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brouiller ouvertement avec un prince aussi violenl que Charles de Bourgogne. Il préféra lui donner pour ennemis ses voisins de la Haute-Àllemagoe. Il se servit pour cela des moyens que lui offraient ses nombreux trésors, Thumeur belliqueuse des Suisses et la vénalité d^ certains chefs.
Le Vorort des États helvétiques , depuis la guerre civile de 1440, n'était, plus Zurich, mais Berne. Louis s*adressa à un magistrat bernois dont il a\ait appris à connaître, dans une ainl)iissade, tout l'esprit and)ilieux, ('nlre[>renai)t et cupide. Nicolas doDiesbach, seii»neur de Worb et Sijinau (le même que nous avons vu figurer dans la lutte des seigneurs et des bourgeois), ne répondit que trop bien aux avances flatteuses du monarque, et devint l'instrument le plus actif et le plus dévoué de ses desseins contre le duc de Bourgogne. Ce dernier prince avait aussi ses adhérents en Suisse. A Berne même , le parti bourguignon ne le cédait guère à l'autre en nombre, et avait à sa téte le vaillant sire de Spiez, Adrien de Boubenberg, dont les anciennes lettres de noblesse n'avaient pas besoin d*étre scellées par une mahn royale, comme celles plus récentes de Diesbach. Hais diverses circonstances vinrent paralyser rinflueoce du parti bourguignon et donner la pré[)ondérance au parti français et à Nicolas de Diesbach. Ce fu» ent d'abord les vexaliurjs des ofïiciers bourguitjnons. et en {Ku liculier de Pierre de llai»enbach, gouverneur du Haut-Rhin. Ce seigneur, résiliant alternativement à Brisach ou à Ferrelle, villes rappi ochées des frontières suisses, ne laissait passer aucune occasion de vex'T les marchands de cette nation; (iessL r de l'Alsace, il opprimait indignement les populations allemandes confiées à son administration. Les Suisses avaient également à se plaindre de Jacques de Savoie, grand-maréchal des armées de Charles-le-Tèméraire et auquel son frère le duc Amédée IX de Savoie avait donné tout le Pays-de-Yaud en apanage, avec le titre de baron de Vaud et de comte de Romont. Une députation que les États de Berne, Soleure et Friboorg envoyèrent au duc en Alsace pour foire valoir leurs griefs contre Hagenbacb, fut mal accueillie. Les députés, rjui avaient fléchi le genoux selon le cérémonial usité à la cour de Bourgogne, furent laissés dans cette altitude par le prince , qui ne daigna ni les relever, ni leur répondre, et qui les traîna à sa suite jusqu'à
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Dijon I d'où ils revÎDreDt encore sans avoir atteint le bot de leur mission. Un propo» de Hagenbach, qui devait avoir dit à JBâle : c Si les Sqîsses ne se tienneot pas tranquilles , j'^reherai Toors de' Berne et me ferai ane foorrare de sa pesa, » irrita au dernier point les Cîon^ddérés.
DIesbaoh et Scharnacbtal qui partageait sa politique, profitèrent de ces dispositions pour conclure une alliance aveo le roi de France contre la Bourgogne au nom de tous les Étuis confédérés (13 août 1470). Zoug et Claris refusaient, d'adhérer à cette ligue; Diesbacb signa pour eux, le roi exigeant la signature des huit États réunis. Informé par ses partisans de ce qui se préparait, le duc Charles chercha h désarmer les Suisses par une ambassade qui parcourut tous les cantons; Adrien de Boubenberg, pensionnaire de la Bourgogne, fît entendre sa voix en faveur de cette puissance alliée et amie des Suisses; et Tavoyer de Fribourg Rodolpher de Vuippens manda aux magistrats bernois œs paroles remarquables: « Nous Conseil ot Soixante, avons déoidé à » VuminmUé de ne plus eontracter d'alllanee ni aveo roi, ni » aveo prinoe, et de rester à tout jamais fidèles à votre allianoe » et à celle de vos Confédérés. i» Mais toat fut inutite. Les partisans de la France parvinrent même à faire exclure momentanément du conseil et reléguer dans son château de Spiez le chef du parti bourguignon, Adrien de Boubenberg. Sur ces entrefaites, le duc de Bourgogne se brouilla encore avec l'archiduc Siiiismond qui voulait ravoir l'Alsace, hypothéquée au duc pour 80,000 florins, et avec le versatile et vaniteux empereur Frédéric UI, offusqué, dit-on, du faste asiatique que déployait sous ses yeux le duc de Bourgogne. Les agents de la France se mirent en campagne et firent si bien qu'ils réussirent A rapprocher les Suisses de leur plus mortelle ennemie, de cette Àutriebe, contre laquelle, depuis près de deux cents ans, ils combattaient pour leur indépendance. Le principal auteur de cette allianoe foi, avec Nicolas de Diesbacb et Scharnacbtal, de Berne, l'intrigant prélat lucernots Jfost de^ Silinen, prévôt de IlUnster, et qui asptrafl à devenir évéque français de Grenoble. Au mois de juin 4 474, sous les auspices de Louis XI, fut conclu à Constance un triple traité qui donnait à la fois pour ennemis au duc de Bourgogne, Tarchiduc Sigismond, les Suisses et les villes du
Rhin, associées entre elles sous le noai de Basse-Ligue ou Nied&c^und (43 loarâ 4474). Le résultat immédiat de cette alUance fut le soulèvement de toutas les villes alsaciennes oootre ta domination du duc de Bourgogne. Le tyran HagBD-^ bach fut saisi, jugé et exéculé de ouit à Brisach, avec la coopération des Suisses alliés de MulboQse et de la fiasse-^Ligue.
