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GUERRES D ITALIE. BATAILLE DE NOVARE

Fig. 85. — Drapeau milaDaii.

(Voir au bas de la page 463 l'explicalion détaillée de ci

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employées, et les Confédérés se trouvèrent ainsi engagés, sans même s'en rendre compte, dans une guerre contre la France.

Quinze jours après la conclusion de cette alliance, 6000 hommes passaient les Alpes, sous le commandement de Tévéque de Sion, se croyant appelés à soumettre les Etats du duc Alphonse de Ferrare, vassal révolté du pape, et s'imaginant pouvoir sans obstacle traverser le Milanais. Une fois les Alpes franchies les troupes suisses se trouvèrent en présence des Français qui leur refusèrent le passage.

Il y avait dans la Confédération un parti français et un parti allemand, ce dernier redoutait les complications auxquelles pouvaient aboutir les menées de Schinner. L'empereur, qui avait des prétentions sur le duché de Milan, menaça les Suisses d'une intervention, et l'ambassadeur français de Milan se plaignit de la rupture de la paix. Sur l'ordre de la diète les troupes suisses qui s'étaient avancées jusqu'un peu au delà de Côme, repassèrent le Gothard. Cette retraite leur valut de la part du saint-père de vives récriminations. Jules II soutint que son seul but était de comprimer la rébellion du duc de Ferrare, que jamais il n'avait songé à chasser les Français de l'Italie, et il allégua la prétendue trahison des mercenaires suisses pour refuser de leur payer leur solde. Lorsque Schinner rentra en Valais, il se trouva en présence des partisans de la France, en tête desquels était son ancien protecteur, Georges de Supersax ; il se vit obligé de s'enfuir sous un déguisement et parvint, non sans peine, à Rome où il reçut du pape l'évêché de Novare et le chapeau de cardinal en récompense de son zèle pour la cause italienne.

Maximilien profita de la méprise dans laquelle étaient tombés les Confédérés pour leur demander le renouvellement de l'alliance héréditaire de 1477 ; il n'y avait alors aucune cause de mésintelligence entre la Suisse et les Habsbourg, et la diète s'empressa d'accéder aux vœux de l'empereur (7 février 15H). Un rapprochement semblable se fût peut-être opéré avec la France sans un incident malheureux qui détermina une nouvelle prise d'armes des Confédérés. La nouvelle parvint en Suisse que deux courriers, l'un de Fribourg, l'autre de Schwyz, se rendant en Italie avaient été assassinés à Lugano. Les satisfactions demandées par la diète n'ayant pas été immédiatement accordées, 1500 Schwyzois, 500 Fribourgeois , sous le commandement de Pierre Falk, suivis de 8000 Confédérés passèrent les Alpes au mois de novembre 1511 et s'avancèrent jusqu'aux portes de Milan; les Fran-

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çais De leur opposèrent pas de résistance sérieuse, l'hiver commeDçait. Après avoir mis le pays à feu et à sang, les Coafédérés repassèrent en décembre le Gotbard.

Sur ces entrefaites, Jules U avait réussi à conclure une alliance avec l'empire, l'Espagne, Venise et rAoKleterre. Au printemps 1312, les Confédérés, unis aux ligues grisonnes, se remirent en campagne et se disposèrent à enlever le ducbé de Hilan aux Français *. Le 6 mai leurs contingents se réunirent à Coire au nombre de 18 000 hommes, sous le commandement supérieur du baron Ulrich de Hohensax et de Jacob Stapfer de Zurich. Les Conf versèrent l'Albula, le Munsterthal, la vallée pour aboutir à Vérone, où le cardinal Se attendait. Le prélat valaisan se présenta nom du saint-père, et leur remit comm de leur vaillance une magnifique épée e peau ducal richement orné. Le 1*' juin, opèrent, à Villafranca, leur jonction avec tiens qui étaient pourvus de cavalerie et c artillerie, et sans attendre les troupes es^ pontiScales qui arrivaient par la Romagni sent le Mincio et l'OgHo, se présentent de qui tomba en leurs mains après un coiirl poursuivant leur marche triomphante, ilt en peu de jours la conquête du Milanais. L de Louis XII, commandées par La Pal\ vulce battent en retraite devant eux et n France. Maximilien Sforza, le fils de l Haure, hit rétabli sur le trône de son Romagnes rentrèrent sous la domination | ta république de Gènes recouvra sa liberté but de Jules II était atteint. L'Italie était d joug français. Ce fut le plus beau jour t il^ s'intitula le libérateur de l'Italie, et cornera aux Suisses le titre de défenseurs de la liberié de l'Egim et leur- fit don

