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8*é(aot brouillé ensuite avec le pape et l'empereur, il ne (arda pas à être excommunié iui-méme. Il se passa alors exactement ce qui s'était passé en 4445. Les Confédérés, mettant à profit les embarras de la maison d'Autriche, s'emparèrent de toute la Tburgovie, sauf Winterthour, et la convertirent en bailliage commun des sept États victorieux. La petite ville autrichienne de Waifenstadt et les forts de Nidhov'j («t (\o FreudenUevu curent le même sort. Le duc Siizisiiiofui, cM'nlFMiiil pnv les circonstiinces, siiîiia la paix avec les Sdis^^es et vendit aux Zuricois la ville de Winierlbour , qui restait encore a rAiUrielie dans ce pays ( I WiO).
Les vexations des seii^ncurs auxquels eiaient en butte Mulhouse et Schalllionse alliées des Suisses, causèreiil une nouvelle f:uerre, où 15.000 Suisses, rangés en bataille dans h plaine des bœufs (Ochsenfeld), au-delà du Rhin, attendirent en vain Tarmée des nobles. Waidshout , place d'armes importante, fut assiégée ensuite. L'occupation de cette ville par les Suisses, en leur donnant un boulevard au nord, eûl assuré à la ligue helvétique l'accession du brave peuple de la Porét-Noire. Les Bernois le voulaient, en politiques habiles. De petites considérations et la vénalité , cette lèpre de la Suisse au XV" siècle, firent échouer le siège et la grande pensée nationale de Herne. La f)aix de Waidshout mit Schaffhouse et Mulhouse à Tabri des atta(|ues des nobles et garantit aux Suiss»^s la ()ossession de la Thui gov le (1168).
Au temps de la i^tierre de rhuriiovie, paraît pour la première fols sur la scène une des figures les pit/s élevées et les plus vénérables de noire hisuure, 1 humble et noble Nicolas de Fiue, alors simple Rottmeisler ou sous-ofiicier du contingent d'IInderwald. Mais Tbomme de Dieu, de Thuinanité et de la patrie perce déjà dans ce guerrier généreux, qui sauve de l'incendie et de la destruction le couvent de Sainte-Catherine au siège de Diessenhofen.
USTOIRB
xxvu.
Adrien de Boubenberg et Pierre KisUer, on lutte des seigneuri et dei bourgeois à Berne. — Union perpélaelle des trois ligues grisonnes.
B8 succès des Goofédérés farent troublés par les
dissensions qui survinrent a Berne en 1470, et qui sont connues dnns notre histoire nationale sous le nom de « (]uerelles des seigneurs féodaux (Ticing-herren Streitj. » Voici quel était le sujet de la querelle. En se faisant recevoir bourj^eois de Berne, les d'Erlach, Buubetiberg, Diesbach, Watlenwyl, Scharnachlhal, Bingoltingeu et autres barons n'avaient pas entendu renoncer à leurs fiefs et droits seigneuriaux particuliers; ils coniinttaient à gouverner leurs baron nies féodales comme de petits souverains indépendants deJÉtat, sauf en ce qui ooncernait le service militaire, certaines charges publiques, etc* Mais cet ordre de choses choquait les bourgeois de Berne, qui eussent voulu voir les grandes familles renoncer à leurs droits seigneuriaux en faveur de la ville et cesser de former dans la république autant de petits Etats- quMI y avait de juridictions féodales. Kntro seigneurs et bourgeois, d'ailleurs, existait une ancienne rivalité qui s'était déjà niaaifesiée au siècle précédent, par lostracisme de l'avoyer Jean de Boubenberg et le niouvemenl populiiire de \l>Hï (*).
A la lin du XV' siècle, cet esprit d'opposition trouva un représentant éloquent et énergique ilans la personne du conseiller Pierre Kistler, de la tribu des Bouchers et boucher de profession lui-même. Nommé banneret de sa tribu, et exerçant comme tel une certaine juridiction sur la campagne, il entreprit de faire respecter les droits de l'État dans les seigneuries librement ajoutées par leurs propriétaires au territoire de la ville, aussi bien que dans les bailliages acquis par Por ou par le fer deç bourgeois de Berne. Il fit servir à ce dessein Tinstitution des Freiweibd ou huissiers d'État ,
(I) Voir page 40t de ee Tolome.