Diesbacth» redoutant la colère du duo de Bourgogne ei àécldi^ à en prévenir les suites , délibère en hâte à Berne avec les oonseiilers dont il était sil^r, et prend sur lui de dé^ clarer la guerre au duc de Bourgo£>ne au nom de PÉtat de Berne et de toute la Confédération. À la tôte de < 0,000 Suisses unis à 8,000 liommes de la Basse-Ligue d'Alsace, il j)énètre dans la Haute-Bourgogne et livre bataille pies d'Héricourt à Jacques de Savoie, coiiiie de Romont, qui commandait dans cette province une armée de 20,000 Bourguignons. L'attaque se fit avec une impétuosité extraordinaire, au cri de guerre tt Berne et Sainl-Vincent; j» les plus braves des Franc- Comtois, ceux de Faucogney, furent défaits, le drapeau de la ville de Lisie enlevé et 3^000 hommes laissés sur le carreau. Douce châteaux et trois villes forent le prix de la victoire. La fortoresse d^ BlamoQt, aux murs de seize pieds d'épaisseur et aux coupoles dorées, résista seule aux efforts des Suisses et des impériaux réunis. La garnison de Valant sortit en chemise on bâton blanc à la main. Mais dans cette première campagne , les Suisses perdirent leur vaillant général et le principal instigateur de celte guerre. Nicolas de Diesbacli, atteint d'une maladie contagieuse, fut transporté à Porrentruy, où il mourut daus la quarantième année de son âge.
/ La guerre ne cessa point pour tout cela et lut dirigée contre / le Pays-de-Vaud et la duchesse de Savoie qui avait embrassé (le parti du duc de Bourgogne. Sans égard pour leur suze«* raine, les Fribourgeois, déjà auxiliaires des Bernois dans la campagne précédente , unirent leurs armes à œlies de leurs alliés. En trois semaines, seize petites villes et quarant^trois ^ châteaux du Pays*de*Vaud furent jcooquis par les Gonfédé- : rés, qui montrèrent une intr^îdité extraordinaire, à Grand*. ' son, par .exemple» où, sens attendre Perdre des cIm&, ni i Parrivée do Partillerie, les soldats escaladèrent les murailles, l lancèrent des brandons et s*emparèrent de la ville. Mais de
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grandes horreurs souillèrent celle rapide conquête. En beaucoup d'eodroils, les ha bitaols furent massacrés, les garnisoos jetées par dessus les créneaux ei les chefs décapités par la main du bourreau.
