‹ Histoire de la nation suisseChapitre 60 sur 82 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Guerres d'Italie; conquête de Lugano, Locarno et Bellinsone. — Bataille de Novare (5 juin 1513).

Etat de l'Italie à la fin du quinzième siècle. — Participation des Suisses aux campagnes de Charles VIII et de Louis XII. — Ludovic le Maure enrôle des bandes franches en Suisse ; les mercenaires suisses à la solde du duc de Milan refusent de combattre leurs compatriotes au service de France. — Louis XII, devenu duc de Milan, se refuse à tenir les promesses faites aux Confédérés ; irruption des Suisses dans le Milanais ; traité d*Arona (il avril 4503) ; le comté de Bellinzone est cédé par Louis XII aux cantons de Schwyz et d'Unterwald. — Diète impériale de Constance. — Rupture de l'alliance française. — Jules II et Matthieu Schinner. — Les Suisses concluent une alliance avec le saint-siège (14 mars 1510) et avec l'Autriche (7 février 1511). Formation de la sainte-ligue entre le sainte siège, l'empire, Venise, l'Espagne, l'Angleterre et les Confédérés. — Conquête du Milanais par les Suisses (1512) ; rétablissement des Sforza sur le trône de Milan. — Annexion de Lugano, Locarno, Mendrisio et du val de Maggia à la Suisse ; de la Valteline, de Chiavenna et de Bormio aux Ligues Grises. — Occupation de Neuchâtel par les Confédérés. — Diète de Baden. — Entrée de Maximilien Sforza à Milan. — Réconciliation de Louis XII avec Venise. — L'armée française reprend l'offensive. — Bataille de Novare ; défaite des Français.

Depuis les temps où les Gaulois, puis les Cimbres, envahireat ritalie, jusqu'à nos jours, ce pays ensoleillé a toujours exercé sur les nations septentrionales un attrait magnétique. Après les Germains et les Francs, les Allemands et les Français se sont rués sur la plaine du Pô, objet de leurs ardentes convoitises. Les Suisses aussi prirent part à c^tte curée, au quinzième siècle et au début du seizième. Mais, loin de leurs foyers, ils n'observaient pas la discipline qu'ils savaient s'imposer dans les guerres défensives; les expéditions au delà des Alpes ne furent point couronnées des mêmes succès que les campagnes de Bourgogne et de Souabe. Lors des premières guerres contre le duc de Milan, à Arbédo et à Giornico, le défaut d'entente entre les chefs compromit la réussite de ces opérations militaires.

Pour avoir sur la politique européenne une action en rapport avec l'importance des victoires qu'elle venait de remporter sur les Bourguignons et sur l'empire, il eût fallu à la Suisse un gouvernement fortement organisé. Or, tandis que, autour d'elle, se formaient de grands Etats, les Suisses demeuraient divisés ; leurs diètes étaient des congrès, les députés qui les composaient votant

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sur instruction, leurs délibérations étaient lentes et difficiles ; aucun pouvoir central ne présidait aux destinées de la nation. Pas d'armée permanente, les miliciens s'armant et s'entretenant à leurs frais, se croyaient en droit de discuter les plans de cam* pagne ; leurs chefs ne pouvaient compter sur leur obéissance que pour autant qu'ils avaient conquis leurs suffrages ; l'armée se transformait parfois en landsgemeinde et prenait sous l'empire des 'circonstances du moment des résolutions contradictoires sans vues d'ensemble.

