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CHAPITRE XIX

Bataille de Saint-Jacques sur la Birse.

Fin de la guerre civile.

Extension nouvelle de la Confédération.

L'empereur invoque le secours du roi de France contre la Suisse, invasion des Armagnacs. — Bataille de Saint-4acques sur la Birse. — Paix d'Einsisheim. — Fin de la guerre civile. — Alliance avec Saint^Gall, Appenzell, Schaffhouse, Rothweil et Mulhouse. — Guerre des plaparts. — Conquête de la Thurg^ovie. — Siège de Waldshout, le duc d'Autriche donne en hypothèque aux Confédérés Waldshout et la Forét-Noire.

La maison d'Autriche avait laissé porter aux Zuricois tout le poids de la guerre contre les Confédérés. Se sentant impuissant à secourir lui-môme ses alliés, l'empereur Frédéric III invoqua l'appui du roi de France, Charles VU. La trêve que ce souverain venait de conclure avec les Anglais avait mis en disponibilité des bandes de soldats désœuvrés, habitués à vivre de vol et de rapine ; les diriger sur la Suisse était pour Charles VII une manière de débarrasser son royaume d'hôtes incommodes et malfaisants. Vers la fin du siècle précédent on avait vu pareillement à la suite d'une trêve entre la France et l'Angleterre, les soldats d'Enguerrand de Coucy, les Gugkrs, envahir la Suisse, y porter le pillage et l'incendie et, finalement, par deux fois, s'en faire chasser ignominieusement par les Confédérés.

Plus tard, la noblesse des environs de Bâle, qui vouait à cette cité prospère une haine tenace, avait déjà une fois appelé à son aide ces soldats redoutables, auxquels leur férocité avait valu le surnom d'écorcheurs. A l'approche de ces brigands, les Bâlois avaient invoqué le secours des Confédérés et ces hordes indisciplinées avaient prudemment opéré leur retraite (1439).

La ville de Bâle était un point stratégique important, dont la possession pouvait être avantageuse à la France ; une intervention dans les affaires suisses était pour le roi Charles VII un excellent prétexte qui lui permettait d'étendre utilement ses domaines, et l'on peut penser qu'il ne dut pas se faire prier pour entreprendre une campagne si conforme à ses intérêts.

La paix avec les Anglais fut signée à Tours, le 28 mai 1444. Au mois de juillet, au lieu des 5000 hommes demandés par l'Autriche, ce sont 40 000 hommes, tant de pied que de cheval, qui se concentrent à Langres, en Champagne, et qui, de là, se dirigent sur la frontière suisse. Cette armée était composée d'un ramassis d'aventuriers de tous pays, connus sous le nom d'Armagnacs, qui était celui d'im de leurs chefs ; elle était placée sous le commandement nominal du dauphin, qui fut plus tard Louis XI, et sous le commandement effectif de Jean de Bueil; elle annonçait l'intention, non seulement de délivrer Zurich, mais encore d'anéantir l'alliance des Confédérés. Chemin faisant, elle se grossit d'un certain nombre de gentilshommes, qui croyaient trouver dans cette invasion formidable une occasion de satisfaire leurs rancunes contre les villes suisses. Tel était entre autres le cas du baron Thomas de Falkenstein, l'un des principaux seigneurs du Jura, dont le père avait été bourgeois de Berne.

Après une tentative infructueuse pour s'emparer d'Aarau, Falkenstein réussit à mettre en flammes Brougg, puis s'était retiré dans son château de Farnsbourg. Il avait fait de cette place un repaire, d'où ses gens sortaient de temps à autre pour piller et dévaster la contrée avoisinante. Les Bernois et les Soleurois qui avaient à souffrir de ses exactions, entreprirent le siège de cette forteresse ; de son côté, Falkenstein, se sentant menacé d'un sort pareil à celui des défenseurs de Greifensée, dépêcha des messagers aux Armagnacs pour leur demander de hâter leur marche.

