‹ Histoire de la nation suisse d'après les principaux écrivains nationaux et quelques sources originalesChapitre 13 sur 34 · XXIX · texte numérisé non relu

XXIX

8oito de la gaerre. — Lutte des États-villes et des Ëtats-campa» gnards. — GoDSpîraiioa d'Am-Stalden et de rEattibouoli.

(Dt l'an 4480 à 1486.}

A guerre de Bourgogne eut en apparence les suites les plus glqfieuses. Les Suisses, regardés dès lors comme le premier peuple militaire de rËurope, sont fêtés et recherchés pins que jamais par toutes les puissances. Chacune d'elles vent avoir des Suisses dans ses armées et se croit invincible quand elle en a. Les ambassadeurs étrangers obsèdent les diètea de demandes d*enrôlements et d'alliances à renouveler eu à conclure. Âu premier rang des solliciteurs figure toujours le roi de France, qui se sert des Suisses pour détruire le duché de Bretagne, comme il s*en est servi pour renverser le diMhé de Bourgogne. Viennent Milan,^la Savoie, le duc de Lorraine, Pempereur, le pape, auxquels il faut joindre encore le roi de Hongrie et la république de Venise. Profitant d'un moment de froid entre Louis XI et les Suisses, l'empereur Frédéric III

Bumu

parvient à arracher à ces derniers VErb-Verein ou traité d'union héréditaire, traité utile à la maison d'Autriche par la défaite des Vénitiens à Dové(jro et la oonaervatioQ duTfrol italien qui en fut ie résiiitat (i 487).

•* Gela' D*empécbe pas les Suisses de se lier presque dans le ' même tanps avae^Mattliias Goinpiji , roi de Hongrio , ie plus gMidiennemi qu'eut alors la 4aial8on d*Autriolie, et de stgoer è-Bodey sa capitale, une alliance de dix années (4479). Las Iffois flignaiairea de ce traité furent le conseiller Staob , de Aineh, le clianeelior Schilling et le savant lielcbior Russ, de LÉOBime*, que le prince hongrois voulut armer, de sa main , chevalier à^n» l'église principale de Bude. Mais les coffres du rtn de Hongrie n'étaient pas fournis comme ceux de Louis XI; un très-pelit nombre de guerriers suisses accoururent sous ses drapeaux, et l'ailiance hongroise tomba en désuétude. Corvin eut cependant encore assez (Je crédit pour faire arrêter et tenir prisonniers à Wosen , au mépris dvi droit des gens, les ambassadeurs de Venise, Morosini f-l Giustiniani, et renverser ainsi les projets d'union de cette république avec les vainqueurs de Grandson et de Morat.

Devenus ainsi les arbiti'cs des combats et comme les gar^ diens 4e la victoire en £urope, les Confédérés conserveront ce rôle depuis Morat jusqu^à Mari^nan, c'est-à-dire depuis leur plus grande victoire jusqu'à leur plus grande défaite .(4476-454 6). Le demi-siècle qui s'écoule entre ces deux jourrTiiéeé est la plus brillante de nos annales. Mais cet éclat ex- / iérieur est chèrement acheté par les progrès de la démora- V UsaUlPfi'ët fe dèelin toujours plus rapide des mœurs et des l institutions de la vieille Suisse.

: La guerre de Bourgogne contribua beaucoup à ce résul- ' tat. Auparavant, la vénalité n'avait atteint que les chefs et une fàible pailiîe de la nation. L'çr de Grandson, mesuré è pleins chapeaux par les soldats, corrompit la masse ellemém^. Ce même peuple que nous avons connu si économe, si laborieux, si loyal, si probe et si fidèle à la foi jurée, se montre, après la guerre de liourgogne, vénal, dissolu, parjure, égoïste et tout à la fois indoihpté et servile.