Les nombreuses campagnes auxquelles les cantons avaient pris part, avaient eu pour conséquence la formation d'une classe de militaires de profession, ne rêvant que guerres et combats, dégoûtés des travaux des champs et de l'atelier, véritables soudards, prêts à s'enrôler pour n'importe quelle cause à condition de gagner de l'argent ; les mots de patrie, d'honneur national, de bien public n'avaient plus de prise sur eux, et peu leur importait de combattre sous des drapeaux différents. La guerre de Souabe terminée, ces aventuriers cherchèrent carrière en Italie où se passaient des événements importants. Comme nous l'avons déjà remarqué plus haut, l'Italie était au quinzième siècle le pays le plus cultiv^ et le plus riche de l'Europe. La civilisation antique répudiée par l'Eglise au moyen âge était revenue en faveur, des princes éclairés encouragent les savants et les artistes, l'industrie et le commerce atteignent un degré de prospérité inconnu au nord des Alpes. En revanche, les anciennes mœurs s'altèrent, l'esprit guerrier s'affaiblit ; au lieu de marcher en personne au combat, comme au temps de Barberousse, les Italiens ont recours à des mercenaires. Avec l'introduction du système des troupes soldées les luttes changent de nature, le calcul l'emporte sur la passion, car le condottiere a intérêt à ménager ses hommes, la guerre devient un art.

En Italie comme en Suisse l'unité politique manquait, de nombreux Etats sans lien commun se développent séparément les uns des autres, se jalousent et s'affaiblissent réciproquement par des luttes séculaires. Au premier rang figuraient le royaume de Naples et le duché de Milan, celui-ci avait à sa tête la famille des Sforza qui, à la suite du mariage de son chef, François Sforza, — u heureux condottiere, — avec une fille naturelle de Philippe-Marie Visconti était arrivé à s'emparer du pouvoir en 1447. A François Sforza succédèrent son fils Galéas-Marie et son petit-fils Jean- GaléaS'Marie, qui fut dépossédé du pouvoir en 1489 par son oncle

Ludovic surnommé le Maure à cause de son teint olivâtre. Se sentant peu en sécurité dans une situation qu'il avait usurpée, Ludovic le Maure s'allia avec le roi de France Charles VllI et rengagea, comme héritier de la maison d'Anjou, à revendiquer le trône de Naples qu'occupait Alphonse II d'Aragon.

Charles VIII, jeune, ambitieux, d'un esprit médiocre, abandonnant la prudente politique de son père, réunit une magnifique armée, avec une artillerie considérable et marcha à la conquête de l'Italie (1494). Cinq à six mille Suisses s'étaient rangés sous ses drapeaux. Ils formaient l'avant-garde de l'armée. Leur belle stature, leur air martial fit une grande sensation sur les Italiens. Ils défilaient dans les villes au pas cadencé des fifres et des tambours.' Ms portaient une veste courte, de couleurs variées, ajustée, destinant les membres et contrastant avec les larges pourpoints en usage dans la péninsule ; les plu<s glorieux avaient orné leurs coiffures de grandes plumes qui flottaient au vent ; les premiers rangs étaient armés de dagues et de hallebardes avec lesquelles ils frappaient d'estoc et de taille ; le gros de la troupe suivait armé de piques en chêne, longues de dix pieds, que le soldat suisse maniait avec une grande dextérité.

En peu de semaines Charles VIII traversa la péninsule, il rançonna les Florentins, traita Rome en ville conquise et arriva devant Naples le 22 février 1495 sans rencontrer de sérieuse résistance. Abandonné par ses troupes, le roi Alphonse abdiqua en faveur de son fils Ferdinand II, et celui-ci quittant sa capitale s'enfuit dans l'île d'Ischia. Charles VIII entra dans Naples comme un triomphateur aux acclamations du peuple. Il prit le titre de roi de Naples, de Sicile et de Jérusalem, et donna de splendides fêtes. Mais il est plus facile parfois de faire une conquête que de la conserver.

Tandis que l'armée française, jouissait à Naples de sa facile victoire, et, comme jadis les Carthaginois à Capoue, s'adonnait à de folles orgies, les Italiens, revenus de leur stupeur, avisent aux moyens de se débarrasser de l'étranger. Une coalition, connue sous le nom de Ligue de Venise, se forme entre le pape, l'empereur, le roi d'Aragon, les Vénitiens et le duc de Milan. Charles VIII, dont l'armée avait été diminuée par les maladies, pressé de toutes parts se voit contraint de quitter Naples où il laissa toutefois une garnison. La retraite fut difficile; au passage des Apennins la nombreuse artillerie que Charles VIII traînait à sa suite lui devint une cause d'embarras ; il fallut la faire monter et descendre des che-