Le 21 août, les Bâiois, du haut de leurs remparts, virent avec effroi pointer les premiers détachements de l'armée française. Le samedi 23 août, les têtes de colonnes des Armagnacs, sous le commandement du comte Antoine de Dommartin, se présentent devant Bâle, franchissent la Birse sur plusieurs points et occupent Arksheim et Pralteln, tandis que les Autrichiens se concentrent à Sœckingen pour dégager Farnsbourg. Les Confédérés avaient détaché de l'armée de Zurich un contingent de 600 hommes pour renforcer l'armée qui assiégeait Farnsbourg, et un corps lucernois s'était mis en route dans le même but. Après avoir tenu conseil, les chefs de l'armée suisse détachent du camp de Farnsbourg un corps de 1300 hommes qu'ils chargent de reconnattre les positions des Français et de prendre une position défensive sur le cours de la Birse. Cette troupe occupe Liestal ; elle était composée d'hommes appartenant aux sept cantons et de Neuchâtelois, à

laquelle s'adjoint à Liestal un détachement de 200 hommes de la campagne bâloise sous le commandement du capitaine Seevogd. C'était la première fois que Français et Suisses allaient se rencontrer sur un champ de bataille.

Le 26 août, à l'aube, les Confédérés sortent de Liestal * et se dirigent sur Pratteln; au petit jour, ils rencontrent quelques centaines de cavaliers français qu'ils mettent aisément en fuite. Ce premier succès leur donna de l'assurance. Ils poursuivirent hardiment leur marche ; parvenus dans la plaine ouverte de Muttenz, ils attaquèrent avec leur impétuosité habituelle plusieurs milliers de cavaliers placés sous le commandement du comte de Dommartin, et les refoulèrent, en partie sous Mcmchenslein, en partie au delà de la Birse. Arrivés au bord de cette rivière, oubliant les instructions qu'ils avaient reçues à leur départ de Farnsbourg, ils la traversèrent intrépidement.

Les Confédérés avaient envoyé un message aux Bâlois pour leur annoncer leur arrivée et leur demander de participer à une action commune contre les Français. Mais les Bâlois qui n'avaient pas trop d'hommes pour défendre leurs murs et qui, mieux placés pour se faire une opinion sur la situation, jugeaient qu'une bataille en rase campagne était impossible vu la disproportion des

^ C'est ici que se place un épisode souvent raconté et emprunté à la chronique des chanoines de Neuchâiel longtemps attribuée à Hugues de Pierre. Comme la petite troupe suisse se mettait gaiment en marche, elle aurait rencontré deux chanoines neuchâtelois s'enfuyant de Bâle, qui, effrayés par le nombre des Armagpoacs, auraient cherché à dissuader les Confédérés de leur entreprise, leur représentant qu'ils couraient à une mort inévitable. Si/ faut-il qu'ainsi soit^ aurait répondu un des chefs suisses, nous baillerons nos âmes à Dieu et nos corps aux Armagnacs, Cette parole sublime correspond bien aux sentiments qui animaient c«s braves guerriers, et dans leurs bouches n'eût point été une fanfaronnade. Malheureusement le document dont elle a été tirée ne parait pas avoir le caractère d'authenticité qu'on lui a longtemps attribué. L'original de cette chronique a disparu lors d'un incendie qui a détruit une partie de la ville de Neuchâtel au commencement du siècle dernier ; un amateur des choses du passé, Samuel de Pury^ contemporain de cet incendie, prétendait en avoir conservé quelques extraits qu'il aurait lui-même copiés et qui furent retrouvés dans ses papiers après sa mort. Un savant vaudois, professeur A l'Académie de Neuchâtel, M. Arthur Piaget, a récemment démontré que ces prétendus extraits ne sont autre chose qu'un pastiche ; pour établir sa thèse, il s'est livré à des rapprochements linguistiques, desquels il résulte que l'ingénieux auteur de cette supercherie s'est servi de termes qui n'étaient pas encore en usage au moment où a été composée la chronique en question.

M. le professeur Meyer de Knonau croit avoir trouvé l'origine du Noos baille^ ronSf etc., dans un discours prononcé en 1265 par le comte Simon de Montfort la veille d'une bataille, où il s'exprimait en ces termes : Nunc commendamus Deo nostras animas^ quia corpora nostra sunt hostium.

forces en présence, envoyèrent une estafette aux Confédérés pour les engager à demeurer sur la défensive. Le messager chargé de porter leur réponse étant un soldat strasbourgeois, les Confédérés s'imaginèrent qu'il était un traître et ne tinrent pas compte de son

Fi{. 57. — Carte du champ de bataille de Sainl-iacques lur la Bine,

avis. L'enivrement du premier succès s'était emparé de ces braves ; indociles à la voix, de leurs chefs, ils voulurent à tout prix traverser les rangs ennemis et pénétrer dans Bâle dont ils n'étaient distants que de deux kilomètres et demi. Le combat qui suivit fui un carnage épouvantable, ce fut, dit un témoin oculaire, Matthieu de Coucy : « une très dure et merveilleuse bataille, elle dura plusieurs heures avant qu'on silt qui demeurerait vainqueur. 9 L'action se concentra dans la plaine à l'ouest de Saint- Jacques. Les Suisses furent entourés par des troupes de plus en plus nombreuses.

