mars 1437) ; là, les parties exposent leurs griefs sous forme de demande, de réponse, de réplique et de duplique. Dans le débat, tant oral qu'écrit, les deux adversaires déployèrent beaucoup de passion et une grande acrimonie. Les arbitres fédéraux décidèrent que Schwyz et Claris devaient restituer Uznach à la comtesse de Toggenbourg ; en revanche, l'alliance de ces deux cantons avec