‹ Histoire de la nation suisseChapitre 51 sur 82 · GUERRE DE ZURICH CONTRE SCHWTZ · texte numérisé non relu

GUERRE DE ZURICH CONTRE SCHWTZ

revêtus de cet insigne ils se seraient mêlés aux rangs des Zuricois pour y répandre la déroule. Mais le fait n'est point prouvé et l'hislorien Dândiiker incline à penser que cet épisode a été

Ftg. 56. — Carte du champ de balaille de Sainl-J acquêt sur la SihI.

inventé après coup par les vaincus pour expliquer leur défaite. Quoi qu'il en soit, les Zuricois ne résistèrent pas à l'attaque des Confédérés et regagnèrent la ville. C'est en vain que Stussî s'efforça d'arrêter le^ fuyards, ses concitoyens n'avaient plus confiance en lui. Le vieux bourgmestre s'était placé au milieu du pont de la SihI, sa haute stature le faisait ressembler à une tour; de sa hache d'arme il contint les agresseurs, jusqu'au moment où le pont s'écroulant il trouva la mort dans les flots. Par cette fin héroïque, qui n'était pas celle d'un vulgaire agitateur, Stussi racheta en quelque mesure ses torts envers sa pairie. Les vainqueurs, serrant de près les vaincus, étaient sur le point d'entrer dans Zurich ; on raconte que la femme du gardien de la porte occidentale, Anna Ziegler, eut la présence d'esprit d'abaisser la berse et sauva ainsi Zurich. Les Confédérés n'avaient pas les engins nécessaires pour entreprendre un siège et, après avoir ravagé les faubourgs de cette ville, les contingents des cantons Forestiers se portèrent sur Rapperschwtl, tandis que ceux de Berne, Soleure et Bâle attaquaient Laufenbourg, sur le Rhin. Les évêques de Constance et de Bâle intervinrent alors et cher-

chèrent à opérer un rapprochement, leurs efforts n'aboutirent qu'à la conclusion d'une trêve de neuf mois, qui fut signée le 9 août. Le comte de Wurtemberg, le duc de Savoie et les villes impériales tentèrent de s'interposer entre les belligérants. La mort de Stussi avait redonné courage au parti fédéral à Zurich, mais le parti autrichien y était encore dominant ; les propositions des Confédérés furent rejetées, et, à la suite des troubles qui éclatèrent le 4 avril 1444, plusieurs membres du conseil, qui s'étaient prononcés en faveur de la paix, Jean Meiss, Ulmann Trinkler et Jean Bluntschli, furent jetés au Wellenberg, puis décapités. Ces exécutions, qui furent suivies d'autres, portèrent à son comble l'exaspération des sept cantons.

Le 23 avril 1444, les hostilités recommencèrent. Les Confédérés, auxquels se joignirent les Appenzellois, se concentrèrent à KIoten ; avant de se diriger sur Zurich, ils décidèrent de s'emparer de la petite ville et du château de Greifensée, c'était la seule forteresse que Zurich eût conservée. La garde en avait été confiée à une poignée de braves (60 à 80 hommes), placés sous le commandement de Jean de Breitenlandenberg , surnommé Jean le sauvage. La défense fut héroïque. Lorsque, après quatre semaines, la place, à bout de vivres, dut capituler, les assiégeants, pour tirer vengeance des meurtres judiciaires commis à Zurich sur la personne des modérés, résolurent de ne faire aucun quartier aux vaincus. Les chefs lucernois voulaient même brûler le château avec sa garnison, afin de répandre l'efiroi dans la contrée, ce dessein fut abandonné ; les soixante-deux défenseurs de la place furent décapités, les enfants et les vieillards furent seuls épargnés. On a prétendu que le bourreau de Berne, chargé de l'exécution des prisonniers, aurait voulu, suivant l'usage impérial, faire grâce au dixième, mais qu'Ital de Reding lui aurait intimé l'ordre de continuer son office, qu'autrement il se trouverait quelqu'un pour le remplir à son égard. Ce récit toutefois, observe M. Dândliker, a été composé quarante-six ans après l'événement, par un auteur zuricois, Ediibach, qui dépeint les chefs schwyzois sous les plus noires couleurs, il est donc permis de se demander s'il est exact. Il n'en reste pas moins que l'exécution des prisonniers de Greifensée fit sur les contemporains le plus pénible effet, et que, suivant l'expression de l'historien Bluntschli : < Reding, qui jusquelà s'était montré plus grand que Stussi, souilla son glorieux nom d'une tache ineffaçable. »

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