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chargés de l'cxécutioD des Jois dans les baîiUages. .L'un de ces ageoLs , Gfeller, boissier d'État à Kpooliogen , porta le zèle jusqu'à frapper un magistrat communal qui refusait do reconnaiire l'autorité du gouvernetneilt'de Beroe jdana ima seigneurie qui appartenait ba >sire Nicolas de Diesbadu Ce seignenr ayant fait arrêter Je téméraire ag9nt, oeltiHci en appela au gouveniément de Benne. Diesbacb. déclina cet ap* pei , comme vblani ses droits seîgneariaox, et demanda en grand'Conseil la suppression/ des Fremeibd^ source perpétuelle de conflits entre les seigneurs et la ville. De longs et orageux débats s'élevèrent à ce sujet au sein de cette assemblée. Kistler, chef du parti de la bourgeoisie, soutint avec talent et véhémence la cause de l'État et celle de l'huissier* qui n'avait agi que d'après ses ordres. Le parti de Diesbach et des seigneurs lui opposa Adrien de Boubenberg, fils de l'avoyer-pacilicateur, et si célèbre depuis lui-même par son héroïque défense de la ville de Morat contre Charles-le- Téméraire. Un autre magistral bernois habile et oonsidéré, le trésorier Frânkli , quoique plébéien d'origine et pelletier de profession, pencbaît pour* les nobles, auxquels il trouvait qu'on devait laisser leurs anciens droits en reconnaissance des services qu'ils avaient rendus à la ville et pour ne pas vider les conditions , sous lesquelles ils avaient été admis dans la bourgeoisie. Cette opinion était aussi celle du eban-« celier Frickard , l'hoinnie le plus instruit delà république, mais qui était loin d avoir la courageuse loyauté de son collègue, « le Caton de la république bernoise (*). » Néanmoins, l'opinion de Kisller prévalut dans le grand-conseil; les nobles qui y siégeaient lurent roénie obligés de se retirer comme parties pendant qu'on jugeait TaGaire des Freiweibel, et tous leurs eflbrts pour faire remettre la décision a l'arbitrage fédéral , à un tribunal neutre ou à oeiui de Tempereur, restèrent inutiles. i; .
Pieu de temps après^ Télection de i'avoyèr vint m.ettre de nouveau les partis en présenee. Les candidats è cette baute . magistrature étaient, d'un cêté, les principaun chefs de la noblesse, Adrien de fioobenberg, Nicolas doDiesbacb, Scbar**
(1) Expression de Prickard lui-même dans sa chronique, où l'hulss^ier d*EtatGrciler lui rappoiio Cnlilinn. KistieretBoubenberg; Annibal et Hannon en lutte dans le sénat de CartUage.
■imni
oacbtai, Riogoltingen ; d'autre part, se présentait leur redoutable adversaire, le banneret e( boucher Kisiier. A la volation, qui se fit, selon Tusage, par mains levées, Diesbaob eut 45 suffrages, Boubenberg 90, Riogoltingeo 30, Scbarnachlal 40. La majorité, forte de SO voix, se prooooça pour KisUer, qui fat proclané chef de la république. A peine inslalléi^ celui-d acoueillit de nouvelles plaintes de la part des jfnmribd contre les seigneurs, dont l'un, le sire d'Ergaa, avait jeté à terre rboissier d*Ëlat de Jegistorf et lut avait cassé trois côtes. Kisller fil aussi exécuter une loi somptuaire rendue peu d'années auparavant et qui proscrivait les robes traînantes et les souliers à la poulaine, marque distinclive des dames de haut parage. Les dames nobles ayant bravé la défense, furent condamnées à l'amende el confinées dans leurs terres. La Confédération, émue au bruit des divisions qui agitaient le canton de Berne , oQrit sa médiation. Mais Kistler, qui connaissait le faible des Confédérés pour lea vaillants nobles de Berne, la repoussa constamment, comme opposée à la souveraineté cantonale. Là-dessus , les nobles ayant pris fait el cause les uns pour les autres, Kistler pro-* posa au grandHsooseil de les faire arrêter tous eomme des rebelles. Frttnkli s'y opposa el parvint, cette fois, à remporter sur l*andacienx avoyer. Cet échec Ait suivi de plusieora autres. Le départ des nobles pour leurs terres avait indisposé les artisans de la ville de Berne, les lonneliers surtout, dont les intérêts matériels se trouvaient en souffrance. Des imprécations se firent entendre, et on commença à dire parmi le peuple que « Ton eût beaucoup mieux fait de laisser le boucher Kisller à son étal (^j, que de lui confier les réoes de la chose publique. »
Dès lors, rétoile de Tavoyer commence à pâlir, et à l'expiration de sa magistrature annuelle, il fut remplacé par un noble. Kistler disparaît alors pour quelque temps de la scène politique. Il y reviendra pendant la guerre de Bourgogne , oà il préside plusieurs fois avec talent le grand-conseil de Berne. Toutefois, les efforts du courageux tribun en faveur des droita de TÉtal el de la centralisation politique, ne fureni pas vains. Les députés des cantons confédérés, choisis pour
(i) Éialf banc de boucher.