Les Bâiois, en voyant la détresse de leurs alliés, en furent émus, sans attendre les ordres du Conseil, un boucher saisit la bannière de la ville et tenta, avec quelques centaines d'hommes, une sortie pour voler au secours des Suisses ; ce petit corps fut bientôt refoulé et obligé de rentrer dans Bâle. Les secours leur

manquaDt, le chemin de la ville leur étant barré, les Confédérés n'avaient plus autre chose à faire que de se retirer sur LiestaU mais la route de Muttenz ei celle de Mœncbenstein leur étant fermées» une partie des Confédérés cherchent un refuge dans une île de la Birse, tandis que le plus grand nombre prennent position dans la léproserie de Saint" Jacques que les Armagnacs avaient laissée inoccupée par crainte de la contagion. Les Suisses trouvèrent un abri momentané derrière les murs de cet hôpital, ils repoussèrent plusieurs assauts des Armagnacs jusqu'au moment où les Français réussirent à mettre le feu à cet édifice et à faire une brèche dans ses murailles. Résolus à mourir et à vendre chèrement leurs vies, les Confédérés refusèrent les propositions qui leur furent faites par le chevalier autrichien, Bourkhard Mœnck de Landskron. On raconte que ce seigneur hautain parcourant le champ de bataille, au milieu des morts et des blessés, aurait laissé échapper cette exclamation : Je me vois dans un champ de roses ; à peine avait-il dit ces mots, une pierre habilement lancée par un Confédéré mourant, l'atteint mortellement. Lorsque vint le soir, la victoire des Français était complète, la résistance des Suisses avait cessé faute de combattants. Des quinze cents guerriers qui, le matin, étaient sortis de Liestal le cœur joyeux, treize cents avaient succombé en héros sur le champ d'honneur, deux cents à peine avaient échappé au carnage.

Une pareille défaite vaut une victoire, car elle inspire un profond respect au vainqueur. Les Armagnacs avaient perdu plus de deux mille hommes, dont un grand nombre de nobles. C'était une victoire à la Pyrrhus. Le dauphin comprit qu'il avait mieux à faire que continuer une telle lutte, et les Armagnacs qui avaient assisté aux plus grandes batailles de l'époque déclaraient n'avoir jamais vu gens de si grande défense, ni tant outrageux et téméraires à abandonner leur vie. Les pères du Concile répandirent au loin la renommée de cette vaillance dont ils avaient été témoins. Une résistance aussi opiniâtre fit entrevoir au dauphin les difficultés que rencontrerait la conquête de la Suisse. L'effet immédiat de la bataille de Saint-Jacques fut de faire abandonner aux Confédérés le siège de Farnsbourg et celui de Zurich. Le but fut considéré comme atteint, et le roi de France renonça à s'emparer de Bêle qui avait dû être le prix de son alliance avec l'Autriche. Au moment où les Confédérés s'attendaient à avoir sur les bras toutes

les forces de la France, le dauphin leur offrit une paix honorable qui fut conclue à Einsisheim, le 28 octobre 1444.