' Av«cle coalingeot daOlaris marcliail «oa curé, Ulrich Zwingli, ]e Tuiur réfor-

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de bannières bénies qui ont été conservées jusqu'à nos jours. Dans toutes les villes et les \allages les Confédérés furent accueillis avec enthousiasme, on sonnait les cloches à leur arrivée et ils étaient reçus au son de la musique.

Il était juste que les Confédérés reçussent certains avantages matériels en échange des services signalés qu'ils avaient rendus. Comme les Français après Solférino ils entendaient être dédommagés de leurs peines. Le duc de Milan abandonna en faveur des ligues suisses ses droits sur lé val d*Os$ola, le val de Bkgno^ Bel^ linzone, Locarno, Lugano, Mendrisio et le val de Maggia, qui devinrent sujets des douze cantons. De leurs côtés, les ligues grisonnes reçurent la VcUteline, avec les comtés de Chiavenna et de Bormio, anciennes dépendances de Tévêché de Coire.

Les Confédérés possédaient ainsi les sommités des Alpes, leurs cols et leurs voies d'accès du Mont-Rôse jusqu'aux sources de l'Âdda et au passage du Stelvio, ils avaient acquis une superbe ligne de défense, qui mettait leur frontière sud à l'abri de toute attaque et Jjeur fournissait 4'cx.cellents débouchés pour leur commerce.

La fortune souriant aux Confédérés, ils donnent carrière à leur humeur conquérante ; non contents de l'extension territoriale qu'ils s'étaient procurée au midi des Alpes, ils cherchent aussi à améliorer leurs frontières du côté du Jura en occupant le comté de Neuchâtel.

Par ces éclatants succès les Suisses étaient parvenus au plus haut point de leur gloire militaire, ils avaient exercé une action décisive sur le' sort de l'Italie. En dépouillant la France des conquêtes de Charles VIII et de Louis XII, ils avaient pris rang au nombre des grandes puissances de l'époque. La France, battue et humiliée, cherche à se rapprocher de ia Suisse dans le' vain espoir de ressaisir le Milanais. Les propositions de ses ambassadeurs furent repoussées. Le duc de Milan conclut avec les Confédérés un traité à Baden, le 29 septembre 1512, par lequel il s'engageait à payer une indemnité de 150 000 ducats payables en six termes et uûe rente annuelle de 40 000 ducats. La grande cité lombarde devenait donc tributaire des cantons, son prince se plaçait sous leur protectorat.

La petite ville de Baden, qù siégeait la diète fédérale en septembre 1512, présentait alors un curieux coup d'oeil. Ses principales auberges étaient devenues la résidence des ambassadeurs du

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pape, de l'empereur, du roi d'Espagne, de la république de Venise, des ducs de Milan, de Savoie et de Lorraine et du roi de France, qui tous cherchaient à capter la faveur de messieurs des Ligues suisses.

Le 29 décembre 1512, Maximilien Sforza, arrivant d'Insbruck par la Lombardie, 6t son entrée solennelle à Milan avec une suite nombreuse. A la porte du Tessin l'attendaient Ulrich de Hohensax, le bourgmestre Schmid de Zurich, le landamman Puntiner d'Uri et le landammun Schuoarzmourer de Zoug. Ce dernier, homme de belle taille et à la parole facile, lui fit un discours de bienvenue en latin au nom des Confédérés et lui remit les clefs de la ville sur un plat d'argent. Maiûmilien remercia les envoyés suisses de sa réintégration dans son héritage paternel et se recommanda à leur protection. « Ce jour, dit M. Hiity, le plus grand de notre histoire par la manifestation extérieure du succès, mériterait d'être représenté par les beaux-arts dans l'un des nouveaux palais de la Confédération. »

Deux mois plus tard, le 21 février 1543, le pape Jules II mourut, il eut la satisfaction avant de quitter ce monde de voir se réaliser le rêve de sa vie, la libération de l'Italie. Son successeur fut le cardinal Jean de Médicis. Elu le 11 mars 1513 sous le nom de Léon X, le nouveau nape devait continuer la politique extérieure de Jules II, sans y déployer toutefois la même énergie. Homme d'une haute culture, mais d'un caractère mobile, il n'était pas pour la France un adversaire aussi redoutable que Jules II.