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arbitres par les deux partis, proQODCèreDt, à Kdoits, « qae les seigoeors abandonneraieiit à la ville la juridiclioD demandée, et qu*en revanehe od les laisserait libres de se vé* tir é leur guise. »
La conduite de Tavoyer Kistler a été diversemenl jugée par les historiens nationaux. Tandis que Jean de Mu lier et d'autres, se conformant aux données des chroniqueurs contemporains Frickar(J clTschachtlan, favorables à la noblesse, en font un démagogue vul^^aire, le général Cesiir de La Harpe a vu, au contraire, en Kisller, un défenseur des droits de l'État, un véritable /?a^no/c. Un patricien bernois, M. de Uodt, et avant lui, un autre écrivain de la môme classe, M. de Wattewyl, dans son ouvrage manuscrit, avaient rendu justice aux qualités morales et à Tintelligence de Tavoyer-artisaD, «cher à ses compatriotes, vénérable par son âge et son expérience. » L^historien de la république de Berne , M. de miier, fait remarquer les vues étroites du bourgeois de Berne , qui veut bien établir 1 égalité entre les nobles et les bourgeois , mais n'a point la pensée d*étendre cet avantage aux campagnards. H. Gelser, de Schaffbouse , signale avec sagacité les tendances d\inité , de centralisation auxquelles obéissait, a son insu, le boucher Kistler, tendances qui sont le mobile dominant et le Irait distinetif du XV*sièile, où tous les graf)ds Etats de l'Europe s'orizanisent aux dépens de la féodalité. Le niéinc système de centralisation , poursuivi avec trop do rigueur, perdra quelques années plus tard un des plus grands hommes de la Goufedéralioo, Uanz Waldmann, de Zurich, q-^q. ^ ^
Pendant que la discorde divisait de nouveau une partie des Confédérés, les Grisons poursuivaient avec succès leur marche progressive vers l'indépendance. En vain leurs voisins du Tyrol, dévoués à PAutricbe, firent-ils dans leur pays une invasion connue sous le nom de gueme des paulest parce que, dans on accès de forfanterie ridicule, ils avaient dé* claré ne vouloir laisser la vie à aùcun être animé, pas môme aux poules ; en vain l'évêque de Coire et les seigneurs fornièrent-ils une ligue pour ar^éanlir la liberté grisonne , la ligue Noire, comme on Tappelail [der Schwarzebund), fut détruite, et l'un de ses principaux fauteurs, Henri de Rbœzuns, condamne à mort par le peuple de la ligue Grise, n'eciiappa
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au glaive da bourreau que par la présence d'esprit de son valet Gappol. GeluHci feignit que son mattre, avant dé mou* rir, demandait comme dernière grâce de régaler encore une fois le peuple. On y consentit. La table du festin est dressée;
on boit, on rit; tout à coup, le valet fidèle se jette aux £*enoux des convives et obtient la vie de son maître, qui \ieal lui-même ensuite remer-cier rassoinl)!ée.