Les chroniques de l'époque sont remplies de scènes de licence et do brigandage. Les vols surtout se niulti{)lient d'une manière effrayante. C'est au point que la diète de Badea or-

M u Màxùm «unii

donne de pendre quiconque volera pour la valeur de la oordo (4480). Plus de 4,500 exécuiioos capitales se succédèrent eo qnelques mois au seio d*une population qui, an dire d'un dirontqueur contemporain , ne oomptait pas pluii de 64|0M; bommes en état de porter les armes (*). . ;

A ces scènes de désordre se rattache Tescapade des eo»* ! pagiioDS de la Bande joyeusê ou de' la FMe «îe» Vœ/êmemtr • blée tumultueuse de jeuoes gens avaii e» Hea au ^arn^yal de ZoQg raoïiée de la bataille de Naœy. On y décida, ^ milieu des libations et des fous-rires, d'aller rançonnas.^Gfft* nève et la Savoie, et, sans écouter d'autre avis, on ae.inn^ en marche au- nombre de plus de 9,000 hommes, à travM le territoire de Berne et de Fri bourg qui se hâtent de fermer leurs portes. Les f»ens de la Folle vie avaient peint sur leur bannière un cochon ef dos chardons, dipne symbole d'une expédition déshonorante. Pour se délivrer de cette étrange invasion, la duchesse de Savoie dut mettre ses bijoux en gage; Genève, donner à boire et payer deux florins à chaque ; compagnon. Celle prise d'armes n'était toutefois pas une sim- f pie bacchanale. Le bruit s'était répandu dans les vallées forestières que (c MM. de Berne et Fribourg mettaient en pocbe l'argent de Savoie, » et te peuple de ces contrées trouva juste qu'il lui en revint aussi sa part. L'expédition méma neâ'étfsit pas faite sans quelque connivence de la. pari des roaipbra» de la diète, jaloux de ces deux villes. ...

La désunion des Confédérés était tons les jours. pi«s âail^ lanle. C'était le résultat de la dernière guerre eW. do (iar«» Cage inégal des dépouilles- bourgulgnonnaa. Les WaldalnUM avaient vainement réclamé part ég^le pour tons leftÉCatadil la ligue. Berne et les villes partirent âu principe o^eoliaqoa État devait recevoir en proportion des forces qu'il avait trn^ tes sur pied; que Berne, qui pouvait lever 2Û,OO0«boarmies('), devait être mieux traité que chacun des Lând^ m Étàts campagnards qui, tous ensemble, n'eu levaient que 14,000.

Deux partis se tormèrenl dans le sein de la Confédération ,

(I) Chronique mmiucrite de Boastelten, moiae et doyen au cloître d'Eiosiedien.

(II) Ce chiffre, 'indiqué dans Benatetten, et reproduit par Huiler et Bluntactali [Histoire du droit fédéral , page U4) , s'explique parféitefneilt , sll'on léfléollit qu'alors réellement Mmh SiiiiM tflail «oldal. .. .

Oigitized

BISTOIU

oekii des Lànder, composé d'Un, Scbwytz, Underwald, Zoog, Glaris, et le parti des villes, formé de Berne, Zurich et Lucerne.

La demMide d'enirée daos la Confédération^ de Fribouiig el de Soleore, vint eocore compliquer la querelle. Ces deoz villes, sans doute, avalent mériié leur admission, Tone par sa eoiidiiite dans la dernière guerre , Tautre par une fid^té de deux siècles. Mais Tannexion d<9 'Frlbourg et de Soleure, en portant à cinq le nombre des Éiaia^Ues^ eût établi Véga- UU dm voix en diète en faveur de ce parti , qui avait déjà la prépondérance Bumérique et qui cherchait sans cesse à s'agrandir par de nouvelles conquêtes. Les Lànder s'opposèrent à la réception de Fribourg et de Soleure. Berne, Zurich et Lucerne, comme pour braver cette opposition, firecU une alliance particulière et perpétuelle avec ces deux villes. Un lien plus ancien et plus étroit que celui des cantons suisses en général, le traité des quatre États ou Vier-fValdstœtlen" burid, unissait Lucerne depuis 1333 aux trois vallées forestières ; elles sommèrent cet État de résilier un contrat opposé au leur. Lucerne ayant persisté dans son alliance séparée ou Sonderbund , les Waldstaetten songèrent à Ten faire repentir en excitant les pâtres de TEntlibouch à secouer le joug de cette ville et è former un État indépendant et démocra* tk|dè eenraie les vallées forestières elles-mêmes. Quelques pourparlers eurent lieu à Eschotzmat entre Taubergiste Am- 8talden, chef des vaillants Entliboucher à la journée de Moral, et le landaroman Bttrglen, d'Obwald. Loceme, que ces entravoes épouvantent , fait aosâiiét saisir Am-Stalden , qui est jeté dans la tour de TBau (Wasarikurm) et appliqué à la torture. Il eut beaa implorer son pardon à genoux et dé* aoovrir ae poitrine sillonnée de cicatrices; toute la grftce qa'obtint Am-Stalden, ce fut de périr par le glaive , au liea d'avoir les membres brisés par Thorrible supplice de la roue . (14 novembre 1478) (*).