A £stavayer, ville défendue par de fories murailles, par i plusieurs châteaux et son chevaleresque baron, Claude d^Ës* l tavayer, les iSuisses, maîtres de la ville par assaut, tuèrent/ les 300 hommes de la garnison et 4,300 habitants. Femmes,' enfants, tout fut t hâché et diaplé, » dit la chronique, ou contraint de se jeter dans le lac. Les prêtres ne furent point épargnés, on les egoj gea jusqu'aux pieds des autels. Le gouvernemeul de Berne «se vil obligé d'écrire à ses .guerriers pour les rappeler aux sentiments d'humanité (\u\ avaient diclé le code de Sempach et dont le soldat chrétien et civilisé ne devrait jiimais se (iopartir. '/ Ces cruautés inouïes, di- » sait la dépêche, contraires à nos anciens usages, pourraient 9 nous attirer le courroux de Dieu et des saints. »
Plus heureuse qu'Estavayer, la ville de Morat, où deux \ partis, Tun allemand et Taulre roman, étaient en présence, se \ rendit sans coup férir , renonça à la Savoie et devint sujette J de Berne et de Fribourg. Cette capitulation causa une telle douleur à un officier de la ville , qu*il tomba raide mort; un autre gentilhomme, armé de pied en cap, nommé Lavigny, s'écria : « Ne plaise à Dieu que je renie mon prince, » et il se fil aussitôt ouvrir les portes pour quitter une ville qu'il regardait comme infidèle a son prince et à ses serments.
Genève avait refusé de marcher contre les Suisses sous les drapeaux de son évéque Jean-Louis de Savoie. E!!e n'en faillit pas moins partager les malheurs (ie cette guerre. Les Suisses se diri^efcnt sur cette belle et opulente cité, « pour venger, disaieul-iis , feu Tavoyer Nicolas de Diesbach , qui y avait été , à son passage , insulté par le peuple. » Craignant sa ruine totale si les Suisses mettaient le pied dans la ville, Geoèye se hâta de gagner par des présents les chefs de i l'armée conquérante, et obtint la paix moyennant 28,000 écus d'or à payer à Berne et à Fribourg. Lausanne fut en* suite occupée par les Suisses , mais on l'épargna , parce que le gouvernement avait dit à ses milices : « Nous n'^kerons rien à l'Église ; or Lausanne appartient à Févéque et non an J comte de Rouiont. »
Le Haut- Valais, qu'une alliance offensive et défensive unissait à rÉtal de Beroe, était égalemeot le théâtre de la guerre. SioD, capitale du pays, fut cernée par 40,000 hommes aux ordres de Jenn- Louis de Savoie, évêque de Genève, et d*Amédée de Giogins, capitaine général de Yolande, duchesse de Savoie. Mais aidés de 4,000 Suisses et Grisons, des montagnards des Ormonts et de Cbâteaux-d'Œx, les Valaisans battirent complètement les Savoisiens à la journée de la Planta, où Gingins perdit plus de 2,000 hommes (43 novembre 1475). Lii bataille de la Planta, suivie de la conquête du Bas-Valais et de la destruclion de seize châteaux, anéantit le parti savoyard ou de Fiaroi»ne dans ces contrées et assura Ja prépondérance au ()arli allorn.ind ou patriote. Une fête d'acuons de grâce fut instituée par 1 evéque Supersax pour célébrer la ilelivrance <Ju pays.
Jusque-là les Suisses n'avaient eu à lutter que contre une partie des forces bourgtiîgnonnes. Bientôt ils apprirei^ que Charles de Bourgogne, le destructeur de Liège, le conquérant de la Lorraine et la terreor des rois de Ttiurope, avait quitté Nancy, malgré les rigueurs de Thiver, et s*avançait vers Besançon, à la téte d*nne armée de 50,000 hommes de tontes nations, bourguignons, picards, belges, anglais, calabrais, milanais, savoyards. Ils apprirent aussi avec indignation que, séduits tous deux par la perspective d*une union pour leurs fils avec Marie, la fille du duc de Bour^o^ne, Louis XI et Frédéric 111 avaient traité en secret avec Charles, (pic le roi de France, bien loin <le secourir les Suisses, comme il s'y était engafj;é par Talliance, lui avait môme accordé le passage sur son territoire [mur niarclier contre eux.