Pour mettre »^ couvert leur liberté île toute nouvelle tentative dans le genre de celle du Schwarzcbimcl, les trois ligues assemblées à Vazerol, petit village au centre du pays, s'unirent en une confédération unique et perpétuelle (H7i) aux conditions suivantes : « Chaque ligue a sou organisation et son gouvernement propres; chaque année cependant a lieu une diète générale des députés des trois ligues ; cette diète se tiendra trois fois à Ilanz, chef-lieu de la ligue Grise; une fois à Goire, chef-lieu de la Maison-Dieu, et une fois à Davos, chef-lieu des Dix-Droitures. Les députés n'ont que le droit de proposition et d'initiative ; le pouvoir ié^slatif est réservé aux communes, seules souveraines. En cas de conflit entre deux ligues, la troisième nonune un tribunal neutre. Ce que deux ligues décident est obligatoire pour la troisième. » — Telle était l'organisntion politique des Grisons. Chaque commune avait ses lois et son chef; plusieurs communes réunies étaient gouvernées par un landamman et avaient leur haute et basse juridiction ; plusieurs hautes juridictioos formaient une ligue; les trois ligues formaient la république grisonne, dont le peuple élisait et installait lui-même ses magistrats. Mais ce qui valait mieux encore que leurs institutions politiques, c'était Textréme simplicité de mœurs, le genre de vie économe et tempérant des montagnards grisons. On montre encore la source de Tavanos où s'arrêtèrent pour prendre en commun un frugal repas les fondateurs de l'union des ligues, et le poteau où ils suspendirent les sacs qui contenaient leurs provisions avant de prêter serment.
Victorieux des nobles et des Tyroliens, les Grisons se maintinrent paisiblement dans cet état jusqu'au temps^de la guerre de Souabe, à la ûq du XV* siècle.
xxvm.
Nicolas de Diesbach ou la guerre de Bourgogne. — Les Francs- Comtois abandonnés par les Suisses. — Guerre de Milan.
(De l'an 4471 à 4480,}
ES ducs de Bourgogne, maîtres d'une grande partie du lerriloire qui longe la Suisse à Touest et (]ui appartient aujourd'hui à la France (*), soutenaient depuis longtemps d'assez bons rapports avec les Confédérés. Deux années après la paix d'Einsisheiin . Philippe-le-TJon , duc de Bourgogne, ayant passé par Berne pour se rendre en Allemagne, y avait reçu Taccueil le plus brillant et tel qu'oo n'eu faisait qu'aux tôles couroooées. En 1467, le mênie prince s'était allié par OD traité aux cantons de fierne, Zurich, Fribourg, Soleure. Les principaux magistrats de ces cantons et leurs 61s étaient accueillis à la cour de Dijon avec toutes sortes de marques d'amitié et de déférence. La Bourgogne fournissait aux Suisses le vin, le blé et le sel nécessaire à un peuple pasteur et agricole. Ces bons rapports s'affaiblirent un peu, lorsque Gbarlesle-Hardi, fils de Philippe, monta sur le trône ducal. Ce prince, mélange étonnant de inaijniininnlé et de petilesse, de cruauté et de justice, d'éconoiniô et de luxe extravagant, ne se trouvait pas satisfait des vastes États (juc lui avait légués son père et qui faisaient de lui le souverain de tous les pays qui s étendent du Doubs à la nier du Nord. 11 usurpa la Lorraine sur le duc Réoé; se fît hypothéquer l'Alsace par l'arcbiduc Sigismond ruiné par ses guerres avec les Suisses , el conçut le projet ambitieux de former un nouveau royaume de Bourgogne, qui se fût étendu dei'embouchure du Rhin jQsqa'è la Méditerranée. Mais il avait affaire au roi Louis XI, Tan des plus fins politiques et le plus fourbe des monarques qu'ait eus la France. Louis XI ne jugea pas à propos de se
(i) Le duché de Bourgogne comprenait la Franctae-Gomté de Bourgogne et la Bourgogne proprement dite, avec les Flandres , comme on appelait alors la Belgique et la Hollande; le Gharolais el une partie de la Picardie.