L'affaire d'Am-Stalden accrut Tirritation des deux partis qui divisaient la Suisse. Lucerne prit des précautions contre les Waldstaetten; ceux-ci usèrent de représailles contre Lucerne. Obvvald refusa de laisser abaisser la dignité de son landamman, en l'obligeant à comparaître à Lucerne, où il avait été 0ité comme complice de la conjuraiion d'Am-Stal-

(4) OMtalrPryffer. BUMn ⧠JLiʧ$me, 191.

M u nauov suimi. 195

den. Les cinq villeSi de ieurc6(é| reoouveléreoi leur alliaiiott

De toutes parts se faisaient jour la défiance , le méconCeiilemeol et les menaces. P/Our essayer de rétablir la concorda, on convoqua plusieurs diètes inutiles. Une dernière réunion, et qui devait ^tre décisive, fut fixée à Staoz. Elle s'ouvrit à te Noël de Tan 4481 et comptait dans son sein les hommes les phis influeoto et les pkis célèbres de la Confédération. Zurich avait envoyé son béros Hans Waldmann; Berne, l^avoyer Guillaume de Diesbacb; Lucerne, Ie4^ieil avoyer Gaspard de flertenstein; Uri, son ûndamman Jean d'Atlîngbaoaen* Les deux Schilling, de Lucerne, père et fitts, Tun chancelier, l'autre prêtre et son substitut, tenaient la plume. Las questions à vider dans cette mémorable réunion étaient toujours celles des dépouilles bourguignonnes, des conquêtes de Berne et de Fribourg, de Tadmission de celte dernière ville et de Soleure dans le corps helvétique. Mais bien loin de s'entendre, à peine les députés eurenl-ils échangé quelques paroles, qu'ils en vinrent aux outr^j^es. La diète allait se dissoudre el peut-être la patrie avec elle, lorsqu'un ermite majestueux, semblable aux prophètes dont il est parlé dans l'histoire du peuple d'Israël, parut au sein de l'assemblée fédérale, et, par ses nobles et patriotiques paroles, y rappela la paix et la fraternité.

Cet illustre vieillard était connu depuis plusieurs années dans les Waldstaotlen sous le simple nom de « frère Nicolas (Bruder Klaus), o II n'avait pas toujours vécu dans la retraite. Sorti d'une honorable famille d'Underwald, il avait d'abord cultivé les champs en simple laboureur, élevé une tamiUede dix enfants et servi la patrie comme magistrat et guerrier. Dans ces positions diverses, Nicolas s'était montré un modèle de loyauté, d'activité laborieuse, de simplicité gaie et sereine. Mais doué d'une âme enthousiaste et contemplative, Nicolas de Plue, comme autrefois les Amis de Dieu, avait éprouvé le besoin de se recueillir dans la solitude ('). Du consentement

(4) « J'ai longtemps oherclié quelle serait la vertu qui me rapprocherait » le plus de Dieu et me rendrait le plus semblable à lui. J'ai cru que » c'élait Tamour. L'amour, en elTet, nous fait aimer Dieu; mais la solitude » nous fait aimer de Dieu. » Telle était, selon ses biographes, la manière de penser et la croyance du aalnt ermite. (Voir sur tee AmU df IHm, page 148 de ce velnme.)

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