Les Zuricois avaient sonné à toute volée leurs cloches en apprenant le résultat de la bataille de Saint-Jacques. Le siège de leur ville fut abandonné, néanmoins la guerre civile dura encore deux ans. Les Autrichiens appréciaient trop la valeur des Suisses pour risquer une bataille rangée en rase campagne, ils évitaient les actions décisives, la guerre devint une guerre d'escarmouches. Tantôt ce sont les expéditions des Autrichiens et des Zuricois contre Baden, Bremgarten et Brougg ; tantôt ce sont les Schwyzois qui essayent, mais sans succès, de disputer aux Zuricois Tempire de leur lac. Partout les Suisses rencontrent Jean de Rechberg, l'activité de ce fidèle serviteur de l'Autriche, toujours fécond en ressources, prolongea la lutte. Au mois de juin 1446, il s'empara par ruse de Wil ; puis pénétra dans la vallée du Rhin, dans le Vorarlberg et sur les bords du lac de Constance, avec une armée de six mille hommes et crut pouvoir ravir le pays de Sargans aux Confédérés. Mais le 5 mars, liai Reding, le jeune, et Jost Tschoudi^ de Claris, lui infligent une défaite éclatante à Ragaz. Cette action mit fin à la guerre. Des deux côtés on commençait à être las de cette lutte stérile. A ce moment psychologique, le Concile de Râle intervint pour rapprocher les parties. Des conférences s'organisèrent dans ce but à Constance, une suspension d'armes fut conclue. La tâche des négociateurs n'était pas aisée, pour se tirer d'embarras ils recoururent à des médiateurs choisis dans les villes impériales. Finalement, un arbitre fut constitué en la personne de l'avoyer Henri de Boubenberg, de Berne. Ce magistrat convoqua les parties conformément aux alliances et prêta serment ; enfin, le 13 juillet 1450, il rendit à Einsiedeln son jugement et déclara nulle l'alliance de Zurich avec l'Autriche. Zurich fut remis en possession de son ancien territoire. Schvvyz et Claris conservèrent "Uznach et le Gaster. Le sang versé n'amena donc aucun changement important de territoires. L'héritage des Toggenbourg resta partagé comme il l'avait été avant la guerre.

Entreprise à l'occasion d'une compétition territoriale et d'intérêts commerciaux, la guerre de Zurich eut une portée plus générale. Ce fut la lutte de l'esprit particulariste et cantonal contre l'esprit national ; de la noblesse et des privilèges que l'Autriche

avait intérêt à maintenir contre l'idée démocratique représentée par les Waldsta?tten. La réconciliation des Confédérés fut une victoire de l'esprit national sur la féodalité ; à ce point de vue, la crise que traversa la Suisse au milieu du quinzième siècle n'est pas sans analogie avec celle qui sévit dans le même temps en France, en Angleterre, en Espagne et en Allemagne. La Confédération en ressortit plus forte, son ennemie héréditaire, l'Autriche, qui avait cru pouvoir se flatter un moment de prendre sa revanche des échecs subis à Morgarten, à Sempach et à Naefels, se montra impuissante à ressaisir Tinfluence dont les Habsbourg avaient joui jadis dans la Haute- Allemagne.

Une fois pacifiée, la Confédération se voit entourée d'une nouvelle considération. De tous côtés son alliance est recherchée. Berne s'était alliée en 1446 avec le duc de Savoie, l'évêque de Sion et le Valais. Zurich, Lucerne, Schwyz et Claris accordèrent la combourgeoisie à Tabbaye de Saint-Gall (1451). Sept cantons conférèrent à Appenzell le titre d'allié perpétuel (1452), acheminement à la qualité de membre de la Confédération qui lui fut donnée seulement en 1513. En 1454, six cantons s'allient pour vingt-cinq ans avec Schaffhouse et à perpétuité avec la ville de Saint-Gall. Neuf ans plus tard, Rothweil en Wurtemberg recourut à l'appui des Confédérés pour garantir ses libertés. La ville impériale de MtUhotise, exposée à des dissensions, sollicita l'intervention de Berne et de Soleure (1466). Cette intervention fut suivie plus tard d'une alliance qui dura jusqu'à la fin du dix-huitième siècle.

La paix de cinquante ans conclue en 1412 était arrivée à son terme. Pour se prémunir contre les conséquences d'une rupture possible avec les Habsbourg, la Suisse resserra les liens formés avec la France après la bataille de Saint-Jacques ; les huit cantons, plus Soleure, conclurent avec Charles VII un traité perpétuel d'amitié et de commerce, qui, après la mort de ce prince, fut renouvelé par Louis XI, en 1464. D'autre part, les villes de Zurich, Berne, Fribourg et Soleure s'allièrent en 1467 avec le duc de Bourgogne Philippe le Bon. Ces alliances ne donnaient cependant pas satisfaction aux instincts belliqueux qui, alors, se manifestaient chez les Confédérés ; pour beaucoup la guerre était devenue un plaisir, un besoin même, le goût des aventures commence à s'emparer d'eux, et ils recherchent les occasions de déployer leur valeur et de conquérir des lauriers.

