GUERRE DE ZURICH CONTRE SCHWÏZ
Gaster fut maintenue^ pour aussi longtemps du moins que Zurich ne parviendrait pas à justifier, devant la cour impériale, ses prétentions sur ce pays ; le droit de combourgeoisie de Schwyz avec le Toggenbourg etUznach fut maintenu, à la condition que Schwyz fournirait, dans les six semaines, la preuve que sa prétention était conforme aux dispositions de dernières volontés du comte. Les plaintes mutuelles sur la violation de la paix et la rupture de l'alliance fédérale furent écartées comme non fondées.
Ce jugement fut rendu le 9 mars 1437. Tout en ménageant Zurich dans la forme, il était en fait à l'avantage des Schwyzois, dont il fortifiait la situation juridique, aussi causa-Ml à Zurich lin violent mécontentement. Sur ces entrefaites, la comtesse de Toggenbourg, fatiguée des discussions au milieu desquelles elle vivait, ne conservant que sa dot et son douaire, fit abandon de toutes ses prétentions à son neveu, Ulrich de Mœtsch et aux parents de son mari. Ceux-ci se réunirent, le 11 avril 1437, à Feldkirch pour procéder au partage de la succession du comte Frédéric. Les Schwyzois et les Glaronnais s'empressèrent de leur envoyer des délégués et obtinrent d'eux la reconnaissance de leurs prétentions. Le 19 avril, les arbitres fédéraux se réunirent de nouveau à Lucerne, là Ital de Reding produisit les arrangements qu'il avait pris avec les héritiers du comte Frédéric, il s'en suivit une scène violente entre Stussi et Reding. Le canton de Zurich ne pouvait, vu la nouvelle attitude adoptée par la comtesse, établir ses droits sur Uznach ; les arbitres s'efforcèrent encore de rapprocher les deux adversaires, mais sans succès.
Les Schwyzois et les Glaronnais profitèrent de leurs avantages jusqu'à leurs dernières limites, ils achetèrent Uznach des héritiers du comte de Toggenbourg pour le prix de mille florins (25 mai 1437), et l'année suivante ils acquirent pareillement de l'Autriche Windegg^ Gaster, Amden, Wesen, Wallenstadt et Schœnnis pour le prix de trois mille florins (2 mars 1438).
On comprend aisément que ces annexions successives aient porté à leur comble l'irritation des Zuricois ; désormais les relations commerciales de ceux-ci avec la Rhétie et l'Italie allaient dépendre du bon vouloir de Schwyz et de Claris qui, détenant Uznach et Gaster, pouvaient leur barrer l'accès de Coire. Une cruelle disette régnait alors en Suisse ; sous prétexte de se protéger contre la famine, Zurich ferma ses marchés et ses routes aux ressortissants de Claris et de Schwyz. Ce procédé constituait une
violation flagrante des allianœs fédérales. Les Schwyzois en appelèrent à l'empereur, et invoquèrent Tappui des villes impériales du sud de TAUemagne. Les cantons de Berne, Lucerne, Soleure, Uri, Unterwald et Zoug, interposant leurs bons offices tentèrent, mais en vain, d'obtenir la levée de cette interdiction.
Une prise d'armes était inévitable, elle se produisit au printemps 1439. Deux partis se disputaient la direction des affaires à Zurich. D'une part, les modérés à la tête desquels était un représentant de l'ancienne noblesse, le bourgmestre Rodolphe Meiss ; de l'autre, les violents que dirigeait Stussi. La majorité de la population se prononça pour Stussi, en dépit de son origine glaronnaise, et le parti de la guerre l'emporta. L'armée zuricoise, forte de 4000 hommes, se mit en marche dans la nuit du 3 mai 1439, sous le commandement de Stussi, s'avança jusqu'à PfaefBkon et de là se dirigea vers les hauteurs de VEtzel qu'occupaient les Schwyzois. Les contingents d'Uri et d'IInterwald s'étaient aussi mis en route ; grâce à leur entremise, une trêve d'un an fut conclue entre Schwyz et Zurich.
Les passions n'étaient pas calmées, le parti des violents prenant de plus en plus l'ascendant à Zurich, le bourgmestre Rodolphe Meiss fut mis de côté et jeté dans les cachots du Wellenberg; une créature de Stussi, Jacob Scfiîoarzmaurer, le remplaça. Au printemps 1440, les Zuricois ayant de nouveau fermé leurs marchés aux Glaronnais et aux Schwyzois, ceux-ci prirent les armes. Le 25 octobre, Reding marcha sur Sargans et contraignit les bourgeois de cette localité à renoncer à leur alliance avec Zurich ; le 2 novembre, il envoya une déclaration de guerre formelle aux Zuricois, et franchit leurs frontières. Le tocsin sonna et, le 4 novembre, Stussi, à la tête de 6000 hommes bien armés, occupa PfaefBkon. Les Uranais et les Unterwaldiens, considérant que les Zuricois avaient violé l'alliance, unirent leurs contingents à ceux de Schwyz. Leur intervention produisit une grande impression sur les chefs zuricois. L'entente était loin de régner à Zurich, le moment était critique. Accablé de reproches, Stussi regagna précipitamment Zurich, et son armée, désorganisée, traversant de nuit le lac, rentra dans ses foyers, abandonnant PfaefBkon aux Schwyzois (5 novembre 1440). Cette retraite termina la campagne. Les Zuricois, dont le territoire était envahi de toutes parts par les Lucernois, les Bernois, les Saint-Gallois, les Toggenbourgeois furent obligés de s'en remettre à la merci des Confédérés.