GUERRE DE ZURICH CONTRE SGHWYZ
Us abandonnèrent aux Schwyzois la rive sud de leur lac, et consentirent au rétablissement du libre transit. Schwyz et Claris demeurèrent en possession de leurs conquêtes, et s'enrichirent ainsi aux dépens de leurs confédérés malheureux. Ce résultat, contraire à l'esprit qui avait inspiré les fondateurs des anciennes alliances, rompait le faisceau de l'union helvétique et exposait la Confédération suisse aux plus sérieux dangers.
Les Schwyzois et les Claronnais avaient abusé de leur victoire, le dur traité qu'ils avaient imposé à leurs anciens amis de Zurich devait jeter ceux-ci dans les bras de l'Autriche, la logique des événements le voulait ainsi. L'empereur Sigismond de Luxembourg étant mort en 1438, les Habsbourg, après un long intervalle, remontent sur le trône impérial. A l'empereur Albert II d'Autriche succéda, en 1440, son cousin Frédéric III, de la branche styrienne des Habsbourg. Ce prince devait profiter des dissentiments qui s'étaient glissés entre les membres de la Confédération suisse pour tenter de recouvrer le patrimoine que sa famille possédait jadis dans la Haute-Allemagne. Dans le courant de l'année 1441, le gouvernement de Zurich conçut le néfaste dessein de se rapprocher de l'Autriche. L'idée première de ce rapprochement a été attribuée au secrétaire de la ville, Michel Grafy mais le fait, selon M. Dierauer, n'est point prouvé. L'année suivante, le bourgmestre Henri Schwend et Michel Graf furent envoyés à Francfort et à Aix-la-Chapelle pour assister au couronnement de Frédéric III, et invoquer son appui.
Par le traité du 17 juin 1442, Zurich reconnut les droits des Habsbourg sur le comté de Kibourg, à l'exception d'Andelfingen et du cercle de la Glatt, et s'engagea à faciliter une restitution du comté de Baden et de l'Argovie. En échange, l'empereur déclara oublier tous les différends qui s'étaient élevés entre lui et ses nouveaux alliés, leur assura la possession du Toggenbourg et d'Uznach et leur promit de mettre la ville de Zurich à la tête d'une confédération nouvelle qui devait s'étendre de la Forêt-Noire à la Rhétie et jusqu'aux frontières du Tyrol. Le 29 septembre 1442, l'empereur, accompagné d'une suite splendide, fit à Zurich une entrée triomphale, au milieu des acclamations des habitants, qui arborèrent les insignes dé l'Autriche, à savoir la plume de paon et la croix rouge. 11 parcourut ensuite la Suisse, s'arrêta à Rapperschwil, à Winterthour, en Argovie et à Fribourg ; dans toutes les
villes, la noblesse l'accueillit avec sympathie. En quittant la Suisse, il laissa ses pouvoirs au margrave GuiUaume de Hochberg, et confia le commandement de la place de Zurich à Thuring de HaUwil. L'empereur donna audience, à Constance, aux délégués des cantons ; enivré de Paccueil qu'il avait reçu en Suisse, il crut pouvoir réclamer la restitution de l'Argovie, et refusa la reconnaissance de leurs franchises, à l'exception de celles d'Un et de Zurich.
Toute l'œuvre d'un siècle et demi d'efforts semblait donc anéantie et les résultats obtenus par la paix de 4412 absolument compromis. Devant ce nouveau péril, les Confédérés n'hésitent pas, ils sentent que l'existence de leur ligue est en jeu et mettent tout en cause pour la défendre.
La guerre éclata au printemps 1443. En apprenant que le 20 mai un corps autrichien avait occupé Rapperschwil et que des mouvements de troupes considérables avaient lieu sur la frontière zuricoise et menaçaient Schwyz et Claris, les sept cantons, assistés par Soleure, réunirent tous leurs efforts. Le 22 mai, les Schwyzois repoussent, à Trembach près de Pfceffikon, un corps austrozuricois. Deux jours plus tard, les contingents réunis d'Uri, Lucarne et Unterw ald rencontrent les Zuricois sur les hauteurs du Hirzel, et après un combat sanglant, ils les mettent en fuite. Les jours suivants, les Confédérés poursuivent leurs avantages avec l'aide des Bernois, qui après être d'abord restés neutres leur fournissent le concours de leur artillerie ; Bremgarten et le comté de Baden sont occupés par les Suisses.
Après ces succès, les Confédérés rentrèrent quelques semaines dans leurs foyers pour vaquer à leurs travaux agricoles interrompus. Au mois de juillet, ils se remirent en campagne, passèrent l'Albis et rencontrèrent les Zuricois près de l'hospice de Saint-Jacques sur la Sihl^, aux portes de Zurich. Sans écouter les avertissements de Thuring de Hallwil, Stussi engagea la bataille en rase campagne et passa la Sihl. Des deux parts, le combat se livra avec acharnement, mais sans ordre (22 juillet 1443). On a souvent raconté que le succès des Confédérés, dans cette journée, fut dû en partie à une ruse de guerre à laquelle Reding aurait eu recours; que, sur son ordre, des Schwyzois auraient placé sur leurs poitrines la croix rouge, emblème du parti autrichien et que
^ Le champ de bataille de Saint-Jacques se trouve aujourd'hui compris dans la nouvelle Zurich.