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mins abrupts où jamais char ni charrette n'avait passé. Les Suisses, dans cette occurence, lui furent d'un grand secours ; sous la direction de La Trémouille, qui lui-même mit la main à l'œuvre, ils s'attelèrent aux canons, et, en cinq jours, leurs bras vigoureux transportèrent toute l'artillerie d'un côté de la montagne à l'autre. Les coalisés voulurent barrer à Charles VIII sa retraite, mais il défit les Milanais à Fomoue (22 kilomètres de Parme) le 5 juillet 1495 et rentra en France.

Ludovic le Maure qui, par ses intrigues, avait attiré Charles VIII en Italie, puis par d'habiles alliances avait >réussi à l'en faire sortir, avait tout lieu de redouter les suites de son odieuse conduite. Le temps manqua à Charles VIII pour la lui faire expier ; ce monarque indolent et frivole, dont le seul mérite fut d'avoir, par son mariage avec Anne de Bretagne, réuni le duché de Bretagne à la couronne de France, mourut à Amboise le 7 avril i 498 des suites d'un accident et laissa son trône à son cousin Louis XII.

Le nouveau roi avait des prétentions sur le duché de Milan, du chef de sa grand'mère Valentine Visconti, dont les droits avaient été foulés aux pieds par les Sforza. Parvenu au pouvoir, « il engagea la France plus avant que n'avait fait Charles, dit Guizot, dans cette folle voie des conquêtes lointaines, imprévoyantes et incohérentes qui devait coûter à son successeur, François P^ sa captivité de Pavie et le déplorable traité de Madrid. »

Ses desseins étant connus, Ludovic le Maure, pour les déjouer, rechercha d'utiles alliances. Lors de la guerre de Souabe il avait cru à la victoire de Maximilien et avait fermé ses marchés aux Confédérés ; à la nouvelle de leurs succès il se rapprocha d'eux pour obtenir leurs secours, il s'interposa, ainsi qu'on Ta vu plus haut, comme médiateur entre les cantons et l'empereur. La paix de Bâle conclue, les enrôleurs français, italiens et allemands afQuent en Suisse. Mais avant que les Confédérés, divisés d'opinions, eussent eu le temps d'intervenir efficacement sous une forme ou sous une autre, Milan tombait au pouvoir des Français. Au mois d'août 1499, Louis XII qui, au préalable, avait conclu alliance avec Venise, envahit le Milanais avec une armée de 25 000 hommes, dont 5000 Suisses. Quoique possédant des forces à peu près égales à celles des Français, Ludovic le Maure, pris entre deux feux, ne tint pas tête à l'orage. Au moment de quitter Milan il dit aux ambassadeurs vénitiens : « Vous m'avez

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amené le roi de France à dtner, je vous préviens qu'il ira souper chez vous. » L'avertissement était sage, les Vénitiens s'arrangèrent pour n'avoir point de souper à servir aux forestieri. Sa conquête achevée, Louis XII repassa les Alpes au bout de peu de semaines, laissant pour gouverneur du Milanais le vaillant condottiere Trivulce qui, quatre ans auparavant, avait quitté le service du roi Ferdinand de Naples pour passer à celui de Charles YIII. Dans son malheur bien mérité, Ludovic le Maure s'adressa à l'empereur. Maximilien ne lui donna que de belles paroles, — les Habsbourg en ont toujours été prodigues ; — voyant qu'il n'avait rien à attendre de ce côté, il s'adressa aux cantons. Les Confédérés étaient disposés à Tentendre, car ils avaient plus d'un grief contre la France. Durant la guerre de Souabe, en effet, Louis XII avait, comme Louis XI lors de la guerre de Bourgogne, contribué à attiser le feu, et pas plus que Louis XI il ne les avait soutenus efficacement, et tenu ses promesses. La politique chevaleresque des Français, dont on parle souvent, avait subi un de ces temps d'éclipsé auxquels elle est fréquemment sujette. Puis le Milanais conquis, Louis XII avait congédié ses auxiliaires suisses sans les payer, et avait refusé de s'expliquer sur les relations commerciales des cantons avec la Lombardie. Dans ces circonstances, Ludovic le Maure réussit sans peine à enrôler 11000 Suisses, 7000 lansquenets allemands et 2000 Italiens, et, lorsqu'il sut que les Milanais commençaient à être las du joug tyrannique des Français, il entra en campagne et reconquit sa capitale avec la même facilité que les Français avaient mise à la lui ravir. Puis, poursuivant sa veine, il met, en février 1500, le siège devant Novare.