L'obligation que les Confédérés avaient assumée, comme protecteurs de la Franche-Comté et du Milanais, de défendre deux grandes provinces qu'il ne leur était pas donné de pouvoir façonner à leurs mœurs, constituait une lourde charge et une source d'entraînements pour une nation que le succès avait rendue orgueilleuse. Cette situation ne laissait pas que de préoccuper les magistrats de l'époque, ainsi que nous , le prouve le curieux fait que nous rapporte le doyen Bullinger dans le récit suivant :

c Ici ne veux omettre ce que j'ai plus d'une fois entendu répétera noble Diethelm Roist, bourgmestre de Zurich, et que lui avait souvent raconté monsieur son père, défunt Marc Roist, aussi bourgmestre de Zurich et député à la susdite diète de Baden. Au moment qu'on allait conclure et sceller l'alliance ducale, furent entendus de tous les députés de la Confédération trois grands coupsy qui firent même bruit que si un homme avait

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frappé très fort du poing sur la table. Sur quoi s'épouvantèrent les députés et.se regardèrent les uns les autres; mais, néanmoins, continuèrent leur ofQce et décidèrent de sceller et conclure le traité. Mais quand, plus tard, à la bataille de Novare, les Confédérés souffrirent grand dommage, puis encore un autre bien plus grand aux deux attaques de Harignan devant Milan, alors gens de sens ont dit : Ce triple dommage, sortant de ralliance ducale, Dieu l'avait voulu annonce à l'avance aux Confédérés par ces trois coups et leur avait donné cet avertissement pour qu'ils apprissent à quoi leur serviraient ces alliances avec seigneurs étrangers <. >

La défaite essuyée par Louis XII n'était pas telle qu'il dût perdre l'espoir de reprendre le duché de Milan, il avait encore des garnie sons dans quelques forteresses, il possédait toujours la citadelle de Crémone, les châteaux de Lugano et de Locarno, etc. La ré^^ -public[ue de Venise, déçue dans l'espoir qu'elle avait eu d'obtenir des extensions territoriales et en particulier de ce que Crémone lui avait échappé, se détacha de la sainte-ligue, se rapprocha de la France et conclut alliance avec Louis XII le 23 mars 4513. De son côté, Léon X renouvela, le 5 avril 1513, avec l'empereur Maximilien, le roi d'Espagne et le roi d'Angleterre Talliance conclue par Jules II i mais aucune de ces puissances n'était disposée à prendre une part sérieuse à la guerre. Les Confédérés étaient les seuls protecteurs fidèles stur lesquels le duc de Milan pût réellement compter. Pour les circonvenir, Louis XII avait déjà envoyé, en février, à la diète de Lucerne, le général La Trémouille, mais le vent n'était pas en Suisse à un rapprochement avec la France, les Confédérés exigeaient que Louis XII renonçât à ses prétentions sur le duché de Milan, qu'il leur livrât les places qu'il occupait encore en Lombardie, qu'il ne recrutât pas de mercenaires sans l'assentiment des autorités des cantons et qu'il réglât les arrérages qu'il devait encore. Les négociations furent rompues et Louis XII fit des préparatifs pour envahir à nouveau le Milanais. La Trémouille passa les Alpes avec une armée, occupa Asti et Alexandrie pendant que les Vénitiens réunissaient leurs troupes sous les murs de Crémone. A la fin de mai, une grande partie du duché de Milan était de nouveau occupée par les Français. Maximilien Sforza quitta Milan et alla s'enfermer dans Novare qui, avec Côme, lui était seule restée fidèle. Dans sa détresse, il implora

* En commentant ce fait, M. le professeur HLlty rappelle qu'en ce temps-lÀ les hommes les plus instruits, comme Machiavel, Guicciardini et Saronarole, croyaient, selon leurs propres expériences, à ces signes précurseurs d'an grand bouleversement.

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