Ces nouvelles inquiétantes pour les (Confédérés, rendirent le cœur à leurs ennemis dans le Pays-de-Vaud. Avant que la duc de Bourgogne eût quitté Besançon, un gentilhomme vaudojs, Guillaume de La-Sarraz, dont le château avait été incendié peu de mois auparavant, surprit Yverdon dans la nuit du 43 janvier et fit main basse sur les soldats conMérés logés dans la ville. Le 6 février 1476, Tarmée hourgui* gnonne se mit en marche pour la Suisse. Ayant trouvé les passages du Val- de- Travers et de la Tour de Bayard bien gardés par Berne et Soleure, qui s'étaient emparés du comté de Neuchàtel, elle pénétra dans le Pays-de-Vaud par Jougne
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' ei Bailaigue, et parut tout à coup deveoi le château de Graodson, défendu par 300 hommes et deux capitaines bernois, Hans Wyier et Braodolpbe de Stein. La grande armée de Charles et ses menaces n^effrayèrent point la petite garniaoo, qni repoussa deux assauts et tîi plusieurs sorties. Mais s*étani laissé emporter par une ardeur condamnable en pareille circonstance, Brandolphe de Stein fut fait prisonnier. Le second capitaine, Wyler, était un lâche; il propose de capituler et fait intervenir un genlilhointne moitié bour^uiiznon , moitié alsacien, qui annonce l'incendie de Fribourg et la soumission de Berne par l'armée bour^'iiiL'nonne , et pro(nel la vie sauve (le la part du duc aux défenseurs de la place, s'ils coDhenU'nt à se rendre. Ceux-ci acceptent et se rendent, en donnant 100 florins au gentilhomme qui les avait trompés ei trahis. Car à peine arrivés dans le camp du duc, les 300 . . hommes de la garnison, la plupart bernois et friboorgeôTs, furent pendus et noyés aux acclamations population yaudoise, exaspérée parle massacre d^^Mavayer et lescmaa» tés commises par les Suisses daM^JcT^mpagne précédente.
Altérés de vengeance, le^«K!onfédérés , au nombre de 80,000, marchent en troi» èolonnes contre Parmée bourgui- ^ gnonne campée à Grandson et deux fois supérieure en nom- / bre. C'était le^ 2 mars 1 476. La terre était couverte de neiger' La première colonne, formée par les guerriers de Berne, Fribourg, Soleure et Bienne, et commandée par Tavoyer Nicolas de Scharnachtal et Jean de Hallwyl, fail sa prière à genoux et attend do pied fenuo l'armée bourguignonne qui^ venait aussi d'invoquer, en se signant, le Dieu îles armées. L*uû des principaux chefs bourguignons, Château- Guyon, *8ire d'Orbe, charge les Suisses à la léte de la geodarmerie dncale; ne pouvant entamer la foréi de piques qu'on loi oppose, il fait avancer l'artillene. Celle-ci, commandée par le grand-bâtard de Bourgogne, portait le ravage dans les rangs des Confédérés, sans briser leur résistance, lorsque la seconde colonne des Suisses , qui avait tourné Vaumarcys, se précipite sur la gauche des Bourguignons. AussîtAlf le grand-bâtard , craignant de voir sa division coupée par les Confédérés, se replie vers Corcelles, sur l'ordre de bataille du duc. Les Calabrais, aux ordres du comte Ca m po basse, preooeot ce mouvemeol pour une retraite , lâchent le pied
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et disparaissent. Le duc de Bourgogne, saisissant d'une main son grand élerulard et de l'autre tenant s.i lance en arrêt, parvenait à rétablir son ordre de bataille, lorsque tout à coup retentissent du côté de Fiez les sons rauques du cor d'Underwald et les sombres magissenoeots du taureau d Uri. Au œAme instant un corps de Suisses se montre sur les hauteurs entre Saint-Maurice et Bonvillars. Ces sons étranges , cette attaque inattendue jettent une terreur panique dans les rangs de Tarmée bourguignonne qui se met à fuir dans le plus grand désordre. Ghâleau-Guyon est tué après des prodiges de valeur , et le duc de Bourgogne entraîné dans la déroute générale jusqu^à Jougne. Acharnés à la vengeance, les Suisses poursuivirent l'ennemi jusque fort avant dans la nuit. Mais lorsque les soldats de Heriie et de Fribourg virent suspendus aux arbres les corps de leurs infortunes caiiwirades, ils ne se [)os^eiièrent plus, et s'elançant au cliAleau d(î Grandson , ils en efjorgenl les défenseurs ou les pendent aux arbres des environs à la place de leurs nuillieureux camarades.