De son côté Louis XII, sans se mettre en peine des sommes qu'il devait aux Suisses, invoqua les traités et demanda des auxiliaires. Ses enrôleurs, semant l'or à pleines mains, en recrutèrent 24 000 qui franchissent le Saint-Bernard et rejoignent l'armée française devant Novare. C'est ainsi qu'il arriva que des mercenaires suisses se trouvèrent en présence les uns des autres rangés sous des bannières adverses; ils refusèrent de combattre. La diète, pour éviter cette lutte fratricide, ordonna aux mercenaires que Ludovic le Maure avait engagés sans son assentiment, de rentrer en Suisse, ce qu'ils firent. Se voyant abandonné, le malheureux prince tenta de s'échapper sous un déguisement et se cacha dans les rangs des Suisses, une hallebarde sur l'épaule. Mais sa tête

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avait été mise à prix et un Uranais nommé Tourmann le dénonça. L'infortuné monarque, qui peu de semaines auparavant avait gracieusement relâché le chevalier Bayard tombé entre ses mains, ftit conduit à Lyon, interrogé comme un criminel, puis enfermé au château de Loches, en Touraine, où il fut tenu dans une captivité très dure « sans livres ni papier ni encre » qui fut adoucie dans la suite, mais ne se termina qu'à son décès survenu au bout de huit ans. Le traitre qui Tavait livré étant rentré en Suisse fut condamné à mort, ses complices perdirent leurs grades et furent condamnés à de fortes amendes. Cette juste sentence nous montre que le sentiment de l'honneur s'était maintenu en Suisse en dépit de la dépravation des mœurs qu'avait engendrée le détestable système des capitulations. Le respect dû au malheur dont les Suisses ont donné tant de fois des preuves est un trait national qu'il importe de relever.

Le triomphe de Louis XII était complet. Il reprit possession du duché de Milan et tous les princes de la péninsule le félicitèrent hautement, tout en faisant des vœux secrets pour sa ruine. Quant aux Suisses, ils repassèrent les Alpes peu satisfaits, car le roi de France leur devait trois cent mille couronnes et ne remplissait pas ses obligations. A ce grief s'en ajoutait un autre plus grave. Lorsque Louis XII, n'étant encore que duc d'Orléans et comte d'Asti, avait en 1495 voulu une première fois faire valoir ses droits sur le duché de Milan, il avait, en demandant aux cantons leur concours, promis de leur céder les seigneuries de Locarno, de Lun gano et de Bellinzone le jour où il aurait réussi à entrer en possession de l'héritage de son aïeule ^ Mais ce souverain sans foi ni loi, qui en montant sur le trône de saint Louis désarma ses adversaires par ce mot célèbre : « Le roi de France ne venge pas les injures faites au duc d'Orléans, » étendait à ses dettes la même faculté d'oubli.

Une fois, en effet, maître du Milanais, il ne fit point honneur à ses engagements envers les Confédérés, et malgré leurs instances il conservait Lucarno, Lugano et Bellinzone. Uri, Schwyz et Unterwald étaient, en raison de leur commerce, plus particulièrement intéressés à une extension territoriale au midi des Alpes ; outrés des procédés de Louis XII, ils résolurent d'occuper militairement ces contrées. En 1500, un corps de troupes des Waldstœtten s'empara de Bellinzone. Louis XII protesta vainement contre cette occupation. La querelle s'envenima, des acomptes

* \oirAb8chied III, p. 487.