En 1458, les Confédérés entrent en campagne au nombre de

quatre mille, et obligent la ville de Constance à payer une rançon. Le motif de cette levée de boucliers avait été le refus essuyé à Constance par un tireur suisse de recevoir une monnaie de billon de Berne appelée plappart, d'où le nom de guerre des plapparts. En rentrant dans leur pays les Confédérés occupèrent la ville autrichienne de Rapperschwil où leur intervention fut sollicitée par le parti confédéré ; une alliance fut conclue avec elle en violation de la paix signée avec l'Autriche. L'année suivante, Zurich occupa Stein et fit alliance avec cette ville. Le duc Sigismond redoutant une lutte avec les Confédérés recourut au pape Aenéas Sylvius pour faire rentrer sous sa domination ses sujets rebelles. Mais un conflit, dont Porigine remontait au pontificat de Nicolas V, s'étant élevé entre le saint-siège et l'Autriche au sujet de la repourvue de l'évêché de Brixen, en Tyrol, le pape excommunia le duc Sigismond (1469). Aussitôt les Confédérés saisissent l'occasion pour mettre la main sur les biens du duc interdit, et ils s'emparent de Sargans et de la Thurgovie qui se trouva ainsi conquise dans des conditions analogues à celles qui avaient amené l'annexion de l'Argovie cinquante ans auparavant. Ils transformèrent ce pays en bailliage commun aux sept anciens cantons. Le malheureux duc d'Autriche ne possédait plus en deçà du Rhin que la ville forte de Winterthour qu'il céda à prix d'argent aux Zuricois, en 1467.

La paix était à peine conclue que de nouveaux motifs de guerre surgissent. Les villes de Mulhouse et de Schalfhouse, en s'alliant aux Confédérés, s'étaient aliéné la noblesse du voisinage; le duc Sigismond étant impuissant à les protéger, ces deux cités, dans leur détresse, invoquèrent l'appui des Confédérés. Les nobles du Hegau, du Kkttgau, du Sundgau et de V Alsace, très fanfarons de Dature, n'avaient pas de termes assez méprisants pour désigner les Suisses, ils les appelaient vachers, paysans crasseux, bovairom, etc. Le chevalier Bilgri de Heudorf ne pouvait laisser en paix les Schaffhousois, il commettait toutes sortes d'exactions sur les bords du Rhin. Au printemps 1467, il s'empara du bourgmestre Amstaad qui faisait un voyage à Konolfingen dans le Hegau et ne le relâcha qu'après avoir exigé de lui une forte rançon. Les Confédérés prirent alors les armes. Leur approche suffit à effrayer ces seigneurs pillards qui disparurent comme par enchantement, ainsi que la neige au souffle du fœhn.

Un certain nombre de gentilshommes autrichiens s'étant réfugiés dans la ville forte de Waldshout, les Suisses entreprirent le siège de

cette ville, ie 22 juillet 1468. Elle était sur le point de tomber entre leurs mains lorsque des divergences ayant éclaté entre les Bernois, les Zuricois et les Waldstaetten, les Confédérés renoncèrent à continuer le siège et acceptèrent du duc Sigismond une somme de dix mille florins pour leurs frais de guerre et à titre d'indemnité aux bourgeois de Mulhouse et de Schaffhouse (27 août 1468). Pour garantir ce paiement qui devait s'effectuer dans les dix mois, Sigismond leur donna une hypothèque sur Waldshout et la Forêt-Noire.

La détresse de l'Autriche était telle alors qu'elle ne se trouvait pas en mesure de faire honneur à ses engagements, ne voulant pas permettre aux Suisses de se saisir de leur gage, le duc Sigismond voulut contracter un emprunt considérable auprès de Louis XI, et lui offrit comme garantie ses Etats d'Alsace. Mais le roi de France ne se souciait pas de désobliger les Suisses et refusa cette proposition. Sigismond s'adressa alors au duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, qui lui prêta 50000 florins et reçut en échange l'hommage des sujets alsaciens de l'Autriche (9 mai 1469).

L'entente entre les deux ducs ne fiit pas de longue durée. En 1473, Charles et Sigismond se brouillèrent, et tandis que le premier, au comble de sa gloire, s'aliénait les Suisses par son arrogance, le second se rapprocha d'eux et conclut, en 1474, un traité par lequel il leur assurait la paisible possession des conquêtes que leur avaient values deux siècles de luttes.

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