La victoire de Grandson livra aux Suisses le camp du duc de Bourgogne avec touls les trésors qu^il renfermait. Plus de 1,000 tentes, 600 drapeaux, 10,000 chevaux de trait, 400 bouches à feu, la chapelle, la chancellerie du duc et sa cassette particulière , contenant un million de florins avec des diamanls d'un prix inestimable^ devinrent la proie des vainqueurs. Le menu butin fut abandonné aux soldats; la diète se réserva les objets les plus intéressants et les plus précieux qui avaient échappés au pillage. Plusieurs de ces objets existent encore dans les sacristies, les arsenaux et les musées de nos villes. BAle montre encore la colle d armes de Charles, le chanfrein de son cheval, des njachines à jeter l'eau et rhuile l)ouilIante dans les sièges. Lucerne a conservé le sceau d'or ducal (*), le scel et le contre-scel du bâtard de Bourgogne. Berne olfre dix tentures historiques , dont deux ont environ trente pieds de longueur, retraçant avec Texactitude d'un tableau contemporain, les meubles, les armes, le costume et les traits de Philippe- le*Bon et des principaux seigneurs de sa ooor. Fribourg, des chassubles et quelques drapeaux marqués du C et de la croix de Bourgogne.
(Ij 11 pèse une livre et porte ces mots en exergue : ■sigilliim) Caroli dticis burgundiœ , lotharingiœ , brabanliœ , timburgiœ , luœeniburyicg , etc. On montre aussi au musée de Berne le prie-dieu en or du duc.
Tout autre prioce qae Gharles-le-Téméraire eût renoned è poursuivre une lutte qui s'annonçait sous d^aussf tristes
auspices. Mais dominé par le mauvais génie qui le poussait à sa ruine, et aii^ri par une défaite qui lui ôtait le surnom d'invincible f Charles résolut de se venger et fil les préparatifs (l'une seconde invasion. Il mil des tailles cxtraodinaires, leva un hon)nie sur six dans ses Etals, enrôla de nouvelles bandes italiennes, convertit en canons les cloches des églises et les chaudières des maisons bourgeoises. Quinze jours après la défaite de Grandson, il passait en revue à Lausanne une armée presqu'aussi formidable que la première, et se dirigeait bientét après sur Morat, place-frontière, dont la restitution à la Savoie devait ouvrir la campagne et le cours de ses vengeances.
Berne, comprenant le danger, avait envoyé è Horat une garnison de 4,500 hommes, dont 400 Fribourgeois, et confié le commandement de cette place importante au vaillant Adrien de Boubenberg. A peine arrivé à Moral, cet héroïque général, dont le danger de la patrie avait fait taire le ressentiment et les vieilles sympathies pour la Bourgogne, fait jurer aux bourgeois et aux soldats « qu'ils tueront le premier qui parlera de se rendre. » Il donne ensuite tous ses soins à la défense de la ville; et, lorsque déjà plusieurs corps ennemis sont sous les remparts, et que la garnison de Moral passe ses journées en sorties et ses nuits à réparer les brèches ^ il écrit au gouvernement de Berne : « Ne vous presscfz pas i> trop, attendez les Confédérés; je défendrai Morat, tant que » j*aorai une goutte de sang dans les veines. »
Le 9 juin parait toute Tarmée bourguignonne, déployant ses nombreux bataillons sur deux lieues d*étendue , au son d*ttne musique guerrière. HaiSvnf cet appareil formidable, ill les plus horribles menaces, ni les assauts répétés des Bourguignons ne sont capables d'émouvoir Adrien et ses braves. Entin les Confédérés arrivent avec leurs alliés, impatients de combattre et au nombre de plus de 30,000 hommes. Cette armée, la plus forte qu'eussent levée les Suisses, se composait de 1 1.000 piques, 10,000 hallebardes, 10,000 arquel)uses et 4,000 chevaux de Lorraine et d'Alsace. Avant la bataille, les chefs suisses tinrent conseil, sous le tilleul de Villars-les-Moines. Gomme les Bourguignons avaient leur
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frool de bataille couvert d'une haie vive et d'uo fossé profond, Guillaume Herier, de Strasbourg, commandant des Iroopes rhénaoes, proposa d'élever des retranchements pour couvrir de même te front de l'armée fédérale. « Pas de bar* ricades, s'écria Félix Keller, de Zurich; nous attaquerons comme nos pères. » On décida l'attaque en trois corps ; le premier, formant Tavant-garde ou aile gauche, fut confié an Bernois Hanz de Hallwyl, avec les deux Pribourgeois Vuippens et Fégely pour lieutenants; le corps de bataille fut remis au Zuricois Hanz Waldiuaiin et a son second, Guillaume Herler; la réserve ou aile droite devait être commandée par le vieil avoyer lucernois Gaspard Herlenslein. Les cavaliers impériaux et lorrains recevaient les ordres du comte de Thierslein. Le duc Réné, dépouillé de ses États par Charles, marcbaît contre Tusurpateur, la baliebarde sur l'épaule, comme un simple volontaire des cantons.