furent payés sur les arrérages dus aux mercenaires suisses, mais les trois cantons n'entendaient pas se dessaisir de leur annexion, et, pour tenir en respect les Français, ils appelèrent les Confédérés à leur aide. Au cœur de l'hiver, en février 1503, quarante mille Suisses passent le Gothard, répandent la terreur devant eux et vont mettre le siège devant Arona. Les populations de la Lombardie, lasses du joug français, étaient prêtes à se soulever, le roi avait d'ailleurs besoin de toutes ses forces pour la conquête du royaume de Naples que lui disputait Ferdinand d'Aragon ; il ne lui convenait . pas de se brouiller avec les Confédérés, il céda donc à leurs exigences. Par le traité d' Arona du 11 avril 1503, Louis XII, en sa qualité de duc de Milan, et en réservant l'assentiment de l'empereur, concède à perpétuité aux cantons d'Uri, de Schwyz et d'Unterwald la seigneurie de BeUinzone, avec les deux villages d'Isona et de Medeglia, au sud du mont Cenere et le val de Bkgno.

L'équipée d' Arona avait montré à Louis XII que la conservation du duché de Milan dépendait du bon vouloir des Suisses. La Confédération avait obligé la France à subir ses exigences et à remplir les obligations du duc d'Orléans.

Les cantons s'engageaient de plus en plus dans la politique européenne. Ils étaient devenus les arbitres entre le roi de France et l'empereur d'Allemagne, ils pouvaient à leur gré attribuer à l'un ou à l'autre des deux rivaux le duché de Milan que tous deux convoitaient. Aussi leur alliance était-elle recherchée par l'un et l'autre et de mutuelles intrigues étaient-elles nouées dans ce but. C'est en vain que la diète interdisait sous peine d'amendes aux magistrats de recevoir des pensions et prohibait les enrôlements faits sans son assentiment (20 juillet 1503). Les ambassadeurs de Louis XII ne cessaient de prodiguer de l'argent, les magistrats acceptaient des pensions en dépit des anathèmes du clergé, et les jeunes gens poussés par leur goût d'aventures continuaient à se laisser enrôler.

Une diète impériale à laquelle accoururent un grand nombre de princes et de seigneurs se réunit à Constance en 1507. 11 s'agissait de composer la suite qui accompagnerait à Rome Maximilien, lorsqu'il irait recevoir la couronne impériale. Des pourparlers furent entamés avec les Confédérés pour les engager à se joindre à l'escorte impériale. Leurs délégués se rendirent à Constance en grande pompe, l'empereur les reçut avec empressement. Un rapprochement complet se produisit entre les Confédérés et l'em-

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pereur ; les aigreurs suscitées par la guerre de Souabe se dissipèrent entièrement ; les cantons se montrèrent disposés à faire une levée de 6000 hommes aux frais de Maximilien pour l'accompagner dans la ville éternelle, de son côté l'empereur renouvela les engagements pris lors de la paix de Bâle. « Maximilien, nous dit M. Ch. Kohler *, n'épargna rien pour obtenir le consentement déSnitif des ambassadeurs suisses. Il les traita magnifiquement, les invita à sa table, leur envoya du vin du Rhin et de la malvoisie, remit à chacun d'eux un justaucorps de damas rouge, pour qu'ils fissent bonne figure dans la somptueuse assemblée des princes de l'empire. A plusieurs reprises, il les entretint avec une démonstrative familiarité. S'adressant un jour aux députés des cantons forestiers, il jura d'aller à pied à Einsiedeln, d'y tuer un chamois sur la plus haute montagne et d'en faire hommage à Notre-Dame ; il promit aussi d'aider à la canonisation de leur compatriote Nicolas de Flue. Abordant une autre fois le banneret Wyler de Berne, il lui mit amicalement une main sur l'épaule, et, portant l'autre sur sa poitrine, il dit : Eh bien, par Dieu, mon cousin, je suis le plus ancien et le meilleur Confédéré, et je veux demeurer tel si l'on me traite en conséquence. » Cependant les Confédérés, prévoyant les complications politiques qu'amènerait leur participation au couronnement de l'empereur, renoncèrent à fournir l'escorte qui leur était demandée, et Maximilien se rendit à Rome sans eux.