Avant de commencer Pattaque, Hallwyl fit la prière avec ses guerriers. En ce moment, le soleil perçant les nuages de ses rayons : a Confédérés! s'écrie Hallwyl en se'' relevant et en brandissant son glaive vers le ciel , Dieu est avec nous ; il envoie son soleil éclairejr noire victoire, comme il y a cent trente-sept ans a pareil jour il éclairait la victoire de nos pères à Laupen. » Il dit, et toute Pavant-garde se précipite vers l'ennemi, franchit d'un saut la haie vive, fond sur lartillerie bourguignonne et massacre les coulevriniers (*) sur leurs f)ièces; pendant ce temps-, les fiiontagnards de l'Oberland et de TCntlibouch qui, d'un bras nerveux, avaient emporté au-delà du fossé les canons des Suisses, dressent leurs batteries et les dirigent contre I ennemi. Walduiann avait aussi etigagé Taction au centre; bienl(^t la mêlée y devient terrible; il est secouru par fioubenberg è la téte de la garnison deMorat. Uertenstein, avec la réserve, se tenait un peu à l'écart; il parait à son tour sur ta scène du carnage et ae jette sur l'ennemi , dont les colonnes, déjà ébranlées par les attaques précédentes, commencent à se disjoindre. La garde ducale et les archers anglais aux ordres du duc de Sommerset, tenaient seuls encore ferme. Mais frappé par un
(4) Coulevriniers, de eottUvrine, ancienne pièce d'artillerie plus longu» que les pièces ordinaires.
DB LA HAZlOn SUISSl.
honune du Hasii, Sommerset tombe; les Bourguignons se débandeot, et le duc Charles, voyant la déroute de son armée, abaQdonœ la partie, et s^enfuit vers Payerne avec quelques cavaliers seulement , laissaoi le cbamp de balaille couvert de morU , de blessés et de malheureux qui oherebeol à sauver leur vie ea se jetaol à la nage oa en se ca^ chant dans le feuillage des grands noyers qui avoisineot le
Mais les Suisses , exaspérés par le massacre de leurs frères à Grandson , tueot à coups de flèche tous les malheureux
fuyards; ils n'accordent la vie qu'aux vivandières et femmes perdues, qui. selon les mœurs corrompues de ce temps, avaient suivi en foule THrinee bourguignonne et n'avaient pas peu contribué à leur ôter le courage. On évrilue à 15,000 le nombre des soldats de Charles tués dans cette journée. « Cruel comme à MortU » lut UQ dicton longtemps populaire parmi les Suisses.
L'année victorieuse demeura trois jours sur le champ de bataille, puis rentra en triomphe dans ses foyers. Un ossuaire s'éleva sur les bords du lao, pour recevoir les crânes des Bourguignons occis dans cette journée. Ce monument , détruit en \ 798 par les soldats français, a été remplacé par uD obélisque en 1833. Un autre monument religieux et national, la chapelle de Grossier, marque la place « où Mes* sieurs des ligues se mirent en prière avant d'engager la bataille. » («)
La bataille de Morat avait été précédée d'une foule d'escarmouches et de combats partieFs, où s'étaient fait jour la valeur et le dévouement des Neucliàlelois et des Valaisans, alliés des Suisses. Pendant que les feinriics du Landeion contribuaient à sauver Anet que les Vaudois du duc de Bourgogne voulaient réduire en cendres, un soldat neuchàtelois, Jacques Baiilod, défeodait seul le pont de la Thiéle (^). Sous
;i) De ce nombre, dit-on. furnnl plusieurs soldats du comto de Roraonl; de la lo ni)in d'/s- ureui/v donné aux Uouionlois pur la Iradiliori popu- , laire, et qui fait le pendant du sobriquet de ForêêHen infligé aux soldats bmoto qui avaient lâdié pied à Laupeo en 1339.
(î) Paroles de Tinscriplion placpc sur la porle do la chapelle.
(3) Gomme HoraUus Codés, romain oolôbre, qui défendit seul le pont de Jaoicule à Rome. Que d'analogies entre notre iiistoire et celle de Rome •t de la Grèce I Gaillamne Tell est la Bmtnê; Winckelried, le IMctet; Ro-