En 1507, l'ambassadeur de France obtint encore une levée de 4000 hommes, qui après quelque hésitation prirent part à la conquête de Gènes. Cette république en effet était terre d'empire et la participation des Suisses à son occupation par Louis XII était contraire au traité de Bâle. Les cantons fermèrent les yeux et évitèrent de demander des éclaircissements sur l'emploi que Louis XII se proposait de faire de cette levée. L'empressement des Suisses à s'enrôler sous les bannières françaises leur attirait de sévères appréciations de la part des Allemands ; un humaniste Wimpheling (cité par M. Dândliker) porte sur eux ce jugement

^ M. Kohier lire ce récit de la Relation de la Diète de Constance publiée dans la Bibliothek der schweizerischen Staaskande, Erdbeschreibung nnd Litteratnr, Zurich 1797. Sur la participation des Suisses à la conquête de Gênes, la réception des ambassadeurs suisses à la diète de Ck>nstance, la rupture de Talliance française et les événements qui suivirent, on lira avec fruit l'intéressant ouvrage de M. Ch. Kohler qni vient de sortir de presse sous le titre : Les Suisses dans les guerres d'Italie de i5o6 à i5t2.

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trop justifié, hélas^ auquel il donne la forme d'une prière : « Seigneur Dieu, s'écriait^il , donne-leur un cœur humain au lieu de leur cœur de pierre. Leur sauvagerie, leur rudesse, leur fierté, leur fougue, leur soif de sang les rend semblables aux Turcs ; dès que Ton parle d'une guerre, tous dans le pays prennent les armes et en peu de temps une masse innombrable d^honunes très forts se déchaîne comme un ouragan ensorcelé. » Les Suisses n'étaient point seuls à mériter ce reproche. Les bandes de lansquenets allemands qui sous le commandement du connétable de Bourbon et de Georges de Frondsberg firent le sac de Rome en 1527 les égalaient certainement, s'ils ne les surpassaient en cruauté. De leur côté, les armées bourguignonnes et françaises se signalèrent par des actes de sauvagerie sans nom, entre autres l'on peut citer le massacre de la garnison de Grandson commis par Charles le Téméraire en 4476, et celui de la garnison de Poschiavo, qui après s'être rendue à discrétion en 1509 fut exécutée sur Tordre formel de Louis XIL C'est donc sur le compte de l'époque plutôt que sur celui de telle ou telle nation qu'il faut mettre ces atrocités.

L'alliance avec la France, contractée au cours de la guerre de Souabe, arrivait à son terme en 1509 et ne fut pas renouvelée. Louis XII entama des négociations dans ce but, mais Tattitude de ses délégués montra qu'il n'y tenait pas particulièrement. Ils traitaient les Confédérés avec froideur; leurs manœuvres cauteleuses furent hautement réprouvées par la plupart des membres de la diète et soulevèrent contre le roi la meilleure partie de la nation. Le roi ne voulait pas accepter les conditions mises par les Suisses à leur alliance, il entendait pouvoir disposer absolument des mercenaires qu'il engagerait, et les employer sans restriction contre qui bon lui semblerait; en définitive, il aimait mieux recruter directement des mercenaires suisses sans recourir à l'intermédiaire des gouvernements cantonaux et ceux-ci laissèrent tomber les négociations. Au point de vue français, la rupture de l'alliance franco-suisse fut une faute que Louis XII ne devait pas tarder à expier. C'est ce que reconnaît M. Guizot lorsqu'il dit dans son Histoire de France (tome II, p. 556) : « Louis XII commit la faute de se brouiller avec les Suisses en refusant d'ajouter 20 000 fr. de pension aux 60000 qu'il leur payait déjà, et en les traitant de misérables pâtres montagnards qui prétendaient lui imposer des conditions qu'il ne voulait pas subir. » Au point de vue suisse, le

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